Bruce Impuissant.

Août.

Le pire de tous les mois de l’année. La dernière ligne droite avant mes vacances. Le territoire de chasse des gros relous. La grande transhumance de la famille Troufignole, s’exilant des plages pour se rabattre vers les musées rapport au fait que « mais qu’est-ce qu’il pleut dans votre pays !!! » => et oui, pourquoi tu crois que Guy Cotten est Breton, ‘onnasse ?

Parfois, devant ce mélange si léger et subtil de mauvaise foi, de bêtise et d’indignation mal placée, je me prends à lorgner vers les toits. Plus précisément vers ce gros projecteur que j’ ai installé l’année dernière, un soir de désespoir après une journée composée de 57 « cette porte cooooooouuuuuuliiiiiiiiise, monsieur, faites la glisser, non, pas tirer, glisser ! », de 63 « visite guidée, ça veut dire avec un guide, oui » et de 104 « si c’est complet, ça veut dire qu’il n’y a plus de place » (soit autant d’invocations impromptues de Captain Obvious, qui est, dans ce type de cas, le plus inutile de tous les super héros).
Demain, il y a d’ailleurs de fortes chances pour que je quitte subrepticement mon poste, histoire d’appuyer négligemment sur un interrupteur qui activera le projecteur. Et comme « c’est drôlement nuageux chez vous », t’inquiète, madame Troufignole…

BAT SPOILER EVERYWHERE (et des plot holes aussi, de partout !!!)

Quand les frères Nolan ont écrit l’intro de « The Dark Knight Rises » (on note que depuis deux films, on ne parle plus de Batman dans le titre, et ça aussi, ça ressemble furieusement à une note d’intention), ils ont quelque part décidé de plomber le dernier volet de la trilogie en lui imposant une ouverture à l’image de tout ce qui suivrait : bigger, louder, stupider.

Au terme de près de trois heures de projection, si je ne peux décemment pas dire que Nolan s’est planté, j’ai le plus grand mal à dire qu’il aura réussi son pari. TDKR danse tout entier sur un fragile équilibre entre du n’importe quoi et du bon, parfois même du très bon, le tout porté sur un scénario qui n’avance qu’à grands coups de pompe dans le cul.

Un comble, de la part de Nolan qui en général te sort des scénars totalement WTF mais si bien emballés que de loin, on les dirait écrits par un mec qui a un immense talent (« Inception », c’est toi que je regarde en disant ça). Bien qu’il portait, abstraction faite de ses très grosses faiblesses, des éléments forts (Nolan va entre-autre jusqu’au bout de son idée du symbole, et le fait plutôt bien), son travail d’écriture souffre d’un bout à l’autre du film, soutenu par une réalisation oscillant entre propreté et indigence.

Et une fois encore, l’ouverture du film, aussi spectaculaire que déconnant dans les grandes largeurs, est emblématique de ce que sera TDKR deux heures quarante (et un entracte) durant : un très gros effet de manche dénué de logique et à ce point excessif en tout qu’il dynamite les enjeux. Bane, présenté par le biais de cette attaque d’un avion de la CIA (occasion tout de même de voir le deuxième acteur de « Game of Thrones » échoué dans la trilogie de Nolan : Aidan Gilen, avec une superbe permanente), y ressemble à une version sous stéroïde du Joker, avec ses plans capillotractés, ses incohérences dans le discours, à ceci de plus ennuyeux que bon, le Joker est un gros malade alors que Bane n’est pas précisément censé l’être.

Sorte de Jean-Luc Mélenchon qui s’adonnerait au culte de C’thulu, affublé d’un masque ressemblant à s’y méprendre à une araignée morte, Bane distribue le lénino-trotskisme à son prochain à grands coups de tartes dans la gueule et de plans débiles qui ne réussissent que parce que les frères Nolan mettent régulièrement des coups de trique dans l’arrière train de leur scénario histoire que ça continue à progresser. Heureusement que Tom Hardy est suffisamment impressionnant physiquement pour s’imposer un peu à l’écran. Mais il peut tout de même remercier Christopher Nolan de ne le filmer quasi qu’en contre-plongée. Au bout de la quatrième, bien calée dans ton siège, tu commences à comprendre que se sera le seul effet de style que le réalisateur s’autorisera sur ce personnage. Qui devient de fait aussi chiant à regarder que les scènes d’action du film.

