Ph’nglui mglw’nafh Cthulhu R’lyeh wgah’nagl fhtagn, ou un truc du genre.

Je m’étais crue invincible, courant fièrement de salle en salle, tickets de cinéma au poing, exprimant d’un sourire béat la satisfaction qui était la mienne.
Telle Promethée lolant à la face des dieux, je me complaisais dans ce sentiment de pouvoir, sûre de la grandeur de mon destin.
Ça me met dans ces états de voir des bons films, moi, pfffiou.

Mais les lois de l’univers conspiraient contre ma félicité : « Toi, jeune effrontée à la rhétorique pompière, tu as vu beaucoup trop de bons films en ce début d’année. Beaucoup plus qu’un humain ne devrait en voir ! Et non contente de cela, tu as commis le sacrilège de revoir « Titanic » en 3D ! Il est temps pour toi de payer ! »

Ô, dieux cruels aux petits yeux sombres et froids, ayez pitié de mon infortune car dans le Tartare où j’erre désormais, mes yeux saignent à n’en plus finir. Ah, si grande que fut ma faute, je l’ai expiée ! Libérez-moi !

« Non, il te reste encore à voir « La Cabane dans les Bois » ! Alors nous serons quittes. »

« La Cabane dans les Bois » ??? Mais qu’est-ce que c’est que ce machin dont le nom semble avoir été inspiré par Laurent Gerra ?
Cliquouillez donc sur « lire la suite », et rejoignez-moi dans les ombres.


Je mets les avis positifs ici.

SPOILER ALERT : bien que l’intrigue de ce film n’ait à mes yeux pas le moindre intérêt (je spoile mon PROPRE billet, mais quelle gourde…), je préfère prévenir ceux qui auraient envie d’être encore surpris après 10 minutes de film (après, c’est plus possible, vu que bon, le film se spoile lui-même sa grande révélation finale, donc…) de ne pas lire la suite. Enfin bref, c’est vous qui voyez.

« La Cabane dans les Bois » est un concept plus ou moins prometteur, démarrant sur ce classique du film d’horreur qu’est un weekend entre amis dans un endroit isolé et maudit, glissant sur la télé-réalité, pour finir sur une thèse conspirationniste. Le tout en passant par « Evil Dead », « The Truman Show », avec un zeste de Lovecraft pour relever l’ensemble.
Un cocktail détonnant, dont chaque ingrédient aurait pu s’harmoniser si le film avait eu un tant soit peu envie de sembler cohérent, et construit.

Les perpétuels allers retours d’un genre à l’autre se font sans afficher le souci de faire fonctionner l’ensemble. Entre le groupe des jeunes et celui des « gentils animateurs », s’instaure un ping-pong le plus souvent ridicule tant le contrôle que ces derniers exercent sur les autres tient uniquement par l’indulgence du spectateur. Spectateur qui au bout d’un moment risque de s’enfoncer dans une douce torpeur, attendant avec ennui la suite, sans même espérer recevoir une petite révélation.
En effet, les mécaniques de la supercherie à l’intérieur de laquelle sont piégés les héros sont trop tôt exposées, dynamitant les enjeux.
A une construction en poupées russes, Drew Goddard (oui, comme Jean-Luc : it makes sense) et Joss Whedon (décidément dans tous les bons coups cette année) préfèrent une imbrication de récits parallèles qui se neutralisent rapidement.

Les jeunes sont les victimes involontaires d’un programme ressemblant à s’y méprendre à une émission de real TV dont le but serait de les massacrer à tour de rôle avec des monstres de légende.
(Eh, « Hunger Games », si tu nous regardes, quand bien même « La Cabane dans les Bois » est une purge, elle se fend tout de même de quelques utilisations des caméras du show qui ressemblent à un début d’intention de mise en scène. Comme ce moment où les rôles de spectateur/observateur s’inversent par le truchement des caméras de contrôle dans le dernier acte.)
Or, le programme en question est en réalité un sacrifice rituel destiné à apaiser d’anciens dieux qui s’ils ne reçoivent pas régulièrement leur dose de sang humain, se réveillent et détruisent tout.
Vers la fin du film, comprenant enfin ce qu’il leur arrive, les héros s’étonnent de la débilité du programme (oui oui, les personnages du film trouvent le film dans lequel ils jouent débiles…) : « Si c’est notre mort qu’ils voulaient, pourquoi ne pas nous avoir tout simplement exécuté ? »

Toutafé monsieur le personnage clairvoyant. D’autant plus que le film débute par un générique montrant d’antiques gravures mettant en scène des sacrifices humains avec des gens ligotés sur des autels se faisant ouvrir le cœur à coup de couteau. Comme quoi, ça suffisait aux dieux à une époque, pas besoin de monter ce bateau gigantesque à base de « si on rejouait Evil Dead mais juste pour violer son souvenir en réunion ? » (le vrai sacrifice sanglant de ce film, si vous voulez mon avis).
Oh oui, il sera bien fait allusion à des « clients » à contenter, mais qui sont-ils ? Achètent-ils le droit de regarder le programme, apportant ainsi les fonds nécessaires à l’entreprise ?
J’imagine, oui…

Certes, le «plan plus global » aurait consisté en la réalisation d’un atelier charcuterie sur spécimen humain non consentant, le film aurait sans doute duré 15 minutes. 15 minutes qui auraient pu être ensuite projetées en cours de SVT, ce qui aurait donné à ce métrage une quelconque utilité.

