Crève la dalle.

Parce qu’il n’y a pas que « Game of Thrones » dans la vie, il était grand temps de remuer ma couenne vers les salles obscures pour aller y admirer d’authentiques chefs d’œuvre du Septième Art.
Je vous rassure quand même, ce qui se passe dans cette série reste à ce jour largement plus intéressant que ce qui passe au ciné en ce moment. Exception faite de « Titanic », d’ailleurs, il faut vraiment que je pense à recycler ce billet antédiluvien (comprenez 2010), que je vous conseille à tous de redécouvrir sur grand écran et en 3D, car il est des spectacles d’une beauté et d’une perfection telle que franchement, s’en priver, c’est gâcher.

Voilà donc pourquoi, sans doute dans le but secret de créer un contraste par le vide avec le plus grand film de tous les temps (carrément, oui, et si vous n’êtes pas d’accord, venez donc me prouver le contraire, je vous attends), je me suis fait un combo top qualité absolument destructeur, un diptyque de folie furieuse dont le premier volet n’était autre que « Hunger Games ».
Oui, j’écoute vos suggestions, il faut pas croire. Enfin je ne les écoute pas non plus jusqu’à aller voir « Twilight », hein, j’ai mes limites et surtout, maintenant que je n’ai plus accès à du streaming de qualité douteuse, je peux faire une croix sur une pénible mais irrésistiblement drôle séance de rattrapage à des heures tardives quelques semaines après la sortie du dernier volet.

« Ouhlala : une longue intro déconnectée du sujet du billet, ça part mal. »

Comme vous êtes perspicaces. Inutile de vous cacher mon sentiment général sur « Hunger Games » : un affreux gâchis qui donne envie d’aller pleurer sa frustration dans un bucket KFC.
En résumé, le degré zéro de la réalisation et un univers cousu de fils blancs tenant par la magie de l’indulgence.

Il y a beaucoup à dire sur pourquoi « Hunger Games » est un mauvais film. On va commencer par la réalisation, affligeante d’un bout à l’autre. C’est particulièrement frustrant de regarder en film en se disant toutes les 5 minutes « ah là, j’aurais fait comme ça, moi » (ce qui est inquiétant quand on n’est pas skillé réalisatrice, comme moi). Gary Ross passe à côté de tout, absolument tout ce qui aurait pu donner à son film un semblant d’originalité et d’intelligence.
Oui, parce que les critiques qui vous vendent un film intelligent avec un sous-texte politique ou je ne sais quoi, vous mentent. « Hunger Games » d’une vacuité assez exemplaire, ce qui est tout de même paradoxal au regard de son sujet.
Par exemple, sur l’affiche, on nous dit « vous serez tous spectateurs ». Ah bon ? Quand ça ? Jamais le réalisateur ne joue avec la perversité du système consistant à faire s’entretuer de jeunes gens. Jamais il ne place le spectateur dans le rôle du voyeur, se complaisant devant la cruauté du jeu.
C’est assez fou, tout de même. On colle de A à Z au point de vue de l’héroïne, or c’était précisément la chose à ne pas faire. Parce que l’on aurait du passer la première partie du film avec elle, pour ensuite suivre son parcours dans le jeu par le truchement des caméras. Or cet aspect fondamental du concept de « Hunger Games » n’est jamais exploité. La seule impression qui ressort du temps passé dans l’arène, c’est de voir Katniss participer à une rando camping un peu musclée. Jusqu’à ce que l’on oublie, nous, spectateurs, la présence des caméras ou l’aspect divertissement du programme, qui s’il avait été traité, aurait apporté au film un côté plus pervers. Lequel aurait permis de se questionner sur l’éthique de ce système. Et fait réfléchir le spectateur.

Sauf que « Hunger Games » passe son temps à insulter son intelligence.

