La rétro : « Shakespeare in Love »

Je suis comme le Terminator : je finis toujours par revenir. Ainsi, pour fêter dignement la fin de mon *utain de mémoire professionnel, je reviens vers vous avec un billet directement inspiré par la rédaction du diabolique travail « universitaire » précédemment cité où je fus obligée, faute de trouver meilleur exemple, d’écrire noir sur blanc le nom d’un film honnis. Monde cruel, mais peu importe, ouvrons donc cette ère post-Master « where is my life ??? » Professionnel avec un billet fort léger (autant que ce film) et sans analyse critique même un tout petit peu pertinente. Oui, c’est la grève du cerveau, et si vous avez envie de me jeter la pierre, je vous invite à vous mettre tout de suite en rang et à prendre votre mal en patience. Enfin, seulement si vous ne voulez pas lire ma prochaine critique sur « Captain America ». C’est vous qui voyez…

Et nous revoilà somewhere back in time, pour une rétro de folie, consacrée, une fois n’est pas coutume, à un film que je déteste.
« Shakespeare in Love ».

Saleté de film.

Meurs, ordure de tragédien au visage étrangement inspiré de celui du catatonique Joseph Fiennes !

Disparais dans les flammes des enfers, théâtre de bois plein de gens en collants et de fraises poudrées !


Et ça démarre très fort avec deux abrutis incapables de viser leurs bouches respectives sur une affiche.

Mais que ce film m’a-t-il donc fait pour qu’ainsi je le déteste ?


Joseph Fiennes, frère de Ralf et preuve vivante que le talent ce n’est pas génétique.

Sur le principe, rien. En fait, à la sortie de la projection, je m’étais à peine divertie, vaguement ennuyée, et surtout demandée comment un tel petit machin tout juste divertissant avait pu ramasser tant de nominations aux Oscars.
En ce temps-là, j’étais, jeune, moche (oui, encore plus) et surtout incroyablement naïve. En fait, je ne connaissais pas Miramax, le studio filiale de Disney, qui investit visiblement plus de pognon dans le graissage de patte de l’Académie des Oscars que dans la recherche active de bons scénaristes, ou réalisateurs.

Ainsi, « Shakespeare in Love », bluette en corset, allait rafler pas moins de 7 Oscars en cette funeste année 1999, dont l’Oscar de la meilleure actrice pour Gwyneth Paltrow (indeed…) et surtout, surtout….

[ Tardis : On

Je me souviens, enfant (enfin, jeune…), j’avais volé le décodeur de ma grand-mère pour regarder cette cérémonie des Oscars, sans doute la plus haletante de l’histoire d’Hollywood (n’y voyez pas uniquement l’expression de mon légendaire sens de la demie mesure. C’est un fait incontestable).
Pensez-vous, s’y affrontaient deux géants incontestés, sur un thème vaguement cousin, j’ai nommé à ma droite, Steven Spielberg, et à ma gauche Terrence Malick, chacun venu à Los Angeles (enfin, Malick, moins…) avec une poutre ultime sous le bras : « Il faut Sauver le Soldat Ryan », et « La Ligne Rouge ».

Un nombre quasi égal de nomination, un affrontement homérique entre deux génies, la Seconde Guerre Mondiale, du sang, des larmes, bref…

En France, la soirée était retransmise sur Canal+ et commentée entre autre, par Laurent Weil (ahem) et surtout Edouard Baer.

Au moment de l’attribution de la récompense pour le meilleur réalisateur, le suspense est à son comble. Stévène, Térance ?
Hmmm….

L’histoire retiendra que cette année-là, l’Académie estima que Spielberg méritait plus d’avoir un gros monsieur tout nu en or que Malick. Ça se discute, mais c’est comme ça.


« Fire ! »

Mais ce que vous devez comprendre, c’est qu’à partir de ce moment-là, tout le monde a fait trois fois le tour de son slip sans en toucher l’élastique.
« La Ligne Rouge » n’avait jusqu’alors absolument RIEN gagné. Je sais, c’est scandaleux. Or, le fait de sacrer Spielberg semblait vouloir dire que l’Académie avait décidé de couronner Malick en lui offrant le meilleur film, ce qui de toute façon rendrait les autres récompenses totalement superflues, genre « ouais, on a donné des trucs aux autres mais c’est juste des prix de consolation. Le tien de film poutre tellement qu’on devait bien trouver un moyen de contenter tout le monde. »

Au moment du « And the Oscar goes to……. » je me souviens encore d’Edouard Baer traduisant la formule rituelle par “Et le vainqueur de la Seconde Guerre Mondiale est….

