Il faut sauver le soldat Tyrion.

J’aurais bien envie de vous dire des trucs sur combien l’épisode du jour a su remarquablement investir TOUT le pognon de la série dans tout un paquet de scènes d’anthologies, combien j’ai trouvé tout le monde totalement grandiose, à commencer par Jack Gleeson (ouioui), vous livrer mon étonnement face à une blessure à la joue létale, mais tout ce qui me vient là comme ça, c’est les Pluies de Castamere.
Et « Gentle Mother », qui en dix secondes a démontré combien une foutue chanson te rattrape deux saisons entières consacrées à oublier l’existence de 7 dieux.
Ah, et les cloches de Port Réal. Et les tambours de Stannis. *utain, les tambours de Stannis…

« Blackwater » est plus que ce que j’espérais de cet avant dernier épisode. Après ça, Jon peut bien mourir la tête enfoncée dans une congère, Dany se faire bouffer par les Non-Mourants, Arya finir empalée en haut de la plus haute tour d’Harrenhal, je m’en fiche totalement.

Pas garanti que cette chronique soit bien longue. Construit comme un petit film, « Blackwater » peut même s’apprécier indépendamment de la série, tant il construit en 55 minutes le récit angoissant et haletant du siège de Port Réal, avec tension, héroïsme, humour, et apparition inexpliquée pour finir en beauté sur le trône de fer itself.

Ah, je m’en souviens encore comme si c’était hier, discussion au coin de feu, entre deux knackies : « Non mais ok, HBO produit « Game of Thrones », mais JAMAIS on n’aura le droit de voir la bataille de la Nera ! »

Au regard des affrontements elliptiques de ces deux premières saisons, je m’attendais davantage à voir plein de plans serrés, quelques effets spéciaux cheapos pour la forme, et pas mal de dialogues afin de boucher les trous.
En fait, je pensais regarder « Game of Thrones » et je me suis retrouvée devant un mix de « Braveheart » pour le côté découpage en cubes avec des épées à deux mains et « Band of Brothers » pour l’odeur de mort et dépassement de soi.

Une poutre. Du niveau d’un épisode de « Deadwood » pour l’équilibre subtil entre action, émotion, narration. Du moment de gloire en pagaille, et pour tout le monde.
Mince, je l’écris comment ce billet, moi ?


Oui, on s’affiche Lannister maintenant : deal with it.

« And so he spoke, and so he spoke, that lord of Castamere ».

On le sait tous, parce qu’on l’a tous déploré au moins une fois depuis le début de la série, que son principal talon d’Achille est et restera son budget. Précisément la raison pour laquelle on n’a jamais vu la moindre bataille de Robb, pour ne pas dire la moindre bataille tout court. La raison pour laquelle il n’y a eu qu’un bateau de construit pour la saison 2 au lieu des 9 demandés. La raison pour laquelle les loups des Stark sont si rares.
Accessoirement, c’est aussi pour cela que la saison 1 semblait si cheapos sur les bords, sorti de quelques beaux plans larges, s’entend (je repense aux costumes et aux décors de l’époque, et ça me fait doucement ricaner aujourd’hui, en me souvenant des robes en lin merdique de Cersei).

« Blackwater » marque clairement l’apothéose de la série à ce jour. Se sera sans doute la tradition désormais dans « Game of Thrones » que de placer un évènement terrible dans chaque avant dernier épisode de saison, et j’aime autant vous dire que la Bataille de la Néra sera un modèle difficile à dépasser.

Visuellement, certes, cela ne détruit pas tout sur son passage. Mais chaque plan large est utilisé à très bon escient.
Je pense en particulier à ce plan où Davos traverse le pont de l’Unique pour regarder sa flotte qui s’étend derrière. Des bateaux en CGI dans la nuit et le brouillard => image efficace, et pas trop chère à produire. Avec toute cette brume, tu peux mettre tous les gros pixels que tu veux sur ton image de galère, le spectateur n’y verra que du feu.

Je pense aussi au feu grégeois sur la mer, avec ces explosions en chaine, et que je te fais voler des bateaux, des figurants avec.

Le point de départ de la bataille, situé à cet instant précis où Tyrion fait enflammer le feu grégeois, est aussi le dernier vrai panorama de l’épisode. Placé à ce moment, il permet de ne pas donner l’impression au spectateur que la série vient de crâner ses dernières cartouches. La suite n’implique en effet plus de bateaux et autres engins de siège, mais des hommes les uns contre les autres. De plans larges aux images posées, embrassant la situation et le placement de chaque personnage, on passe ensuite à des plans plus resserrés, quasiment caméra au poing, dans l’épaule de chaque protagoniste.