Très tôt dans le film, on découvre que la télévision use beaucoup d’un découpage de l’image en triptyque, qui permet de suivre une action avec un plan large et deux plans rapprochés donnant chacun un point de vue différent. En découvrant cette façon de réaliser propre aux médias de Panem (l’Etat qui a crée les Hunger Games), je m’attendais à ce que Gary Ross réemploie ce découpage de l’écran dans les scènes de l’arène. On aurait ainsi été efficacement ramenés à l’état de spectateurs par cette astuce. Peine perdue, il ne s’en servira jamais.
Tout comme il ne se servira que deux fois et de bien pauvre façon de la présence des caméras un peu partout dans la forêt. Alors que l’on aurait du regarder le jeu quasi exclusivement par leurs yeux.
J’ajoute que le plan général de l’arène est très mal amené, trop tard dans le déroulement du jeu, et présenté par un simple plan large sur l’animation qui présente le terrain de jeu dans la régie. Ça n’aurait pourtant pas été compliqué de nous nantir d’une scène où le présentateur (Stanley Tucci est toujours excellent, même dans un mauvais film avec un costume ridicule, c’est chiant les gens comme ça) aurait présenté l’arène au public. Le public étant étendu au spectateur, j’aurais trouvé ça cohérent à la fois pour notre implication dans le jeu, mais aussi pour permettre de créer une géographie de l’espace où évoluent les participants.
Mais même ça, c’était trop demander.

J’aurais aussi aimé découvrir sur grand écran des extraits de l’émission, plutôt que des vues subjectives comme filmées à la sauvette ou des présentateurs causant hors champ. Juste parce que, une fois encore, excusez-moi d’insister sur ce concept fondamental de « Hunger Games », il s’agit d’un jeu télévisé dont nous, spectateurs, devrions pouvoir contester l’éthique et la morale, en étant confronté de façon brutale à notre statut de voyeur.
Remarqué, ça aurait peut-être mis le public mal à l’aise cette affaire là… Alors que ouhlala, il ne faut pas mettre mal à l’aise le public d’un blockbuster qui doit ramener des millions de brouzoufs dans les popoches de la production.

Vous savez à quoi j’ai pensé tout du long de ce film indigent et totalement raté ? A « Starship Troopers », le bijou de Paul Verhoeven. Ah, Paulo, il n’a pas son pareil pour tordre notre regard, dans le cas présent en nous confrontant à un film de propagande éhontée, dont on devient peu à peu conscients des mécaniques de manipulation. Avec son film dans le film, « Starship Troopers », coupé de messages à caractères informatifs (qui vous font prendre conscience d’être en train de regarder un programme fait par et pour la Fédération), pousse le spectateur à la réflexion et à l’analyse de l’image qu’il regarde. « Hunger Games », d’autant plus qu’il s’adresse à des ados, aurait du arriver à ce genre de résultat. Sauf que Gary Ross n’est et ne sera jamais Verhoeven.

[Fun fact 1. Le champ de force de Katniss.

Une fois Katniss dans l’arène, on découvre rapidement quel est son avantage majeur sur tous les autres. Ce ne sont ni ses aptitudes à survivre dans le wild, ni son skill de folie, mais bien ce champ de force qui dévie tous les projectiles que l’on lance sur elle.
C’est simple : face à Katniss, tu peux être super entraîné au lancer du couteau ou au tir à l’arc, tu rateras toujours ta cible de plusieurs mètres.
Un pouvoir fort utile, qui possède une variante dite de la « meilleure amie noire de l’héroïne ». Cinéma américain oblige, la meilleure amie noire a le pouvoir d’attirer toutes les armes de jet vers sa personne, protégeant ainsi l’héroïne d’une mort atroce. C’est pratique, ces petites conventions tout de même.

C’était le fun fact n°1]

Mais je dis du mal du réalisateur, qui a loupé dans les grandes largeurs sa mission première, à savoir raconter quelque chose avec ses images, et j’en oublierais presque son équipe de cadreurs parkinsoniens atteints du syndrome Gilles de la Tourette.
Atroce, atroce, atroce… Si vous êtes parvenu à comprendre quoi que se soit au duel Katniss/Clove, je vous paye un paquet de Granolas. Et encore, s’il n’y avait eu que les scènes dans l’arène à être filmées avec les pieds…
La première partie, dans le District 12, et intégralement tournée en shaky cam, sur découpée et avec des filtres bleu et/ou gris (je n’ai pas réussi à savoir) achevant de sublimer la photographie crado. Ai-je vraiment besoin de vous dire que si le scénario ne nous expliquait pas : « c’est un district très pauvre de mineurs », on ne l’aurait jamais deviné. D’ailleurs, c’est aussi un dialogue qui t’explique que : « il fait drôlement faim par ici ». parce que montrer des gens maigres qui sucent des cailloux, c’était compliquay. Pourtant, j’ai pas rêvé, y’avait une scène de troc ???

[Fun fact 2. Jennifer Lawrence.

