« Meurs ! Pourriture communiste ! »

Après un billet sur « Millenium » publié après la bataille, je repousse à nouveau des frontières de l’illogisme en me pointant, la bouche en coeur, avec « J.Edgar » depuis longtemps disparu de vos écrans.
Si d’aventure ce pauvre texte vous donnait envie d’aller le voir, je peux toujours vous conseiller de 1) de le regarder en streaming sur Megavideo ou de le choper sur Mega Upload, 2) de me lapider séance tenante pour délit de mauvais esprit et de flemmardise caractérisée.
En même temps, je suis pas payée, je fais ce que je veux, et je ne vois même pas pourquoi je me plains vu que personne de toute façon ne vient jamais réclamer de billet ici. Le jour où mes fans me supplieront à genoux, je réviserai ma position.
« Imbécile, tu n’as pas de fan ! »
Donc, « J.Edgar », là, maintenant, tout de suite, un mois après.

C’est l’histoire d’un mec, un certain Clint, qui n’a plus rien à prouver à personne et qui fait les films qu’il a envie de faire, juste pour emmerder les critiques de l’Express et Télérama qui aimeraient bien le voir réaliser des trucs engagés ou même vaguement politisés histoire de justifier leur ligne éditoriale.
Sauf que Clint, il n’en a rien à faire, alors quand il s’empare de la bio de J. Edgar Hoover, au lieu de nous raconter l’histoire d’un homme de pouvoir, il envoie tout promener, et se met soudain dans la peau de son personnage, pour raconter l’histoire de son point de vue.

Résultat, « J.Edgar » est un film aussi déstabilisant que passionnant, donnant de prime abord l’impression de passer à côté de son sujet. En gros, Clint nous refait le coup de « Au-Delà », un film qui fait semblant de parler de la mort mais qui te cause de solitude. A la différence près que le scénario m’a tout de même semblé ici plus solide, dans la radicalité de ses choix.

Hoover, le FBI, le pouvoir, les bras de fer avec les présidents, tout celà, Eastwood s’en tamponne. Si le film s’appelle « J.Edgar », ce n’est pas pour faire genre on est intime lui et moi, mais bien pour souligner que celui qui raconte cette histoire est le personnage principal du film. En aucun cas, on ne sortira du point de vue hautement subjectif d’un homme pétri de conviction et de morale, empêtré dans ses contradictions, auxquelles il tente de demeurer aveugle.
Poussant très loin l’exercice du biopic, Eastwood livre un portrait, une étude de caractère poussée, obligeant de spectateur à une analyse permanente. Sans le travail de décryptage à accomplir pendant la séance, il est facile de se laisser berner par la mise en scène plus académique tu meurs, le scénario sans objet affirmé (objet il y a, ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit. Simplement, « J.Edgar » prend le contrepied de ce que l’on attend de lui, ce qui a de quoi surprendre) et d’en déduire que Clint Eastwood est décidément artistiquement mort depuis « Gran Torino ».

La vérité serait peut être plutôt à chercher du côté de l’ouverture d’un nouveau cycle pour ce réalisateur doué et prolifique, qui se paie le culot, à la fin de sa carrière (faut être réaliste, les mecs…) de tenter le pari risqué de faire de chaque film une nouvelle étude psychologique d’un ou plusieurs personnages.

« L’Echange » avait bien posé les bases de cette nouvelle préoccupation. Il pourrait même s’avérer, avec le temps, la profession de foi de ce tournant dans la carrière du grand Clint.
« J.Edgar » enfonce le clou, avec classe, élégance, efficacité.

Et des maquillages totalement ratés, j’en dis un mot parce que zut, quoi…. Il parait que Di Caprio préférait le latex pour sentir le maquillage et donc le vieillissement de son personnage… Bon admettons. Le choix aurait pu être fait du numérique, comme dans « Benjamin Button » qui avait bien des défauts, mais pas celui d’avoir foiré l’évolution du sillon naso-génien de Brad Pitt.
Et encore, Di Caprio, ça va.

C’est pour Armie Hammer que j’avais de la peine.

Loin de décortiquer les mécaniques du règne d’Hoover sur les Etats-Unis et le monde, « J.Edgar » s’invite dans la tête du patron du FBI pour une plongée en subjectivité profonde. Le monde autour d’Edgar ne semble jamais affecté : les présidents se succèdent dans les mêmes bureaux, les rituels sont immuables (remise de la petite enveloppe qui va bien à chaque investiture, parades post-électorales où seule l’attitude de Hoover, modifiée, permet de saisir le basculement qui s’est opéré avec l’élection de Nixon)… Eastwood compose autour du personnage du cadre qui n’est qu’un décor où suivre les méandres de son esprit.

Hoover, qui dicte ses mémoires, livre son manifeste, exposant ses obsessions, cherchant à prouver par tous les moyens sa fidélité à des valeurs aussi hautes que la justice, la défense de son prochain, au nom d’une morale à laquelle il tente de se conformer. Mais se faisant, dictant ses mémoires, il opère, afin de coller à son idéal, de nécessaires ajustements, mensonges plus qu’omission, allant jusqu’à reléguer dans l’ombre son compagnon (première apparition fantomatique et saisissante, comme s’il était un spectre effrayant planant quelque part au fond de l’esprit d’Edgar, échouant à le refouler), à oublier ses magouilles les plus basses, à réécrire l’histoire (tout tourne bien dans la vie de Hoover autour du contrôle de l’information, non ?).
Et pof, voici l’entrée que choisit Eastwood pour, en passant par la tête d’Hoover, nous parler plus largement du système qu’il a mis en place. De ses obsessions, ses crispations, ses scléroses, traités dans des décors d’ombre et de lumière dévoilant les rapports d’influence et de pouvoir.

Eastwood démontre qu’une fois encore, c’est en contournant son sujet qu’on le frappe le mieux au cœur, se payant à nouveau le luxe d’être là où on ne l’attend pas forcément.

Note : ***

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