Prehistorik Traktopel.

Une fois, j’ai rêvé que je trouvais, pleurant dans la rue devant une librairie, un kangourou avec une queue de lémurien qui m’avoua, alors que je cherchais vainement à joindre un zoo qui voudrait bien l’accueillir, qu’il souhaitait vivre en Angleterre car il était très fan de tout ce que faisait Tony Blair.

J’espère que vous avez apprécié à sa juste valeur cet échantillon représentatif de l’état de délabrement de mon inconscient et non, avant que votre main n’esquisse ce geste vers le téléphone, pas besoin d’appeler le docteur Freud.
Il est mort, les gens.

Sans plus de transition ni d’onirique introduction, penchons-nous donc sur le film le plus décevant de la rentrée, de l’été, de l’année, et l’histoire de l’art (j’en fais trop ?), j’ai nommé la baudruche « La Grotte des Rêves Perdus » de Werner Herzog.
Film face auquel mes délires à propos de kangourous blairistes à queue de lémurien passent pour des chefs d’œuvres qui mériteraient d’être classés au patrimoine mondial de l’humanité.


Des rêves tout aussi perdus que les deux heures de ma vie passées devant ce film.

Non mais si, hein, j’aurais dû me méfier… Seulement, je me suis laissée abuser par mon amour irrationnel pour les grottes ornées, oubliant subitement et au mépris de toute prudence que Werner Herzog, c’est avant tout la Nouvelle Vague Allemande. Vous savez, ce truc qui n’est déjà pas folichon chez nous, alors chez nos amis teutons vous n’imaginez même pas…

Et donc, et donc, je me suis retrouvée là, devant ce truc hideux, à avoir le mal de mer toutes les deux minutes pour cause de 3D post produite par un manchot tétraplégique armé d’un couteau à beurre et visiblement astigmate.
Superbes éléments flottants venus d’on ne sait trop où, magnifiques parties du premier plan qui entrent en fusion avec le deuxième parce que Serge le stagiaire avait un peu forcé sur les Cuba Libre la veille et que visiblement, détourer des feuilles d’arbre, ce n’était pas trop dans ses capacités ce matin-là…

Bon, une 3D très moche, j’en avais déjà vu : « Le Choc des Titans ».
Ici, c’est dix fois pire.


Sous vos yeux ébahis, un troupeau de lions tentant de s’enfuir de la grotte Chauvet pour ne pas apparaitre dans le film.

Premièrement parce qu’il s’agit d’une publicité mensongère qui vend un film en « vraie » 3D alors que 80-90% du métrage est retouché en post production.
J’en veux pour preuve l’immense majorité des plans tournés dans la grotte avec, je cite le narrateur « une caméra amateur ».

Soit disant parce qu’en entrant la première fois, il fallait bien préparer le tournage en réelle 3D à venir.
Ah bah ça oui, Helmut, mais t’es gentil maintenant, tu vas pas non plus nous imposer le visionnage de tes rushs ou de tes plans préparatoires filmés sur un genre de caméscope payé en 3 fois sans frais chez Pix Mania !
Je sais bien que c’est la rigueur en Allemagne, mais tout de même.
Et tout ça pour quoi je vous prie ? Pour ne pas avoir à scénariser le film. Pour montrer l’arrivée de l’équipe dans son contexte réel (ce dont on se fout éperdument, puisque l’on ne voit jamais sur ces images les réactions de l’équipe en question). Pour ne pas avoir à rentrer dans la grotte avec la caméra 3D et faire comme si c’était la toute première fois. Et qu’est ce que qui justifie cette position ? Le fait que « La Grotte des Rêves Perdus » soit un documentaire et que ouhlala, dans un documentaire, il ne faut surtout pas jouer avec l’authentique. On devrait demander à Louis Malle ce qu’il en pense…

Le pire dans cette affaire de la caméra amateur, reste tout de même la qualité déplorable de l’image, avec un grain tellement énorme que je me demande comment aucun stagiaire du département stéréoscopie n’a pensé à les détourer.