Et là encore, la série reste généreuse, quoi que plus timorée. Du figurant à la pelle, des combats bien sanglants, de la tripaille partout, du feu. Si le cadre s’étrique, il reste plein comme un œuf, ne laissant jamais le sentiment d’un amoindrissement de l’évènement. Celui-ci vient juste de se resserrer sur des enjeux plus personnels, amorcés dès le début de l’épisode, qui se dénouent tous dans les dernières minutes de l’épisode.


« J’ai perdu la tête, depuis que j’ai vu Stannette… » Air connu (et blague la plus naze de ce blog ever)

Un épisode qui a d’ailleurs bénéficié d’une rallonge de budget afin de servir aux spectateurs une bataille digne de ce nom. A l’origine, la majeure partie des combats aurait dû se dérouler hors champ.

« You win or you die ».

Une des plus grandes réussites de l’épisode est l’impossiblité pour le spectateur de se ranger pour un camp ou l’autre. Dans ce contexte guerrier, on en vient à cesser de regarder la série comme un échiquier politique, mais comme une question de vie ou de mort pour le personnage que l’on aime et que l’on déteste, et que l’on ne veut pas voir mourir. On se serre les coudes avec eux, on souffre avec eux, et si on le pouvait, on irait mettre deux trois baffes dans la trogne du méchant qui fait rien qu’à en vouloir à leur intégrité physique.
Parce que d’accord, personne n’a vraiment d’affection pour Stannis, et si l’on rêve de voir Joffrey se prendre une peignée, on ne trépigne pas d’impatience à l’idée de voir le dernier Baratheon poser son rigide séant sur le trône de fer. Pourtant, l’acharismatique mormon se révèle rapidement dans la bataille un chef source d’inspiration pour ses hommes.
Dans le même temps, on parvient à ressentir de l’empathie pour une Cersei bourrée et désarmée, prête à tout pour l’amour de ses fils.

« Blackwater » repose en grande partie sur le brouillage des frontières, aplatissant les enjeux politiques pour n’exprimer que les enjeux humains. Comme en témoigne cette scène où Bronn sauve la vie du Limier, alors qu’une heure avant, il l’aurait égorgé sans hésiter.

Très beau travail d’écriture de la part de GRR Martin, qui a scénarisé cet épisode, et qui fait se souvenir qu’il était auteur pour la télé avant de se lancer dans la rédaction de séries de romans qui n’en finissent pas de finir.

Bon, eh, c’est pas tout, les gens, it’s show time, on HBO.

Hell’s bells.

On a beau être lecteur, on peut se laisser surprendre par un évènement dont on sait pertinemment que rien n’y sera changé d’un iota. Surprendre par l’impact émotionnel du dit épisode, dont le rythme monte crescendo, après une introduction lente, presque inquiétante dans son enchainement de tableaux (Cersei achète du poison, Tyrion et Shae, Bronn qui chante avec la troupe…).

Le déclenchement des hostilité, marqué par le son des cloches auxquelles répondent les tambours de Stannis, la voix cassée du fils Mervaut criant « Drums ! » traduisant à la perfection sa terreur, l’échange bref et poignant de Shae avec Tyrion dans la salle du trône, la confrontation Joffrey/Sansa (« Sansa ! Sansa ! Come here ! => mais quel sombre enfoiré) dans les yeux de laquelle on lit assez clairement « crève, raclure », jusqu’à l’apparition du pyroman sur les remparts feront monter la tension jusqu’à cette explosion spectaculaire des bateaux de Stannis.

Personnellement, l’un des trucs qui m’aura fait le plus rire cette saison c’est le nom de la nouvelle épée de Joffrey « Hearteater » : on sent trop son réflexionnage poussé pour pondre un nom aussi stupide et prétentieux.
« Oué, dabor je veu tuay mon noncl stanisse ce grobatar ! alor mon épé je V lapelé menjeuse de queur vu ke C son amblaim ! ahah ! »

C’est moi, où à l’instant où Sansa embrasse son épée, on a l’impression que Joff est en train de penser : « Et si je remontais ma lame d’un grand coup, maintenant ? »

Ce gros malade qui semble tout aussi réjoui à cette perspective que devant l’incendie des navires. Bon d’accord, il est en train de gagner grâce au feu grégeois, il est certes jeune et con, et pas trop apte à comprendre que tous ses bateaux, se sont aussi pleins d’hommes qui s’ils échappent à la noyade mourront brûlés vifs, voire les deux en même temps.
Mais entre lui qui pavoise et le pyroman qui danse la Carmagnole en regardant le feu se répandre sur la mer, je crois que j’aurais préféré me jeter du haut de rempart, si j’avais été à la place de Tyrion.

