Tu win ou tu die.

Dans l’épisode précédent de « Game of Thrones », Craster nous avait régalé d’un recap de la saison précédente, Littlefinger avait à peu de choses près fait la même chose, Robb ne s’était guère montré plus inventif, et Dany avait décidé d’adopter la nouvelle coiffure à la mode, dite « à la sauvageonne ». Bref, il ne s’était strictement rien passé pendant un peu plus de 40 minutes, mais pourtant, personne ne s’était franchement ennuyé, sauf Stannis, mais on va dire que puisque c’est lui, ça ne compte pas vraiment.

Bon, j’ai l’air de me plaindre comme ça, mais ce début de saison est assez chatoyant. Enfin la série ressemble à autre chose qu’une transposition un peu cheapesque de l’univers de GRR Martin (cheapesque mais pas honteuse, très très loin de là, je déplorais juste le manque d’ampleur visuelle de la première saison, laquelle n’est pas franchement le truc le plus fondamental de cette série, qu’on se le dise) et le pilote, sous ses airs de résumé pantouflard, se fendait gentiment de scènes puissantes, comme celle de entre Robb et Cat, assez exceptionnelle en matière d’écriture, je dois dire.
Chatoyante aussi parce que en deux épisodes, on gagne deux nouvelles locations, à savoir Peyredragon, déjà vue la semaine dernière et surtout, cette semaine, les Îles de Fer, avec en tête de gondole le truculent château de Pyke, élu trois fois plus beau village fleuri de Westeros.
Enfin, chatoyement suprême, devinez qui est désormais preum’s au générique ? Peter Dincklage, qui succède ainsi à Sean Bean dans le rôle délicat de « tête d’affiche et personnage préféré dans un truc écrit par GRR Martin » #lamourdurisque, comme disent les twittos.

Allons séchez vos larmes, enfourchez vos destriers, sortez vos épées de leur fourreau et chevauchons de concert, tenant fermement notre ligne, car cette semaine, mes petits enfants chéris, il va y avoir du lourd.

Dans ma caravane.

La semaine dernière nous avait laissé un peu sur notre faim concernant la charmante et délicate Arya Stark, sur la route de l’exil et des ampoules au pied, cheminant avec Gendry, bâtard de feu le roi Robert, forgeron en devenir et grand amateur d’accessoires vestimentaires discrets et élégants.

Sans donc nous accorder le luxe de visiter des endroits nouveaux, intéressons-nous au ramassis de loqueteux qui suit Yoren, de la Garde de Nuit, l’homme qui fait de chaque phrase un festival de l’accent moisi, un hommage à la patate chaude dans la bouche, bref, le personnage qui justifie un peu plus chaque semaine le dur et nécessaire labeur de ces gens qui font vos sous-titres à la sauvette.

Arya, ou plutôt Arry, va cette semaine faire une très belle rencontre sur la Route Royale, en la personne de Jaqen H’ghar. Vous pouvez l’appeler simplement Jaqen, ou Alain Delon si ça vous arrange mieux, car cet étrange prisonnier a la fâcheuse manie de parler de lui à la troisième personne. C’est marrant 5 minutes. Après, ça devient crispant. On ne s’étonne plus que toute l’Europe nous ait déclaré la guerre sous Louis XIV. Au bout d’un moment, ils ont dû en avoir marre, les mecs.

On sent d’ailleurs la limite d’Arya assez vite atteinte vu qu’elle se met brutalement à tabasser tout le monde avec un bâton. C’est son style personnel, subtil mélange entre être un gros bourrin et un sociopathe. Ce qui m’amène à un peu d’introspection, car à sa place, devant les tronches de porte-bonheur inspirant la confiance des prisonniers coincés dans le même chariot que Jaqen, je ne sais pas si j’aurais agi avec plus de gentillesse.