Bon alors certes, oui, c’est incroyablement plus lisible que le gloubiboulga servi dans « Batman Begins » mais Nolan ne semble pas avoir trop évolué à ce sujet depuis « TDK », mis à part lorsqu’il se fend d’un plan large, waaaouh, c’est dément : le plus fixe possible, tout dans le même plan, aller, te fais surtout pas chier mec, les combats c’est fatiguant, ça n’intéresse personne. Quel dommage, justement, si. Parce que sorti du bête échange de bat-taquets dans la tête, un combat peut également résonner dans le cheminement d’un personnage. Exemple : les deux corps à corps de Bane et de Batman, qui font, d’un point de vue de la mise en image, carrément pitié.

New Gotham City.

Dans le dernier acte, le savoir-faire de Nolan pour gérer son minutage (déjà démontré dans l’enchainement des strates de rêves du final d’ « Inception ») sauve un peu le film, qui depuis l’attaque de Bane sur Gotham a sombré dans une sorte de démission totale. Que Nolan préfère filmer des dialogues que des mecs en cape, bon, admettons (on reviendra sur sa science du dialogue, au petit père), qu’il se foire à ce point sur le concept de la ville assiégée de l’intérieur, c’est déjà plus gênant.
Aucune tension, aucun sentiment de claustrophobie ambiante. Des résistants qui prennent des mines super mystérieuses devant les sbires de Bane et observent de façon plus discrète tu meurs le passage de la bombe dans les rues de Gotham, où ils sont les seuls péquins à trainer…

Une dernière demie-heure qui prend littéralement l’eau, la faute à l’incapacité de Nolan à se sortir des doigts du fondement, vraisemblablement parce qu’il n’en a strictement rien à secouer.
Comme si cette affaire de bombe nucléaire écolo à retardement le gênait (c’est dommage, c’est toi qui l’a écrite, petit) et qu’il cherchait à expédier rapidement tout élément concernant cet arc à l’exception faite des dialogues.

Blablablablablablabla !!!! Batman !!!!

Misère de misère et peau de banane, les dialogues. De looooongs échanges, filmés en champ contre-champ, oui, comme du cinéma français d’auteur, au cours desquels les personnages vont dégoiser pendant 4 plombes à propos de choses que tu as déjà comprises.
Prenons par exemple ce bon Alfred et son petit laïus sur ses vacances à Florence (avec un ENORME voyant rouge au-dessus de la tête de Michael Cane à cet instant, indiquant au spectateur : « retiens bien ça, tu vas voir, c’est important !!!!1 !!!11 »), qui quelques minutes plus tard, resservira à Bruce exactement le même dialogue dans l’esprit en lui donnant sa démission. Et ce, pendant évidemment 4 plombes et une vingtaine de champs contre-champs.

La passion de Nolan pour le sous-titrage audio de ses films va encore plus loin dans une scène pourtant excellente, celle du retour du Batman à Gotham après 8 ans d’absence. Alors qu’on aurait pu largement se contenter des tronches des flics et des citoyens découvrant ébahis, mi-effrayés mi-exaltés, le retour du chevalier noir en ville, non, Nolan il te colle un dialogue entre le commissaire et le trouffion Blake : « Ahah ! Batman ! Tu es fait comme un rat ! Comment je vais te pwned car depuis 8 ans tous les flics de cette ville ne rêvent que de te mettre la main dessus, toi et ta cape ridicule ! Ahah ! Je vais enfin les avoir mes médailles de super flic car je suis con, méchant et totalement obsédé par les honneurs faciles et mon ego surdimensionné ! » => sérieux ?