Mais non.

Alors sachant que le postulat de départ est très légèrement vaporeux, le succès du film, malgré ses grosses incohérences internes, aurait pu reposer sur une construction habile.
Au lieu de monter côte à côte l’arc des jeunes dans la cabane puis l’arc des réalisateurs dans le studio pour terminer sur la révélation qui n’en est plus une vue que tout a été dit pendant le film (il faut vraiment dormir pendant 1h15 pour ne pas voir venir le final gros comme une maison), il aurait mieux fallu se concentrer sur une révélation progressive des enjeux.
Elle aurait permis d’échafauder une progression dramatique (ici totalement absente) et de construire un climax ressemblant à un climax.

Tout bêtement, on commence par les jeunes, on suit leur histoire bien clichée et ce n’est qu’au moment où l’un d’eux découvre une caméra, les autres la barrière d’énergie entourant l’aire de jeu qu’ils finissent par comprendre que quelque chose dépassant le simple très mauvais weekend est en train de se passer. On les aurait ensuite accompagnés dans leur descente à travers le complexe sous la cabane et découvert avec eux, par leurs yeux, les rouages de la machination dont ils étaient les victimes.
Et lorsque Sigourney Weaver dans le pire caméo de l’histoire de sa vie serait survenue pour exposer les enjeux, ça aurait donné moins l’impression qu’elle était juste là pour tout réexpliquer aux spectateurs qui s’étaient endormis au fond de la salle.
Ce qui n’aurait rien changé aux incohérences internes, à la fragilité de l’ensemble et à la réalisation de… la réalisa… La réal… Non, j’ai rien dit : au travail du mec qui portait la caméra.

Oui, toute cette histoire est finalement assez proche du scénario de l’épisode 122 de South Park, «Le Nouveau Look de Britney», qui est fondé sur le même concept et qui sur une durée de 20 minutes avec un humour ravageur et pertinent, instaure parmi moult conneries un vrai climat malsain et se voit doté d’un climax efficace et d’un final aussi drôle que flippant (dans la cohérence interne à l’épisode).

Pourquoi ne pas avoir pris cette direction, qui seule aurait permis de rendre le film efficace ? J’ai beau y réfléchir, je ne vois qu’une seule justification logique : l’humour.
Les séquences dans le complexe avec les metteurs en scène du jeu, sont l’occasion de plaisanteries, généralement fondées sur leur détachement, leur cynisme, et le décalage entre leur attitude débonnaire et le drame qui se joue dans la cabane.
Et franchement, si c’est ça le seul argument justifiant la construction bancale de ce film, c’est affligeant. Un peu comme dans mes billets quand je fais des blagues gratuites sur « Game of Thrones ». Sauf que je ne fais pas payer 8 euros pour lire mes conneries potaches.
Je comprends bien que les scènes dans le studio peuvent également être justifiées par l’intérêt de montrer au spectateur les enjeux liés à la réussite du sacrifice. Sauf que ces séquences fonctionnent difficilement, uniquement bâties pour faire des blagues, en faisant mine de distiller des indices avec une certaine lourdeur.
Non content d’être un film bancal, « La Cabane dans les Bois » souffre de trop nombreuses scories qui alourdissent l’ensemble, d’autant plus que la construction générale donne le temps de les voir : d’où viennent les monstres => beh on sait pas et on dirait que tout le monde s’en fout, à quoi sert le miroir sans tain => sans doute à une mise en abime qui jamais n’est exploitée, comment les jeunes sont-ils choisis => une réplique à la fin achève de montrer que le film ne se soucie plus de sa propre cohérence, c’est génial.

Même la réalisation semble davantage au service de ses effets comiques que de la narration. La très réussie et so décalée scène des ascenseurs est tout autant fun que gratuite. Certes, les ascenseurs qui ding de façon si légère et anodine avant de déverser tous les monstres de l’enfer sur la tronche des agents de sécurité, c’est réussi.
Après tu te dis : « mais qui est le con qui a construit les cages à monstres avec un accès direct dans le grand hall du complexe ? » => un scénariste qui aime faire des effets de manche sans réfléchir deux minutes à ce qu’il écrit, dans l’unique but de rehausser la platitude affligeante de la mise en scène télévisuelle de son film.
Tout le film est à ce niveau : vain, boursoufflé et faussement drôle.

Je hais l’expiation.

Note : 0

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