Oui, le vrai changement de la France forte et communiste qui veut prendre le pouvoir.

Vous connaissez tous ma passion pour les affiches de cinéma moches et les titres mal traduits. Mais sachez tout de même ceci : aucune affiche de cinéma, même la plus laide jamais créée, ne saurait rivaliser en horreur avec une affiche de campagne. A se demander qui les partis politiques embauchent pour ce type de mission, mission suicide si vous voulez mon avis parce qu’une fois qu’un graphiste s’est compromis dans une affiche du PCF, laissez-moi vous dire que Crom ne lui laisse même pas mettre un pied au Valhalla.
Ceci dit, je suis injuste avec ces pauvres graphistes, contraints par tout un tas de prérequis débiles tels : « à gauche, se sera rose ou rouge, à droite bleu et pour Bayrou, ben démerde toi pour pondre quelque chose d’orange sans que cela ne provoque de décollements rétiniens » => bonne chance…

Comme moi, vous êtes passionnés par la campagne en court. Je vous comprends. Le monde est au bord de la destruction et du chaos, mais mis à part le gentil Béarnais, personne n’a l’air de comprendre que revaloriser le SMIC, créer des emplois dans l’éducation nationale, fermer les frontières ou interdire les licenciements ça n’est pas DU TOUT réaliste. Et sans doute que l’on viendra pigner quand on devra mettre Le Louvre et Versailles en location, comme les Grecs l’ont fait avec le Parthénon, mais ceci est une autre histoire, et croyez-moi, si ça arrive, je ne serai pas contente, mais je rirai bien.

Mais parlons de choses qui ne fâchent pas et faisons ce que nous faisons ici de mieux (enfin de moins chiant, en fait), adonnons-nous à la lolz la plus gratuite possible, sans y mêler idéologie et autres trucs sérieux dont tout le monde ici se fiche comme de sa première carte électorale (ce qui est faux, j’aime la mienne, même que je l’ai gardée pour toujours me souvenir que c’est avec elle que j’ai été obligée de voter Jacques Chirac en 2002).

Donc, analysons un peu les affiches de nos 10 candidats et voyons si elles nous donnent envie de voter.

Nathalie Arthaud, Lutte Ouvrière.

Visiblement, la gauche anti-capitaliste va mal. Fond blanc, lettres rouges, misère, si la candidate ne tirait pas une gueule de 6 pieds de long sur son affiche de campagne, on jurerait une comédie française (avez-vous remarqué que les ¾ des affiches de comédies françaises ont leur titre en rouge sur fond blanc ?).
Ceci dit, attention, du coup, la charte graphique est cohérente. Nathalie Arthaud fait rire tout le monde depuis qu’elle a succédé à Arlette Laguillier, laquelle était bien meilleure dans le rôle de la Vierge Guerrière d’extrême gauche, parce qu’elle au moins, elle savait se rendre sympathique, et en ne portant que des pulls super moches. C’est pas donné à tout le monde, regardez Francis Heaulme.
M’aiguillant également vers l’aspect comédie de cette affiche, son slogan : « Une candidate communiste à l’élection présidentielle ». Je suis désolée, c’est vachement drôle.
Une affiche également cohérente de part son austérité rappelant le dépouillement matériel et idéologique du communisme au XXIe siècle.
J’attire d’ailleurs votre attention sur le clip de campagne de Red Nathalie : un plan fixe, montrant la pasionaria des prolétaires promettre de pendre les patrons avec leurs boyaux devant une gigantesque photocopieuse tout droit venue du temps du Pacte de Varsovie.

Nicolas Dupont-Aignan, Debout la République !!!!1!!!!one!!!!11!!!eleven!!