Tandis que la bataille se joue, ou du moins tente de ne se jouer qu’hors les murs, Cersei a retranché toutes les dames du Donjon Rouge dans la Citadelle de Maegor, sous la bonne garde de ser Ilyn Payne, dont le rôle sera de toutes les tuer si jamais la bataille était perdue.

Quitte à mourir, autant le faire avec classe. Ce soir, Cersei porte du Jean-Paul Gautier. Et picole comme un trou. Dans sa grande mansuétude, elle enseigne même à Sansa l’art d’être une grosse alcoolique en lui racontant des horreurs. Quelque part, je ne sais pas si Cersei déteste Sansa. La petite semble être la seule à qui la reine ose balancer les vérités qui dérangent. Elle la blesse, la choque, certes, mais elle la prépare aussi à ce qui l’attend dans son glorieux futur d’épouse de Joffrey.
Bon après, Cersei n’a pas bien le sens de la pédagogie, ni des mesures. Peur panique pour son « chérimoncoeur » et taux d’alcoolémie qui grimpe en flèche, elle ordonne à ser Lancel de ramener son précieux rejeton dans ses appartements manu militari. Soit le truc à ne pas faire.

Car comme Tyrion le fait justement remarqué, personne ne veut mourir pour Joffrey. Mourir avec lui, mouais, déjà c’est limite. Alors si Joffrey quitte le champ de bataille, signifiant par là qu’il pense que tout est perdu, se sera la débandade assurée. Et là, malgré toute l’estime que je porte au travail et au personnage de Peter Dincklage, je l’ai trouvé un peu en dessous de ce qu’il est capable de donner lors de son discours à ses troupes.

La surprise de cet épisode, est également venue de Joffrey, qui grâce à son excellent interprète est brutalement redevenu le petit garçon qu’il est. Lorsque le Limier l’abandonne, ce n’est pas la rage qui le submerge, c’est la détresse. Pas celle de perdre son garde du corps. Non, celle de perdre son Sandor Clegane. Mine de rien, le Limier est sans doute la chose la plus proche d’un ami que Joffrey ait jamais eu. Quand il s’en va, le pauvre gosse se retrouve tout d’un coup seul, trahi, blessé, et totalement capable de dire un grand « voui » à ser Lancel quand celui-ci vient le ramener à sa mère.

Même Lancel est remarquable dans cet épisode, tentant de raisonner Cersei, avec une flèche dans le bras.

Comme dit plus haut, Sandor Clegane choisira cette nuit de folie pour donner sa démission à Joffrey. Le Limier, très en retrait depuis le début de la série, n’avait jusque-là brillé que par ses coups d’éclats. Une construction par touches, et finalement, dans cet épisode, un vrai arc propre, quasi muet, mais redoutable. Sa peur du feu, élégamment suggérée, son dégoût, sa dernière scène superbe dans les appartements de Sansa… Plus que Tyrion, c’était Sandor le héros de cet épisode.

Stannis prend sacrément du galon en un seul épisode : mener une charge tout seul avec une armure de cuir, ni casque ni bouclier, et être le premier sur les murs de Port Réal, c’est tout aussi WTF que très chouette, je dois dire. C’est bien la première fois que je vois Stannis comme un meneur d’hommes, enivré par la bataille jusqu’à devoir être arraché du front lorsque la bataille est perdue.

« Half man ! Half man ! », un cri qui fait plaisir à entendre lorsque les Lannisters repoussent enfin l’assaut sur la plage, juste avant de se prendre une charge sur le coin du museau.
Je reste perplexe de la ridicule blessure de Tyrion à la joue, qui semble lui faire intensément bobo têtête (ou est-ce un tétanos foudroyant ?).
Aussi crédible que les griffures mortellement superficielles de Shmi Skywalker dans l’épisode 2.
« Blackwater » était d’ailleurs l’occasion de mieux présenter le personnage de Podrick, le fidèle escuyer, qui devrait avoir un rôle plus important la saison prochaine. En tout cas, son rôle d’ange vengeur qui déboite un Goldorak de la garde royale avec une lance pour secourir son Tyrion, fait office d’une sacrée entrée en matière.


