Autant en Emporte le Vampire.

Je m’en doutais.
C’était là sous mes yeux depuis le début. La mort suspecte de ses deux premiers maris. Son teint d’albâtre. Ses dons pour la manipulation. Le mordant de ses répliques.
Mais au royaume des aveugles, je ne suis pas le borgne et suis donc passée à côté de ce faisceau d’indices concordants jusqu’au jour où Timur Bekmambetov m’ouvrit les yeux avec une grande délicatesse, je dois dire, sur la vérité :


CETTE FEMME EST UN VAMPIRE !!!!!!1 !!!!11 !!!!one !!!!11 !!!eleven !!!

Pour l’instant, il est encore inutile de se méfier de Timur Bekmambetov. Le gars a tellement oublié de ne pas faire n’importe quoi que ses films, tous plus fifous et merdoyants les uns que les autres ne risquent pas de passer pour les chefs d’œuvres d’un génie incompris, comme se fut par exemple le cas de Zack Snyder (j’ai l’impression d’avoir écrit son nom plus que de raison cet été moi…. Étrange…).
Non, Timur est une petite créature sympathique, pas insignifiante mais presque, qui s’attelle avec beaucoup de zèle à toujours donner à ses films des aspects déconnant si puissants qu’il ne court aucun risque de se voir un jour qualifié de « visionnaire ».

Ouf, parce que à l’aulne de son dernier bébé, s’eut été regrettable.

SPOILS !!!

Alors attention, parce que j’en vois déjà qui pouffent derrière leurs écrans « ROFLcopter, que le titre de ce film a l’air naze ». Certes. Mais considérez aussi le potentiel derrière ces quelques mots. Abraham Lincoln qui chasse les vampires. J’ai presque envie de dire, bah pourquoi pas ?
Ce concept uchronique, assumé jusqu’au bout dans ses délires les plus extrêmes aurait même pu accoucher d’un pur plaisir régressif, d’une réécriture fantastique de l’histoire marrante et prétexte à de l’expérimentation visuelle. Un peu comme quand Sam Raimi réalise « Evil Dead » en tordant le cou au film d’horreur tout en embrassant totalement le genre, transcendé par sa caméra.

En fait, c’est un peu à ce niveau là que j’attendais « Abraham Lincoln Chasseur de Vampires », avec une touche de Mary Gentle pour cette capacité à assumer l’uchronie jusqu’au bout de ses choix, aussi aberrants soient-ils.

Bon, côté aberration, on est servis, et même plutôt bien. Si tu aimes les scènes avec quinze cascades débiles à la seconde, cadrées n’importe comment, émaillées d’actions idiotes et injustifiées, avec des personnages d’une débilité sans fond, alors tu vas adorer « Abraham Lincoln… »
Sinon, tu vas te payer une de ces tranches de rigolade, c’est moi qui te le dis, un truc tellement violent qu’au mieux tu te seras pété trois côtes avant la fin de la séance, au pire, le monsieur qui nettoie la salle retrouvera ton corps victime d’une hémorragie interne.

Si visuellement, la faute en revient totalement à Bekmambetov pour ne pas être capable de voir plus loin que le bout de sa prochaine scène avec des cascades de la mort et des erreurs de montage que même un enfant de 7 ans n’aurait jamais faites, sur le fond (un mot qu’il faut dire très vite), je me demande s’il ne faut pas regarder plutôt du côté de Seth Graham-Smith, auteur du roman dont tout ce pataquès est tiré, et qui est également responsable du scénario.

L’avis des lecteurs de cette chose m’intéresse beaucoup, en particulier sur la question des incohérences ENORMES qui contient le film. A côté, le scénario du dernier Batman semble avoir été écrit par Aaron Sorkin…
La plus choquante d’entre elles restant les séquelles à géométrie variable d’une morsure de vampire : mort par empoisonnement, transformation => ça dépend ça dépasse.
Ou l’incroyable révélation de la nature du personnage de Dominic Cooper, sans doute le truc qui m’aura fait le plus rire du film : « Queuah, Dominic ! Tu es un vampire ! Moi qui te croyais des notre, avec tes lunettes de soleil king siez qu’on croirait que tu viens de te faire opérer de la catharacte, ton écran total et ta force surhumaine que je pensais issue tout naturellement des heures que tu dois passer à lire des livres pour connaître les vampires aussi PARFAITEMENT !!!!! Je suis choquay ! CHOQUAY ! Tellement que je décide de renier l’ami et le mentor que tu étais pour moi ce qui ne m’empêchera pas d’oublier cette rancœur d’ici la prochaine scène. »

C’est là que j’ai compris que je pouvais devenir président des Etats-Unis comme les ¾ de la salle d’ailleurs, vu que j’avais grillé la couverture pas méga couvrante de Dominic Cooper en deux petites minutes à peine, vu le faisceau d’indices über concordants dont on est littéralement assommé dans la seule scène où Cooper se promène dans son manoir.