Nous en sommes donc là à flanquer des coups de trique sur la margoulette d’un mec qui a juste demandé à boire, quand surgit soudain un troupeau de manteaux d’or. Troupeau c’est clairement ce qui va le mieux à ce groupe de 2 gros benêts dont le chef est assurément un insigne stratéguerre : « Bouh ! Ahah ! BEWARE ZE POWA OF ZE GOLDEN CLOAKS BITCHES ! Donnez-nous le bâtard de Robert, celui qui se balade aux vues et sus de tout le monde sur cette route fort fréquentée avec un casque très très discret, sans doute hommage au goût de la mesure de son royal père, oui, donnez-le nous, on veut juste le tuer en lui plantant plein de couteaux partout lui offrir quelques pépitos de la part du roi Joffrey« . »

Pensez-vous si ça impressionne Yoren. Lequel n’était jusqu’alors pour nous qu’un mec bourru mais sympa, affligé d’une déplorable prononciation, certes, mais sympa tout de même, et qui devient en deux répliques assez sibyllines mon héros à moi qui j’ai. Rapidement, presque aussi vite que les mecs du guet, on pige que sous ses airs de barbare mal dégrossi, Yoren a tout pigé des petits jeux de pouvoirs et d’influence de la capitale. Son allusion même pas voilée à Varys donne au personnage une dimension un peu différente de celle qu’il avait dans les livres (enfin, je crois, mais je me dis aussi que je surinterprète un peu : quand on dit qu’on veut raser l’arrière train d’une araignée, on ne parle pas forcément de l’eunuque, si ?). A ce moment de l’épisode, je ne sais pas encore que ce n’est que le prémice d’un festival de « what the frak » assez rocambolesque, mais laissons ceci pour plus tard, voulez-vous et scrutons plutôt la réaction du chef des manteaux d’or face à la menace de se faire insérer une lame dans une partie délicate de son anatomie.

« Ouais, ben, euh… Toi-même, d’abord ! » (le sens de la répartie légendaire des manteaux d’or) « De toute façon, I’ll be back ! Alors hein, voilà ! C’est celui qui dit qui y est !« 

C’est beau. C’est vrai qu’on ne se serait pas douté un instant que mouchés comme des mémés, les hommes du guet n’allaient pas revenir pour faire la peau de Gendry. Merci de le confirmer, je suis pas particulièrement rapide à la détente, mais j’aurais trouvé toute seule.

A noter, dans un gentil aparté où nous pouvons voir les enfants faire la vaisselle, un splendide dialogue que n’aurait su renier « South Park », qui semble être le sponsor officiel de cet épisode :
«-Une fois, j’ai assisté à une bataille.
C’est ça…
Si, deux mecs qui se mettaient sur la tronche à la sortie d’une taverne.
C’est pas une bataille, ça…
Si, ils avaient des armures ! Quand on porte des armures c’est une bataille !
Mais qui t’a dit ça ?
Un chevalier.
Et comment tu savais que c’était un chevalier ?
Il avait une armure…»

Ben ouais, c’est logique…

Eric Cartman, sors du corps de Tourte Chaude maintenant…

Quoi qu’il en soit, entre Arya et Gendry, c’est une affaire qui roule. Non seulement le bâtard l’a percée à jour, mais leur numéro de duettiste fonctionne-t-il très bien. Une belle scène, et, chose rare dans cet univers où le coup de pute a été élevé au rang d’art de vivre, on y trouvait un peu confiance spontanée.

Le Donjon Rouge.

Il y a plus plaisant que de rentrer chez soi pour trouver une grosse araignée en train de gambader dans votre salon. C’est précisément ce qui arrive à Tyrion, tombant de façon impromptue sur Varys, taillant négligemment le bout de gras avec Shae. Négligemment signifiant : « lui soutirant tout un tas d’informations capitales en l’interrogeant sur la façon dont elle préfère manger son steack« .
Devant la présence d’une araignée dans son salon, une personne normale fuit à toutes jambes, ou écrase la bête avec un journal. Sauf que nous sommes dans Game of Thrones, où il n’y a que deux façons de traiter une scène : la sexposition, mais ici on préfèrera oublier, ou le concours de kiki.
Se sera donc le concours de kiki, mais attention, rien à voir avec les démonstrations de puissance totalement crétines de Cersei la semaine dernière, ici on se prend un concours de double langage en plein dans la face à base de poissons et de jeux de société. C’est dommage, j’aimais mieux la conversation dans les livres, mais l’esprit y est, alors pourquoi se plaindre, surtout lorsque la scène se termine sur une telle tension, si palpable que tu ne pourrais la couper qu’avec de l’acier valyrien.