« Shakespeare in Love !!!!!!! »

Et moi comme Edouard d’exploser « Mais putain, il n’était même pas à Omaha Beach ! »

Et oui. Cette année-là, plutôt que de dire au monde entier que Terrence Malick était le truc le plus beau qui soit jamais arrivé au septième art, une bande de vieux barbons s’est laissée séduire par les pontes de Miramax, venus leur offrir moult chocolats, éditions originales de « Roméo et Juliette », et autres couches troisième âge.

Tardis : off]

Inutile de dire que ma haine envers « Shakespeare in love » est née ce soir-là et de là, sans doute aussi, un vague mépris pour cette saleté de « Roméo et Juliette », ce qui est sans doute injuste, mais j’assume, tant pis. A chaque fois j’ai des images mentales de Gwyneth Paltrow déguisée en homme. J’y peux rien.

« Shakespeare in Love » c’est avant tout un pitch de toute beauté, qui sent tellement le bricolage que les salles le projetant et même vos écrans de télé se mettront à suinter de la colle.
Pensez-vous, parler de la période la plus obscure, noire, inconnue, ouhlala comme tout ceci est mystérieux, de la vie de William Shakespeare (appelé tout le long du film Will, pour entretenir un climat de proximité entre le spectateur et le grand homme), pour sonder les origines de son processus de création, pour un peu, je m’en relèverais presque la nuit.

Vous aussi je le sens bien, mais attendez plutôt la suite du résumé.

Nous découvrons donc William en proie aux affres de la création. Les signes ne trompent pas, c’est la panne : alcoolisme, factures EDF nos réglées… Ses amis s’inquiètent.
Moi je dis, heureusement qu’il a l’air trop pauvre pour avoir l’ADSL sinon il aurait pris un abonnement à WoW, serait devenu nolife et on aurait pu toujours attendre « Hamlet ».
Pour tromper l’ennui et remplir sa bourse, Will accepte de rédiger une nouvelle pièce dont il a trouvé le titre dans une volute de gnole.
Sauf que non, rien à faire, Will a perdu son mojo.
Un jour, en recrutant des acteurs, le voilà qui a un man crush sur un des candidats au rôle de Roméo (le personnage principal de sa nouvelle pièce moisie qu’il n’a pas encore écrite).


Insoupçonnable…

Sans trop se poser de questions sur sa sexualité ni appeler son analyste (dommage, cela aurait voulu dire que l’on était dans un film de Woody Allen : « Shakespeare in Analyse »…), il décide de suivre le mystérieux acteur jusqu’à une demeure cossue sur les bords de la Tamise.
Et là, gros drame ! Will, qui pensait serrer un godelureau à moustache réalise avec horreur qu’il s’agit en fait ni plus ni moins de Gwyneth Paltrow !


It’s a trap !

Laquelle, sous un déguisement incroyable est arrivée à faire croire à tout le monde qu’elle était un homme parce que son rêve, c’est d’avoir de la poésie dans sa vie (citation originale).

Mon Dieu, qu’elle est gourde, mais Will ne s’émeut pas de si peu et hop, se met à faire des trucs de fou genre de grosses tâches d’encre sur les murs de son appart, à écrire dans une fièvre inspiratrice des vers brûlants de passion et à escalader les balcons de tous les honnêtes gens de la ville.

Tout ça pour Gwyneth Paltrow. Qui s’appelle en fait Viola de Lesseps (l’important,c ‘est de participer…), et qui continue à venir au théâtre pour y jouer le premier rôle masculin de la pièce. Et tout le monde n’y voit que du feu. Y’a un opticien qui s’installe dans le quartier, il fait fortune.

En cours de route, on découvrira que Viola est déjà fiancée au goddam Colin Firth. Là j’ai presque envie de dire à Will, « coco, c’est mal barré ».
Non mais on parle de Colin Firth là, pas d’un vulgaire gringalet au charme batracien genre Hugh Grant. Le type qui est allé chercher Elizabeth Bennett avec les dents pour la coller entre les quatre murs de Pemberley, tout de même…


« I am the goddam Colin Firth ! »

Mais non, Will a trop la foi dans l’amour qui est dans le dedans de lui-même et c’est armé de ses yeux de cocker battu et de sa plume d’oie qu’il s’en ira conquérir le cœur de Viola sur fond de composition forcément trop choupignonne de sa grande œuvre, j’ai nommé « Roméo et Juliette » (han, comment on l’avait pas vu venir !).