Un héros totalement débile et lent à la comprenure n’était pas un argument valable pour juger de la qualité d’un film alors parlons donc plutôt de la façon dont Timur torche ses scènes d’action. Et au cas où vous vous poseriez la question, non, mon choix de verbe n’est pas innocent.
Une scène d’action par Timur Bekmambetov suppose la conjonction de divers éléments dont l’alliance formera, sur votre écran, un caléidoscope de ballshit totalement inimitable. A les regarder comme ça, on dirait presque du (et merde, encore une…) Zack Snyder : poses iconiques dynamitées par des ralentis-accélérés aussi moches qu’inutiles, avec des passages tournés par un parkinsonien en pleine crise d’épilepsie au milieu. La seule chose qui différencie les deux styles, c’est bien l’inventivité dont Belmabetov fait preuve pour contextualiser.
Exemple : Abraham affronte enfin dans un duel à mort le vampire qui a tué sa mère => dans un champ => avec des chevaux qui courent dedans => et qui servent de projectile aux combattants.

NEVER SEEN ON SCREEN BEFORE

Autre exemple : Abraham part délivrer son ami d’enfance dans un nid de vampires qui ressemble à s’y méprendre aux Douze Chênes, vous savez, ce domaine de Géorgie où on fait de si bons barbecues (vous n’avez rien pané à cette phrase ? Regardez « Autant en Emporte le Vent », c’est un très bon film de vampires) => il se fait piéger => son autre BF4E le sauve en défonçant le mur de la maison avec un cheval => oui, décidément, se battre avec un cheval est un must, cette année.

C’est d’ailleurs l’unique chose qui sauve le film au bout du compte. La capacité de chaque scène à être plus débile que la précédente. Dommage que ce parti pris grand guignol ne soit pas assumé jusqu’au bout, ou pire, ne soit absolument pas une démarche consciente. Au regard du sérieux qu’affiche « Abraham Lincoln… » j’en suis venue à me demander si Bekmambetov avait conscience de tourner un film dont le sujet était tout de même un président américain en train de casser du vampire…

Du coup, entre des qualités visuelles douteuses, un scénario farci ras la glotte de trous et riche en répliques débiles (j’ai regretté ne pas avoir sous la main un calepin où noter les perles contenues dans ce film), et une prétention mal placée « Abraham Lincoln… » échoue à être ce qu’il aurait du, à savoir un film fantastique décomplexé affichant l’ambition de faire loler son public tout en assumant totalement ses partis pris.
Passons l’argument douteux consistant à blâmer les vampires pour l’esclavage pour s’attarder deux secondes sur le contexte historique servant de base à l’intrigue, et qui ici n’intéresse semble-t-il pas du tout scénariste et réalisateur. Ce qui en un sens est tant mieux. Jusqu’au moment où tu réalises qu’en fait, la désinvolture avec laquelle on traite le parcours réel de Lincoln contribue à désincarner le héros déjà bien handicapé par l’amibe narcoleptique lui servant d’interprète.
Lincoln devient chasseur de vampire parce que sa mère a été victime des pouvoirs à géométrie variable d’une morsure (un coup tu meurs, un coup tu te transformes, un coup… rien) et décide de se venger de l’assassin : jusqu’ici, tout va bien.

La suite est par contre plutôt mal gérée, faisant passer l’entrée en politique de Lincoln pour une simple anecdote périphérique, un arc parallèle au récit durant lequel Abraham se fait élire président des Etats-Unis hors-champ => fallait oser quand même.
Alors que bon, c’est pas comme si sa vendetta ne permettait pas de servir sur un plateau d’argent l’idée qu’il lui faut devenir le père de la nation pour la protéger de la menace vampire, afin de ne plus ressentir l’impuissance qui était la sienne lorsqu’enfant, il ne pouvait que regarder sa mère mourir.
On aurait tout aussi bien pu jouer avec les symboles, pousser très loin le bouchon : prestation de serment sur la Bible, assimilation de l’obélisque à un pieu géant… Une dimension avec laquelle il était pourtant possible de jouer quasi à l’infini.

Au lieu de quoi on doit se coltiner un truc comme une heure trente de néant assez sidéral, juste sauvé par le ridicule involontaire du film.
Ah, un dernier truc : les cinématiques du dernier « Assassin’s Creed » sont largement supérieures à tous les effets spéciaux miteux visibles dans « Abraham Lincoln… ».

Note :

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