Varys s’en va donc, moelleux comme un muffin, froufroutant dans sa soie et fier de son petit numéro de jauge du Lutin qui sans le vouloir a défini le maître étalon de la guignolitude à Port Réal : Ned Stark. Un personnage qui avait vraiment besoin qu’on l’enfonce encore un peu plus…

Encore une grande scène de Conseil Restreint, mais tout ce que touche Tyrion est décidément une grande scène. Les conditions de paix dictées par Robb dans l’épisode précédent viennent d’arriver entre les douces mains de Cersei. Comme de coutume, à chaque fois qu’un Stark lui file un truc à lire, elle le déchire d’un air rageur, et penche la tête, afin d’appuyer sa réflexion intense. Qui se résumera chez elle par « Scorgneugneu« , ou autre invective dans l’esprit. On aime la profondeur d’analyse de la reine. On aime aussi le rappel de la situation au-delà du Mur, merci les mecs, on n’est pas non plus des poissons rouges. Il nous reste un peu de mémoire…

Mais dans cette scène, je tiens à noter que nous sommes encore parfaitement dans la logique du personnage de la reine, et dans celle de Tyrion. J’aurais du mal à en dire de même de la prochaine se déroulant à Donjon Rouge, montrant le désormais célèbre et jouissif limogeage de Janos Slynt par le Lutin, en présence de son fidèle escuyer Podrick Payne dont c’était là la première apparition.
Entendez bien ceci, bonnes gens : Janos Slynt est un mec très con, très corruptible et très méchant aussi. Un caractère tout en nuance, vous l’aurez noté, mais peu importe. Slynt est un insecte et surtout c’est une grosse tâche qui fait désordre au service de la reine et du roi Joffrey. Or Tyrion est un homme d’honneur, et une Main de Roi par intérim qui prend sa fonction très au sérieux. Janos Slynt est mouillé jusqu’au coup dans le destin tragique de Ned Stark (il fut le bras armé de Littlefinger qui était pour le coup lui-même le bras armé de pognon de Cersei) et son dernier coup d’éclat, le massacre des innocents de Port Réal, n’a pas spécialement contribué à donner de lui l’image du gendre idéal.
Du coup, Tyrion a décidé de se payer sa tête et de l’envoyer au Mur. Je dis, ok.

Là où je ne suis plus, mais alors là plus du tout le scénario de cet épisode, c’est lorsque soudain, le Lutin décide de remplacer Janos Slynt par……….. Bronn.

Les lecteurs se souviennent que Tyrion remplaçait la grosse buse moralement douteuse par un certain Jacelyn Prédeaux, un mec intègre, compétent, présentant du reste l’avantage de ne pas être une créature de la reine. En gros, pour la Main, il était question, en cette période cruciale où la cité est envahie de réfugiés en colère, de mettre à la tête du guet une personne fiable en toutes circonstance, et de se démarquer de la politique de sa sœur, toujours pressée de s’entourer de sycophantes (par contre, best réplique ever de Cersei : « Ahaahhhaa, the people… You think I care. » quelle rouée politicienne…).

Là, voir Tyrion placer Bronn, un mec non seulement douteux, mais aussi totalement assimilé à son service personnel, c’est ce que l’on appelle communément un « out of character ». Voilà, GG les potos D&D, mais vous y êtes finalement arrivé, à vous planter dans les grandes largeurs. Dommage.

Idem concernant la maudite frangine. Certes, les créateurs de la série peuvent bien faire ce qu’ils veulent et dans l’ensemble, leurs relectures et réécritures des personnages sont intéressantes à suivre. Mais j’ai tout de même un peu de mal avec l’idée d’une Cersei un peu cruche, un peu méchante, mais surtout victime des circonstances. Car on apprend dans cet épisode que le massacre des bâtards a été ordonné non pas par elle mais par Joffrey. Ce qui est cohérent avec la déviance naturelle de ce personnage de Francis Heaulme couronné, mais un peu moins avec les raisons pour lesquelles Joffrey aurait pu ou dû le faire.
Je m’explique : Joff est très con, mais aussi très sûr d’être le fils de Robert. Du moins est-ce qu’il m’a toujours semblé jusqu’ici. La seule personne dans son entourage proche à savoir que les enfants illégitimes du roi sont tous bruns de cheveux, c’est Cersei. Or, le meurtre des enfants n’avait de sens, à mon avis, que pour éliminer ces preuves vivantes de la bâtardise de Joffrey, lequel est plus Lannister que Lannister.
Bref, je ne vois pas la logique dans tout cela. Je vois encore moins l’intérêt de rendre Cersei sympathique aux yeux du spectateur. Cersei n’est pas fait pour être sympa. Elle est faite pour passer de l’image d’une fine mouche à celle d’une godiche intergalactique en l’espace de deux tomes.

