Bon, ben auf wiedersehen, alors…

Une fois encore, j’ai été frappée par cette malédiction, ce sort funeste, ce réflexe conditionné qui me pousse, au mépris de tous les voyants qui passent au rouge, vers les drames en costumes.
Après « Deux Sœurs pour un Roi », j’aurais pourtant dû me considérer comme vaccinée à vie, résolue à ne plus jamais assister à ce genre de scène :
«-Oh Henry….
Oh, Mary !
Non, moi c’est Anne.
Ah… Merde. »

Mais bon, vous connaissez la suite, on est faible et finalement bien peu de choses face à la règle de l’univers, du Grand Ordonnateur Cosmo-Galactique, bref, dès qu’il y a de la crinoline et de la perruque, je fonce. D’autant plus vite s’il y a Diane Kruger sur l’affiche, non parce que bon, qui résisterait à Diane Kruger franchement et à son délicieux petit akzent chermanik.

« Alors comme ça, La Dame, parait qu’on peut pas résister aux Allemands ? Est-ce que tu tiens à tes cheveux ? »

(Que celui qui n’attendait pas avec une fébrilité perverse une blague de mauvais goût sur les Allemands me jette la première pierre)

Versailles, mois de juillet 1789. La reine Marie-Antoinette joue au bingo avec quelques courtisans. Dans un coin, le roi Louis XVI remonte une pendule tandis que dans un autre coin (Versailles est littéralement bourré de coins, c’est à peine croyable) Léa Seydoux traîne sa mine de circonstance Actor Studio, qui est la même que sa mine réjouie Actor Studio laquelle entretient une certaine ressemblance avec sa mine effrayée Actor Studio. Du coup, difficile de dire si elle est contente d’être là, si elle s’ennuie ou si elle a un caillou dans sa chaussure.
En tout cas, moi, je m’endors déjà un peu, alors flûte, faites-moi donc tomber quelques têtes, ça va bien maintenant.

Et si vous pouviez commencer par celle de Louis XVI, ça m’arrangerait bien, vu que c’est Xavier Beauvois qui l’incarne, vous savez, Xavier frakking Beauvois, plus connu sous le nom du « réalisateur en état de grâce de « Des Hommes et des Dieux », ce chef d’œuvre du septième art absolument prodigieux, tellement que vous l’avez tous acheté en Blu Ray, seul format à même de restituer l’intensité de l’expérience vécue en salle, quand vous avez pris en plein dans la tronche des grains énormes de la photographie infecte, les fulgurances du scénario, la variété des niveaux de lecture, la beauté éthérée des cadres, bref, mais qu’est ce que je fous là à parler de « Des Hommes et des Dieux », oh !
Mon Dieu, c’est terrible, il FAUT que j’écrive ce billet sur « Les Adieux à la Reine » pourtant.

Donc, je me dois de vous faire un aveu : il n’y a aucune scène dans ce film montrant Marie-Antoinette jouant au bingo. C’est très dommage parce que ça nous prive de l’entendre s’exclamer « Ach ! Pinko ! » au moment de gagner.

Mais alors, que se passe-t-il donc dans « Les Adieux à la Reine » ? Et bien je serais bien en peine de vous le dire. Il y a une fille Sidonie, on sait pas trop qui c’est, une loqueteuse ramassée sous un pont sans doute, qui est lectrice de la reine Marie-Antoinette, qui était visiblement trop feignante pour porter et lire un bouquin. Sidonie elle aime beaucoup la reine, de façon platonico-lesbianique, dirais-je, mais ça n’a pas grand intérêt, étant donné que le personnage de la reine n’a pas été écrit, pas plus que celui de Sidonie d’ailleurs. A un moment, c’est d’ailleurs assez drôle, une amie de la lectrice lui faire remarquer que personne ne la connaît vraiment, on ne sait pas d’où elle vient, ni si elle a des parents. Sidonie la dévisage, à deux doigts de répondre : « c’est normal, je n’ai jamais eu de background, je suis juste là pour servir de prétexte foireux à l’intrigue ».

Ce qui en dit long sur la qualité de l’intrigue en question. Je n’ai absolument pas compris de quoi il en retournait. La Révolution ? Les amours de la reine ? La vie des grouillots à Versailles ? Un peu tout ça à la fois ?
Non seulement les personnages n’ont-ils aucune substance, aucun caractère, ne sont guidés que par des émotions passagères générées aléatoirement, mais n’y a-t-il rien qui semble procéder d’une véritable intention.