Jennifer Lawrence est la petite actrice qui monte. On l’a découverte, montée sur deux étonnants jambonneaux, dans « X-Men Origins », et avec « Hunger Games », la voilà qui impose son joli minois, son physique en dehors des canons hollywoodiens et une capacité de jeu pas dégueulasse, qui ici sert suffisamment bien son rôle pour qu’elle soit finalement la seule chose qui ne vous abrutisse pas d’ennui.
Si j’aime bien Jennifer Lawrence par contre, y’a un truc qui ne fonctionne pas avec elle dans « Hunger Games ». Elle est tout de même censée venir d’un endroit où il n’y a pas des masses à manger et où tous les estomacs crient famine. Jennifer, ses joues et ses cuisses crient plutôt cheese burger.

C’était le fun fact n°2]

Certes, les cadres se reposent un peu lorsque les héros arrivent au Capitole, une cité peuplée de gens vêtus pire qu’ABBA à la grande époque. Je veux le nom du directeur artistique de ce film, deux clous et une porte de grange. Sérieusement ? Il n’y avait pas d’autres moyens de représenter la décadence de la capitale qu’en faisant de ses habitants les enfants de Bozo le Clown ?
Je suppose que c’est parce que dans le bouquin, le contraste entre les habits en toile de jute des gens des districts et ceux luxueux et chamarrés des citadins était appuyé, choc des cultures, tout ça, mais oh, dans un film, ça ne passe pas, les gens. Sérieux, c’était plus hideux que les costumes de « Mozart l’Opéra Rock ». Un modèle pourtant difficile à dépasser.

[Fun Fact 3. Onomastique et gastronomie.

Lors de la Moisson, Katniss est associée à un tribut masculin, le jeune twink étrange, qui passera le film à ne rien faire du tout, à part chouiner, se déguiser, et manger de la soupe (même pas tout seul en plus). Le doux éphèbe répond au nom de Peeta (prononcez « Pita ») et est le fils du boulanger.
Oh. Really.
Genre Suzanne Collins, un beau matin, galérait à trouver le prénom de ses personnages : « Raaah, mais zut ! Le side kick, là, comment je vais bien pouvoir l’appeler ? Bon, réfléchissons, il distribue des pains toute la journée… Jésus ? Non… Trop connoté. Il est fils de boulanger, un boulanger, ça fait du pain, pain, Baguépi… Bannette… Eh, j’ai une petite faim moi, je me ferais bien un kebab. OHGOD I SEE THE LIGHT ! Pita ! »
Je trouve tout de même dommage qu’elle n’ait pas gardé ce raisonnement pour tous les noms du film. Après tout, comme les gens ont faim dans les districts, ils pourraient avoir élevé la nourriture au rang de divinité et baptiser leurs enfants de prénoms alimentaires. Peeta aurait ainsi été à l’école avec Merguez et Cervelas, les enfants du charcutier, et son meilleur ami se serait nommé Cassoulet.

C’était le fun fact n°3]

Acharnons-nous un peu sur l’histoire, qui on l’a compris, n’est jamais servie par la réalisation, alors qu’elle en aurait eu grand besoin.
Flûte, il y avait des choses sacrément intéressantes à faire d’un concept pareil. D’abord, il faut dépasser le côté Battle Royale soft. Pourquoi pas après tout, le film est PG 13, le livre s’adresse aux jeunes, bon, je suis prête à faire certaines concessions sur la violence des mises à mort, qui de toute façon, n’est pas le cœur du sujet. Le sujet, c’est le système politique et le système de jeu qui en découle. Et on verra que ce sont là clairement les deux plus gros points faibles de « Hunger Games », et là, je ne parle plus du film, mais de l’univers lui-même.
Mais intéressons nous d’abord au jeu et à la façon dont le film n’en traite jamais vraiment. On essaye de nous faire comprendre assez vite que se faire aimer du public peut être un atout décisif pour la victoire. On le comprend, et on le voit. Bien.

