It’s a trap !!!!

Et oui, c’est fou, je suis allée au cinéma ces dernières semaines, et pas qu’une fois en plus. Deux, pour être précise, mais étrangement, poufpouf, pas envie, motivation zéro, la panne, page blanche et tout ce qui s’en suit.
Terrible.
Non mais bon, en même temps, j’ai aussi passé mon temps à lorgner du côté de San Diego ces jours derniers, à guetter le moindre scoop sur « The Hobbit » (mon attirance malsaine pour les films de Peter Jackson, encore et toujours), à tenter d’apercevoir la queue d’un kaiju derrière toutes les interviews de Guillermo Del Toro ou à refaire image par image le teaser de « Oz » de Sam Raimi.


Qu’on se le dise, l’avenir du cinéma, c’est du présent, mais pas en salle. Non, dans un hall blindé de monde, emporté par la foule d’un cosplay géant, et en Californie, les mecs.

Sinon ici, c’est la misère, la preuve, je suis même allée voir un film de Steven Soderbergh. Alors que bon, après « Contagion », je m’étais jurée plus jamais.

« Piégée » m’a attirée en salle uniquement sur le principe qu’il s’agissait d’un film d’action. Je sais pas, sans doute des résidus de l’expérience « The Raid », je me suis aussitôt dit « Cool, des mewashigeri ! » et je me suis jetée dessus, qui plus est rassurée par des rumeurs globalement positives audibles et lisibles un peu partout dans la presse.


=> L’ERREUR FATALE.

Car j’avais oublié que tel Tim Burton, Steven Soderbergh est dépositaire d’un des pouvoirs les plus puissants qu’il soit : il est institutionnel.
Il y a une sorte de mécanique dans les rapports entre cinéma et critique. Souvent, un réalisateur doué et inventif se pointe, et se vautre dans la presse, quand bien même son film est vraiment bon, ou même simplement prometteur. Alors le mec, il se démonte pas, il s’accroche fermement à son intégrité artistique et il en fait un deuxième. La presse le conspue encore, mais bon, ça fait deux fois, on commence à s’habituer maintenant.
Ensuite, tu as deux options : soit le réalisateur se décide à rentrer dans le moule et produit des œuvres stéréotypées et politiquement correctes, soit il persiste dans son « erreur » mais finit par si bien faire partie du paysage que l’on oublie qu’il était honni pour les raisons qui le font adorer aujourd’hui.
Deux exemples éloquents : Tim Burton, qui après sa mort est devenu le pépé pantouflard que l’on connait, mais qui apparaitra invariablement dans la presse derrière l’adjectif « visionnaire », et Sam Raimi, qui est resté fidèle à lui-même, mais qui jouit désormais également du label « visionnaire », merci la trilogie « Spiderman ».
Inutile de vous préciser à qui va toute mon affection.
Steven Soderbergh a ceci pour lui d’être encore plus puissant que ces deux là. Le « visionnaire« , il y a eu droit direct. Ou presque. C’est qu’il a vite pigé que pour avoir ses gros titres à chaque sortie de film, il suffisait de donner du « la guerre c’est mal« ,  » la drogue c’est pas bien« , de coller des filtres de partout et surtout, de bien poser sa caméra comme il faut sur un trépied, sinon, ça voudrait dire qu’on commencer à faire des effets de réalisation et ça, la presse en a une sainte horreur.

Steven et ses films à papa, faussement engagés, ou plutôt devrais-je dire, vraiment engagés dans l’enfoncement de portes ouvertes, bénéficie systématiquement d’une couverture presse largement laudative. Pourtant, encore aujourd’hui je cherche l’intérêt de « Contagion » => maisbonsangmaisc’estbiensûr, la maladie se propage comme l’information, parallélisme des épidémies, oui, et ?


Avec une aura telle que la sienne, Soderbergh peut maintenant ne réaliser presque que des films chorale. Avec des castings plus hype tu meurs, tellement de star au centimètre de pellicule qu’il peut se permettre d’en tuer une toute les 10 minutes, ça fait trop iconoclaste « han, voyez, il a pas peur de supprimer purement et simplement le personnage de cet acteur siiiiii bankable » => sommet de l’audace cinématographique, Everest de la provocation artistique.


« Piégée » reprend donc la recette, avec une subtilité toutefois : le rôle principal est confié à une quasi inconnue des plateaux de tournages, quasi débutante aussi, Gina Carano, spécialiste des arts martiaux, censée assurer une performance physique crédible à l’écran.
Ben oui, j’ai lu ça sur Internet, c’est que ça doit être vrai.

Sauf que, la mère Gina est si bien mise en valeur que ça pourrait être Isabelle Nanty en train de mettre un atemi dans la tronche de Michael Fassbender que je n’y aurais vu que du feu.


Enfin non, je suis un peu de mauvaise foi. En réalité, Gina Carano est le seul élément de crédibilité du film. Parce que devant la caméra, quand elle combat, elle ne fait pas semblant de se donner à fond. Et son savoir faire en matière de faisage de tête au carré saute aux yeux. Heureusement. Parce que Soderbergh, ce gros glandeur, ne se donne du coup jamais la peine de dynamiser sa réalisation.
Un bien beau gâchis avec pareille actrice, laissez-moi vous dire.