Il a tout essayé, tout, vous m’entendez ! Pour ne plus ressembler à un premier communiant. Fini les lunettes de petit garçon, finie la raie sur le côté ! Nicolas Dupont-Aignan est désormais un homme, une machine à tuer, un fauve en rut lancé à pleine vitesse dans sa course vers l’Elysée !
Sauf que Nicolas est affligé du même mal qu’Hervé Morin : il vit 70 ans dans le passé. Alors qu’Hervé Morin est persuadé d’avoir assisté au Débarquement en Normandie, Nicolas pense qu’il est un FFI. D’où son slogan, « La France Libre », qui, je sais pas pour vous mais pour moi, ne veut strictement rien dire. Minceuh, mais libre de quoi ?
Pour mieux comprendre, je regarde le clip de campagne (dont la réalisation est au jeune metteur en scène pareil purgatoire que l’affiche pour le graphiste), où Nicolas m’explique, en prenant sa voix la plus dure et son regard numéro 3, celui qui dit « Got big balls, bitches », que la droite et la gauche ont échoué depuis 30 ans (on sent tout de suite qu’il n’est pas fan du Front Populaire lui non plus) et qu’il est grand temps de choisir la voie du centre, ou de la droite pas trop UMPiste en tout cas, tant de toute façon, personne n’a jamais été capable de situer Nicolas Dupont-Aignan sur l’échiquier politique, à commencer par lui-même. Superbe métaphore sur fond d’epic music jouée au Bontempi : « Oui, l’aaarbre est vigoureux, fort, et droit ! Tu le vois, mon gros arbre ? »
Parce qu’une campagne électorale ne devrait jamais se mener pendant la puberté…
Fun fact, Nicolas Dupont-Aignan semble toujours être accompagné de sa propre bande originale : « Jésus reviens ».

Philippe Poutou, NPA.

Tout a déjà été dit et fait sur le nom de ce candidat. Qui je suis moi pour m’en gausser ? Franchement ?
Le pauvre Philippe Poutou est arrivé dans le monde merveilleux de la campagne présidentielle par accident, en remplacement d’Olivier Besancenot qui est avait marre de se ramasser à chaque élection avec un parti proclamant ouvertement son intention de ne jamais gouverner (je vois pas ce qui l’étonne, mais bon…).
Sauf que Poutou a le charisme d’une biscotte, ce qui, bien qu’il ait soit disant la légitimitay de part son statut de TRAVAILLEUR PROLETAIRE (je le mets en majuscule, parce que c’est le seul argument de sa campagne, faudrait pas l’oublier quand même), est un sérieux handicap dans une élection qui se joue quand même pas mal sur la personnalité du candidat.
Alors l’affiche, me direz-vous ? Communiste, ça c’est sûr, y’a du rouge de partout, et slogan fort impliquant des capitalistes morts, étouffés par les poignées de dollars que les travailleurs leur auront enfoncé dans la bouche. Enfin, c’est l’idée quoi.
Poutou n’ayant pas de personnalité, il a deux slogans : « Aux capitalistes de payer leurs crises ! » => un argument percutant, et « Nos vies valent plus que leurs profits », qui a été écrit par Captain Obvious.
Cette affiche ne m’apprenant rien sur le programme de Poutou (en même temps, pourquoi je m’étonne ?), hop, clip de campagne (#womanvswild).

Nous découvrons donc un sketch (ça part super bien, on voit que le NPA prend l’affaire au sérieux) mettant en scène les candidats d’un jeu télévisé, sur un plateau d’approximativement 2m2 . Ah bah eh, parti prolétaire, petits moyens, ces gens là ne font qu’un vrai repas par an, à la Fête de l’Huma => orgie de saucisses pour tout le monde.
Le présentateur, qui heureusement pour ce clip moisi, est relativement bon acteur, pose des questions à un vieux croulant et à une MILF afin de leur faire deviner le nom de Philippe Poutou.
Oui, ils n’y parviendront qu’à la toute fin, c’est dire si la réponse était évidente et non, tu ne verras pas Poutou de toute la durée du clip. C’est dire sur le NPA a confiance en lui pour porter la candidature.
On notera le running gag somptueusement lolesque qui consiste à faire répondre au vieux : « Charles de Gaulle » à toutes les questions. C’est bien connu, le général avait promis la semaine à 32 heures sans baisse de salaires et le SMIC à 1700 euros.
Et le tragique de ce clip listant les idées forces totalement WTF du programme, pendant lequel, jusqu’au bout, tu crois que c’est une blague…

Marine Le Pen, Front National.