A partir de là, il faut intégrer les règles du jeu chose dont Katniss, qui est un peu brute de pomme comme fille, est dans un premier temps incapable. Au contraire de son camarade d’infortune, Peeta, qui n’a pas vraiment de qualités physiques, mais compense par son intégration parfaite des mécanismes qui lui assureront l’affection du public. Peu à peu, on sent que Katniss se range elle aussi à cette tactique, devenant de fait une candidate redoutable, capable de faire changer les règles du jeu parce qu’elle sait utiliser le public à bon escient.
Bon, tout ça est très pauvrement mis en scène. En grande partie parce que la mise en scène du côté « jeu » des Hunger Games n’existe pas. Ce qui, en plus de passer à côté d’une certaine recherche formelle, prive le film d’un niveau de lecture : comment manipuler le public en lui donnant ce qu’il veut. Comment se créer une image médiatique…

[Fun fact 4. Cup cakes et camouflage.

Mais revenons un peu sur Peeta parce que quand même, ce personnage est un sacré winner. J’ai rarement vu un background aussi foireux. En gros, il ne sait rien faire à part pigner comme une lopette parce que « ouhlala, c’est dur de monter à la corde à nœuds », mais il compense par une certaine intelligence de jeu. Ce qui est pas mal, puisqu’on a à travers lui l’exemple du concurrent qui utilise sa tête pour survivre le plus longtemps possible. Dommage que l’on n’insiste guère sur son cas et sur ses stratégies pour l’emporter. C’est lui qui a l’idée géniale d’inventer une histoire d’amour entre lui et Katniss pour émouvoir le public, par exemple.
Non, tout ceci est broutille, bonnes gens, le plus intéressant chez Peeta, se sont bien ses qualités de lanceur de sac de farine. Car il a des bras en mousse épais comme des sandwiches SNCF, mais, je cite « Il est super fort parce qu’il porte de gros sacs de farine ! »
Mais wat ???
Attendez, attendez !
Pendant l’entraînement, on découvre que Peeta est super fort pour le camouflage. Avec un peu de morve et un tube de gouache, il se transforme en arbre ! Alors que spectateur et Katniss restent pantois devant l’inutilité d’un tel savoir (en plein jeu de survie, tu prends le temps de faire du body painting, toi ? WTF ?!?), notre boulanger-pâtissier préféré s’explique sur l’origine de ce don : « C’est parce que je décorais les gâteaux à la boulangerie. »

Ben moi, la prochaine fois que je fais un glaçage sur des cupcakes, j’y penserai. Un jour ça me sauvera peut-être la vie (« Vite ! Je dois me cacher, où sont mon sucre glace et mes colorants ? »)

C’était le fun fact n°4]

Passons ensuite aux carences propres à l’univers Hunger Games, qui achève de rendre le film assez lamentable.
Rien dans le concept ne tient debout. Enfin si, ça tient, mais par la magie des fils blancs dont est cousu l’ensemble. Sinon c’est nawak. Jugez un peu :
Suite à la crise financière un cataclysme quelconque, les Etats-Unis ont cessé d’exister, remplacés par Panem, un système politique artistiquement foireux. L’argent et le pouvoir son concentrés au Capitole, une grande cité pourvoyant un confort de vie haut de gamme, assuré par le travail de 13 districts (oui, je sais qu’il y en avait 13, je me suis rencadrée). Chaque district est spécialisé dans un secteur de production, et assure le fonctionnement de Panem est consacrant son existence à sa mono activité. Mais bon, toutes les richesses allant au Capitole et étant très très mal redistribuées, pendant que les gens de la ville se gavent de caviar, les pauvres des districts crèvent la faim. Donc un jour, révolte. Le Capitole ayant réaffirmé son autorité sur ses sujets, il a anéanti le 13e district (j’espère qu’ils ne produisaient rien de très important) et institué les Hunger Games : tous les ans, chaque district enverra deux jeunes, appelés des tributs, pour s’entretuer avec d’autres dans une arène sous les yeux de tout Panem.
Le système des tributs est uniquement basé sur la peur d’être choisi, ou de voir ses enfants choisis, et sur l’espoir que cette année, votre district remportera les jeux car alors votre champion revient chez vous avec un train de marchandises rempli de knackies.
Voilà et ça fait plus de 70 ans que ça dure.

Vous les voyez les ficelles ?