En trois mots comme en 100 : quoi le fuck ?

Chez Craster.

Cette semaine, Jon est colère. Il est ENCORE chez le méchant monsieur qui fait rien que des choses incestueuses. Le soir, dans son duvet, Jon inonde les pages de son journal de commentaires rageux. J’ai l’air de me moquer comme ça, mais c’est uniquement parce que je veux oublier un dialogue entre frères de la Garde de Nuit, une sublime référence à « South Park », parmi les œuvres les plus fines et délicates d’Eric Cartman, j’ai nommé le débat sur « vous savez qu’elle est la dernière chose qu’on fait juste au moment de mourir ?« . Si vous ne regardez pas « South Park », ne comptez pas sur moi pour vous expliquer ça.

De façon presque opportune, surgit Sam Tarly, escorté d’une des filles de Craster, Vère, qui a eu krékré peur de Fantôme un peu plus tôt et qui nous a, de fait, permis d’admirer le dire wolf dans toute sa splendeur. Ba.Laise. ça fait plaisir de voir un dire wolf qui ne soit pas dans la pénombre. On notera quand même que la scène n’est là que pour mettre sa taille en valeur. Mais je ne vais pas me plaindre. Si on nous promet au moins un loup par épisode, je serai la plus heureuse des femmes.

Sam s’est mis en tête, sans doute parce que Vère le regarde comme s’il était une version hyperprotéinée de Spiderman et qu’elle lui a dit qu’il était courageux (un conseil, Sam, épouse-la), d’aider la jeune femme à s’enfuir. Pour se faire, il demande son aide à Jon. De prime abord, j’aurais cru que Snowy allait sauter sur l’occasion, rien que pour embêter ce vieux dégueulasse de Craster, mais non, digne de fils de Judge Dredd son père, Jon fait sa moue Stark (la moue de l’honneur et du devoir) et dit : « Nan. »
Je suis injuste avec Jon. Il a parfaitement raison de refuser de faire une chose pareille. Ce n’est pas vraiment le moment de priver la Garde de Nuit d’un allié comme Craster, même si la puissance de feu de ce sauvageon se limite à une armée de gonzesses sous alimentées, affligées des tares de la consanguinité et dont une bonne moitié est enceinte jusqu’aux yeux. Mais bon, admettons… Jon est un homme de la Garde de Nuit et son front se souvient encore du contact rude avec le séchoir à morue dans l’épisode précédent. Ce n’est donc pas le moment de déconner, dit-il a Sam en faisant ses célèbres gros yeux.

Là, c’est juste la moue « Caliméro ».

Et c’est là que… Je sais pas trop ce qu’il s’est passé quand ils ont écrit l’épisode, mais en tout cas, ils peuvent remercier Parker et Stone.
« Aller…….. Aaaaalleeeeeeeeer !!!!!! Maaaaaaaiiiiiiiiiiis eeeeeeeeuuuuuuuuh !!!!!! Allllleeeeeeeeeeer ! » se met à piauler Sam, en mode Eric Cartman, usant d’artifices de langage dignes du plus grand manipulateur du Colorado : « Mais Jon, je ne vole pas Vère à Craster, car Vère est une personne, un être humain, hein, mon Jon. Tu vas tout de même pas la laisser demeurer en esclavage, alors qu’elle est une FEMME SANS DEFENSE, une PERSONNE LIBRE. Aaaaalleeeeeeeeer !!!!!!!« 

Non vraiment, c’était dérangeant.