Je dois m’avouer un peu déçue parce que Marine a grave raté son affiche de campagne. Pour mémoire, son paternel avait toujours de super affiches, permettant d’oublier la vacuité absolue de ses « programmes » et son physique d’ogre dévoreur d’enfants.
Mais si, souvenez-vous, les super photos en noir et blanc où Jean-Marie tapait des poses de lover dans son jardin, serrant dans ses bras un de ses gentils dobermanns, cliché bucolique en diable sur lequel il ne lui manquait qu’un shot gun dans la main gauche pour avoir l’air à la fois sympa et badass ?


Mi-lover…

…mi-Don Corleone.

C’est un peu à ce genre de chose que je m’attendais de la part de la fille de son père, en partie parce qu’elle est affligée de la même tare que lui : quand elle sourit, c’est malsain.
Pour compenser, Marine gagnerait à poser de biais, pour cacher ses canines de louve et à être aussi en noir et blanc parce que ça adoucit les traits et que chez certains, en particulier chez les Le Pen, c’est pas du luxe.
Et bien non. Il semblerait que le FN ait fait appel au même graphiste que Nicolas Dupont-Aignan, pour un résultat que je ne saurais vraiment qualifier.
Imaginez, un fond bleu (bon, jusque là, c’est cohérent) avec le visage de Marine occupant tout le champ. Jusque là, ça va encore. Et bon point, elle se contente d’un petit sourire, bouche fermée, ouf, on a échappé au pire, parce que si en plus elle avait souri de toutes ses dents, on aurait du droit à l’affiche la plus flippante, ever.
Parce que non contente d’être en pleine page sur son affiche, Marine est légèrement penchée vers toi, petit français. Un subtil mouvement de balancier du haut du corps qui donne ce sentiment étrange que Marine Le Pen va sortir de l’affiche et tomber sur toi. Avec dans les yeux, une expression qui crie : « Je te vois ! »
Si tu es étranger en situation irrégulière, ou même si tu es une viande hallal et que tu passes devant cette affiche, à mon avis, tu flippes grave.
Le slogan, « Oui, la France » par contre, me laisse un peu démunie. Y’a des suites ? Genre « Non, l’Europe », « Peut-être, un programme économique » ?

Eva Joly, Europe Ecologie Les Verts.

Eva partait très mal dans cette campagne, je pense que je n’ai pas besoin de vous refaire tout le feuilleton, le fight monstrueux de la primaire, le départ de Nicolas Hulot en croisière, son retour après 100 jours pour dire qu’il ne soutiendra pas son propre parti, le croche pied de Cécile Duflotdeparole dans les escaliers du cinéma (comment ça « non, c’est pas ce qui s’est passé » ?).
Pourtant Eva a une très jolie affiche. Si si. Tout le monde dit que Eva Joly est moche, parce que ça fait un chouette jeu de mot avec son nom de famille et qu’elle est vieille. C’est pas juste, et elle le prouve bien sur cette photo vraiment bien, avec ce bel éclairage, son ¾ face négligé main sur le visage et ce petit sourire de mamie gâteau qui semble te dire « ach tu feux ein cookie bio mein klein électeur ? » (oui, je sais, mais je sais pas imiter par écrit l’accent norvégien).
Titre sobre, en blanc, et les belles lunettes vertes qui tâchent, pour rappeler le côté écolo de la candidate et le piti logo soleil qui illumine l’ensemble. Non, beau produit, simple, élégant, si seulement on pouvait en dire autant d’EELV…
Le clip de campagne est du même tonneau, mais légèrement plus couillon.

