Pimp my Drive.

Coucou les gens ! Voici que tel le commando traquant un taliban dans une ruelle de Kaboul, le couteau de chasse entre les dents, je reviens des limbes de ce que d’aucuns nomment « un passage à vide », que l’on appelle parfois aussi « grosse flemme », dans la langue savante des gens qui n’en foutent pas une rame.
Alors quoi, je reprendrais ici séant du service ?
Ahah, votre optimisme est aussi touchant qu’un Belge, mais il émeut mon cœur de pierre aussi vais-je sans doute me remuer dans les semaines à venir pour publier deux trois bricoles genre un billet de format massif traitant non pas un mais deux films à la fois (über !).

En attendant de vous en prendre plein les mirettes, je vous propose une mise en jambe qui ravira nos amis de l’autoclub tunning de St Gontran les Escabêches : « Drive », de Nicolas Winding Refn.

NWR, ce n’est pas qu’un nom imprononçable, c’est aussi un réalisateur un rien déconcertant bien que doué d’un talent certain, qui nous servi pour sa dernière apparition sur le grand écran le particulièrement frustrant « Valhalla Rising », sublime poème dont le spectaculaire patatra m’a de cesse, encore aujourd’hui, de m’interroger.

Retenez bien ceci, parce que je ne le répèterai pas deux fois : il semblerait que le palmarès cannois fut cette année de qualité.

Oui, c’est facile d’affirmer chose pareille quand on n’a pas vu « Polisse ». Je ne sais pas vous mais moi, j’ai un mal fou à me motiver pour y aller. Etrange comme l’idée de payer 8 euros pour regarder un film tourné avec un caméscope tout juste digne des plans préparatoires de « La Grotte des Rêves Perdus » et réalisé par Maïwenn peut me sembler farfelue.

Et je me dois de vous signaler, pour mémoire, que ce film a été Prix Spécial du Jury. Quand même.

Mais je pardonne aisément ce sacrifice nécessaire au cinémâ d’âuteur frânçais de la part de Robert De Niro lorsqu’il choisit de récompenser la mise en scène de NWR sur « Drive », non seulement parce que c’est mérité, mais aussi accessoirement, parce que la mise en scène en question ressemble purement à du cinéma.
Un détail souvent oublié dès qu’il s’agit de remettre un prix prestigieux à un obscur réalisateur mongolo-moldave pour son travail bouleversant sur la vie d’un livreur du lait pachtoune exilé à Düsseldorf, mort d’un panaris à l’âge de 13 ans, le tout filmé avec un I-Phone 4.
Comment ça, j’exagère ?

J’aurais pourtant du mal à m’extasier plus de quelques lignes sur l’impeccable mise en scène de « Drive ». NWR est incontestablement un des types les plus talentueux actuellement sur le marché, mais quelque chose ne parvient jamais à décoller, entre le manque d’ampleur d’un film lesté par un scénario plombé à mi-parcours et l’agaçante manie d’un réalisateur qui se regarde filmer avec une évidente satisfaction.
Je réaliserais aussi bien que ça, je ferais exactement la même chose, notez-le bien, mais il n’empêche que cette tendance à privilégier à un instant l’effet au détriment de la narration, et que l’on retrouve chez Joe Wright, d’ailleurs (encore un mec très doué et très au courant de la chose), ne contribue pas à donner une impression générale particulièrement transcendante.

Je suis pourtant loin d’avoir boudé mon plaisir sur la durée, quand bien même passée l’intro haletante, le reste oscille entre le bon, le très bon et le fonctionnel.
La volonté de NWR de ne jamais verser dans le spectaculaire sert admirablement sa narration, entièrement posée sur le point du vue de son personnage principal, le mutique driver, reptile vêtu d’un blouson en satin. Bâti sur une longue accélération, avec une grande économie de dialogues, « Drive » s’inscrit parfaitement dans la série B, avec un déploiement esthétique qui tend à cacher la misère d’un scénario simplement efficace, couvert par une mise en image archi dominante.

De ce léger déséquilibre va pourtant naître un sentiment de gêne certain, lorsque pour développer une intrigue d’une vraie et élégante simplicité, NWR abuse de son talent pour souligner son propos. Difficile d’adhérer totalement, difficile de rejeter en bloc, à l’image de la scène de l’ascenseur, où tu ignores jusqu’au bout si l’ensemble était génial, tape à l’oeil, vain ou tout bonnement over the top.
Là où il se complaisait dans son esthétique grandiose et sans objet tout à la fois sur « Valhalla Rising », NWR se rattrape de justesse ici, sans pour autant parvenir à emporter mon adhésion.
Il sait faire. Aucun doute là dessus, mais lui manque ce qui le différencie encore d’un Michael Mann ou d’un David Fincher : l’humilité au service de son art. J’oserai même invoquer l’ombre d’Eastwood, pour la peine.

Caché derrière son formalisme, NWR laisse légèrement sur le bas côté des personnages qui s’agitent à l’écran sans que l’on ne se sente réellement impliqué. Avec un casting aussi béton, inutile de dire que c’est particulièrement dommage. Certes, épouser le point du vue du driver, avec son détachement, revient à considérer le reste des protagonistes avec cette distance qui ne fait que s’accentuer sous les coups d’un habillage omniprésent.
A l’image de la relation avec la voisine, qui se vit dans une succession de plans très beaux, très malins, très clairs, mais toujours sur ce fil entre narration et exposition égocentrique d’un talent évident.

Tout ça pour dire que le Prix de la Mise en Scène n’était certes pas volé. Le film n’existe que pour cela. Et s’avère moins pénible à suivre que « Valhalla Rising », cette douche froide sublime mais totalement creuse venue comme un uppercut de WTF après « Bronson » et « Pusher ».
« Drive » avec ses lumières parfaites composant des ambiances aussi accrocheuses et hypnotiques que sa bande originale donne envie de se pendre (quand bien même elle est habilement utilisée), n’est pas un grand film. Mais il a tout pour lui.

Note : **

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