« Infected, but you are not alone »

«-Tu crois que…
Non, c’est impossible.
Mais attends, on dirait bien que…
Tais-toi je te dis. Tu te trompes.
Pourtant j’aurais juré que…
Ne jure pas, Marie-Thérèse. Et tais-toi. »

Mais las, Marie-Thérèse avait raison. J’étais bien en train, juste après une intro plus moisie tu meurs, de mettre en ligne au nouveau billet.
C’est fou, hein ?

A chaque film, le cinéma de Soderbergh devient plus asceptisé, plus clinique, plus vide, pour ne pas dire plus vain. Après la série décevante et carrément honteuse des « Ocean’s », se ne furent que films anecdotiques sur trucs oubliables dont les qualités artistiques et les enjeux émotionnels sont encore moins intenses que des téléfilms cheap de la télé américaine (« The Good German », « The Informant », « Che », vous vous en souveniez ?).
Il est désormais loin le temps de l’Oscar et des belles promesses d’une carrière que l’on espérait riche de nombreux chefs d’œuvre. « Contagion » ne fera pas exception à cette tendance au manque total d’inspiration chez Soderbergh, livrant une copie à peine propre qui aurait aussi bien pu prendre la forme d’un documentaire.

Préférant décortiquer les ressors institutionnels pour venir à bout d’une pandémie plutôt que de s’interroger sur les conséquences profondes qu’un tel évènement peut causer à l’échelle de l’humanité entière, « Contagion » pêche immédiatement par son manque flagrant de réflexion, son manque inexcusable d’humanité, préférant la dissection bête et méchante d’un engrenage joliment huilé autour duquel Soderbergh ne développe rien.
S’il fait mine dans l’introduction d’instiller un semblant de paranoia, il échoue à intéresser un seul instant aux destins à peine croisés de ses personnages. Pas faute de se donner du mal en réunissant le casting 4 étoiles le plus mal utilisé depuis le dernier « Ocean’s » ce qui prouve définitivement qu’un acteur c’est avant tout un outil. Si tu mets Matt Damon dans une maison avec un pantalon à pince et que tu ne lui donnes rien d’intéressant à jouer, et bien il restera aussi inutile qu’un Francis Huster. Enfin j’exagère, Francis Huster arrive à surjouer même quand il ne joue rien.

Rapidement, l’intérêt de « Contagion » se limite à montrer ce qu’il pourrait se passer en cas de pandémie grippale, ce qui est rudement fascinant tout de même, enfin pour qui ne se serait pas un minimum rencardé sur le sujet en 2009. C’est là peut être le seul mérite du film d’ailleurs, de confronter froidement le public à la réalité d’une telle situation, que d’aucuns jugeaient totalement improbable au moment de l’épidémie de grippe porcine.
Si « Contagion » met bien en relief une chose, c’est qu’une telle catastrophe sanitaire se répand dans le monde d’aujourd’hui à la vitesse de l’éclair. Un constat purement factuel dont Soderbergh ne peut s’empêcher de faire une morale pachydermique dans sa conclusion, mettant clairement la mondialisation dos au mur avec une finesse qui confine au grotesque.

Enfin j’espère sincèrement que Soderbergh avait bien une intention dans cette scène finale, sinon, « Contagion » est d’un vide abyssal. Ce que semblerait confirmer deux scènes, la première l’autopsie d’une des premières victimes, volontairement dégueu histoire de secouer les puces d’un spectateur depuis longtemps déjà parti au pays des rêves, la seconde le moment où le gentil et fort capable docteur Jennifer Ehle comprend qu’elle vient de trouver le remède qui va sauver l’humanité : on la voit regarder un singe droit dans ses yeux de babouin (je parle du singe, pas de Jennifer Ehle) avant de s’injecter le dit vaccin dans la cuisse. Voilà voilà, l’espèce humaine est préservée, et tout le monde s’en tamponne la Cotillard, qui passe rapidement (merci mon Dieu) dans ce film, cachée sous une frange dans le rôle top crédible d’une épidémiologiste.

D’ailleurs, ce casting de qualité (n’en déduisez pas hâtivement, à la faveur d’un enchainement il est vrai fort malheureux que j’inclue Marion Cotillard dans la liste) me laisse légèrement pantoise. Comment des acteurs d’une telle renommée peuvent-ils accepter de travailler chez Soderbergh pour ne rien y jouer ? Soit il paie très cher, soit on mange super bien à sa cantine. Ou alors un peu des deux. Après tout, l’acteur aussi à le droit d’être feignant et pique assiette.

En tentant vaguement de créer un semblant de suspens par les sacrifices successifs de deux actrices très connues, Soderbergh ne fait que souligner l’absence totale d’implication émotionnelle du spectateur qui verra partir ses soit disant héroïnes avec une indifférence polie, entre deux bâillements.

Pourtant, dans son introduction, Soberbergh semble se donner du mal, en commençant son film par un carton « Deuxième jour », genre « ohmonDieu, catastrophe inéluctable incoming !« . C’est super gentil, Steven, mais quand tu viens voir un film intitulé « Contagion », c’est précisément ce que tu t’attends à voir à l’écran, hein. Du coup, même l’habile montage présentant les premières personnes infectées convulsant joyeusement chacune de son côté tombe finalement à plat.
Parce qu’au lieu de se concentrer sur ce qui aurait été cinématographiquement intéressant, Soderbergh bascule bientôt du côté des hautes instances, privilégiant les discussions de laboratoire à la mise en scène du chaos, ici presque anecdotique au regard des échanges surpuissants entre Jennifer Ehle et le monsieur qui semble avoir mangé Morpheus :
« –Le taux de ZPPAUP augmente de façon exponentielle, chef !
Alors diminuez les doses de carbospontex, docteur.
Je crois que compte tenu de mes résultats, il faut envisager une évolution prochaine du R-2. On va peut être passer à 4, ou 5, mais bon… Ben je file gratter la couenne de mes rhésus mexicains du Sri Lanka moi.« 

Là, tranquillement dans la salle, tu te dis que vu le nombre de termes de jargons balancés à la seconde, ça doit être super grave. Un peu comme quand le docteur Benton il te criait qu’il fallait 3CC de polymorphines à injecter dans l’épicarotide, sinon c’était la trachéotomie assurée.


