« Allez viens, c’est bientôt la fin ! »

Cette séance de « Time Out » fut un des plus grands moments de mon année ciné. Et je pèse avec pondération ces mots car oui, ce 26 novembre fut pour moi l’ultime confrontation avec le grand satan, la Bête, l’avatar dégénéré d’un dieu très ancien, l’impensable, l’innommable, le cataclysmique…

Oui, oh oui, mes chers disciples amis, de longs mois j’ai souffert l’exposition volontaire à cette œuvre du Grand Nécrophile, j’ai nommé Dove Attia, déjà responsable de la profanation des cadavres de Moïse, Ramsès II, Louis XIV, Margareth Mitchell, et bientôt de celui de Camille Desmoulins, me dit-on dans l’oreillette.
Mais voici l’heure du Salut, puisque le 27 novembre étant la date de la dernière diffusion de la tragédie comédie (en même temps, mieux vaut en rire) musicale (lol) dans les cinémas CGR, s’en est fini des miaulements hystériques de jeunes éphèbes en collant dégoisant vers percutant et rimes riches telles que « Je voooouuue mes nuiiiiiiits à l’assassinsymphoooooniiiiiie !!!!« .
Ce qui est plus con en revanche, c’est que la ville de Vienne va perdre sa principale source d’approvisionnement en électricité. Depuis que ce spectacle existe, la municipalité utilisait en effet les restes de Mozart comme une sorte de dynamo. Le pauvre passait son temps à se retourner dans sa tombe (en même temps, je comprends…).

C’est donc après avoir presque apprécié cette ultime confrontation (même si je ne doute pas que je me retrouverai sous peu à contempler bien pire… Et dans le même temps, je m’étonne que personne n’ait encore eu l’idée de « Jean Sébastien Biatch : la cantate RNB ») que j’ai pu pleinement jouir de ma séance, ahlala, comme c’est bien tout de même, un bon petit film d’Andrew Niccol c’est vrai quoi et puis….

Et puis là, c’est le drame…


Ouais, même que ça coute 8 euros.

En version originale, comprenez dans la langue de Jason Statham, « Time Out » s’intitule « In Time ». Oui, moi aussi j’en reste comme deux ronds de flancs. En bonne Française, croyant en la loi Toubon, je me serais attendue à ce que de zèlés traducteurs trouvent le moyen de nous coller un truc du genre « Juste à temps », « C’était moins une ! » ou encore « Sors ! Sors ! T’as plus le temps ! »
Mais non. « Time Out ».

Bon…

Admettons.

« Time In and Out » est donc un film avec d’authentiques morceaux de Justin Timberlake dedans, ça c’est bien parce que le pipou est tout de même bien meilleur acteur que chanteur. Mais c’est aussi un film qui a oublié de développer une mythologie. Ça, c’est moins bien.

L’introduction est d’ailleurs une des plus paresseuses de l’année : « Kikoo les gens ! Ici Justin Timberlake ! J’ai un genre de Rolex fluo dans le bras, parce que moi et le reste de l’humanité avons été génétiquement modifiés pour ne plus vieillir après 25 ans. Après il faut gagner du temps, c’est l’unité monétaire. Voilà. J’en sais pas plus et vous non plus. Kthxbye !« 


Dans cet univers, tout le monde a sa Rolex a 25 ans. Jacques Séguéla serait fou.

Et voilà, à vous de tenir tout le film là-dessus. Une mythologie qui tient sur le recto d’un timbre-poste, un scénar sur le verso et hop, roulez jeunesse, envoyez les pectoraux de Justin, les biatchs et les grosses voitures, ça devrait tenir debout tout seul.

Mais bien sûr…

L’idée était pourtant séduisante sur le principe, et le serait sans doute restée si elle avait été un temps soit peu développée en amont. Le souci, c’est que tout le film semble avoir été écrit avec un stabilo. Et grâce à ces beaux caractères fluos, impossible de rater la critique de trüe rebelz sur notre sociétay capitaliste qu’elle est pas bien et qu’elle fait du mal aux pauvres (même que les gens ont souvent des noms grecs dans ce film, je sais pas si je dois y voir une analogie….).
Au final « Time Out » et son scénario prétexte à l’introspection basse du front ressemble beaucoup à « Daybreakers » et sa critique de la surconsommation. Aussi évident, aussi lourd, aussi plein d’une KOLOSSALE FINESSE.

Il suffirait de presque rien (peut être dix années de moins (Serge Reggiani sors de ce corps !) pour que « Time Out » s’en sorte avec les honneurs. En fait, il aurait tout bonnement fallu se décider à construire un background solide. Pas se contenter de gadgets genre les gants cachant le compteur sur l’avant bras, ou les duels de temps totalement ridicules en espérant que cela crée un semblant de profondeur. Flûte les gens, un scénario ça devrait toujours se concevoir comme dans le jeu de rôle. Si tu n’as pas d’univers un temps soit peu solide derrière, ta partie ressemblera immanquablement à une soirée « Time’s Up » (roflcopter).