On y voit Eva écrire une lettre avec 3 tonnes de fond de teint pour camoufler les ecchymoses (tourné le lundi suivant sa chute), une lettre qu’Eva compose pour la France. Rien que ça. Habile aussi, vu que l’on a assez reproché à Eva d’être étrangère, viking en plus, tout le monde la soupçonnant de chercher à piller des monastères.
Elle aurait joué sur cette corde là, je vous raconte pas la campagne de folie qu’on aurait eu, et l’affiche de malade avec Eva campée sur la proue d’un drakkar, son équipage (Cécile Duflot, Vincent Placé, Noël Mamère…) derrière elle, tous vêtus de peaux de bête un couteau entre les dents, la candidate brandissant une hache à deux mains et le slogan : « A mort le nucléaire, sköll ! ».


Enfin, dans un esprit plus barbare…

Le slogan « L’Ecologie, le vrai changement » est assez lame. Changement de quoi je te prie ? Ah si, c’est vrai, on sort du nucléaire, on multiplie donc par 4 ou 5 notre facture d’électricité (et non, ceci n’est pas une exagération de ma part) ce qui est LA chose à faire en période de crise. Tu parles d’un changement.
Fun fact, avant, les lunettes d’Eva Joly étaient rouges. Mais elles sont tombées au champ d’honneur sur les escaliers du MK2 Bibliothèque. Eva a donc remplacé sa paire fétiche par sa deuxième Tchin-Tchin, qui par chance, était verte. Je me demande comment PERSONNE n’y avait pensé plus tôt (aux lunettes, pas à la faire tomber dans les escaliers).

Nicolas Sarkozy, Union pour un Mouvement Populaire, ex Union pour la Majorité Présidentielle, plus connue sous le nom de UMP.

Revenu du Tartare, la terre des mauvais sondages, Nicolas Président, heureusement pour lui, a une réputation de winner dans les campagnes électorales. Je dis heureusement parce que si vous regardez son affiche, franchement ça part ultra mal.
Si la composition est honnête (on verra tout à l’heure que la meilleure affiche de la campagne reprend exactement la même), le reste ressemble à une pub de croisière Costa. Comprenez donc une croisière pour vieux qui passerait un peu trop près des côtes.
Y’a pas à dire, ça donne envie.
Songez un peu. Le ciel est un subtil dégradé d’un jaune d’or pâle vers un bleu profond, et la mer, calme comme un lac, à peine ourlée d’argent, déroule sa sérénité azuréenne autour de Nicolas Président. Anormalement grand, tel un Poséidon en cravate, il contemple les flots, un sourire nostalgique aux lèvres : « C’était quand même super ces vacances sur le yacht de Boloré… »
Imprimé en blanc sur cette affiche pour neurasthéniques, le slogan « La France Forte » tombe comme un cheveu sur le crâne de Giscard.
Non, mais avec un slogan pareil, fallait un peu d’imagination et de peps. Par exemple Nicolas, veste ouverte, hurlant sa rage tout en plaquant d’une main au sol, je sais pas, un Chinois, un financier, bref, un truc que les gens aiment pas trop, tandis que son autre main, formée en un poing vengeur, entame la courbe qui s’achèvera dans une gerbe de sang sur le nez de l’ennemi de la France, qui est forte, ainsi que le rappellera avantageusement cette pose iconique.
Afin de rameuter un max de public masculin, dans le fond de l’image, Carla Bruni, légèrement vêtue telle une Marianne porno chic, immortalisée dans une pose de révérence, les yeux pleins des larmes de la reconnaissance pour son Nicolas qui sauve la France des ennemis de la Nation.
Avec un plan com pareil, il pouvait demander à Mickael Bay de réaliser le film de campagne.
Variante, tu profites de la ressortie de « Titanic » en 3D pour détourner subtilement ton fond d’affiche pourri en te représentant les bras en croix et avec le slogan : « Je suis le président de la République !!! Wooooohoooooo ! »
Mais bon, si tu préfères les affiches pour vieux, Nicolas, c’est toi qui vois, parait que t’es le président…
Par contre, sur le clip, waaaaooooouuuuh ! Quel acteur… Quelle musique d’ascenseur entrainante ! Et cette catch line « La France est Grande » : venant de lui, c’est presque émouvant…

François Hollande, Parti Socialiste.

