E Pericoloso spingersi.

Alors quand je vous disais que les sorties ciné du moment me donnent envie de me pendre, je ne plaisantais pas. Après « Piégée », voici « To Rome with Love », le dernier Woody Allen dans vos salles, qui s’impose comme la copie carbone, ou le complément logique, je n’arrive pas trop à le déterminer, de « Midnight in Paris ».
Woody Allen ayant pokévolvé en Office de Tourisme de luxe, il était plus que temps pour lui de s’attaquer à la ville éternelle. Après Barcelone capitale de la sensualité, Paris ville du rêve, voici donc Rome, cité des fantasmes assouvis.

Est-ce que tout cela est un exercice de style plutôt raté dans le sens ou chaque ville filmée semble interchangeable, ou simplement l’expression d’un Woody en fin de course qui se borne à produire d’adorables et légères petites pastilles, sans jamais renouveler son style, au risque de voir sa carrière se conclure sur un film insignifiant ?

Par chance, même lorsqu’il se divertit sur un film comme « To Rome with Love », Woody Allen ne brade pas ses qualités premières : les dialogues sont percutants, le scénario plutôt bien troussé, les acteurs très bien dirigés, et la mise en image propre, enchanteresse, un vrai exercice de sublimation d’une ville aboutit jusqu’à un certain point. Le point en question étant que « To Rome with Love » aurait tout aussi bien pu s’appeler « To Budapest with Love » voire même « To Auch with Love ». Dans le fond, la ville n’a guère ici d’importance. Le titre laisserait entendre qu’Allen aurait voulu en faire un personnage central mais à part deux trois utilisations de monuments, qui plus est dans une seule des nombreuses histoires qui composent le film, on est très loin de l’incarnation par l’image de Rome.
Autant « Midnight in Paris » jouait sur l’aura de notre capitale de façon habile, autant ici, le seul mérite de Woody Allen à poser ses caméras à Rome est de retranscrire de façon assez troublante l’ambiance de « Vacances Romaines », sans jamais utiliser vraiment la ville en question.

Une fois Rome perdue de vue, il ne reste plus qu’à se contenter de ce qui nous est offert à savoir 4 histoires sans lien entre elles, contées comme on colle des vignettes les unes après les autres. Certaines souffrent de graves défauts d’écriture, en particulier celle avec Penelope Cruz qui s’apparente à un vaudeville mou du genou. D’autres sont aussi absurdes qu’inégales, comme les deux récits mettant en scène Roberto Begnini et Woody Allen. La première est sans intérêt, la seconde franchement drôle, grâce à un traitement purement allenien. Il faut dire que se donner le rôle du retraité névrosé et caustique en pleine quête de sens de la vie, pour Woody Allen, c’est presque trop facile. Mais ça fonctionne. D’autant que l’histoire du metteur en scène d’opéra qui monte Rigoletto avec tous les acteurs déguisés en souris est quasi autobiographique (un détail que j’ai appris après la projection, et c’est bien dommage). Et le final de cet arc avec le mec qui chante un opéra entier dans une cabine de douche en se savonnant sous les yeux ébahis de l’assistance, franchement, c’était purement jouissif.

Sorti de ces pastilles rigolotes (oui, mon choix d’adjectif est hasardeux, mais je n’ai pas trouvé mieux sur le moment), Woody Allen écrit son meilleur segment avec l’histoire du piège à mec, mettant en scène une Ellen Paige à baffer et un Jesse Eisenberg en victime consentante sous l’ironie mordante et le regard décalé d’Alec Baldwin (ou du mec qui l’a mangé, difficile à dire). Drôle, pertinent, terriblement juste, l’arc n’aurait en revanche jamais tenu le film entier, même s’il s’avère être un de ses points forts.

« To Rome with Love » n’est qu’un énième Woody Allen conçu comme une récréation, mais sans vraie ambition, se bornant à divertir sans rien chercher d’autre, remplissant parfaitement son objectif, ne parvenant même pas à m’énerver avec tous ses défauts, sans jamais réussir à me paraitre sympathique => OMG, tout pareil que « Vacances Romaines », et pourtant, dans celui-là, il y avait Audrey Hepburn…

Note : * (To Woody with love)

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