« Time Out » c’est donc l’histoire de Justin Timberlake (dans le film il s’appelle Salas mais je sais pas si je vais utiliser ce nom dans ce billet, parce que se serait la porte ouverte aux jeux de mots foireux), 28 ans et à peine une journée au compteur, petit prolétaire d’une banlieue glauque de Los Angeles, qui vit avec sa maman de 50 ans, Numéro 13 (et ouais, Olivia Wilde enfantant Justin Timberlake…).
Très vite on découvre que 1) Justin est un genre de Robin des Bois californien qui donne du temps comme ça gratos à tous les pauvres treux de la ville, 2) c’est l’anniversaire de Numéro 13 ce qui veut donc dire qu’elle va rapidement mourir, conformément à la loi du drama à l’américaine.
Twingo Bingo ! Parce que le prix du bus a augmenté, Numéro 13 ne peut prendre les transports en commun et se retrouve obligée de courir jusque chez elle, espérant que son fils viendra à sa rencontre pour lui filer un peu de temps, rapport qu’il en donne à tout le monde, tel un saint Martin au manteau fait de secondes.

Bref, l’archétype de la MILF décède piteusement dans les bras de Justin qui crie vengeance, vengeance contre les nantis, les puissants, le système et puis Bruxelles aussi, ça mange pas de pain.

D’autant que par un coup du sort, Justin s’est fait donner un siècle, là, comme ça, par un mec qui ressemblerait vaguement au Henry Cavill du pauvre. Du coup, il a décidé d’en faire vachement bon usage, traduisez aller démonter leur tête aux riches et aux puissants. Visiblement, il n’a pas de plan, mais ce n’est pas ça qui va arrêter notre justicier des opprimés.

Une fois parvenu dans la zone des riches sans plan, sans bagages et sans le deuil de sa môman fraîchement décédée, Justin se met à faire des trucs de fou genre dormir à l’hôtel ou manger des frites.
Se faisant, il tape dans l’œil d’une fille que j’appellerai Josiane, parce que j’en ai envie. En tout cas, elle est jouée par Amanda Seyfried, nous devinons donc qu’elle deviendra sous peu la petite mais néanmoins bonasse amie du héros.


Amanda Seyfried donc : game over, ladies.

Comme de par hasard, Josiane est la fille d’un grand homme d’affaire (Pete Campbell de « Mad Men »), du genre riche à millions, qui fait rien qu’à toiser les gens de haut, porter des costumes italiens, et qui a une plus grosse Rolex fluo que les autres. Il est donc méchant.

Pendant ce temps, notre gentil héros se fait prendre en chasse par un policier qui se fait appeler « Gardien du Temps » : les ravages de « Fort Boyard ».
Deux choses intéressantes à propos du Gardien du Temps :
1) il est joué par Cillian Murphy. Or il se trouve que plus il vieillit, plus Cillian ressemble au troisième frère Bodganov. Effrayant.
2) il est le seul personnage qui évoquera jamais la figure nébuleuse et que l’on devine sans doute importante à une certaine étape de l’écriture du scénario, du père de Justin. Malheureusement, cette partie de l’intrigue a été quelque peu sacrifiée.

Entrant une Josiane mi-consentante, mi-pas consentante dans sa fuite, Justin retourne se réfugier dans le ghetto, où ils se sont voler leur temps par une bande de mannequins pour slip qui se font appeler les Minute Men. Hmm…

Réalisant soudain que « c’est la merde », nos deux héros décident de se serrer les coudes, d’aller se réfugier là où on ne les retrouvera jamais (chez Justin) et d’entrer dans la clandestinité, tels les Bonny & Clide des temps modernes du futur.

A partir de là, se noue le reste de l’intrigue donc je ne vais pas vous en raconter plus que la bande annonce quand même. Sachez que de toute façon, tout sera dans ce film affreusement mal dosé. Pas le rythme, bon, c’est déjà ça de pris, sur un film qui dure deux heure, on ne s’ennuie pas une seconde. Et on a deux moments de suspens qui fonctionnent pas trop mal, à cause de ses fichus compteurs digitaux dans les bras, ce qui ne va pas chercher très loin tout de même.
Ceci dit, sur le point de vue strict du divertissement, « Time Out » se suit bien, voire sans ennui.
Le reste du film, le temps semble une notion élastique, jamais correctement gérée, à l’image de la revendication sociale latente qui semble sortir de nulle part, pour aboutir à peu près au même endroit.
On s’étonne par exemple d’entendre les riches affirmer pouvoir reconnaitre les pauvres car ils font tout trop vite et passeraient leur temps à courir. Rien dans les images que l’on voit du ghetto ne semble pourtant suggérer cette idée, pourtant vraiment séduisant en termes de mise en scène (par exemple, ça aurait permis de faire autre chose que des plans fixes avec des filtres blanc dans les beaux quartiers et de la caméra portée avec filtre jaune crade pour le ghetto : efficace mais vu cent fois)

Remake bancal de « Bienvenue à Gattaca » par son réalisateur, « Time Out » ne laissera sans doute pas un souvenir impérissable. Ce qui commence à devenir une sale habitude chez Andrew Niccoll…

Note : *

PS : encore une grande critique, j’espère que vous l’aviez remarqué…

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