L’archennemi de notre président chéri aurait pu profiter de la charte graphique appelant à l’euthanasie de son adversaire pour dégainer un truc un peu agressif, un peu iconique, un peu bitchy, genre l’affiche de « Commando ».


Vous noterez qu’on reste dans la même gamme de couleurs.

Pas évident de prime abord, car est-il nécessaire de rappeler tous les surnoms sentant bon la pugnacité et la virilité dont son propre parti affuble François Hollande ?
Flamby, Fraise des Bois, Guimauve le Conquérant, ou encore le Grand Méchant Mou.
Gauche oblige, l’affiche est donc dans les tons rouges. Avec un fond blanc => comédie.
Nous verrons que non, aucun risque, vu que Hollande sur cette photo ressemble à Hannibal Lecter, et penchons nous donc sur l’arrière plan de l’affiche.
La campagne. Des arbres, des champs. Pitet même des vaches. Un ciel vaguement nuageux.
Depuis qu’il est candidat à la candidature, François se prend pour la réincarnation de Mitterand. Remarquez, Poutou se prend bien pour de Gaulle, ce qui est tout de même plus inquiétant sur le plan médical, je trouve.
Donc, esprit de Mitterand oblige, François pose devant la campagne, incarnation de la France, celle que l’on aime, que l’on chérit, qui est forte et que veut libérer Nicolas Dupont-Aignan. Remember, l’affiche de la Force Tranquille.
Remember aussi que déjà, à l’époque de l’affiche en question, la France, ce n’était plus précisément les charmants villages de campagnes, largement peuplés de vieux qui votent dans doute FN parce que « y’a trop d’étrangers dans la Creuse, crévindiou et en plus ils nous volent not’e travail ! ».

En 60 et quelques années d’existence de la Ve République, y’a pas UN candidat qui a osé s’afficher sur fond de ville. Alors que le Français est un petit animal qui se trouve plus communément en milieu urbain.
Alors que niveau composition de l’image, y’a sans doute de belles choses à faire avec des architectures sympa.
Mais non, François il préfère la campagne, les vaches et les haies dans les champs, ça lui rappelle la Corrèze, et ça fait homme du terroir.
Sérieusement, c’est nul. Nul, nul, nul.
Mais pas pire que le slogan. Bon, c’est dur de trouver un bon slogan, mais « Le Changement c’est Maintenant » est tout de même presque ce qui se fait de plus naze cette année avec « Une candidate communiste » qui avait au moins le mérite d’être drôle. Là, tu te contentes de toiser ces lettres rouge sang de haut et priant pour que le souvenir du clip avec les gens qui agitaient les bras comme des demeurés en disant « Le Changement c’est Maintenant », ne te revienne jamais en mémoire. Peine perdue pour moi en tout cas.

Venons-en maintenant au candidat. Hollande a un handicap. Deux en fait : le premier c’est qu’il est aujourd’hui plus gros que sur ses affiches. Heureusement que l’élection est dans un mois parce qu’un peu plus, et on le reconnaissait plus. Merci le régime Dukan.
Sinon, son autre handicap reste sa mollesse naturelle. Il a beau avoir perdu trouzmille kilos, espérant ainsi aiguiser son visage telle la lame d’une faucille, François ressemble toujours autant à un marteau. Comme quoi, le régime, ça n’a strictement servi à rien, Bichon. Non seulement ça te fait paraître malade, mais ça te privait de jouer la carte chiraquienne du mec sympa avec qui on irait bien prendre un verre et manger du saucisson. T’as voulu jouer au Mitterrand, mais tu n’as pas le ¼ de son charisme ni de sa puissance intellectuelle. C’est ballot. Résultat, tu ne ressembles à rien, et pour te donner un air décidé et inflexible, tu nous balances un regard de tueur sur l’affiche.
Non mais regardez-moi ça, franchement, ça fait peur. Pas autant que l’affiche de Marine Le Pen, mais ça fait tout de même froid dans le dos. La mâchoire crispée, les yeux légèrement écarquillés, pour mieux mettre en valeur des petites pupilles noires et cruelles qui te regardent droit dans les tiens, d’yeux, comme pour te dire « Et maintenant, tu vas me donner ton carnet de liaison ! ».
Seule sa sobriété sauve cette affiche des affres du ridicule.
Le clip est par contre le plus efficaces des dix, enfin je trouve : discours, montage, voix bien grave qui fait sérieux, slogan martelé. C’est aussi creux que les promesses de ses petits camarades, mais ça poutre.