Je suis sans doute dans l’erreur parce je ne comprends pas la magnificence du cinéma français, mais arrêtez-moi si je me trompe : quand on fait un film, c’est bien pour raconter quelque chose, non ?
Je demande, parce qu’ici, le côté narratif est tout de même assez ténu : Mélenchon le peuple prend la Bastille, Versailles s’émeut ce qui se traduit à l’écran par masse de monde dans les couloirs, la reine flippe, le roi reste de marbre, et à la fin, la duchesse de Polignac s’enfuit.
‘oilà.

Ainsi, « Les Adieux à la Reine » partent sur des bases très élevées, mais le scénario n’est rien, vous m’entendez RIEN en comparaison de sa mise en image.
Benoît Jacquot sait parfaitement se servir d’une caméra, et nous le prouve : « Alors quand t’appuies sur le bouton, là, ça allume la caméra. Et la molette, tu vois, c’est un zoom. Si tu la tournes, l’image grossit, on peut faire des plans super rapprochés sur le nez de Diane Kruger. Et attends, je te garde le meilleur pour la fin. Quand tu bouges la caméra, l’image suit ton mouvement. ‘Agarde, là je suis sur Diane Kruger, et là, hop, je bouge et je suis sur Virginie Le Doyen. Et je repars dans l’autre sens, Diane, et re-Virginie, et puis re-Diane et re-Virg… »

Et vous pensez que j’exagère ? Mais absolument pas ! Non, si y’a une intention de narration par l’image dans ce film, je suis super méchante. Le gros plan sert à suggérer l’intimité. Le gros plan, hein, pas le fait de cadrer plus serrer pour d’enfermer les personnages dans le décor, dans des chorégraphies ou autres artifices dignes du cinéma fasciste américain qui pense que la technique et la maîtrise c’est important.
Non, eh, si Dieu il a inventé la caméra, c’est juste pour filmer des gens qui bougent. Raconter des trucs avec ? Mais c’est quoi ce discours hérétique ?
Non, si je veux montrer la confusion qui règne à Versailles après la prise de la Bastille, il me suffit de mettre la caméra dans le dos de Léa Seydoux et de la faire marcher dans un couloir avec plein de monde dedans. Et puis de la faire repartir dans l’autre sens, et le tout en plan séquence ! La classe internationale !

Argh, ce plan séquence. J’aime pourtant ça, les plans séquences, enfin, je veux dire les beaux plans séquences. Mais comparer celui-là avec ceux de « Cloclo », c’est comme mettre dos à dos Lorie et Maître Eckhart. Non parce qu’entre le plan séquence qui fait corps avec le projet narratif et implique une mise en place réglée et précise, une chorégraphie d’ensemble millimétrée et le plan séquence où tu te contentes de suivre une cruche dans un couloir avec des vieux en chemise en nuit qui glandent dedans, y’a comme un fossé infranchissable.
En plus, je n’ai rien compris à cette scène, filmée caméra au poing, avec une photographie absolument dégueulasse, comme le reste du film ceci dit, et nantie de ces mouvements de caméras qui filent la nausée et qui sont légions dans ce film.
Sidonie accompagne son ami l’archiviste dans ce couloir mais préfère rester attendre là plutôt que d’aller dormir tranquille dans sa chambre, où elle est à portée de valet de pied si jamais la reine la demande. A un moment, elle repart et tombe sur un twink qu’elle décide brutalement d’aller se taper dans un salon, why not, le monde s’écroule autour de nous, carpe diem, youpi, et puis c’est là que soudain, on appelle Sidonie, *BAM !* coitus interruptus, « la reine vous demande ! », « Oh non, c’est pas vrai, ça fait une heure que vous me cherchez partout, moi qui veux être disponible chaque instant que Dieu fait pour ma reine bien aimée ! » => t’avais qu’à retourner dans ta chambre depuis le début, espèce de gourdasse.

D’ailleurs, au départ, Sidonie avait prévu d’attendre dans sa soupente, mais finalement, elle avait préféré apporter des bouchées à la reine à l’archiviste, mais personne ne sait pourquoi.