Dans ce film, Jude Law porte une fausse dent. Ça n’a strictement aucun intérêt.

Peut être qu’au final, l’angle choisit par Soderbergh n’était tout simplement pas le bon. Convaincu de devoir traiter cette crise à l’échelon mondial, il dilue son récit dans de multiples destins qui ne seront jamais traités à fond. Le personnage de Marion Cotillard est par exemple rapidement évacué (au point que l’on en oublie son existence) après avoir occupé un temps d’antenne qui eut été mieux employé à tenter de traiter le sujet. Finalement, seules trois histoires continuent à avoir du sens malgré tout : celle de Matt Damon et sa fille (abominablement traitée, caricaturale, chiante….), du duo Jennifer Ehle/Morpheus (si je veux d’abord) et enfin celle de Kate Winslet. Ainsi on conservait une chaine logique, de ceux qui luttent dans les labos à ceux qui luttent sur le terrain en terminant par ceux qui luttent pour survivre, et on pouvait aborder ce qui à mon sens aurait du être le vrai sujet de ce film : l’humanité face à la menace de sa fin. Vaste et passionnante question s’il en est.

Jamais plus ambitieux qu’un documentaire ou docu-fiction à quelques millions de dollars, « Contagion » se contente de brasser deux heures durant son propre vide sous couvert d’un sujet catastrophe jamais traité et d’une charge militante aussi mièvre qu’une chanson de Lorie.

Note : *

Un commentaire Ajoutez les votres
  1. Salut

    J’ai un avis partagé concernant ce film. Je ne lui jetterai pas la pierre car l’intention était très claire de la part de Disney. Faire un divertissement familial, ou plutôt pour enfants en s’accaparant un univers familier. Objectif : ca$h machine. Après avoir fait une sequelle de Alice avec Burton, voilà donc un prequel de Oz avec Raimi.

    Conséquence : le film a donc ce coté assez naif et premier degré qui plaira aux enfants et jeunes ados et moins aux adultes. Je pense que j’aurai adoré si j’avais eu 10 ans.

    Le film débute en (faux) noir et blanc au Kansas (photographie magnifique) et au format cinéma de l’époque, carré et pas 16/9ème. D’ailleurs je ne sais pas si tu as eu la même réflexion, mais j’ai eu un doute (furtif). J’ai cru un instant que ce format de l’image était dû à un problème de projection.
    Après avoir été pris dans tornade (comme Dorothy dans l’histoire originale) Oz magicien/charlatan se retrouve dans le pays qui porte son nom. Un truc assez WTF quand on y repense.
    Là, on en prend plein les mirettes : les couleurs arrivent, le cinémascope aussi et la 3D prend tout son sens. Cette transition « de l’autre coté du miroir » est très bien rendue, nous plongeant dans un monde où l’imagination, la fantaisie est la norme.

    C’est vraiment dommage que tu n’es pas vue le film en 3D car c’est peut-être le point le plus positif du film. C’est probablement la meilleure 3D que j’ai vu (bon j’ai du en voir que 4 avant), plus utile et plus esthétique que celle du Hobbit par exemple. L’arrivée à Oz et le voyage dans la bulle sont par exemples magnifiques grâce à cela.

    Techniquement rien à redire donc (mention spéciale niveau CGI a la petite fille en porcelaine toute mimi). Les problèmes du film, ce sont un scénario assez faiblard, une réalisation qui manque un peu souffle épique et/ou de style (un comble pour Raimi), et des interprètes féminines assez fadasses.
    Si James Franco est finalement assez bon dans une sorte d’Ersatz de Johnny Depp (qui refusa le rôle). Le reste du casting (féminin principalement) est en effet assez transparent, la faute probablement a l’intrigue et des rôles pas assez fouillés.
    Au final Oz est un film assez sympa mais qui ne laissera pas un souvenir impérissable. Dommage.

    Au fait, suis-je le seul à avoir vu dans l’arrivée de la sorcière sur son balai et sa trainée de fumée, une référence à celle du bouffon vert dans Spiderman? Petit clin d’oeil Raimien sympa.

    PS : pour Bruce Campbell je crois qu’il joue le garde de la cité d’émeraude qui en contrôle l’entrée (on le voit vers la fin).
    Si du coté de Port-Lannis et du sud de Breizhteros on a apparemment du mal à voir un film en 3D, ici dans sa capitale on a moins de difficultés, (merci le nouveau Gaumont, dont les places coutent une blinde soit dit en passant, merci d’ailleurs le printemps du Cinéma).

    Goodbye… yellow brick road

  2. Nope, pour le Bouffon Vert tu n’es pas le seul à l’avoir vu. Et donc j’aurais loupé Bruce Campbell… Honte sur moi…

    Je te rejoins sur le côté vite oublié. Mais formellement, il a de très belles qualités et puis sa 3D valait semble-t-il le coup d’œil. J’ai joué de malchance en la matière…

    Donc breizhterien aussi, et de Port Ducal si je comprends bien ?

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