The lovely Peter Jackson.

Il y a quelques années, je m’étais mordue les dents d’avoir trop tardé à aller voir « Speed Racer » en salle. Pour l’avoir dit de nombreuses fois ici, il s’agit typiquement du genre de film qui se vit dans un cinéma, un peu voir beaucoup moins dans votre salon.
Par contre, « Lovely Bones » n’est clairement pas le type de film qui me fera verser des larmes sur ma bêtise et mes perpétuelles hésitations.

J’en vois déjà deux trois qui font des moulinets avec les bras, s’insurgeant au motif légitime que oui, « Lovely Bones » est un film de Peter Jackson, et que non, il m’est physiquement impossible d’aimer totalement quoi que ce soit sortant d’entre ses pattes.

Qu’on se le dise tout de suite, je n’ai toujours pas révisé mon opinion sur Mr. Jackson.

Pour ma défense, je préciserai tout de même que ce n’était pas tant Peter Jackson qui me dérangeait sur le coup, mais plutôt le gang des adaptatrices sataniques, j’ai nommé Fran Walsh et Philippa Boyens, mesdames « on comprend mieux le livre qu’on adapte que l’auteur lui-même », grandes thuriféraires de la modernisation des œuvres, toujours prêtes à dégainer les violons ou les kleenex, travaillant dans le même sens, celui consistant à ruiner l’esprit de votre livre préféré.

Heureusement, ici, je n’avais pas le recul d’une lecture préalable, bien qu’à l’annonce de ce projet, je me sois régulièrement fait la remarque : « Tiens, il faudrait vraiment que je me penche dessus, histoire de pouvoir vomir en toute légitimité sur leur travail. »

Mais Philippa et Fran sont tellement merveilleuses que cet effort n’aura même pas été nécessaire.

Car une fois encore, le scénario, pourtant souvent brillant, sombre dans des abimes de barbe à papa, se jette à corps perdu dans de la sensiblerie facile et finit par embourber la réalisation dans un gros fossé mielleux.

Bon, il faut reconnaitre qu’injecter autant de scènes choupinettes dans un film sur le meurtre, le viol et le deuil, ce n’était pas un pari gagné d’avance.
Aucun effort ne sera par exemple fait pour atténuer les clichés véhiculés par les personnages secondaires de grand-mère fofolle (tellement original), de gothique medium (no way…), de petit ami poète maudit (what ???). Plutôt que de choisir une approche fine, le film continue sans cesse à les enfoncer toujours plus loin dans leur caricature, comme le témoigne ce montage, certes rafraichissant à ce moment du métrage, sur la nullité absolue du personnage de Susan Sarandon en maîtresse de maison.

Mais l’overdose de colorant alimentaire ne s’arrête pas là, puis qu’il faut par la suite le subir dans les limbes, où erre Suzy, notre héroïne, sur fond de musique patchouli chinchilla avec couleurs flashy.
Étrangement, ce seront ces scènes qui auront sur moi fonctionné le moins bien, à l’exception notable de celle listant toutes les victimes du tueur, la seule dont l’ambiance visuelle ne soit pas un dangereux exercice d’équilibre entre sentimentalisme creux et vrai projet narratif.

Mais j’ai beau tacler Peter Jackson et son équipe avec un malin plaisir, une fois passés les délires hippies, « Lovely Bones » se porte relativement bien.

Sur toute une partie, le film est tout de même une vraie réussite, en particulier sur les scènes clés.
La descente de Suzy dans l’antre de l’ogre et son montage alterné avec la scène de repas, l’ellipse qui camoufle le viol (progressivement suggéré par l’irruption de divers symboles) puis le cauchemar de l’héroïne qui en quelques images dépeint toute l’horreur de ce qu’elle vient de vivre, ne sont que le début d’une longue montée en tension.
Laquelle ne se désamorcera que dans un final qui ne m’a pas précisément satisfaite, sans doute la faute à mon incompatibilité d’humeur avec le réalisateur.

Sous un scénario gangréné, se dessine presque un second film, bâti sur une mécanique implacable, faite de d’effets simples mais terriblement bien employés, telles les scènes où Suzy parvient à se connecter avec son père, créant une tension latente tout le film durant, ou toutes celles impliquant l’enquête de sa sœur.

En cela, « Lovely Bones » m’a fait beaucoup penser « Here After » de Clint Eastwood et ses deux films superposés.

Le fait est, que malgré ses défauts, « Lovely Bones » se révèle un film incroyablement fort, obsédant, une immersion parfaitement réussie dans la tête d’une enfant de 14 ans, une traversée du deuil déchirante, et tout à côté une avalanche de sensiblerie jurant autant que possible avec tout ce qui fait l’efficacité de ce récit.

Définitivement pas le film qui me réconciliera avec Peter Jackson, mais paradoxalement celui qui me confirme qu’il fait décidément partie des très grands.

Note : **/*

PS : Oui, je racle les fonds de tiroir avec de vieux billets jamais publiés. Me jetez pas la pierre…

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *