De la pertinence des proverbes klingons.

Attention, film français…

J’imagine que tous vos voyants viennent de passer au rouge et que vous cherchez déjà frénétiquement la sortie. Dépêchez-vous de la trouver car je m’apprête à vous parler d’un film produit par Europa, scénarisé par Luc Besson et réalisé par Olivier Mégaton.

On sent bien le plan foireux approcher, surtout après avoir vu la bande annonce racoleuse composée de moult explosions et force femme à poil. Des arguments de vente dignes de Mickael Bay, et bien que le réalisateur de ce film ci porte un nom de Transformer, personnellement, j’avais de très gros doutes.

Lesquels me sont restés pendant vingt bonnes minutes d’une introduction laborieuse nous présentant l’histoire de l’antagonisme entre notre héroïne, Cataleya, et Don Luis, le méchant narcotrafiquant colombien (qui a dit « pléonasme » ?).

Déjà, Don Luis, comme affreux narcotrafiquant, perd toute crédibilité dès sa première scène.
Nous y découvrons le très naïf père de Cataleya en train de lui présenter sa démission du poste de comptable du cartel.

Oui oui, tu es comptable d’un cartel à Medellín et tu choisis de changer de job en pensant que tout va se passer comme sur des roulettes. Personnellement, j’aurais choisi la fuite de nuit sans avertir personne, mais bon, sans cette décision sans queue ni tête, il n’y aurait pas eu de film alors…

Ricardo le comptable quitte donc un Don Luis qui sourit trop pour être honnête et une fois dans la voiture, le voilà qui se met à vociférer : « Ach, scheiβe ! » comprenant soudain que son ex-patron va sans doute, je dis bien « sans doute », essayer de le buter.
Ben voui, mon petit Ricardo, un cartel, c’est pas comme la France « tu l’aimes ou tu la quittes ».


Don Luis : une belle tête de vainqueur.

C’est ensuite que j’ai perdu toute foi en Don Luis. Si j’étais chef de cartel et que mon comptable me faisait un coup pareil, je lui aurais vidé un chargeur dans le buffet avant qu’il ait fini de boire son pink mojito, puis j’aurais craché sur son cadavre et éteins mon cigare sur sa chemise à fleur, avant de lancer mes sbires sur sa famille et de passer sa maison au napalm.

Maison où nous retrouvons justement Ricardo, en plein branle-bas de combat.
Après une longue séquence neuneu à base de « je t’aime ma fille, souviens-toi de ton imbécile de père et n’oublie jamais ce que disait Eddy Merckx : la révolution est comme une bicyclette, quand elle n’avance pas, elle tombe. Hasta siempre, petite.« , les hostilités peuvent commencer.

Et une fois ses parents morts, Cataleya, 10 ans, vire berserk et se met à courir partout comme un yamakazi en culotte courte (c’est un film Europa. Toutes leurs productions se voient imposer un quota de yamakazi et d’Audi), montant sur les murs en tenue d’écolière afin de semer les hommes de main de Don Luis.
Là, tu crois que c’est fini, mais non, il faut encore se farcir Cataleya à l’émigration, Cataleya qui s’enfuit de l’émigration, qui retrouve son tonton Pedro aux Stazunis et se met à tenir des discours très étranges dans la bouche d’une fillette : « Qu’y a-t-il de mieux dans la vie ? Ecraser ses ennemis, les voir mourir devant soi, et entendre les lamentations de leurs femmes ! … Crom !« 
Rassures-toi Cataleya, ton oncle est un gros bourrin psychopathe qui tire sur des camions de lait en plein jour dans les rues du Chicago juste pour le fun, un tueur formé à l’école marseillaise, selon toute probabilité. Là comme çà, je dirais que tu seras bien formée.
Les années passent et le film aussi, et si j’avais déjà l’impression d’en voir vu la moitié, je retrouve donc Cataleya 15 ans plus tard, une fois sa formation de démenbreuse de trafiquant achevée.

Pendant son adolescence, Cataleya est devenue très maigre Zoe Saldana, et son job consiste désormais à jouer les tueuses à gage pour Tonton Pedro. Mais attention, une tueuse à gage sympa vu que ses contrats ne visent que de gros pourris que la police, cette grande incapable, n’arrive pas à choper elle-même (scénario Luc Besson, donc nouveau quota, portant cette fois sur les policiers bidons).


Parce qu’on devrait tous avoir un fusil d’assaut planqué derrière le mur de la salle de bain.

C’est à peu près à ce moment que le film commence et devient un minimum intéressant. Avec un bon rythme et une réalisation propre, « Colombiana » se déroule sans susciter ni intérêt délirant ni ennui absolu. Incroyable, même le scénario est acceptable. Pour mémoire, il est l’œuvre de l’homme qui commit « Arthur et les Minimoys ». Comme quoi, il ne faut douter de rien, surtout pas de Luc Besson.

Certes, « Colombiana » a des ambitions qui ne sont jamais vraiment atteintes. Prenez le personnage principal. Enfant cachée de Bobba Fett et de Beatrix Kiddo, Cataleya est une tueuse implacable, inarrêtable et sans merci. Jamais mise en danger, elle pourrait presque devenir une figure à la Terminator si la réalisation prenait la peine d’iconiser un peu le personnage par autre chose que des plans un poil racoleurs.

Malgré tout, et en grande partie parce que Zoe Saldana se révèle décidément bonne actrice, émerge une vraie empathie pour cette lady Vengeance psychorigide. Preuve que cela fonctionne, la scène de duel dans la salle de bain, très Jason Bournienne, réussit sur deux niveaux : une mise en scène propre à défaut d’être virtuose, et une première mise en danger vraiment angoissante de l’héroïne.

Le plus étonnant dans tout ça, c’est que le film, pas génial, aurait pu être carrément pire. Un peu comme « Le Choc des Titans », « Colombiana » a tout d’une série B s’échinant à ne pas être catastrophique tout en s’interdisant d’être bonne.
Je crois que le mot savant, c’est « popcorn movie ».

Note : *

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