Mais ce genre d’approximation indigne d’un professionnel du septième art n’est rien comparé à la photographie de la « Grotte des Rêves Perdus ».
Bon sang, j’avais l’impression de regarder « Derrick ».
Tons sépias pour une ambiance années 80 garantie, et puis tant qu’on y est, on va pas non plus s’emmerder à éclairer correctement. A utiliser des filtres ou ce genre d’artifice.
Non, donnons plutôt envie aux gens d’aller s’enfermer dans la grotte et d’y mourir plutôt que d’affronter encore une fois ces images de la vallée d’une laideur à couper le souffle. Le sommet étant atteint lorsqu’une caméra embarquée sur un petit hélico télécommandé se met à faire un petit tour bien naze autour d’une arche de pierre avec la voix off qui te dit, tout accent germanique dehors : « Ach, za aurait bu inzpirer Wagner ! »
Non, Günther, et quitte à faire dire n’importe quoi aux morts, vues tes images, à mon avis ça lui aurait surtout donné envie de se pendre avec une corde à piano. Même que je l’aurais aidé à pousser le tabouret.


Alors que là, sur cette photo qui n’est pas extraite du film, c’est joli…

Alors, à ce moment de la chronique, nous avons déjà un film incroyablement moche. Mais va-t-on pouvoir dépasser le stade de l’esthétique pour nous pencher sur le cœur du sujet, à savoir l’art rupestre, son mystère, sa mystique, et ses petits animaux ?

Ah bah non.
Eh, on regarde un épisode de « Derrick » dans la grotte Chauvet. Manquerait plus qu’il y ait de l’émotion, du suspens, ou je ne sais pas quel artifice dont se pare volontiers le cinéma, cette invention de Satan faite pour divertir les masses et …
Pardon, je fais une légère overdose de Nouvelle Vague en ce moment.


A gauche, Hans, archéologue expérimental jouant l’hymne américain dans un radius de vautour. Sad, but true…

Quand la forme est ratée, il est rare que le fond ne suive pas. Et vu qu’ici il n’y a aucune forme, je ne vois pas trop comment je pourrais trouver un fond.
Ça commence d’ailleurs très fort par un beau travelling avant dans des vignes avec une musique à vous faire regretter de ne pas avoir acheté des bouchons anti-bruit avant la projection (mais une partie des commentaires aura le même effet sur vous. Donc, définitivement, bouchons…).
Puis un gentil monsieur se met à vous raconter des choses incroyables : « Ach, z’était une bande de petits zpéléologues qui ont troufé la grotte Chauvet. » Sans une image d’archive, bien entendu.
« Enzuite, ils ont fu des cholis betits dezins, alors chais dézidé de faire ein film, ja… »

Et pendant ce film, on nous montrera les peintures, sans les situer les unes par rapport aux autres dans le complexe (alors que l’on a une animation 3D pour se faire, brièvement présentée), on passera trois heures à poser des questions idiotes à des gens intelligents qui répondent de façon idiote : « Ouiiiii, principe de fluidité et de perméabilité, voyeeeez… », et donc à ne jamais avancer sur le sujet : la grotte, son contexte général, les autres sites, les rapports avec l’ethnologie, tout cela est effleuré avec une très grand légèreté, dont l’un des plus beau moment est l’intérêt très appuyé apporté aux vestiges allemands, principalement des statuettes, quitte à faire l’impasse sur, je sais pas moi, Cosquer, Lascaux, Fond-de-Gaume et j’en passe.
Ou Fos Coa.


« Ouiii, donc je disais, la fluidité… »

A croire que tout le budget était passé dans la mini caméra 3D qui ne sert que pour quelques pauvres plans, certes relativement efficaces, mais réalisés avec une balourdise quasi ridicule tant Werner Herzog s’ingénie à ne jamais « montrer » la grotte, préférant la faire voir.

Le point de démission est atteint dans ce commentaire stupide : « Ch’avais l’imprezion que les zhommes de chadis étaient touchours là. Ch’avais très peur… Alors che zuis zorti. »
Voilà. Quand la voix off prononce cette phrase, c’est que l’image a échoué à nous restituer ce sentiment. Un comble quand on filme dans une grotte avec tout le potentiel de l’éclairage partiel et des ombres mouvante produites par les irrégularités de la paroi.

Quelques grands moments tout de même à l’actif du film :
-le discours soooooo Nouvelle Vague réalisateur engagay et vaguement communiste sur les bords : « Le facsimilé de la grotte Chauvet fa defenir un chenre de parc d’attraction pour les touristes ». Mais ne servira pas à protéger un site exceptionnel tout en le rendant accessible à un maximum de visiteurs par le truchement d’une copie.
-le renifleur de cailloux : sorte de légende locale, ce dahut ardéchoix parcourt la montagne en quête d’effluves venues des tréfonds.
-le « postscript » : que je ne peux décemment pas commenter… Y’a des âmes sensibles (et sensées) qui passent sur ce blog.

Vous êtes pas fins, vous, les Allemands.

Note : 0

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *