Maggie’s gonna get you, no matter how far.

Les critiques qui, depuis de nombreuses années, sont à la tête des rubriques cinéma, ont formé un gouvernement. Ce gouvernement, alléguant la défaite de notre libre arbitre, s’est mis en tête de nous imposer les films que nous devrions aller voir.
Certes, nous avons été, nous sommes, submergés par leur force de persuasion, et leur influence.

Infiniment plus que leur nombre, ce sont les arguments d’autorité, les titres prestigieux, la tactique des critiques de la presse nationale qui nous font reculer devant certaines affiches.
Mais le dernier mot est-il dit ? L’espérance doit-elle disparaître ? La défaite est-elle définitive ? Non !

Croyez-moi, moi qui vous parle en connaissance de cause et vous dis que rien n’est perdu pour nous spectateurs. Les mêmes moyens qui nous ont vaincus peuvent faire venir un jour la victoire.

Moi, La Dame, actuellement devant mon PC (comme chaque jour que Dieu fait), j’invite les internautes et les spectateurs qui se trouvent à proximité d’un cinéma ou qui viendraient à s’y trouver, avec leurs cartes de crédit ou sans (mais pensez à retirer des sous à la borne, quand même), à aller voir les films que vous avez envie d’aller voir, même ceux avec Nicolas Cage et même ceux de Luc Besson.

Quoi qu’il arrive, la flamme de la cinéphilie ne doit pas s’éteindre et ne s’éteindra pas.

Ouais, je sais que de l’autre côté des tubes qui constituent l’Internet, vous êtes tous en train de faire des bonds sur vos sièges : « *utain, sans déconner, elle a fait sauter les fusibles La Dame ? C’est quoi ce grossier détournement de l’Appel du 18 Juin ? » (j’invite tous ceux qui ne l’avaient pas reconnu à confesser leur faute par un pèlerinage à genoux vers Colombey-les-deux-Eglises, sales mécréants doublés de piètres patriotes).

Non, je n’ai pas subitement pris le melon et non, je ne me prends pas pour De Gaulle. Mais bon, depuis que Hervé Morin a fait le débarquement en Normandie, attendu que le mec était un candidat à la présidentielle et que ces trucs là, c’est sérieux, je me suis dit qu’après tout, il n’y avait plus aucune limite au what the fuck.
Donc, je détourne la parole du grand Charles si je veux.
D’autant que je le fais parce que je suis un peu énervée.

La raison de ma colère, c’est ça : « 1900 entrées à 14h pour La Dame de Fer. On leur dit que c’est pourri, ils y courent. #incorrigibles »
Un innocent tweet du tout aussi innocent Aurélien Ferenczi, critique ciné chez Télérama, abonné à vie des apophtegmes débiles (mot qui fait riche du jour, casé) et des critiques aussi constructives que des tractopelles.
Ouais, je sais, ça n’a l’air de rien comme ça, mais dans le fond, pondu par le mec qui affirmait début 2010 que le succès d’un film comme « Avatar », c’était « trop », parce
que ça menaçait la diversité et la création (et ouais, Hervé Morin à Omaha Beach à côté c’est peanuts), ça sonne légèrement comme l’argument d’autorité pédant que cette phrase est et restera : « J’écris à Télérama et je considère que si j’énonce dans les saintes pages de ce saint Graal culturel qu’un film est mauvais, les gens devraient se plier au premier commandement des Tables de la Rive Gauche : « Film honni par Aurélien voir tu n’iras point.« 

Ce genre de connerie me fait vraiment sortir de mes gonds, même si je sais, je devrais prendre du recul tout ça, après tout, c’est la phrase d’un mec qui il y a quelques mois encore confondait performance capture et rotoscopie.
Mais bon, il y a des moments où il faut savoir dire « merde, là« .

Donc, juste pour embêter le bon Aurélien, et alors que le sujet me tentait moyennement, je suis allée voir « La Dame de Fer », quand bien même c’était réalisé par la personne qui a commi « Mamma Mia ». Je suis aventurière, que voulez-vous.

Du coup, pour rédiger ce billet à propos d’un film somme toute parfaitement oubliable mais pas totalement condamnable, je me suis dit : « Hey, si je faisais ma grosse loche et que j’allais voir ce que les petits loups de Télérama avaient dit au sujet de « La Dame de Fer » ?« 


« Won’t you come into my room, I wanna show you all my wares. »

Très vite, on sent que ce qui agace surtout nos bons amis, c’est le côté « réhabilitation » du personnage de Margareth Thatcher. Avec une science du raccourci tout aussi hasardeuse que la leur, je m’autorise à penser (carrément, oui, je m’y autorise…) que forcément, le portrait maladroit d’une figure incontournable du libéralisme, ça ne risque pas de faire entrer en pâmoison toute une rédaction de gauchos branchouilles.

Et paf.

D’ailleurs, étonnant comme la critique tourne sans cesse autour d’arguments cherchant à faire comprendre combien Margareth Thatcher est une vieille truie belliciste vendue au Grand Capital et francophobe en plus, la garce.
Un peu comme si le film la présentait comme une version perruquée de Jo le Rigolo.


« Iron Lady can’t be fought, Iron Lady can’t be sought. »

Les défauts de « La Dame de Fer » sont pour moi ailleurs. Dans le mauvais dosage entre présent et flashbacks, dans les postures arty rarement justifiées tentant maladroitement de nous faire entrer dans la tête du Premier Ministre, dans certaines ellipses telle que celle sur la guerre contre l’IRA, traitée avec une légèreté impardonnable (qui pour le coup fait sortir du chapeau la position inflexible de Thatcher au moment de la guerre des Malouines)…
Phyllidia Lloyd tente de nous faire adhérer à un portrait de femme mal construit, hésitant entre l’animal politique et le versant humain de Thatcher, sans jamais trouver un angle d’approche satisfaisant.
L’idée de base, celui d’une histoire contée par flashbacks depuis l’appartement d’une vieille dame atteinte d’Alzheimer était pourtant assez bonne.
L’inoffensive grand-mère diminuée s’oppose à la femme implacable. Le motif n’est certes pas original, mais il a le mérite de fonctionner. On notera qu’il s’agit de la même astuce que dans « La Môme » d’Olivier Dahan, et que le concept est exploité avec le même succès, comprenez que l’on sort du film en ayant strictement rien appris sur le personnage auquel est consacré le biopic : epic fail.
(j’exagère, j’ai tout de même appris qu’elle était fille d’épicier et qu’elle a épousé Viserys Targaryen, ce qui n’est pas banal, il faut avouer)


« Oh Well, wherever, wherever you are… »

Le trop de temps investi sur les errances de la tête en vrac de Maggie ne sera jamais investi dans une tentative de construction du personnage. On effleure, avec un succès certain mais trop légèrement ses rapports avec ses enfants (et le sacrifice qu’elle consent de sa famille pour son parti puis pour l’État), on nous plombe deux scènes sur les difficultés d’être une femme en politique pour ensuite ne plus jamais faire allusion au sujet, on marque au stabilo ses dérives autoritaires en l’isolant de son équipe dans le cadre et en l’habillant en Dark Vador (tout le film, elle ne porte que du bleu. Sauf à la fin de sa carrière où brusquement, elle se met à porter du noir et du rouge : aller c’est facile, c’est comme dans les films de Disney).


« I find your lake of faith…. Disturbing… »

La réalisation volontiers poseuse, s’avère lourde, prévisible, et ferait presque passer celle de Tom Hooper dans « Le Discours d’un Roi » (qui est autrement plus réussi) pour un modèle de subtilité.

Finalement, quand tout le monde s’accorde sur la performance de Merryl Streep, tout le monde a raison. Une nomination à l’Oscar pour une fois pas volée, grâce à un travail convaincant et élégant, où l’actrice se met toute entière au service de son interprétation, s’effaçant derrière le personnage (ma chère Marion Cotillard, tu vois, c’est comme ça qu’il faut faire. Mais long est le chemin, blabla…).
Quand le monsieur de Télérama, Louis Guichard, vient nous parler de manque de distance envers le personnage, là, j’en reste comme deux ronds de flancs.
Il s’attendait à quoi ? A ce que Merryl Streep se foute deux baffes dans la gueule au moment où Thatcher déclare refuser le compromis avec les syndicats parce que, nom d’une crotte de nez, Merryl Streep est une actrice engagée qui ne cautionne pas ce genre de dérive droitisante ?
C’est étrange comme ça me rappelle les critiques acerbes contre « La Chute » qui rendait Hitler « trop humain« . Ben les mecs, j’ai un scoop, il semblerait qu’en effet, Adolf et Maggie appartiennent à la même espèce que la notre. Mein Gott (Godwin Punkt, ach).


« Iron Lady wants you for dead. »

Dans l’ensemble, le film traine ses longueurs dans les parties consacrées à la vieillesse de Thatcher, et si la réalisation ne soutient aucune comparaison avec celle de « J.Edgar », elle reste relativement efficace, bien qu’elle échoue à trouver un ton qui lui soit propre et donc à donner à son personnage principal une voix quelconque.
La force de « La Dame de Fer » est d’être tenue à bout de bras par une interprète solide et d’avoir, malgré le fait qu’il ne sait pas qu’en faire, un sujet en or, le parcours hors du commun d’une personnalité hors norme.
A plusieurs reprises, le personnage de Thatcher se plaint du monde actuel, y opposant ses propres normes et ses propres valeurs. Ses discours, percutants, francs et toujours guidés, quoi qu’on pense de leur contenu, par une rectitude morale et une foi inébranlable dans ses principes, font pleurer devant la pauvreté intellectuelle et le manque général de cojones dans la classe politique d’aujourd’hui.


« Allez, Kenavo les bouseux ! »

Note : */*

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