Mais moins que cette scène montrant Craster emportant un bébé dans la forêt. On s’en souvient, la semaine dernière, Jon se demandait où étaient passés les fils de Craster : il les mange ? Il vire de chez lui à coup de pied dans le train dès atteint l’âge de 5 ans ? Il les jette dans la neige pour les endurcir, mais bon, ça marche pas super sur les nouveaux nés cette affaire-là.

Parce qu’il n’aime décidément pas Craster, Jon décide de le suivre, discret comme une ombre, calme comme l’eau qui dort, tout ça (ce qui chez Jon se traduit par courir comme un mongolo dans la forêt en respirant le plus fort possible) et soudain, ohmondieu mais qu’est-ce-que cette chose aux yeux bleus ?
Un Predatautre !

Ah, on n’en avait pas vu depuis le prologue, ça fait de bien de prendre des nouvelles. Donc ça a l’air d’aller, merci pour eux. Craster leur file des bébés, je veux même pas savoir ce qu’ils en font, yeurk.
Du coup, Jon est choqué. Il va en avoir des choses à dire à son journal ce soir. Et au lord commandant, j’espère aussi…

Bonne idée que de montrer à nouveau un Autre de la part de D&D. Moins bonne que de rendre Jon spectateur de la scène. Ce sacrifice que Craster consent pour avoir la paix avec les Marcheurs Blancs était avéré, mais simplement suggéré dans les livres. Les bonniches de Dany en auraient sûrement dit un truc comme « Craster giving babies to White Walkers ? It is know » et on aura arrêté les frais à ce niveau.
Parce que l’apparition d’un Autre, ce n’est pas spécialement quelque chose de courant au-delà du Mur. Et non. Alors Jon en tant que témoin, que va-t-il dire ? Ou faire ? S’il en parle à Mormont, celui-ci devra faire quoi ? Fermer très fort les yeux et les oreilles et ne pas en parler à Craster ? Demander au sauvageon d’en répondre ? Jon va-t-il s’abstenir de tout raconter ? Se serait idiot et criminel. D’autant qu’avec le coup de raquette que Craster vient de lui mettre en travers de sa tronche de vilain petit curieux, c’est pas demain que Snowy va pouvoir raconter ce qu’il a vu…
Le seul usage immédiat que je vois de cette vision, c’est de donner à Snow une bonne raison d’aider Vère et Sam.S’il s’en tire. Et je vois pas comment…

Si D&D s’en sortent avec les honneurs, j’en serai la première surprise.

Pyke.

Fun fact, faute de budget suffisant, la production n’a eu cette saison droit qu’à faire construire un seul bateau. Du coup, je vous invite à bien regarder celui sur lequel navigue aujourd’hui Theon Greyjoy. Vous risquez de le revoir souvent dans les 8 prochains épisodes (et pas plus tard que le présent épisode, en arrière plan à Peyredragon).

Ne vous méprenez pas. J’ai de l’affection pour les Fer-Nés. Mais dans l’épisode de cette semaine, il est fort peu probable que vous puissiez comprendre pourquoi. Nous allons en effet découvrir les représentants les plus équilibrés et les plus sympathiques de ce peuple farouche et fier, ces marins sanguinaires adeptes de pillage et de gaudriole, sorte de vikings westriens, mais avec une religion bien plus fun encore (si si, c’est possible).

Découvrons Theon, fièrement campé sur le pont farouche du seul bateau de Westeros, l’Unique, contemplant ce chez lui qu’il n’a pas vu depuis 10 ans. La larmichette à l’oeil, notre paletoquet s’apprête à renouer avec ses racines, ses îles, son peupa, et les embruns vivifiants. Un peu, et moi aussi je pleurais d’émotion. Sauf que j’ai du mal à pleurer sur Theon Greyjoy. Allez savoir pourquoi.

Déjà parce que la scène d’ouverture, loin de ma peinture romantique du prince revenant d’exil, s’avère être « super on ne l’attendait plus » la première sexposition de l’épisode. Et de la saison aussi. Super, sortez les verres à champagne, ça s’arrose. Bon, ok, je fais du mauvais esprit. On avait exactement la même dans les bouquins et cette scène est vraiment au service du portrait de Theon Greyjoy, queutard devant l’Eternel et président du club des goujats. Sa victime du jour, qui doit écouter Theon lui sortir tout son curriculum, est la fille du patron de l’Unique. « Une femme-sel » comme le dit Theon, moi je dirais plutôt une « femme-kleenex », mais chacun sa culture.

