La Vengeance dans la talonnette

Ah, comme il est loin le temps où l’on pensait tous naïvement qu’être agent secret consistait principalement à boire des cocktails dans un costard taillé sur mesure, entouré d’un aréopage de gonzesses toutes plus jeunes jolies et disponibles les unes que les autres.
Une époque pas si lointaine où les méchants à affronter étaient tous, sans exception de gros malades de la tête, affublés de défauts physiques vaguement délirant, des nazis communistes grincheux reclus dans leurs bases secrètes high tech aux murs blancs et ronds, parfois vaguement couleur zinc leur donnant un petit côté steam punk.

Mais ce temps est révolu. Aujourd’hui, tout le monde sait bien qu’en vrai, être un agent secret, c’est porter des fringues crades appartenant à l’ex d’une Allemande que vous avez du prendre en otage pour vous évader d’une banque en Suisse. C’est s’enfuir non pas à bord d’une Aston Martin mais d’une vieille Mini de hippie (vous savez, ces modèles antédiluviens qui creusent de 20m le trou dans la couche d’ozone à chaque tour de moteur). C’est voyager dans des pays d’Europe de l’Est. C’est être poursuivi toute la sainte journée par Paul Greengrass filmant vous aventures caméra à l’épaule.
Bref, la vie d’agent secret, c’est être Jason Bourne, et c’est très loin d’être cool.

Heureusement, pour oublier toute cette sinistrose, il y a Ethan Hunt.

J’ai beau vraiment aimer la série des « …. dans la peau » (surtout le 2 et 3, le premier est tout de même assez discutable) je suis forcée de reconnaitre que ces films ont crée un précédent fâcheux dans la manière de présenter et de filmer les espions au cinéma.
La Jasonbournisation consiste à donner un tour réaliste crasseux, agrémenté d’une belle shakycam et d’un héros en plein tourment existentiel qui passe plus de temps à pigner comme une collégienne devant le dernier épisode de « Gossip Girl » qu’à envoyer des mewashigeri dans la face des mécréants qui veulent détruire le monde.
Dur.


Une scène qui m’a rappelé la fois où je nettoyais mes carreaux au 4e étage.

Ah, le réalisme, il en aura fait du mal, y compris à ce brave James Bond, que je n’aime pourtant pas trop dans sa version classique certifiée d’origine, celle qui sent le Earl Grey et qui a été décorée de l’ordre de Jarretière (qui prendrait au sérieux un pays dont une des plus haute distinction est une jarretière, franchement ?).
Les deux derniers opus, ceux avec Daniel Craig et ses heures en salle de muscu sont représentatifs de cette tendance : plus de shakycam, plus de filtres moches, plus de tourments existentiels, moins d’Aston Martin et surtout pas de gadgets parce que c’est lame, les gadgets et c’est pas assez réaliste.

Honnêtement, je m’en fous un peu de savoir que James Bond il a plus de papa, il a plus de maman et il souffre dans son petit cœur de la simili trahison qui n’en était en fait pas une ou alors si mais faut avoir l’esprit un peu obtus de son seul et unique amour de sa vie d’Anglais moyen orphelin et torturé.
Ce que je veux, c’est James Bond qui tape sur des terroristes avec la petite cuillère turbo propulsée à neutron de Q. J’ai pas non plus envie que M se prenne pour sa mère, même si c’est Judy Dench et que dans le fond c’est drôle.

Donc finalement, quand je suis sortie de ma séance de « Mission : Impossible 4 », je me suis dit que parfois, cela fait un bien foi de voir des franchises par lesquelles Jason Bourne et ses névroses ne sont pas passées.

Action généreuse, explosions pétaradantes, ultra spectaculaires et les 3/4 du temps injustifiées, scénario tout le temps over the top mais l’impression au final d’avoir vu un vrai bon gros film d’espions bourrins qui passent leur temps à concevoir des plans hyper alambiqués quand il suffirait juste de mettre une balle dans la tête de tout le monde (ah, ce casse tête chinois qu’est leur plan à Bubaï, du grand art).
En gros, il l’on ne prend jamais deux secondes pour se poser sur le comment du pourquoi de cette scène et/ou rebondissement capillotracté, « M:I4 » est carrément plus qu’acceptable et ce à tous les niveaux.

Même s’il ne s’agit là que du premier film live de Brad Bird (« Les Indestructibles, deuxième meilleur Pixar de tous les temps, « Ratatouille », pire climax de tous les temps, tous les enjeux du film résolus par une simple ratatouille mais sérieux, pourquoi pas des brocolis vapeur tant qu’on y est ?), celui-ci montre une très grande maîtrise d’exécution, déclinant des cadres presque parfaits au service d’une exposition des espaces claire et élégante.
Ainsi, dans cet exercice de style qu’est le film d’action, Bird excelle, rendant chaque combat lisible, chaque élément étant parfaitement situé dans la chorégraphie d’ensemble.

Alors certes, ça déconne à toute blinde les 3/4 du temps, entre les planques débiles (le wagon secret que personne il trouvera jamais, sauf que si, bande de glands, vu que votre unité a été dissoute et que votre gouvernement vous recherche, il y a de forte chance que le premier endroit vérifié, ce soit justement la super planque, non ?), les deux ex machina (« J’ai un pote qui peut nous aider. Non en fait, j’ai deux potes.« ), les gadgets forts utiles mais un peu cons (la lentille Terminator qui envoie des SMS), la méchante pas crédible (mais forcément Française) ou le méchant suédois qui dans sa toute dernière action prouve bien qu’en Scandinavie, on calcule pas le QI comme chez nous…

Mais il fait reconnaitre que ce qui aurait pu virer à l’ego show orchestré par un Tom Cruise tout puissant s’avère un bon film d’équipe avec des personnages suffisamment bien caractérisés pour rester crédibles, même si on frise légèrement la caricature avec Simon Pegg (à qui je pardonne TOUT, « Spaced » constituant la plus puissante de toutes les jurisprudences).

Bref, on renouerait presque avec le côté jouissif d’un bon vieux Mc Tiernan de derrière les fagots, et croyez-moi, dans ma bouche, ce n’est pas un petit compliment que je fais là à Brad Bird.

Note : **/*

Un commentaire Ajoutez les votres
  1. Ton lien est mort 🙁
    J’avais vu le truc sur les lentilles Terminator, mais le truc que je trouvais étrange dans « M:I4 » c’est que la lentille en question est capable de recevoir des infos, de faire de reconnaissance faciale, de photographier des documents, mais par contre, quand Sawyer croise Léa Seydoux, sa super lentille décide de lui envoyer un texto. Ça n’aurait pas été plus simple qu’elle le lui dise directement dans l’œil ?

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