J’avoue avoir un peu de mal à comprendre la façon dont les frères Nolan ont conçu le scénario de TDKR. Celui-ci souffre en effet d’un déséquilibre criant, réussissant le tour de force d’être plus bavard encore que TDK (ou encore un de mes billets), ce qui n’est pas un mince exploit.
Bon, s’enquiller 3 heures de dialogues en champ contre-champ, à la limite quand le dialogue est bien écrit, ça passe, prenez n’importe quel film de Tarantino où une scène dialoguée sert toujours à faire progresser l’histoire. Ici, j’ai un peu plus de mal avec la manie des frères Nolan à tout surligner avec leur gros stabilo of doom. Cela donne des scènes de parlotes destinées à de l’exposition qui finissent presque à en devenir risibles telle la première scène de Blake :

« –Coucou commissaire Gordon ancien ami de Batman vous qui l’avez mieux connu que quiconque et ressentez son absence cruellement d’ailleurs c’est sans doute pour ça qu’on vous montre lorgnant le ciel d’un air chafouin, caressant langoureusement le Batsignal que vous avez défoncé à la hache dans le film précédent.
Coucou, jeune agent fraichement émoulu de l’école de police plein de fougue et de bonne volonté d’ailleurs, c’est pour ça que tu portes un uniforme de flic des rues, que tu as le visage jeune et le front altier et que tu me casses les roubignoles depuis 5 minutes avec Batman qui nous manque tout ça tandis que je me frotte sauvagement sur le Batsignal, parce qu’il me manque autant qu’il manque à Gotham, mais bon, tout ça c’est la faute à Harvey Dent et ses lois posthumes super efficaces contre les méchants, si, petit agent, souviens-toi, on l’a dit dans le film il y a 5 minutes pendant les discours au manoir Wayne mais le public doit être un peu con alors on va tout répéter en rephrasant.« 

A peine s’exagère, c’est dire.

A un moment, j’ai cru que j’allais me lever, sortir un shot gun de mon sac et me mettre à tirer sur tout le monde tellement ça m’agaçait (cette phrase de mauvais goût et d’une méchanceté gratuite, je la dédie du fond de mon petit cœur à Télérama).

Plot holes, plot holes everywhere !

Bon, les dialogues redondants et surexplicatifs, ils existent à la pelle depuis l’origine du cinéma de Nolan. Je ne devrais même pas m’étonner, ni même venir râler, ça reviendrait à dire que les films de Woody Allen sont trop bavards.
Cependant, cette sale manie m’a semble-t-il totalement parasité le reste du film, qui sur la durée, se devait de trouver un équilibre entre discussion et action, entre dialogue et images, ces dernières passant donc totalement à la trappe.
Que Nolan surkiffe ses foutus champs contre-champs de téléfilm français, j’ai presque envie de dire, bon, si ça peut lui faire plaisir… Mais qu’il les utilise dans un Batman au détriment de la construction de son ambiance et de la crédibilité de ses personnages, déjà, là, ça me fait moins marrer.

Ainsi, Bruce Wayne, en mode Howard Hughes, reçoit le jeune agent Blake dans son manoir. Pendant de longues plombes, Blake lui explique qu’il sait qu’il est le Batman parce qu’il a la rage dans le dedans de son petit corps rapport au fait qu’il est un orphelin. Déjà, dans ce dialogue, à aucun moment Blake ne laisse entendre comment il a su, grâce à son regard d’orphelin en rage, que Wayne était du coup Batman. Bon, passons, hein.
Au bout de ce monologue un peu WTF mais pas mal écrit et bien joué, Bruce Wayne décide de se remuer un peu le gras et de redevenir Batman.
Oui, comme ça. Hop. Ça fait 8 ans qu’il joue tout seul au joquari dans les grands couloirs vides de sa maison, et qu’il mange le pudding d’Alfred en regardant « Question pour un Champion » dans son canapé, tout ça pour une raison pas tiptop crédible en plus (non, vraiment ? Batman qui range les gants au motif que la mafia est sous les verrous grâce aux lois Dent ? Bon, admettons), mais il suffit qu’un agent de la circulation vienne lui faire la morale et le démasque parce que ça arrangeait les frères Nolan, pour qu’il décide de reprendre du service.