Alors après, il y a aussi l’histoire d’amour scandaleuse et interdite entre Marie-Antoinette et Gabrielle de Polignac. Je ne veux pas savoir combien de cigarillos fume Virginie Le Doyen par jour pour avoir une voix pareille, mais quoi qu’il en soit, elle est sur la pente Jeanne Moreau. Et elle a de jolies robes. Et la même démarche que Rihanna, ce qui doit pas être fastoche avec la robe et le corset. Je pense avoir fait le tour du personnage.

Heureusement, comme il n’est absolument jamais construit à l’image, la reine vient à notre secours pour caractériser un peu son amie : « Elle est zehr indépentante, tu fois, ja. »
Bien bien… Débrouilles-toi avec ça maintenant.
Sachant en plus que la love story brûlante est mise en scène par des mouvements de caméra allant d’une actrice à l’autre en usant du zoom pour souligner l’intimité, je m’étonne n’avoir pas réussi à m’endormir. En plus, je venais de voir le season premiere de « Game of Thrones », bonjour le décalage.

Parce que tout ça dure, dure…. Au bout d’approximativement 32h de métrage, Sidonie est convoquée chez la reine qui lui demande de jouer les doublures pour Gabrielle de Polignac afin de couvrir sa fuite en Suisse. DRAMA !
Je vous l’écris en lettre capitale parce que ce n’est pas évident de prime abord. On s’en fout tellement de Sidonie qu’elle pourrait terminer le film la tête au bout d’une pique, on serait soulagé. Mais non, même pas, elle survit et gagne la Suisse, c’est prodigieux, ça n’a aucun intérêt jusqu’au bout. Pendant ce temps là, la reine est triste parce que Gabrielle (« wooh Gaby… ») l’a abandonnée, mon Dieu comme tout ceci est bouleversant.

Enfin pas plus que la direction d’acteur, qui atteint un degré de démission rarement vu sur vos écrans. Je ne suis pas sûre qu’un seul acteur joue juste de tout le film, c’est assez prodigieux tout de même. Bon, il y a le double handicap de n’avoir rien à jouer vu que les personnages sont aussi creux et insipides que des huîtres du Bassin d’Arcachon, et d’avoir à dire des répliques écrites quasi en vieux françois : « Diantre ma mie que me vaut l’honneur de vous voir ici céans ? ». Essayez de dire ça en ayant l’air naturel.
Mais quel est l’intérêt d’infliger des dialogues pareil au cinéma, franchement ? C’est pas non plus comme si on avait accès au report, minute par minute de tous les mots pronconcés à Versailles entre le 14 et le 17 juillet 1789 et que dans un souci d’exactitude il était primordial de les faire répéter aux acteurs !
Non quand même, y’a un moment où Diane Kruger pleure de désespoir (elle devait penser très fort à son rôle à ce moment là) qui aurait pu être vachement émouvant sauf que le désespoir de la reine, on s’en fout depuis le début du film. J’aurais peut-être du prendre des mots croisés, en fait.

Le niveau de bêtise dans lequel baigne ce film, finalement, c’est son réalisateur qui en parle le mieux. Benoît Jacquot, qui t’explique en interview que son film, c’est «comme le Titanic ou le Costa Concordia» (citation originale), « les gens qui continuent à faire la fête alors que tout s’écroule autour ».
De pareille sortie, la mathématicienne ratée qui sommeille en moi tire l’équation suivante :

Si : Titanic + Costa Concordia = Les Adieux à la Reine
Sachant que : Titanic + Costa Concordia = naufrages
Alors : Les Adieux à la Reine = naufrage

Je suis un peu le Max Planck du Septième Art, que voulez-vous.

Bon, je trouve ce billet déjà trop long pour pareil étron (je fais des vers, sans en avoir l’air) donc je vais couper là, et aller m’amuser un peu à lire les critiques dithyrambiques sur ce film.

Film auquel je donne une note jamais donnée ici sur ce blog, mais qui pourrait bien devenir une nouvelle tradition.

Note :

PS : pourquoi le panda ? Parce que le panda est une créature dénuée de toute utilité et de capacité d’adaptation. Comme un certain cinéma français.

PS : Je ne suis qu’une abrutie. LE CERCLE A PARLE POUR REPENDRE SA LUMIERE ! FOR THE NIGHT IS LONG AND FULL OF TERRORS !!!!! (Mais Riou et Van Reeth, ce soir, je les aime).

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *