Cicéron, c’est pas Le Carré.

Certains jours, les infos, ça fait peur. Je ne vous raconte pas comment je flippe ma race quand M. Pujadas il fronce ses énormes sourcils et qu’il prend sa voix « de circonstance » pour annoncer un sujet aussi atroce et triste que : « Ce jeudi 15 janvier, il a neigé à Chambéry.« 
A tous les coups, ça me file une angoisse…

Ce qui m’oblige à me droguer à l’euphytose pour ne plus avoir le cœur qui s’emballe à chaque fois que je vois un flocon ou une température négative sur mon écran de télé. Du coup, je trouve les reportages sur le printemps arabe presque rafraichissants. Et ceux sur les terroristes salafistes mudjaïdins d’Al Qaida super marrants.
Ensuite, je réfléchis deux minutes et je me remets à flipper alors que je reprends de l’euphytose et le temps que ça fasse effet c’est la météo, cercle vicieux tout ça.

Bref, j’ai arrêté de regarder les infos, c’est bien trop anxiogène.

Ah, je me souviens du temps où le monde était simple, ou Roger Giquel prenait sa tête « de circonstance » pour te parler de trucs comme les défilés militaires place Lénine ou les mouvements syndicalistes polonais, ce temps béni où l’ennemi s’apellait Popov et parlait avec le même accent que le Vice-Roi de la Fédération dans Star Wars, où le seul truc que l’on avait à craindre c’était la guerre thermo-nucléaire, bref, quand je repense à la Guerre Froide, je me sens étreinte d’une violente nostalgie qui me donne envie de briser le violoncelle de Rostropovitch sur sa tête de connard d’impérialiste.


« Voilà qui est bien dit ! »

Je pense que mon blog est victime d’un cas très rare de possession par l’esprit de Jean-Luc Mélenchon. Vite, faisons le partir.


« Raus ! »

Ouais, donc tout ça pour dire que je suis allée voir « La Taupe » et que c’était comme si mon ticket c’était transformé en Doloreane.

MAIS ENFIN ! NON !!!

Adaptation du premier volet d’une trilogie de John Le Carré, « La Taupe » est un produit au rendu étrange.

Bâti sur une histoire puissante (démasquer une taupe planquée au MI6 (c’est facile, il faut attendre midi et lui défoncer sa gueule à coup de pelle, ou mettre des tessons de verres dans la taupinière, ces saletés sont hémophiles.) en pleine Guerre Froide), le film, qui aurait du être un film d’espionnage, devient une reconstitution historique scrupuleuse, qui au lieu d’être au service du film, le dessert, générant une certaine langueur qui anesthésie rapidement les enjeux.


Un nouveau rôle capillairement risqué pour Mark Strong.

L’histoire se traine un peu, la réalisation manque carrément de rythme, et même si l’on pourra toujours arguer de la fidélité au roman, dans lequel il est inconcevable de voir Gary Oldman étrangler un espion soviétique avec la ceinture de son imperméable tout en mettant des mewashegeri dans la face de tueurs à gage payés par Moscou, je reste dubitative quant à la qualité de la dite adaptation. Que le livre développe à sa manière une intrigue d’un autre temps, dans un monde d’un autre âge est une chose, qu’un film se borne à conserver le même fonctionnement sous prétexte de fidélité en est une autre.

Le plus dommage restant ce sentiment qui n’en finit pas de rester, après la séance, d’être passé à côté de quelque chose qui aurait pu être grand. Thomas Alfredson se donne pourtant un mal de chien dans sa réalisation, définissant les chemins tortueux à emprunter, rien à faire, la sauce ne prend pas. Je me suis rapidement totalement désintéressée de l’enquête, en partie parce qu’au départ, j’aurais bien soupçonné Smiley et Sherlock (ouais, tu mènes une enquête et tu choisis Sherlock Holmes pour acolyte : elle est facile ta vie, George) sur lequel le film ne construit aucune ambiguïté. Résultat, il faut attendre le dernier quart d’heure et le début de commencement d’amorce d’une paranoïa pour rentrer à nouveau dans le film.

Lequel passe un peu à côté du personnage de Karla, dont la silhouette fantomatique n’est que vaguement intrigante et encore moins inquiétante.

Qu’est-ce-qu’il a manqué à « La Taupe » pour devenir un grand film d’espionnage ? Peu de choses : plus de rythme, quelques raccourcis qui eurent été bienvenus (le spectateur peut réfléchir tout seul, vous savez), peut être moins d’académisme dans la mise en scène.
Au regard du casting réuni et de la superbe plastique de cette œuvre, ouais, on peut le dire, ce n’est pas passé très loin.

Note : **

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