Et la charge Lannister/Tyrell est juste un grand moment de télévision : l’alliance surprise, préparée depuis quelques épisodes déjà, alors la téléportation de Littlefinger à Harrenhal, qui apparait enfin au grand jour, dans quelques scènes où les cavaliers semblent des fantômes. La haute silhouette de Tywin, presque irréelle, et puis Loras dans l’armure de Renly, faisant ensuite son entrée dans la salle du trône avec l’air de vouloir vomir, sous les yeux d’une Cersei interdite.
Depuis que j’ai vu cet épisode, j’ai solennellement décidé de faire ma prochaine entrée en réunion publique comme Charles Dance entrait dans la salle du trône. J’ai cru qu’il allait imploser sous l’effet de sa propre classe.


Epic cross over of doom : « The Return of the Lion King »

Cersei, de mieux en mieux servie par Lena Headey, m’aura émue comme jamais dans ce rôle de l’alcoolique aigrie, se lamentant de ne pas être un homme, torturant Sansa du mieux qu’elle peut, et décidant finalement de mettre fin aux jours de son plus jeune fils. La scène n’est guère qu’une copie d’un passage similaire dans « Kingdom of Heaven » de Ridley Scott (version longue) lorsque la reine Sybille assassine son fils lépreux, mais elle est tout aussi poignante.

The rains of Castamere.

Ouais, ouais, je sais… Un billet bien moisi pour un épisode grandiose. En même temps, difficile de respecter la forme habituelle, à cause de l’unité de temps et d’espace et puis, il faut bien le dire, de la qualité générale de cet épisode, quasi cinématographique.
Habilement écrit, merveilleusement réalisé, « Blackwater » est sans aucun doute le meilleur épisode de la série, lui faisant franchir un cap qualitatif qu’elle aura de grandes difficultés à atteindre par la suite. L’important n’est d’ailleurs pas là. Ce qui compte avant tout, c’est d’avoir fait cet épisode et d’avoir assumé sa production à ce point.

Subtilement, Ramin Djawadi a placé depuis le début de la saison l’air des Pluies de Castamere, sifflées par Tyrion et un little bird durant la saison, et que Bronn chante avec ses soldats Lannisters au début de l’épisode. Une sacrée belle surprise de l’entendre chantée, et de la retrouver à la fin de l’épisode pour clore cette petite heure.
Une chanson généreuse en matière de chansonnette, car comme quoi, ça sert de gueuler, la série se fend ENFIN d’un peu de religion qui ressemble à quelque chose grâce à « Gentle Mother » que Sansa fait chanter aux dames à l’issue de leur prière. Voilà, c’est pas compliqué pourtant, mais deux chansons comme ça, et bien ça donne à l’épisode et à l’univers en général un relief supplémentaire.

« The worst always live ».

La plus belle réplique de l’épisode, peut-être même de la série. Le résumé parfait de l’univers de GRR Martin : sois méchant, tu vivras longtemps.

Merveilleux que se soit Sansa qui la donne.

« Blackwater » présente, avec une grande finesse d’écriture, combien face à la guerre et la menace de la mort, l’être humain se révèle tel qu’il est. Tyrion nous a prouvé qu’il était un foutu héros, Sansa a fait démonstration de sa bravoure, Cersei de son amour immodéré pour ses enfants, Stannis s’est montré comme l’homme avide de pouvoir qu’il est, le Limier s’est retrouvé, Joffrey n’est qu’un enfant perdu, Lancel a l’étoffe d’un chevalier. Et Tywin a trop de classe, ça devrait être interdit par la loi.

Un épisode très au-dessus du niveau général de la série, en grande partie parce qu’il est construit comme un véritablement film indépendant du reste, s’appuyant uniquement sur sa cohérence et son émotion interne.

AHLALA MAIS QU’EST-CE-QU’IL VOUS DEVOIR NOUS SORTIR POUR QUE LA FIN DE LA SAISON SOIT PLUS AWESOME ENCORE ?!!!!


Mooooooaaaaar crazy Theon

Moooooooaaaaaar drunk Cersei


« This man thinks that’s cool »

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