Drame en noir.

Et ce qui devait arriver….. Arriva.
Le trailer final de « Prometheus » est sorti, tout vaisseau spatial et montage de malade dehors, racolant le spectateur aussi vulgairement que Jean-Luc Mélenchon à la Bastille.
Et ce qui avait été prédit est donc advenu : « Prometheus » sera un film très bien vendu, peut-être même un succès au box-office, qui sait, soyons fous ! Un succès au box-office qui se remboursera !
Pourtant, dans le genre projet qui refoule sec du goulot, on fait difficilement pire.
Je m’explique : « Prometheus » est un film de Ridley Scott. Qui fut le réalisateur du premier « Alien », ce qui est un très bon point pour lui, et de « Blade Runner », ce qui est un über point pour lui. Sauf que Ridley Scott, comme Tim Burton d’ailleurs, est mort il y a déjà quelques années et que son cadavre est aujourd’hui possédé par une entité sans talent, sans goût et sans estime du public, produisant à l’envie des films plein de bons sentiments et de discours moralisateurs, genre, totalement au hasard « Mensonges d’Etat » (sérieusement ???) « Robin des Bois », « Kingdom of Heaven » (et encore, dans celui-là, la casse était limitée….), au point que l’on puisse aujourd’hui considérer sans trop exagérer que des deux frères Scott, c’est Tony qui terminera sa carrière avec les honneurs (ouais, c’est à peine croyable ce que j’écris là, mais revoyez un peu « Robin des Bois », ça vous apprendra à douter de ma parole, mécréants).
« Prometheus », c’est donc une idée totalement trop géniale, en gros la même de celle de « Robin des Bois », directement sortie du cerveau de la chose qui possède le corps de Ridley Scott : « Et pi et pi, si on faisait un préquel où c’est qu’on raconte l’avant de ce qui s’est passé après, hein, hein, diiiis, hein, diiiiis !!!!! »
Ouais. Trop.Essentiel. Le Alienverse tout entier te remercie, Ridley. C’est vrai que l’honneur de toute l’espèce n’avait pas déjà été bafoué par « Alien vs Predator », donc continue, je t’en prie, de toute façon, le monde n’attendait que ça : moooooarrrrr spacejockey et moooooaaaaar facehugger.
Y’a un moment où il fait savoir s’arrêter et ne pas tenter d’exploiter le filon jusqu’à la corde. Sinon, ça fait grave vieux con opportuniste. Wait a sec…

Alors ça fait juste… 12 ans que Ridley Scott n’a pas réalisé un film qui se tienne parfaitement dans la durée (« Gladiator », et encore, si vous enchainez au hasard « Blade Runner » avec celui-là, vous verrez c’est dingue, on dirait que ce n’est pas le même mec qui a fait les deux), au point de pondre de sacrées purges tout de même (je vous remets « Robin des Bois » ou vous avez compris ? « Une Grande Année » ? Ouais, celui avec Marion Cotillard… Au secours), là, il décide de sortir le préquel d’une franchise qui aimerait bien dormir tranquille et capitaliser sur son statut d’œuvre culte, et tout le monde applaudi des deux mains et des deux pieds comme si c’était le projet de SF de l’année (wrong). Et vous allez voir, même si c’est mauvais (ce que je n’espère pas, mais Scott ne mérite plus ma confiance) ça fera un carton et on parlera même de bon film.

Un malheur n’arrivant jamais seul, ce weekend, je suis allée voir « La Dame en Noir », mais par contre, parce qu’il faut pas pousser mémé dans les orties, je n’ai pas regardé le discours de Mélenchon (qui est sans doute l’entité qui possède Ridley Scott). Je ne vous parlerai donc que de ce film anglais, même si la Bastille aussi, c’était du cinéma.


Et de la longueur de cette intro ainsi que de son caractère totalement déconnecté du sujet qui va pourtant maintenant nous occuper, vous pouvez d’ors et déjà estimer la qualité de ce film…

Nous sommes en Angleterre, en 163817861921… dans l’ancien temps. Ouais, j’ai beau avoir fait des études d’histoire, les dates ça n’a jamais été mon truc. D’autant plus que là, bon, ça se serait passé sous le règne de l’impératrice Mathilde ou sous celui du Prince Charles, honnêtement, ça ne changeant rien au pudding.

« La Dame en Noir » nous conte l’histoire trépidante d’un notaire, répondant au nom de M. Kipps. Au début j’avais compris « Gibbs » et je me disais que la Dame en Noir allait manger ses dents de devant en moins de 5 minutes. On déconne pas avec le NCIS.

M. Kipps est envoyé dans un charmant village côtier pour y régler la succession d’une veuve fraichement décédée dans son manoir situé sur une île seulement accessible à marée basse. Je pense qu’à partir de là, je n’ai pas besoin de convoquer l’esprit de l’amiral Ackbar, tout le monde a compris.

A partir de cette situation au potentiel horrifique détonant, James Watkins va bâtir une mécanique avec des ficelles grosses comme les amarres d’un super tanker et des effets tellement éculés que le film a lui seul semble une master class sur le cinéma d’épouvante : ombres noires, champs / hors-champ, miroirs, scène « attention derrière toi c’est affreux« , éléments de décor « kifonpeur« .