Suite à quoi, bon forcément, Colin Firth découvre le pot aux roses, se fâche tout rouge, demande l’arbitrage de la reine Elisabeth et…


« Bring me Solo and the wookiee. »

STOP !!!!!
Colin Firth, qui est un grand noble, au point de pouvoir conter ses peines de cœur à la reine Elisabeth, est incapable de régler le problème William Shakespeare tout seul.
C’est fou.
Au lieu de mettre un coup de mousquet entre les deux yeux de ce crétin de dramaturge que personne ne regrettera et qui de toute façon finira dans la fosse commune comme le saltimbanque qu’il est, il va pigner dans les jupons de la reine comme si c’était sa tata Suzanne.
Oui, Elisabeth Ier.

Je vous sens également dubitatif.
Le pire c’est qu’elle va décider d’intervenir en personne pour sauver les miches de Shakespeare, cette gourde.

Mais bref, passons la vision de Judy Dench boudinée dans une robe de 4 kilomètres de diamètre entrant incognito dans le théâtre du Globe et concentrons-nous plutôt sur la suite sans intérêt qui voit Viola s’enfuir de son propre mariage pour aller jouer le rôle de Juliette just in time pour la première et donc sa tragédie personnelle dans les bras de Will.


C’est beau comme du Vincent Delerm.

A la fin, je pensais naïvement qu’elle se suiciderait, histoire de pousser la conscience professionnelle jusqu’au bout, mais non, elle se relève et ne se fait même pas envoyer à la Tour de Londres pour exercice illégal de la profession de comédien (alors que là, tout le monde voyait bien que c’était une femme, pourtant. Ou alors il faut vraiment se poser de sérieuses questions sur l’androgynie de Gwyneth Paltrow).

Et donc là, tu te dis, toi qui a un cœur et qui pense que de toute façon, le film ne pourra pas tourner plus çà vide qu’il ne le fait déjà, que Will et Viola vont briser tabous et conventions sociales, emmerder Colin Firth, la reine, la RAF, « Doctor Who », bref, tout ce qui est saint et sacré en Grande Bretagne, puis se rendre au stade pour boire des bières devant un match Manchester/Westham avant d’aller manger de la viande bouillie dans un pub. Des occupations d’anglais moyen, en somme.
Que dalle.


On note que Will est aussi doué que Viola dans l’art du travestissement. Quel couple de légende…

Viola est mariée et le goddam Colin Firth vient réclamer son dû. Will miaule un peu que la reine, ici présente et toujours vêtue d’une superposition de tous les costumes de la reine Amidala, en sa qualité de chef de l’Eglise, pourrait peut-être faire quelque chose, merde, après tout, elle a un héritage familial assez lourd en terme de divorce, elle devrait pouvoir gér….

« Non. Et sur ce, je retourne dans mon palais. Kenavo les bouseux. »

DRAMA !!!

Viola doit donc suivre son taliban de mari en Virginie, où elle pourra à loisir fumer du tabac et distribuer des couvertures aux Indiens, tandis que Will se met frénétiquement à écrire une nouvelle œuvre majeure, « La Nuit de Rois », que j’en suis sûre, vous n’aviez pas vu venir non plus….

Rassurez-vous, le film s’arrête avant que Will ne décide de commencer « Hamlet » après l’écoute prolongée d’un album de Sinatra.

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Ben au point où on en est…

Je pense que cette description succincte (oui…) de l’histoire certes rocambolesque mais surtout pourrie de « Shakespeare in Love » se passe de davantage de commentaires.

J’aurai pu noter, à chaque fois que j’ai vu ce film (j’aime me faire du mal) le grand soin apporté aux costumes et aux décors, qui reste à mes yeux le seul intérêt de ce truc idiot et sans objet visant à mettre Londres en bouteille à coups de « et si » creux, vaguement mis en image par John Madden, enferré dans une réalisation fonctionnelle et franchement barbante.

Au mieux, « Shakespeare in Love » est un bon film à soirée pyjama, pendant la projection duquel vous pourrez dauber sur Chantal et Barbara tout en tapant collectivement dans un pot de Hägen Daaz aux noix de macadamia (alors que tout le monde sait que la meilleure, c’est Cookie Dough de chez Ben&Jerry’s. Vous n’avez décidément aucun goût).
Au pire, à chaque évocation, il vous fera monter des larmes de sang puis rire un grand coup au souvenir de pareille mascarade.

Après, vous irez boire pour oublier. Garanti sur facture.

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