Après ce grand moment de galanterie, Theon débarque sur Pyke, au son des cornemuses, la foule en délire lui jetant des bigorneaux par poignées, les villageois l’acclamant comme des villageois.
Euh… Je reprends : Theon débarque au son du vent marin, les goélands en délire semant du goano à la ronde, le ressac l’applaudissant mollement.
Les Greyjoy, une famille aimante.

Theon étant garçon à se vexer rapidement, le voilà qui commence à faire du boudin. On voit qu’il a grandi avec Jon Snow, ils maitrisent aussi bien l’un que l’autre l’art des gros yeux et de la moue colère. Au premier pégu qui passe, Theon tente de rouler un peu des mécaniques, tel un Kevin de plage :
« –Hola, Manolo, je suis ton prince, ze Theon Greyjoy !
Mon quoi ? »

Allant ainsi de fumble en fumble sur ses jets de charisme, Theon finit par tomber sur une âme charitable, en la personne d’une fille sur laquelle il va pouvoir user de son pouvoir de séduction, et qui accepte de le conduire au château. Pour la remercier, Theon lui met une main au panier. Quel gentleman.

A Pyke, la forteresse des mille vents, nous découvrons un décor assez beau, je dois dire, tel que je me représentais le château glauque et humide de lord Balon Greyjoy. Lequel est aussi tel que je me le représentais. Du coup, je suis bien contente. D’autant que la scène est de toute beauté. Fidèle dans l’esprit au livre, elle met en scène un Theon encore plus brimé et ridiculisé dans sa propre maison qu’à Winterfell, se mangeant en pleine face 10 ans de ressentiment et l’étrange lubie d’un père qui ne voit plus en lui qu’un Stark, enfin une Stark, puisqu’il passe ton temps à le traiter de petite princesse. Charmant.

Dans la foulée, entre deux remarques aussi injustes que blessantes, Balon envoie bouler l’offre de Robb et fait entrer sa fille dans la salle de réunion et là BAM ! SURPRISE ! C’est la fille qui se laissait tripoter le berlingot tout à l’heure par Theon, donc par son propre frère.
Mais au secours… J’invente séance tenante l’équivalent local du point Godwin, le « Point Westeros », atteint dès l’instant où des gens pratiquent l’inceste. Moins de 2 minutes pour les Greyjoy. Record battu, même si c’était à l’insu du plein gré de Theon.
Là, d’un coup, j’ai un peu empathisé avec lui. Pour la première et dernière fois de ma vie : son père le traite comme un moins que rien, et sa soeur de piège de façon malhonnête en changeant sournoisement son nom de Asha en Yara.

Ben quoi ? On est en Westeros, les mecs. Si tu couches pas avec ta soeur, c’est pas normal. Du coup, ce qui est choquant, c’est d’avoir modifié le nom de la frangine Greyjoy, sous prétexte que le téléspectateur moyen risquait de la confondre avec Osha.

Vraiment ? Mais c’est tout naze !

Et visiblement, ce que Theon trouve encore plus naze, c’est que Balon choisisse Asha/Yara pour conduire sa flotte au combat. Bigre… Mais au combat contre quoi ?
Au hasard : quelle province de Westeros très peu peuplée l’est encore moins que d’habitude rapport au fait que tous les osts sont partis jouer à « c’est moi le roi » dans le Sud ? Quelle capitale est actuellement uniquement défendue par un bambin de 8 ans, un vieux mestre, un punk et la présidente du Comité contre les Peignes?
C’est vrai qu’on le sent revanchard, le Balon. 10 ans à ronger son frein dans un château aussi sinistre qu’Armen un jour de tempête, au bout d’un moment, je pense que ça finit par avoir une influence néfaste. En tout cas, les armées Greyjoy sont désormais prêtes à en découdre contre le Nord, et dans cette joyeuse perspective, que va donc faire Theon ?

Et bien deux solutions :
1) son père le prend pour un Stark ? Alors il va sortir les big balls et jouer au Stark, défiant l’autorité de lord Greyjoy sous son propre toit, et affirmant sa ferme intention de rallier le roi Robb pour châtier le traitre comme il le mérite. Non mais. Suite à quoi lord Balon le fera arrêter, attacher sur une plage à marée basse et puis attendra que la mer monte en riant un grand coup.
2) fermer sa grande bouche, tenter de s’en tirer du mieux possible, en faisant genre « ouiiiiiii, mais est-ce-que je peux vous aider tout de même ? » et espérer que ça passe, en tentant de s’enfuir à la moindre occasion.

Sinon, tu peux aussi choisir de n’avoir aucune personnalité et de faire ton gros lâche, en te mettant de façon pleine et entière au service de ton enfoiré de paternel pour tenter de grappiller une miette de reconnaissance.
Je laisse planer le suspens…

Au Palais des Mille Fleurs de Madame Chang.

Les traditions, c’est important. Même si nous n’avons rien à y faire, allons donc jeter un oeil dans le Palais des Milles Fleurs, le bordel perso de Littlefinger, désormais tenu par Roz, dans le rôle de Madame Chang, la maquerelle qui ne sert à rien et qui est sans doute jouée par la maîtresse d’un producteur ou d’un exécutif d’HBO, je ne vois pas d’autre explication.

Mais à la scène dont nous sommes ici gratifiés, je ne vois pas non plus d’autre explication. Il y a des moments dans la vie, ou il faut savoir baisser les bras devant l’évidence, admettre les dures réalités : c’est nul. Je pense qu’on a atteint le sommet de n’importe quoi dans cet épisode. Qui contient quelques références à « South Park » tout de même. Non, là, j’ai beau essayer d’appliquer divers niveaux de lecture à la scène, je ne vois pas, je sais pas, je suis démunie. C’est nul.
Je m’en fiche que Roz soit triste qu’on ait tué la petite Bara, sérieux. Et n’importe comment, y’avait pas d’autre moyen d’amener scène si indispensable qu’en nous mettant de pr0n ?

Et sinon, je sais que Littlefinger est méchant.

Raaah, vivement les nouvelles aventures trépidantes de Roz !

Peyredragon.

C’est au détour d’une scène de Peyredragon que je découvre avec affliction, la maladie dont est affligé Salladhor Saan, le pirate lysien. L’infortuné a en effet tous les symptômes de la maladie d’Addison. Non, ne riez pas, c’est très sérieux, c’est même ça qui a tué Jane Austen. Un fléau redoutable qui a frappé jusqu’en Asgard, affligeant le dieu Heimdall, si j’en crois le dernier film de Kenneth Brannagh. Une bien triste maladie, issue d’un dérèglement du foie et dont la manifestation la plus spectaculaire est l’épiderme qui devient plus foncé.
Je…

Oui ?

Hein ? « Quota minorité » ? Mais… Attendez, c’est pour ça que le Lysien blond aux yeux bleu comme tous les Lysiens est devenu noir ? Rien à voir avec la maladie d’Addison ? Ben au temps pour moi, alors…
Sans doute la production, en plus du fameux quota à remplir a du se dire que pour souligner la provenance d’Etrangie de Salladhor, mieux valait lui donner un peu de couleur.
Je m’insurge quand même : ils auraient pu remplir leur quota avec Jalabhar Xho ! Ou en embauchant des acteurs asiatiques pour jouer les Dothrakis (un peuple mongoloïde, pour mémoire), mais bon, je dis ça, je dis rien.
En plus, l’acteur qui joue Saan est très Salladhor Saan, justement. J’ai déjà envie de le noyer ou de l’étouffer avec ses fanfreluches, j’hésite encore. En tout cas, son échange avec le loyal et dévoué Davos Mervault était plutôt bien senti. On perçoit désormais l’imminence de cette guerre qui va déferler des deux côtés de Westeros (enfin si Peyredragon arrive à chourer l’Unique aux Îles de Fer, sinon, ça risque de compromettre leurs plans d’invasion…).
Remarque, ce bon Salladhor fait remarquer une chose très vraie à Davos sur les gens de Westeros: « on vous enlève vos doigts, et vous tombez amoureux » => Davos aurait tant de choses à dire au Lard Jon… Et la scène entre le chevalier à l’oignon (ouais, c’est classe comme titre…) et son fils était une très bonne mise en contexte, entre le fanatisme du néo-converti, et l’exposition efficace du background de Davos, dont il est désormais impossible de douter de la dévotion envers son roi.