« Attention, derrière toi, c’est affreux ! »

Alors je sais pas vous mais moi, qui n’aime pas sursauter dans une salle de ciné (non parce que je suis du genre à faire des bonds de 15 mètres, comme la fois où j’ai pratiquement touché le plafond en regardant « Sleepy Hollow » juste à cause de la scène où ils trouvent un vieux caché dans un placard… Le reste m’ayant laissé de marbre. J’ai jamais dit que ça serait logique. « Et t’as bien fait » que vous vous dites), j’ai trouvé « La Dame en Noir » génial sur ce point. Tout est tellement téléphoné qu’il est impossible de se laisser surprendre un seul instant par quelque effet que ce soit. Du coup, on peut aisément suivre le film sans faire monter son niveau de stress, ce qui est une excellente conclusion à une fin de semaine difficile (même un grand maître Jedi a manqué de s’endormir pendant la séance). En plus, on peut se moquer gratuitement des Anglais, et ça, ça n’a pas de prix.


J’en oublierai presque une des plus belles réussites de ce film : ses filtres bleu.

Si l’on met à part l’échec patent de la mise en scène de la peur, il faut reconnaitre au film son esthétique bien glauque, tellement réussie qu’elle n’est jamais véritablement utilisée par le réalisateur. Certains plans de l’île me faisaient penser à « Shutter Island », mais dans le sens où d’ambiances visuelles similaires Scorcese parvenait à tirer un climat oppressant en composant, plus qu’un cadre à l’action, un personnage à part entière. Ici, on se contentera de voir les héros bouger dans le décor, promenant des mines peu concernées, la faute à une direction d’acteur à la ramasse.
Pourtant, Ciaran Hinds sait être prodigieux, mais il semble ici plus pressé de passer prendre son chèque à la compta que de faire mine de s’intéresser à son personnage. Lequel ne sert de toute façon à rien : retranchez-le de l’histoire et vous obtenez exactement la même chose.
Quant à Daniel Radcliffe, dans son premier grand rôle post « Harry Potter », il était attendu au tournant dans la peau d’un jeune veuf père de famille. Sa prestation est décevante, car s’il s’avère capable, dans la première moitié de film, de paraitre crédible dans une bonne moitié de ses scènes, la suite fait rapidement sombrer son jeu dans une sorte de démission totale. A sa décharge, son personnage est terriblement mal écrit, un peu comme tout le reste du film.

« La Dame en Noir » se prend toutes les 5 minutes les pieds dans le tapi. Si le personnage principal semble aussi affecté par les spectres que par une déclaration d’inventaire sous serment, c’est parce que quelqu’un, je dirais le scénariste, a oublié de le faire évoluer. On sent pourtant la piste d’une bonne idée qui s’amorce au début du film, avec ce portrait trop timide d’un jeune homme cartésien mais en quête de réponse et de consolation après la mort de sa femme. Jamais cette ouverture ne sera exploitée. Pas plus que ne le sera la piste du spiritisme, pourtant annoncée dans les 10 premières minutes et de toute façon quasi obligatoire à partir du moment où on réalise un film qui est une histoire de fantôme au XIXè siècle en Angleterre.
Enfin, moi, j’y aurais pensé.


« Attention, derrière toi ! C’est encore plus affreux que tout à l’heure ! »

Il y avait aussi une intéressante carte à jouer qui aurait pourtant donné de la substance aux personnages : celle du rationalisme des héros, dont ils auraient pu user pour tenter de comprendre les évènements, et qui aurait mieux expliqué la décision totalement débile de Kipps de rester, au risque de se faire clouer à la porte d’une grange par les villageois. On aurait pu utiliser le fait que le personnage de Hinds était du coin de la façon suivante : témoin des drames et lui-même victime de la Dame en Noir, il aurait pu mener une enquête, cherchant des causes scientifiques à ces phénomènes. J’en avais un tout trouvé pour lui : le village et la maison sont au bord de marais, ce qui peut entrainer des émanations toxiques provoquant des hallucinations et des suicides chez les enfants, plus petits donc plus facilement touchés par ce genre de phénomènes naturels. A l’arrivée de Kipps, trouvant en lui un esprit tout aussi rationnel que sa personne, il lui aurait fait part de ses théories et décidé de l’aider car persuadé de son fait. Confrontés aux apparitions dans le manoir, tous deux auraient dû mettre leurs certitudes en question et la fin serait restée ouverte, laissant au spectateur un doute sur la nature réelle des phénomènes.

Mais bon, je suis pas scénariste, alors je dois sans doute me fourvoyer.


« Attention, derrière t…. Oh et puis zut…. »

En lieu et place de ma piètre proposition de scénario, on a donc des villageois débiles qui préfèrent continuer à vivre près d’une maison hantée par un spectre tueur d’enfants, un notaire témoin de phénomènes vraiment glauques mais qui choisit de passer la nuit dans une maison hantée, qui ouvre la porte à des zombies (il doit vraiment galérer avec les Témoins de Jéhovah), un fantôme psychotique qui continue à tuer même quand on s’est cassé le fondement pour l’apaiser, rendant toute l’intrigue du film caduque (vous voyez, mon idée de théorie scientifique aurait du coup tenu la route, parce que Kipps aurait eu beau tenter de calmer la Dame en Noir, il n’aurait rien pu faire contre le gaz, le dernier meurtre aurait donc validé la théorie rationnelle, tout en laissant planer le doute, par le biais d’un plan fugace sur la dame, par exemple).
Bon le plus beau fail du script revient tout de même à la scène où on essaye de nous vendre que deux Anglais puissent être choqués de voir une vieille un peu dingo surprotéger ses petits chiens.

Pas super crédible.

Donc si je me résume, ce film contient une réalisation en pilote automatique, un scénario qui ne va nulle part, des héros qui arrêtent de chasser les fantômes tous les jours à 17h parce que c’est l’heure du thé. Les meilleurs ingrédients possibles pour perdre bêtement 8 euros.
Tant qu’à faire dans les gens morts, investissez-les plutôt dans « Cloclo » (ou « John Carter », même si tenter de le sauver ne sert plus à rien).

Note : 0

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