Beh voui.

Waaaooouh.

A croire que Nolan n’en avait plus rien à faire de son personnage, au point tout de même d’écrire une scène où Bruce se rend à l’hôpital pour un bilan de santé, se voit déclarer inapte à tout vu que son squelette accuse bien ses 89 ans et que ses cartilages s’en sont allés au paradis des ostéopathes, mais réussit dans la seconde d’après à sauter en rappel jusqu’à la chambre de Gordon. Un effet de manche aussi inutile que dramatique dans ses conséquences puisque concrètement, quand le docteur il te dit que tes rotules ont fusionné avec tes tibias, tu auras beau te mettre un bat-strap sur le genou, il y a peu de chance pour que tu sois capable de continuer les cabrioles. D’ailleurs, si tu n’es pas déjà mort cérébralement à cause des dialogues, dans la deuxième partie du film, tu t’interrogeras sur comment Bruce, dans sa prison, fait pour escalader le mur, sans ses cartilages et ses gadgets => massive plot hole.

Batman, la démission ?

Encore une fois, ce n’est pas une vraie surprise que de constater dans cet ultime volet combien Nolan est profondément gêné par son sujet. Bien qu’il soit parvenu dans TDK à composer une variation très convaincante sur le thème du Batman, il m’a toujours semblé que l’aspect over the top qui fait l’essence même des comics l’a toujours un peu ennuyé.

Il faut dire que Nolan n’est pas un gars très fun. Pas drôle donc, et avec une imagination très limitée en plus, si j’en crois le visuel hallucinant de normalité du monde des rêves dans « Inception », lorsqu’il arrivait à faire passer une ville qui se replie sur elle-même comme le sommet absolu de créativité onirique. Lisez attentivement ce qui va suivre parce que je ne le dirai plus : même Zack Snyder dans « Sucker Punch » faisait montre de plus de créativité. Je vais laver mes doigts dans la Javel pour avoir écrit du bien de Snyder et je reviens.

Du coup, depuis le tout premier film, Nolan évite soigneusement de donner à sa trilogie des airs de comics à l’écran. Une démarche pas totalement infondée, puisqu’il s’acharne avec un succès certain à raccrocher cet univers étrange au notre, pour mieux traiter de sujets dépassant largement le Batman. Lequel dans ce troisième film semble presque un sujet secondaire au regard de l’intérêt que porte Nolan à son analyse politique.

Ce parti pris se ressent pleinement dans l’évolution du traitement de Gotham au fil de la trilogie. Métro aérien vaguement steampuck dans le premier, ambiance sombres, choix de n’exposer la ville que de nuit, ou presque. Et puis à partir de TDK, d’un coup comme ça, adieux les efforts sur les décors, adieux les ambiances nocturnes un peu poisseuses. Dans TDKR, on a même carrément abandonné Gotham pour New York. Nolan ne se donne même plus la peine pour travailler l’identité de cette ville, un peu comme s’il était son personnage principal d’ « Inception ». Mais si vous savez, le mec qui piégé dans une dimension onirique avec un pouvoir de création illimité, se contente de bâtir des gratte-ciels.

Un univers pas vraiment assumé.

Entre Gotham réduite à un nom balancé de temps à autres pour rassurer le public sur le fait que si, il est bien devant un Batman, et le choix étrange de faire apparaitre Catwoman sans jamais la nommer, il y a tout de même de quoi se poser des questions sur la volonté de Nolan de prendre son sujet à bras le corps.

