Les hommes qui n’aimaient pas les femmes avec un bidon d’essence dans les courants d’air.

C’est fou ce que le temps passe vite quand on s’amuse… Ça doit bien faire deux semaines que ce foutu billet traine dans mes « à publier là, maintenant, tout de suite« , mais ce genre d’argument, hors cadre professionnel n’a pas vraiment de prise sur moi. C’est tragique, d’avoir embrasser la procrastination pour religion, quand même.

Donc, la duchesse d’Aquitaine « Millenium », de David Fincher.

(si vous êtes sage, je ferai un jeu de mot aussi facile que lâche et pourri sur la Suède pendant ce billet)

Tout l’intérêt de « Millenium » par Fincher réside à mon avis dans le fait que Fincher reste de façon assez étrange à côté de l’histoire. Ce qui en fait une copie radicalement différente de celle de son petit camarade Niels Arden Oplev, davantage la tête dans le guidon d’une intrigue qui ici, se révèle prétexte à installer une ambiance et un personnage. Limite si ce film ne donne pas finalement l’impression de contrefoutre de son propre scénario.

C’est sans doute ce qui pourrait d’ailleurs passer pour le plus grand défaut du film, ce sentiment d’implication assez limité dans l’enquête, remplacé par la création d’impressions, de codes visuels qui servent presque entièrement la figure de Lisbeth au point de faire de « Millenium » un portrait du femme plus qu’un polar.
Lisbeth avec laquelle se confond rapidement Harriett, fantôme omniprésent dont la trajectoire, parallèle à celle de l’héroïne, se clôt de façon abrupte, sans effet ni émotion, sans volonté de la part de Fincher d’appuyer le moment de la révélation. Cette résolution insatisfaisante dans la forme, ne l’est pourtant pas sur le fond, puisque finalement, c’est bien le personnage de Lisbeth que le réalisateur et le spectateur avec lui sont venus chercher.

A y regarder de plus près, le film ne tient finalement que sur sa mise en scène. N’importe qui d’autre que Fincher aurait sans doute rendu l’ensemble chiant comme la pluie. Pensez à accumuler sur 2h40 de métrage une enquête bourrée ras la gueule de clichés (la famille où tout le monde se déteste, des nazis, un huis clos), des personnages estampillés série B (Lisbeth en tête), une sous-intrigue politico-financière pas piquée des hannetons (à laquelle je n’ai strictement RIEN pané, mais bon, c’est uniquement parce que dès qu’on me parle de valeurs boursières et de comptes aux îles Caïmans, une partie de mon cerveau se met à surchauffer et se débranche automatiquement).
La solution, assez simple finalement, consiste à balancer de l’info tous azimuts. « Millenium » va très vite. Y compris dans la description des personnages.

Fincher s’avère extrêmement habile dans sa façon de traiter les passages obligés. Se collant aux points de vue de Blomqvist et de Lisbeth, il n’hésite pas à faire l’économie, dans le final, de la scène de confrontation avec le tueur. Tout ce qui précède a dix fois plus d’intérêt que le climax, rapidement désamorcé, comme on s’y attend de toute façon. Ce qui précède en revanche, est une terrible construction, anxiogène au possible, où le son, dans le montage parallèle entre Lisbeth et Blomqvist, joue un rôle majeur.
Le son qui reste sans doute un des plus puissants atouts du film, contribuant à instaurer ce climat oppressant autour des personnages, brouillant les repères du spectateur, liant deux personnages, désamorçant ou amorçant brutalement une tension. Une bande son qui achève de river aux points de vue des héros.

Après, le film souffre d’une trop longue première partie où nos deux pipous font leurs petites affaires chacun de leur côté avant de se rencontrer enfin, et accessoirement, de faire débuter le film à un moment où précisément, les choses en sont restées à ce point dans le vague pendant trop longtemps, que j’avais totalement décroché de l’enquête. C’était sans doute le but de Fincher, mais pour parler clairement, c’est aussi là un défaut du film.
Je comprends bien que la matière de base ne soit pas terriblement exaltante au regard du potentiel dans le traitement des personnages. Malgré tout, le fait que toute l’affaire Harriett ne soit finalement qu’un prétexte donne le sentiment que le film tourne un peu à vide.

Par rapport à « The Social Network », « Millenium » aurait du mal à passer pour une réussite complète. Imparfait, sans doute une grande partie parce que bâti sur une intrigue dont Fincher se fout comme de son premier Krissprolls (Tadaaaam ! Vous avez été vraiment sages), il vire rapidement à l’exercice de style façon « Drive », mais avec le style nettement moins ostentatoire d’un réalisateur impliqué dans un travail extrêmement précis, un vrai numéro d’équilibriste, dans lequel il prendrait tous les risques (l’atroce réussite de la scène du viol suffit à elle seule pour que plus aucune violence ne soit montrée par la suite à l’écran) pour livrer une copie virtuose, subtile, s’ouvrant sur un générique sublime (et là, très sérieusement, je pèse mes mots, c’était magnifique. Comme dans « The Social Network » tout est dit en deux minutes. Allez, je vous aime, aujourd’hui.), collant à son sujet avec application.

Là où le film de Niels Arden Oplev se posait comme une transcription d’ouvrage à l’écran, propre et honnête, Fincher déboule avec un projet de réalisation ambitieux, casse-gueule, mais tenu de bout en bout par son indéniable talent, osant dans une mise en scène surtendue, volontiers violente et glauque, faire voler en éclat l’image proprette que l’on se fait désormais de ce type qui réalisa « Se7en », « Alien 3 », « Fight Club » et dont on aurait presque pu oublier à quel point il savait être magnifiquement dérangeant.

Note : ***/*

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