Le principe du départ, je veux bien. Jusqu’à la révolte des districts, ça roule. On peut admettre que Panem, jeune dictature, ait du imposer aux districts un rythme de travail très dur pour s’assurer de remonter la pente après la crise qui l’a vu naître. Et que suite à des années de travail forcé, les gens en aient eu marre et se soient révoltés.
C’est la suite qui est totalement incohérente. Le Capitole aurait du tirer les leçons qui s’imposaient de ses erreurs, en assouplissant un peu son régime, et en idéologisant son système au maximum. Par exemple en instaurant un culte de la personnalité du président, le présentant comme le garant d’une union sacrée.
Il aurait pu aussi développer un discours sur l’utilité des districts, sans le travail desquels Panem sombrerait à nouveau dans le chaos, exaltant ainsi le travail et sacralisant les difficiles conditions de vie dans les districts : « vous en chiez, mais c’est pour le bien commun, la patrie reconnaissante, tout ça… »

[Fun fact 5. « Quand on tue les gens, ça les fait mourir ».

Battle Royale pour enfants ‘ricains oblige, « Hunger Games » est assez soft sur le côté tueries sauvages entre ados pleins d’hormones avec des armes blanches. Et dans ce genre de gentil produit, il ne faut pas que la douce et courageuse héroïne se salisse trop les mains, quand même. Du coup, Katniss ne tue presque personne dans ce jeu (ça fait déjà plus que Peeta qui passe son temps à se peindre le corps pour se fondre parmi les fougères). Elle tue une fille en lui jetant un essaim de guêpes sur la figure, mais sans réelle intention de tuer. Son but c’est juste de faire se barrer les mecs qui l’assiègent en bas de son arbre. Ensuite, elle tue un péon dans la forêt mais c’est de la légitime défense parce qu’il vient de lui lancer une sagaie. Enfin, elle tire dans la main de Cato qui a pris Peeta en otage. Ah si, elle le tue aussi, mais c’est juste pour lui rendre service, parce que des chiens mutants sont en train de le bouffer et que ça pique, les dents des chiens mutants.
Et grâce à un gentil Deus ex Machina, tous les gentils personnages se font tuer par les méchants, comme ça, pas de dilemme moral pour Katniss autre que simuler être amoureuse de Peeta. He ben…

C’était le fun fact n° 5]

Dès lors, les tributs auraient pu être intelligemment employés. Puisque « Hunger Games » n’est finalement qu’une relecture du mythe du Minotaure, Suzanne Collins, l’auteur assez feignante du livre adapté, aurait pu jouer à fond la carte mythologique, en mettant en place l’idée d’un sacrifice rituel.
Après tout, dans mon « Hunger Games revu et corrigé pour que le système tienne un peu mieux debout » (je suis modestie), tous les habitants de Panem vouent un culte au président. Depuis la révolte, on ne cesse de leur parler de la nécessité de conserver la cohésion de l’Etat pour le bien général. Le travail des districts est loué, mais pour expier le pêcher d’avoir un jour tenté de détruire Panem par égoïsme, ils doivent désormais sacrifier tous les ans deux de leurs jeunes.
« Euh, ça change pas grand-chose, ton truc… »

Attendez un peu : dans ce cas, le sacrifice est consenti par les districts auxquels ont a inculqué depuis des décennies le sacro-saint principe d’unité. Du coup, il devient logique d’expier le pêcher originel en envoyant deux gosses se faire étriper tous les ans.
C’est même tellement entré dans les mœurs comme une sorte de grande cérémonie rituelle annuelle que les districts entraînent leurs enfants dans cette perspective.
Dans l’univers tel qu’il existe, seuls le premier et le deuxième district pratiquent l’entraînement des futurs tributs, ce qui déséquilibre énormément le jeu et constitue, à mon avis, une énorme coquille qui nuit gravement à la cohérence de l’ensemble.

[Fun Fact 6. Boot Camp.

«-T’as vu comme les tributs des districts 1 et 2 sont forts ? Il vont vous déboîter la tête !
Mais pourquoi sont-ils si forts et si méchants ?
Parce que se sont des tributs de carrière, jeune sotte. »

Mais c’est quoi, un tribut de carrière ? Et bien c’est un jeune garçon ou une jeune fille qui a été entraînée à tuer son prochain depuis son plus jeune âge. On ne dit pas trop en quoi ça consiste dans le film, mais bon, vu comment les dits tributs de carrière se comportent comme des gros glands, les cours ne doivent pas être top.
Pourtant au début j’imaginais ça sympa, en deux modules d’enseignement, le premier, « survie », avec des cours dispensés par Bear Grylls de « Man vs Wild », où il leur apprendrait les méthodes traditionnelles pour survivre en buvant son urine et en mangeant des serpents. Le second, « combat » serait le cours d’Arnold Schwarzenneger, destiné à leur enseigner l’art ancestral de défoncer la margoulette de son prochain pour ensuite le regarder mourir devant soi.
Mais vu le niveau moyen des tributs des districts 1 et 2, j’aurais plutôt tendance à croire que leur promo a surtout fait des stages de macramés et de répliques débiles et trop longues à déclamer devant son adversaire.