Jacques Cheminade, Parti Cheminadiste, de toute façon PERSONNE ne sait ce que c’est.

Jacques Cheminade est une des plus vieilles légendes de la vie politique française. Comme le Hollandais Volant, il apparaît à intervalles réguliers, précisément tous les 5 ans, sortant de nulle part et retournant au néant le soir du premier tour.
Que fait-il pendant ce laps de temps ? Nul ne le sait : brode-t-il à la main ses t-shirts pour la prochaine campagne ? Hypnotise-t-il 500 maires afin d’obtenir d’eux les signatures dont il a besoin pour se présenter ? Peaufine-t-il ses affiches de campagne ?
Et surtout, comment rembourse-t-il ses frais alors qu’il ne fait jamais plus de 5% et qu’il n’a même pas de vrai parti ?
Peu importe, intéressons-nous à l’affiche de cet OVNI.
Ah, Jacques a compris que ça ne sert à rien de poser devant la campagne, y’a plus personne depuis longtemps, ni devant la mer, les poissons se déplacent très rarement vers les urnes. Jacques, il pose devant une usine, pour montrer qu’il est du côté des travailleurs. Un peu austère tout de même l’usine, et la pose, je suis pas trop sûre que ça en soit une. On dirait qu’il marche tout en parlant à quelqu’un, c’est assez dérangeant.
Slogan « Un monde sans la City ni Wall Street » => comment tu fais ça champion ? Tu recrutes une armée de moujaïdhins que tu lances ensuite à l’assaut des hauts lieux de la finance ? Tu entraînes un commando d’élite qui ira assassiner les traders dans leurs sommeil, tel des prolo-ninja en pyjama rouge ? Ou plutôt jaune caca d’oie si j’en crois la couleur du bandeau de l’affiche.
A noter que Cheminade est tellement connu et audible dans le paysage politique (une fois tous les 5 ans, y’a des gens comme les Verts qui ne le sont jamais, mais ça, c’est surtout à cause de leur cacophonie ambiante) qu’il éprouve le besoin de mettre quelques idées forces de son programme sur l’affiche. Parce que c’est bien connu, le Français âdôre lire des trucs écrits en tout petit sur une affiche de campagne quand il revient d’acheter son pain.
Dans le clip, on découvre que Jacques Cheminade est doté du don de seconde vue. C’est le Nostradamus de la politique. Et ben… Encore un mystère qui s’ajoute au mystère…

François Bayrou, Modem.

Un peu comme Eva Joly ou Jean-Marie Le Pen en son temps, François Bayrou fait confiance à ses expressions faciales pour assurer tout le travail de l’affiche. Faut reconnaître que le portrait posé un rien naturel avec ce qu’il faut de spontanéité pour paraître cool, ça fait son petit effet. La pose désinvolte, le sourire avenant, François se la joue beau gosse sur un fond flou (comme son programme, diront ses détracteurs => tracteurs => François Bayrou=> ROFLcopter).
Son nom, écrit sobrement en blanc tout en bas de l’affiche, fait un peu penser à de l’affiche de cinéma dans sa graphie. Limite, le slogan gribouillé à la main aussi. De loin, on croirait un biopic sur la vie d’un mec sympa, dont le premier rôle pourrait être tenu par Tom Hanks. On sait qu’il est super crédible dans le rôle d’un bègue depuis « Forrest Gump » => it makes sense.
N’ayant rien à dire d’intéressant sur cette affiche assez banale mais globalement mieux que les autres, à part celle d’Eva Joly, parlons un peu du clip de campagne.