Non seulement sa manie de filmer tout en plan fixe avec de temps à autre des champ/contre-champ me donne furieusement envie de dormir, mais en plus son montage est une oeuvre à la gloire de la neurasthénie comme j’en ai rarement vu, à part dans un téléfilm français.
Sérieusement, Steven, les deux poursuites, dans les rues de Barcelone et sur les toits de Dublin, mais ça ressemble à quoi ? Inutilement longues et montées de façon à faire tomber la salle toute entière dans les bras de Morphée. Que j’aurais volontiers rejoint, mais j’avais payé ma place alors zut.
Exemple éloquent : Gina Carano poursuit dans les rues un monsieur que nous appellerons Pepito pour les besoins de la démonstration. Steven Soderbergh va donc placer une caméra au bout d’une rue, sur un trépied. Nous verrons surgir du coin opposé de la rue Pepito. Le plan suivant, se sera Gina Carano, filmée depuis un trépied dans une autre rue. Troisième plan, Gina déboule dans la même rue que Pepito précédemment.
Voilà, répétez le procédé pendant 5 bonnes minutes, et vous avez votre film d’action thriller parano trop génial de Steven Soderbergh. Ah, et ajoutez un filtre aussi, c’est très important. Le plus moche possible, tant qu’à faire.

Idem sur les toits de Dublin, avec cette caméra qui suit bêtement les cabrioles de l’actrice du point A au point B.


Bon sang, Steven, n’essaye même pas d’excuse « ouais, je suis pas un réalisateur de film d’action à la base, moi je suis plutôt un hispter« , ça ne marche pas !
Prends donc exemple sur cet esthète adepte de la belle ouvrage, j’ai nommé Joe Wright, qui est tout de même bon, à un moment faut le dire, un sacré foutu réalisateur dont le seul défaut et parfois de le savoir un peu trop bien, qui te fait coup sur coup « Orgueil et Préjugés » puis « Expiation » et soudain, te balance « Hanna » en pleine face, lequel s’avère une sorte de « Piégée » pour petite fille psychopathe de 12 ans, mais avec une sacrée note d’intention tenue d’un bout à l’autre et un talent évident pour mettre en scène le combat, l’action, la poursuite, l’angoisse, la paranoia (et je prends là comme ça le plan-séquence où Eric Bana déboite des mecs dans le métro de Berlin, comme exemple appuyé).


Non, non, Steven Soderbergh est juste mauvais. Il faut se l’avouer à un moment. Après « Ocean’s 12 », « Ocean’s 13 », après « The Informant », un film sur lequel je n’ai jamais pu écrire tellement sa vacuité et sa sècheresse m’avaient assommée, après « Contagion », je crois que je peux enfin me dire sereinement : je n’aime pas ce que fait ce type. Et je pense que je vais arrêter là les frais.

Ce qui est bien dommage au regard de ce que « Piégée » promettait dans le fond. Le scénario, pas follement original mais assez bien foutu, était potentiellement porteur de tension, ici évacuée par l’absence de projet de réalisation sur le sujet. Ahah, c’est bête, ça, Steven.
Heureusement, le scénario en question joue sur un récit éclaté dans le temps, imposant de constants aller-retours du passé au présent, qui sauve ici très clairement de l’ennui profond. Procédé habituel chez Soderbergh qui décidément a tout d’un cache-misère.
Tout comme l’est Gina Carano, qui s’en tire plutôt bien, imposant facilement son charisme au milieu d’Ewan Mc Gregor, Micheal Fassbender, Michael Douglas et autre Bill Paxton étrangement relooké « 30 avril 1945« , avec la mèche et la moustache. Finalement, c’est bien pour elle que je ne me suis pas laissée absorbée par la torpeur qui tentait pourtant par tous les moyens de me gagner.

Il est évident que passer derrière « The Raid » était difficile. Mais entre ne pas égaler ce dernier et en prendre le contrepied total sous prétexte de vouloir faire un film d’espionnage d’action thriller je sais pas quoi encore, aux allures réalistes, il y a un fossé sur le mauvais côté duquel « Piégée » se situe.
Sorte d’enfant illégitime qu’aurait eu Jason Bourne avec La Mariée de Tarantino, le film tente vainement de se donner un ton différent, comme s’il cherchait à se distancier au maximum de ces deux influences, plus particulièrement sans doute de la première. D’où, j’imagine, les caméras fixes, jamais tressautantes, ce qui est je vous l’accorde, assez reposant. Trop, en fait, et c’est bien là le problème.

Je serais une odieuse langue de vipère (hmmm… attendez…), je dirais presque que « Piégée » est le thriller d’action idéal pour bobo, un film bien asceptisé, sans prise de risque, avec ce qu’il faut d’inattendu (Gina Carano) pour créer un frémissement d’intérêt.


Spoiler dernière scène qui t’achève d’un coup dans la glotte :

Antonio Banderas, barbu comme un mollah pendant tout le film mais qui après son divorce, convolant désormais avec Maria-Petassa Del Bikini, s’est visiblement rasé (les détails….), se fait surprendre par Gina Carano dans sa villa de Majorque. Pour être précise, Gina sonne à la porte, Maria-Petassa va ouvrir et se fait latter les implants mamaires en deux coups de pied retournés.
Inquiet de ne pas la voir revenir, Antonio va donc à son tour à la porte, qu’il contemple comme un con pendant de longues secondes (où est passé le corps de Maria-Petassa, mystère), ce qui permet à Gina Carano de surgir dans son dos en passant….. PAR LE TOIT DE LA MAISON.
Mais WAT ???
Elle vient de se faire ouvrir la porte et a eu largement le temps d’entrer, de se planquer dans la pièce pour débouler en criant Kamoulox dans le dos de Banderas. Mais non, c’est une artiste, elle n’aime pas la facilité. Les portes, c’est pour les faibles.
Ainsi, après avoir savaté l’autre pétasse en bikini et trainé son corps dans un placard, elle est donc ressortie, a escaladé le toit pour sauter sur la terrasse dans le dos de son ennemi juré, lequel, vu la brioche qu’il se traine, ne lui posera sans doute pas trop de problèmes.

Une scène qui finalement, résume bien le film.


Note : * (non, je ne me résous pas à lui mettre un panda, allez savoir pourquoi..


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