Autant Anne Hathaway gère très bien son personnage, au-delà de ce que j’imaginais, pour tout vous dire, autant on ne peut pas dire la même chose de Nolan. Le choix de la faire apparaitre sous le vrai nom de Catwoman, de l’affubler de lunettes hightech en forme d’oreilles de chat, de faire passer deux trois coupures de presse faisant état des agissements du Cat, mais de ne jamais au grand jamais se risquer à la présenter comme autre chose qu’une escamoteuse de talent dénote d’un certain malaise. Comme si Nolan ne savait pas trop quoi faire de cette gonzesse en combi moulante qui en plus a le malheur d’être sexy (trouvez-moi une fille sexy dans un film de Nolan depuis le passage de Scarlett Johansson dans « Le Prestige »…). Du coup, il se contente de la doter d’un background suffisamment ténu pour ressembler à du foutage de gueule dont il va pouvoir se prémunir en dégainant le paresseux argument scénaristique de Table Rase, le fameux programme qui te fait disparaitre de tous les ordinateurs de la planète.

En fait, c’est presque tragique à dire, mais Nolan réussit mieux tout ce qui a trait aux identités civiles de ses héros. Bruce Wayne est plus intéressant que Batman et Selina Kyle est plus sympa sans sa combi. Dès que les masques sont mis, on sent un léger manque d’implication de la part du réalisateur qui fait alors ce qu’il peut pour aller jusqu’à la scène suivante, par exemple, un super dialogue de 3 minutes en flux tendu pour réexpliquer TOUS les enjeux du film.

Dis donc, Christopher, tu nous prendrais pas un peu pour des cons ?

Bon, mis à part un rythme lénifiant, des trous dans le scénario qui font rêver (l’attaque de la bourse et la vente totalement aberrante de ses actions par Bruce Wayne qui s’est fait volé ses empreintes, et personne ne peut faire annuler ça parce qu’il n’est pas facile de prouver la fraude => OH REALLY), des personnages aux motivations étranges (je n’arrive toujours pas à comprendre pourquoi Batman se terre pendant 8 ans. Quoi, y’a même plus un seul vol de sac à main à déplorer depuis la mort de Dent ?), des trucs tellement WTF qu’on les croirait sortis d’un Michael Bay (Bane qui se téléporte dans sa prison moyennement orientale, Bruce qui se téléporte dans une Gotham ceinturée de toute part), et une somptueuse incohérence tellement énorme que quand tu vois ça, tu sais plus trop quoi penser : Batman, en tenue de combat complète, gadgets compris, marche sur une glace si fine qu’elle cède sous le poids d’un midget en costard. Comme ça. A l’aise, le mec. En fait, Batman, il a pas de masse. Un jour, le boson de Highs est venu le voir, mais ça l’a mis de travers, alors il lui a démoli la tête, parce qu’il est de goddam Batman.

Sinon, je ne peux expliquer cette scène.

Ceci dit, ce n’est pas très grave, c’est juste une petite coquille, à la rigueur, ça renforce l’aura du personnage, et ça fait même arrivée miraculeuse. Sauf que dans un film un peu déconnant dans l’ensemble, ça passe mal.

Tenez par exemple, le mystère étrange et pénétrant des origines de Bane qui est traité avec une balourdise assez impressionnante. Alors même que la prison dans laquelle se retrouve Bruce lui rappelle ce puits dans lequel il était tombé étant petit, et par là même la grande leçon de son père : toujours se relever (pour le coup, c’est habile, c’est bien troussé, c’est du très beau travail), on nous bassine pendant trois plombes avec les histoires des vieux mystérieux de la prison qui dégoisent leurs petites histoires en ne laissant planer aucun doute sur le fait que Bane et l’enfant sont deux personnes distinctes : on parlera toujours de l’enfant, et dans une autre phrase, on prononcera le nom de Bane. Bruce Wayne passera tout de même 5 mois à croire dur comme fer que Bane et l’enfant ne font qu’un, alors que le spectateur a pigé depuis un moment déjà que l’enfant ne peut être à ce moment du film que deux personnages : Blake, ou Miranda. Après, le choix d’un doppleganger de l’un de ces deux personnages pour incarner l’enfant ne laisse guère de place au doute.

Mise à part cette mise en place incroyablement maladroite du twist, sa résolution n’est guère plus satisfaisante, servie sur, devinez quoi, un looooong monologue trü evil en mode Kael Thas démultiplié (les amateurs de WoW apprécieront) : « Bouhou, Batman, comment je t’ai niqué ta face, haha, tu voilà bien feinté car, ouiiiii, ouiiiii !!!!! C’est moi l’enfant caché de Qui Gon Jin Ras Al Ghul !!! Cette histoire d’actionnaire majoritaire n’était qu’un petit contre-temps !!! CE MONDE BRULERA !!!! »
Avec une fin presque aussi pitoyable, servie par un jeu d’acteur d’une surpuissance comme j’en aurai rarement vu.

Bon ça encore, on peut juste se dire que parfois, un choix de casting peu pertinent allié à une écriture défaillante, ça peut arriver à tout le monde.
Là où j’ai du mal à suivre Nolan c’est dans la façon dont il gère le très bon personnage de Blake, qui suit une belle trajectoire, remettant en cause ses idéaux pour choisir enfin son combat, sans compromettre son intégrité, en quittant la police pour embrasser la cause des justiciers masqués, suivant les recommandations de sensei Batman.
Le voir jeter son insigne au terme du climax suffisait largement pour entériner son évolution, pour comprendre qu’il est l’héritier. Mais non, il faudra se fader un discours explicatif et une révélation de son prénom de baptême, pour bien nous faire tout comprendre => le mec c’est ROBIN. ROBIN. Pigé ?

Quant à la maladresse avec laquelle Nolan conclue son film, en faisant semblant de laisser une porte ouverte, une possibilité pour le spectateur de déduire plutôt que de se voir tout prémâcher, oh et puis flûte, non, ça sert à rien, on montre tout !
Une façon de conclure son film, sur lequel il ne compte d’ailleurs pas revenir (un reboot serait prévu dans les années à venir), en dynamitant le dernier quart d’heure, en jetant aux orties tout le travail qui avait contribué à créer ce climat de désespérance, en grillant ses dernières cartouches sur une stupide image de Bruce Wayne en train de boire un cappuccino à Florence MAIS OU IL VA LE MONDE, JE VOUS LE DEMANDE ???

Empêtré dans la cape de son justicier masqué, Nolan semble être arrivé à saturation sur TDKR, concluant de manière insatisfaisante une trilogie pourtant de très haute tenue comparée à ce que la concurrence, j’ai nommé les adaptations Marvel, est actuellement capable de produire. S’il est gêné par son sujet, Nolan parvient tout de même à hisser le genre à un niveau trop rarement atteint, celui où le réalisateur empoigne son medium pour traduire dans son langage une matière riche et difficile à embrasser. Et la façon dont il est parvenu à faire exister son Batman, le désespoir qui imprègne littéralement la pellicule trois films durant, reste digne de respect (et fait d’autant plus regretter sa maladresse sur le troisième volet).
Simplement, Nolan n’aura jamais le talent d’un Sam Raimi, ni son humilité. Et maintenant qu’il peut passer à autre chose, reste à espérer qu’il s’attèle à un projet qui lui corresponde vraiment.

Au lieu de livrer la conclusion tragique et épique attendue, il se contente d’un produit satisfaisant sans plus, jamais à la hauteur de ses promesses.

Note : ** (étrangement, ça donne la même note que « Avengers », mais bon, hein, c’est tout de même largement supérieur)

PS : Puisque l’info a été confirmée par Christian Bale lui-même sur une jaquette dédicacée d’édition collector , je ne vois aucune raison pour ne pas vous proposer ces images du seul vrai et unique Batman.

PPS : J’aurais du me fendre qu’une remarque acide et rageuse sur la musique de mayrde composée par Hans Zimmer, semble-t-il obsédé par l’envie de faire toujours PLUS FORT, PLUS DE PERCUSSIONS, MONTEZ LE SON J’ENTENDS RIEN ! Comme le disait si bien le Reichminister Ludwig Van Apfelstruddel : « Cessez cette cacophonie infecte !!!!« 

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