Attention, France, l’Elu te parle. Celui qui a un grand destin et qui finalement, malgré la diction un peu heurtée, arrive à être assez percutant. Si,si, on sent l’ancien prof, sévère mais juste, qui t’explique que « c’est fini de déconner maintenant, tu as des capacités, mais si tu veux avoir ton bac, va falloir travailler dur ». Et un montage (tous les films ont besoin d’un montage) qui te montre François dans une usine, François dans… une autre usine, avec des paysans (cette obsession française…), dans des labos, dans des écoles.
Non, se serait même plutôt pas mal si son programme était moins austère et réaliste. Ah, François, quand comprendras-tu que la France, elle veut qu’on lui promette un gros salaire, du travail, et un poney gratuit pour chaque citoyen ?
Et c’est ainsi que, comme de par hasard…

Jean-Luc Mélenchon, Front de gauche.

Tout le monde ici connaît mon amour pour Jean-Luc Mélenchon.
Mais l’affiche est bonne. Sacrément bonne même. Jean-Luc évite le côté comédie en choisissant le fond rouge et le texte blanc. Impossible de ne pas voir le nouveau Camille Desmoulins au milieu des camaïeux de couleurs fadasses des autres candidats. Avec la même composition que Sarkozy, Mélenchon réemploie un code vieux comme le monde, enfin, vieux comme les affiches de propagandes, surtout, fun fact, les soviétiques.

Notre héros national de la Révolution (son cas est plus affligeant encore que ceux de Dupont-Aignan et Morin => il croit qu’il vit en 1789) pose, farouche et fier dans le coin gauche de son affiche (cohérent), baigné dans un océan de rouge, rouge comme le sang des travailleurs, ou celui des patrons tués par les travailleurs, difficile à dire (moi je pense que c’est le sang du TCE que Jean-Luc a assassiné à coups d’arguments protectionnistes et de mauvaise foi, d’ailleurs Jean-Luc, tu nous avais promis, croix de bois croix de fer, un plan B à ce traité, plus juste, plus social… Il est où ? Tu y travailles encore ? Ben ça doit pas avancer beaucoup vu que tu es l’un des députés européens qui pointe le moins au Bruxelles. Ah, non, en fait, t’en avais rien à faire, t’as juste trouvé un moyen pas cher de te faire connaître, toi et tes idées d’un autre âge). Le regard du Grand Timonier se porte, altier, vers la droite, comprenez surtout vers l’Est, vers ce pays merveilleux qu’est l’Union Soviétique, le paradis des travailleurs où ne vit aucun capitaliste, ou la révolution est un rêve éveillé, et où, je précise au cas ou, le régime communiste a fini par s’effondrer, vaincu par sa propre idéologie inapte au sens pratique, bouffée par ses propres contradictions et la misère économique qu’elle a su elle-même générer.
Le slogan, « Prenez le Pouvoir » est lui aussi génial. Il rappelle la base de l’exercice démocratique => allez voter, vous seuls pouvez faire quelque chose, en choisissant un de nos somptueux candidats qui ne font certes pas rêver, mais faites un effort, voulez-vous ?
Il rappelle aussi la Révolution, le peuple à la Bastille, tout ça, ramenons les Sarkozy aux Tuileries, et dansons la Carmagnole.
Sibyllin et percutant, tout ce que doit être un slogan politique. Non, du beau travail. Dommage que ce travail soit au service d’un guignol pareil, mais bon, j’avais juré de ne pas parler politique dans ce billet, mais que voulez-vous, je vois Jean-Luc et la passion m’égare.
Par contre son clip sent un peu le climat d’euphorie dans lequel baigne le candidat depuis quelques semaines, avec les cœurs célestes des travailleurs chantant les louanges de leur sauveur descendu sur la Bastille porté par deux colombes dans un grand éclat de lumière. Dommage que ça tourne à l’ego trip, y’avait de quoi faire quelque chose de bien avec un tribun pareil.

Voilà, nous sommes au terme de ce billet qui ne vous aidera certainement pas à faire le moindre choix. Ne me remerciez pas, mais allez voter quand même.

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