De ce petit entretien au bord de la plage ressort le projet pressant de Stannis d’aller défoncer sa margoulette aux Lannisters et aussi à Renly, le vilain prétentieux qui se la joue roi alors que la couronne, elle est même pas à lui d’abord.
Au cas où on n’aurait pas bien compris les enjeux et les difficultés pour Peyredragon de mener une guerre ouverte contre les osts des Lannisters et ceux des Baratheon d’Accalmie plus celui de Hautjardin (la famille de ser Loras, le chevalier de Jardiland, mais si, vous savez, l’esthéticienne personnelle de Renly), remettons-en une couche avec un petit conseil de guerre entre Stannis et Melisandre. Toujours prompt au calembour, le roi enchaine scrogneugneu sur scrogneugneu, blabla petite armée, blabla pas d’argent, blabla comment veux-tu que j’organise le débarquement avec UN bateau, qui est en plus actuellement de l’autre côté du continent…
Melisandre qui sait parler aux hommes et avantageusement remplir les quotas de femme à poil dans les séries HBO lui fait comprendre que bon, dans la vie, faut savoir provoquer sa chance. Son dieu là, R’hllor, seigneur des watts et pourvoyeur du feu stellaire, serait sans doute enclin à donner un coup de pouce si Stannis voulait bien consentir à un petit sacrifice. En plus, Stannis, mon chéri, tu n’as pas de fils (quel rapport ?) et moi, je peux t’en donner un (mais c’est quoi ce dialogue qui n’a AUCUN sens ?), oh, ma robe vient de tomber, le vent sans doute, donc, pour le sacrifice, c’est oui ou c’est d’accord ? Tout ce que R’hllor réclame, Stannis, c’est ta virginité que tu donnes un peu de ta personne. Aller….Aaaaaalleeeeeer ! Maaaaaiiis eeeeeuuuuuh !!!!

Et voilà que Stannis s’exécute, comme s’il était content de rendre service (Stannis Baratheon ? Mais vous voulez faire croire ça à qui ?), comme s’il n’avait pas un sens du devoir et de l’honneur quasi pathologique, comme s’il était le genre à se compromettre avec une Jézabel à moitié hérétique et à moitié sorcière pour pondre un bâtard. Non, c’est vrai, Stannis, la promesse d’un fils de Melisandre a suffi à te dérider ? Mais tu as réfléchi deux secondes avant de lui montrer toute l’ardeur de ta détermination ? Tu es en guerre contre le roi Joffrey parce que TU LUI REPROCHES D’ETRE UN BATARD !
Et toi, tu vas en faire un, super, ça ne sera pas du tout exploité par tes ennemis nononononon… Jamais.

Out of character : et de 2 !

Ainsi se termine le deuxième épisode de cette saison 2 de « Game of Thrones ». Le bilan est pour le moins mitigé. Entre l’étonnement face à certains changements, qui me semblent scabreux sur le long terme, les scènes totalement wtf comme l’inutile escapade du côté de Dany n’ayant d’autre but que de faire mourir le malheureux Rakharo (Dany lui a dit un mot gentil la semaine dernière, en voyant ça, je m’étais dit : « il va mourir, j’en suis sûre » => bingo), et de belles réussites tant sur le fond que sur la forme, il y a de quoi s’inquiéter un peu. L’avenir nous dira si D&D seront capables d’assumer leurs partis pris. Certains sacrifices étaient salutaires (toute la sous-intrigue de Peyredragon entre les hommes du roi et ceux de la reine, la promotion surprise de Bronn qui permet de ne pas introduire encore un nouveau personnage…), mais je demande à voir comment tout ceci va tourner. En particulier pour Jon, je suis très inquiète, d’autant qu’il a pris un coup dans les cheveux !

Bon, la semaine prochaine, j’espère qu’on verra tout de même Renly, parce que j’en ai marre de guetter fébrilement la première apparition de lady Brienne de Torth !

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