C’était le fun fact n° 6]

Tous les tributs seraient donc des volontaires. On pourrait imaginer une fois par an, un mois ou deux avant la Moisson, des sortes de jeux (qui n’iraient pas jusqu’à la mort, pour pas gaspiller quand même), permettant de sélectionner le et la candidate. Ainsi, les districts et leurs jeunes seraient entretenus dans leur flammes pour les Hunger Games par un climat de compétition permanent.
Comme ça, une fois dans l’arène, tout le monde partirait sur un pied d’égalité, et le peuple serait tout aussi passionné par le jeu que le Capitole. Et le système n’en serait que plus pervers puisque les districts seraient maintenus en servitude par cette compétition malsaine.
Mais bon, c’était peut être trop complexe, l’idée de la manipulation et du sacrifice consenti au nom d’une idéologie, pour le public que visait Suzanne Collins. C’est dire si elle a du respect pour son intelligence.

Comme ça, mon système est plutôt pas mal. Il n’empêche pas que des contestataires émergent de temps à autre, mais si la police politique ne peut pas leur mettre la main dessus, tu verras que mes milices locales s’en chargeront. Avec pourquoi pas des mini « Hunger Games » locaux, sortes de tribunaux improvisés où le condamné pour propos séditieux est contraint de se battre à mort avec des champions volontaires pour le châtier, ou d’autres condamnés, pourquoi pas ? Le sens de ce jugement étant bien sûr l’expiation par le sang d’une faute commise contre l’unité de Panem.

Et ben, je serais un super dictateur.

Parce que oui, un peuple malheureux est un peuple qui se révolte. Ils le disent pourtant dans le film que l’espoir est important. Or dans cet univers, les gens crèvent de faim, sont opprimés, et tous les ans on vient leur prendre leurs enfants pour les envoyer crever à des kilomètres dans le but de divertir les bourgeois du Grand Capitalole. Un monde sans joie, sans espoir, où les districts n’ont plus rien à perdre et donc, finiront par se révolter.

Ce qui est magique dans « Hunger Games », c’est que la première révolte de l’histoire du jeu survient 74 ans après l’instauration du système. Vraiment ? Et ben quelle bande de quiches dans les districts….
Non, tu veux maintenir un système inégalitaire et oppresseur pendant de longues années ? Assure-toi que le peuple soit bien conditionné. Qu’il aime son président. Qu’il se sente cheville ouvrière d’une œuvre qui le dépasse. Qu’il comprenne le sens de chaque punition et y consente parce qu’il la croit cohérente. Super Nanny le disait : « si vous voulez que l’enfant ne récidive pas quand il fait une connerie mettez-lui un coup de pelle expliquez-lui pourquoi vous le punissez. »
C’est assez basique, enfin, je trouve…

Mais Suzanne Collins était visiblement plus intéressée par son pastiche de Battle Royale (bien qu’elle s’en défende) et par le côté télé-réalité pour se soucier d’échafauder un univers qui tienne la route.
Toutes les dictatures ont joué sur ces tableaux pourtant, suffit d’ouvrir un bouquin d’histoire. Mais pour ça, faut arrêter de regarder « Secret Story ». Et visiblement, Suzanne Collins ne parle que de cela, offrant une héroïne qui jamais ne conteste le système de jeu, dont le rôle de déclencheur d’une révolte populaire est totalement capillotracté (je n’ai pas compris pourquoi le district 11 se soulevait après la mort de Rue et les gestes de respect de Katniss envers elle : ce n’était jamais arrivé en 74 ans ?).

Bref, on a raté là une occasion d’avoir quelque chose de très intéressant, une réflexion sur la politique et sur les médias, sur l’image, sont utilisation pour la manipulation, bref, on aurait pu avoir un truc bien foutu, bien pensé sur l’éducation à l’image, mais non, on se contente de se la jouer petit bras en servant une soupe très basique qui ne prend jamais le moindre risque.
Ben c’est dommage…

Note :

Attention, y’a un piège. Est-ce une note panda ? Un gâteau ? Peeta camouflé ?

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *