L’Hiver vient, et il a de grandes dents.

Alors là, les gens, je suis carrément au bord de l’implosion. Sérieux, faut que ça s’arrête les mecs. Quand je vous disais que l’année 2012 allait fissa nous faire oublier la décevante 2011, je ne pensais pas mentir si peux.
Visez-moi un peu le bombardement de belles choses dont nous sommes les victimes depuis le mois de janvier : « J.Edgar », « Millenium », et ensuite, après 15 jours de pied levé, on se prend une vieille rafale, à raison d’une grosse sortie par semaine ou presque : « La Taupe », « Cheval de Guerre », « Le Territoire des Loups », « John Carter », « Cloclo ».

Cette semaine, malgré le honteux décalage dans mes publications dû à « Cheval de Guerre » et aux difficultés que j’ai eu à en pondre un billet digne de ce nom ( et encore… ), je vous causerai donc d’une autre claque, « Le Territoire des Loups ».

Ce que Nimrod Antal, réalisateur de « Predators » n’avait pas compris, c’est que le survival, loin d’être un genre bourrin rempli de héros badass transpirant de la testostérone, est avant toute chose porteur d’un discours métaphysique, mettant brutalement l’homme face au plus basique et au plus essentiel de ses problèmes : vivre et mourir. Un genre ayant souvent pour cadre une nature hostile, où le héros doit provisoirement abandonner son humanité pour mieux renaître en tant qu’homme, où l’ennemi est une cristallisation de toutes les peurs, de toutes les angoisses, incarnation de la mort.

Tout comme John Mc Tiernan l’avait en son temps compris en réalisant « Predator », devenu le mâitre étalon du genre, Joe Carnahan (déjà convaincant dans « Narc » il y a quelques années), utilise parfaitement tous les potentiels que le cinéma peut offrir pour raconter, au delà d’une version hard core de « Man vs. Wild », cette ultime confrontation d’un homme avec lui-même.

S’il y avait un reproche à faire à Carnahan, c’est dans sa tendance à vouloir expliquer par une ligne de dialogue ce qui se voit comme le nez au milieu de la figure à l’écran. L’introduction, brillante, pose par l’image seule le personnage principal mais s’encombre d’une voix off inutile, ne servant qu’à appuyer lourdement sur des évidences. C’est d’ailleurs bien le seul endroit où le film pêche vraiment par excès, le reste étant dégraissé au maximum.
Carnahan s’avère extrêmement économe, travaillant une ambiance à coup de plans efficaces, instaurant un climat d’angoisse, de désespoir, de mélancolie, réduisant les enjeux au minimum, provoquant immanquablement le questionnement par la confrontation brutale avec les personnages, dont le point de vue reste la clé de voûte de l’édifice.

L’âpreté des images n’aurait su construire seule cette ambiance crépusculaire. Carnahan joue à merveille dans les scènes d’attaque d’une shaky cam servant non pas à donner un sentiment d’immédiateté, mais bien à rendre quasi immatérielle la menace pourtant réelle des loups, réduits à de simples plans sur leurs yeux, de vagues silhouettes dans la neige, de rapides attaques meurtrières où l’homme et l’animal se confondent jusqu’à rendre la scène aussi illisible que sauvage.
Oui, je suis en train de dire du bien d’un type qui a donné à son cadreur la consigne suivante : « Surtout, tu zoomes à mort et tu fais comme si tu avais Parkinson« 
Parce que le procédé n’est pas étendu au métrage entier, mais simplement employé dans quelques scènes et au service de la narration, il passe parfaitement bien, et répond aux plans presque fantastiques où les fauves sont réduits à de simples sons, des yeux brillant dans la nuit, ou des nuages de vapeur. Exactement comme dans l’excellent « Terreur » de Dan Simmons, les loups sont l’incarnation, le bras armé du wild (coucou, Jack London), ici « the grey » du titre original, mais ils sont aussi la peur primaire, la mort en chair et en os. Monstrueux (savant mélange de prises de vue réelles et de CGI), rarement dans le cadre mais perpétuellement présents, ils sont une des incontestables réussite de ce film, parfaitement mis en scène afin de produire cet effet de cauchemar et de fin inéluctable (comme en témoigne la sublime dernière scène d’un des personnages, entre contemplation d’un paysage grandiose et attente angoissée des exécuteurs, dont l’approche n’est que signalée par des sons).
Le paysage, autant décrit par le son que par l’image, se définit entre le labyrinthe inextricable et son immensité, l’un comme l’autre renvoyant à l’impossibilité des personnages de tirer parti de leur environnement et donc de s’y fondre (prenant donc le genre survival à contre pied en la matière), et donc à triompher d’une mort qu’il leur faut accepter.

Carnahan ne s’arrête pas à cette ultime confrontation, mais développe tout au long du film, une réduction des enjeux. Survivre pour les siens (le moteur de tous les personnages, sauf deux comme le révèle la dernière scène), puis pour ses compagnons, puis pour soi, en redécouvrant peu à peu ce qui fonde son humanité (en ce sens, « Le Territoire des Loups » fait opérer à ses personnages, des marginaux mis au banc de l’humanité, un cheminement inverse que dans « Predator »).
De fait, les hommes finissent par se tourner vers Dieu, incapables d’affronter seuls la certitude de leur mort prochaine. Un rapport à la foi omniprésent, aussi surprenant qu’il se termine de façon inattendue, dans la dernière phrase du personnage principal au terme de son ultime prière, refermant le récit sur le poème qui le traverse, résumant tous les enjeux : « Once more into the fray. Into the last good fight I’ll ever know. Live and die on this day. Live and die on this day. » (que je vous mets en anglais, parce que je suis infoutue de m’en souvenir en français et que je ne l’ai trouvé qu’en VO sur le net, et pour me venger du mec qui a traduit le titre « The Grey » en « Le Territoire des Loups », voilà, vous savez tout :p ).
Concernant d’ailleurs le personnage principal, brillamment interprété par Liam Neeson, son rôle semble être de guider les autres vers leur mort pour mieux accepter la sienne (la scène d’après le crash le place d’ailleurs d’emblée dans un entre deux, puisqu’il est le seul à ne pas se réveiller dans les débris de l’avion, mais quelques dizaines de mètres plus loin, comme pour l’isoler physiquement, mais aussi dans son cheminement personnel, ce rôle de guide spirituel vers une mort apaisée se révélant dès le premier décès d’un survivant au crash), dans l’incroyable scène finale, d’une richesse et d’une tension rarement vues.

Bref, tout en essayant de ne pas vous en dire trop non plus (il y a en effet des choses qu’il vaut mieux découvrir pendant la séance pour en apprécier l’effet), je tente ici de vous faire comprendre combien ce film me semble un incontournable du genre, et qu’il s’agit sans doute là d’un futur classique. En tout cas, il appartient clairement à la race de ceux qui méritent d’être revus, pour en apprécier toute la profondeur.

Note : ***/*

PS : j’ai raté la scène post générique. Bon, maintenant que je sais ce que c’est, je ne suis pas du tout convaincue qu’elle soit indispensable… A vous de voir.

PPS : la scène en question vue, je maintiens, c’est un petit plus, mais tout était déjà dit.

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