Le tutoriel de l’été (comment ça, « t’as vraiment rien d’intelligent à dire » ?)

Tu t’ennuies (oui, moi aussi…), c’est l’été et tu te demandes bien ce que tu pourrais faire de tes journées tout seul dans ta maison alors que tes parents t’exhortent à sortir de chez toi et à rencontrer tes amis.
Alors, toi, jeune fifou qui rêve d’évasion mais ne daigne entamer son capital soleil, je te propose deux solutions :

  • soit venir visiter un musée magique doté d’un audio guide multimédia à nul autre pareil.
  • soit investir ta cave et monter ton groupe de metal.

Si la première option t’intéresse, je t’invite à prendre contact avec ma personne et à te préparer psychologiquement à une visite inoubliable au cœur d’un espace de visite tour à tour époustouflant et fort bon marché.
Sinon, reste sur cette page et consulte mon tutoriel pour une marche vers la gloire, le flouze, les cheveux longs et les sentiers pavés de cadavres de bière.

« Pourquoi je devrais monter un groupe de metal alors que je pourrais me faire du pognon en jouant de l’accordéon dans le métro, comme Zaz ? »

Déjà, j’ai bien envie de te répondre : « Petit con. »

Ensuite, je trouve vachement plus original de te lancer dans le metal plutôt que dans un groupe de soft rock à la frânçaise comme les BB Brunes ou les Plasticines.
Tu penses vraiment que les deux groupes cités iront un jour au Sonisphère ? Rempliront des stades ? Connaitrons la ferveur de fans délirants sur deux voire trois générations ?

Sérieusement ?

A l’extrême rigueur, si tu crains de passer le restant de ton éternité dans le septième cercle des enfers aux côtés de Dio et Randy Rhoads, je peux te conseiller une orientation plus socialement acceptée en te consacrant au pop rock. Avec un peu de chance, tu finiras comme Bono, jetant des sacs de riz sur la Somalie depuis ton jet privé.

« Mais je n’y connais rien en musique ! Comment tu veux que je joue du metal ? »

Voilà pourquoi je te conseillais la visite de mon musée. Mais bon, ne rien connaitre n’empêche pas d’apprendre. Achète-toi une guitare avec les sous qui étaient dans le sac de la vieille que tu as attaquée hier que t’a donné Mémé Gisèle et lance toi, ou va prendre des cours chez les chevelus du coin.
Avec un peu de chance tu te découvriras du talent et surtout, tu te feras des amis, qui comme toi s’ennuient ferme l’été et souhaiteront peut-être tenter l’aventure avec toi.

Bon, je vais arrêter là mes conseils en relations sociales, n’étant guère un exemple en la matière. Je suis plus du genre de celles qui écrasent la tête de leurs saisonniers dans des tiroirs, voyez-vous.

Sinon, conseils de base de noob à noob : balance du power chord et n’hésite pas à abuser d’un bon vieux triton des familles.

Ta tête dans le tiroir, tout de suite…

Et écoute ce petit document séance tenante, gros naze

Merci, M. Astier.

« Mais je mets quoi dans un groupe de metal ? »

C’est très simple. Si tu es une fille, tu ne mets que des filles. Se sera infernal, crêpage de chignon et compagnie, et tu finiras sans doute par te produire sur scène en mini jupes et bas résilles ou en affichant un look trop dark à la Lisbeth Salander.
Bref, vous risquez de faire rapidement pitié à tout votre sexe.


Et une fois de plus, le Japon est hors concours.

Si tu es un homme, et bien ne prends que des hommes. Se sera d’enfer, crêpage de chignon et compagnie, mais au moins tu pourras finir sur scène avec un bon gros look de barbare.

Au niveau des instruments, là c’est plus souple. Au minimum, il te faut une batterie. Sinon, çà s’appelle de la musique de chambre. C’est très bien aussi, mais ce n’est absolument pas l’objet de ce tutoriel.
Ensuite, il te faut une basse, indispensable complément à ta batterie, sans laquelle il n’y a pas de « pompompoooompopopopommm » et donc pas de possible identification de ton metal (très important, on en reparlera plus tard).

Après, et bien ma foi, une fois que tu as trouvé ton chanteur, le reste est vraiment optionnel. Deux guitares c’est bien. Un clavier aura parfaitement sa place, ainsi qu’un violon, un violoncelle, une harpe, un didjeridoo (je déconseille ce dernier instrument pour autre chose que du décorum, tout de même), la flûte traversière, bref n’importe quoi du moment que tu puisses jouer une mélodie avec. Pour les étourdis, le metal ne consiste pas uniquement à faire du bruit sur du bruit. Il consiste à jouer très fort des petites choses pas toujours follement originales mais un minimum construites.
Donc, oui, vous avez tout intérêt à aller prendre des cours. Votre public ne vous pardonnera jamais un amateurisme trop prononcé.

« Ok, j’ai mon groupe, maintenant, je l’appelle comment ? »

Vaste sujet mon bon ami.

Le nom de ton groupe dira tout de toi. Il se doit de refléter l’esprit de ton metal et de jouer avec tout les clichés qui y sont associés. Les métalleux étant des gens drôles et cyniques, ils piochent souvent dans un corpus pour gros bourrins adeptes de mandales dans la tronche, ou d’allusions jamais très fines au monde des ténèbres.

Rappelle toi tout de même que ceci est toujours très second degré. Et par conséquent, plus ça claque, plus ça poutre du steack, plus ton groupe sera composé de gros nounours poilus.

Regarde, jeune disciple comme ces groupes sont tous aussi choupis que leur nom l’indique :

Judas Priest

Iron Maiden

Black Label Society

Manowar

Hammerfall


Premier prix du grand moment de solitude.

Et on pourrait en multiplier des comme çà.

Du décorum, voilà ce que c’est. Mais il faut que çà tabasse.

Choisis des sonorités rauques, des mots qui parlent à la brute sommeillant dans l’inconscient collectif de chacun, et qui, si possible, n’auront aucun sens mis côte à côte. Cà accentuera ton côté cynique et rebelle.

Sans aucune originalité de ma part, je te suggère « Prehistorik Traktopel », avec un max de « K » pour donner un tour gothique à l’ensemble. Sans compter qu’avec un nom pareil, ton imagination en matière de couvertures d’albums ou de T-Shirts de tournée ne connaîtra plus aucune limite.

Et tant que nous y sommes, pense à trouver une police de caractère totalement unique, dark, cryptique et délirante tout à la fois. L’idéal c’est que le non-initié soit incapable de lire le nom de ton groupe. Ne cherche pas, c’est comme çà…

« J’ai le nom, maintenant, il ne me reste plus qu’à avoir un look. »

Alors là, c’est très simple mon jeune ami. Tu n’as pas un physique facile, voire, tu n’as pas de physique du tout ? Le metal était fait pour toi.

Un style musical sans le moindre beau gosse au mètre carré, tu verras c’est très reposant. Tout ce qui compte, ce sont tes T-Shirts, tes cheveux longs et tes tatouages. Et tout en noir, si possible, puisque dans le metal, si on ne s’embête pas avec le physique, on fait aussi la grève des couleurs.

Par contre, c’est ta mère qui va tirer la tronche quand elle commencera à réaliser que son Poupinet chéri se laisse pousser une masse de cheveux filasses pas toujours très propres. Quand celle-ci atteindra le stade critique où tu pourras te faire une jolie queue-de-cheval, elle brandira sans doute l’argument : « Je n’aurai jamais de petits enfants, pense un peu à ta pauvre mère… »

Ne l’écoute pas. Quand tu reviendras de ton premier concert avec un gros bouquet de fleurs pour elle payé par ton premier cachet, elle te pardonnera tout. Oui, en bon métalleux, tu respecteras ta maman, ça te donnera un côté intensément mignon qui fera craquer les filles. C’est primordial, rapport à ton physique, justement.

Pour les tatouages, je suis désolée de te le dire, mais il va falloir souffrir. Un tatouage de métalleux, ce n’est pas un gentil dessin de poney au creux du poignet, vois-tu. C’est plutôt du genre un placard de poney berserk en train de bouffer un dragon sur fond d’explosion qui te recouvrirais tout le dos. Ou l’avant bras, ce qui est mieux, car ainsi, tout le monde pourra en profiter pendant tes concerts. Avec un peu de chance, tu lanceras même une mode du tatouage de poney enragé.

Question fringues, là, c’est assez facile. Noir, noir, noir, et encore noir. Ensuite, tu peux jouer sur les matières.

Tu peux opter pour le tout cuir, comme Manowar ou Judas Priest pour un look de barbare mâtiné biker. Pense à customiser avec des clous par contre.


Manowar et son style minimaliste.

Judas Priest et sa collection impressionnante de vestes cloutées.

Dans la mesure du possible, pense aux accessoires, c’est toujours plus festif et puis tu n’es ni Mylène Farmer ni Rob Halford (Judas Priest), tu ne peux donc pas changer 10 fois de costumes pendant un concert.
Je te propose donc, pour égayer ta scène, soit un pied de micro un peu fun, soit un truc rigolo à te mettre sur la tête, soit une guitare psychédélique.

En fait, prends exemple sur Zack Wylde.

« Aller les mecs, on compose !!!!!1!!!111!!! »

Arrête ton char, Ben Hur !
Composer c’est bien beau, mais quoi exactement ? Tu veux faire du heavy, du power, du black, du death, du pagan, du symphonic, du trash, du core, de l’indu, du glam ?

Oh, mon tout petit, il est temps de choisir ta chapelle. Et c’est de loin la décision la plus cruciale de toute ta carrière…

Car de ce choix d’apparence si anodine pour toi, vilain débutant, découlera toute la couleur de ton groupe, l’attachement viscéral de tes futurs fans et le farouche dédain des autres.

« Ouhlala, ça m’a l’air drôlement compliqué tout ça ! » dis-tu comme un personnage niaiseux dans un audio guide enfant.

En fait, c’est assez simple, tout dépend de deux choses :

  • le talent de tes instrumentistes ;
  • la voix de ton chanteur.

Par exemple, si tes guitaristes sont du genre à se prendre tout le temps les pieds dans le tapi, oublie le power metal, ça ira toujours trop vite pour eux. Ce qui ne veut pas dire que les autres genres soient réservés aux patachons un peu retardés sur les bords.

Par contre, s’il y a bien une chose qui ne peut se fondre dans tous les genres, c’est bien l’organe de ton vocaliste.

Soyons bien clair, dans le metal, il y a deux sortes de chanteurs :

Sweden, 12 points.

Tu crois que ça n’a l’air de rien ? Et bien sache que ça change tout.

Si ton sympathique chanteur appartient à la première catégorie, il orientera ton groupe vers du core, ou du black.

A contrario, si tu parviens à décrocher un spécimen capable de se balader sur de nombreuses octaves, oscillant avec majesté entre une voix de fausset et un coffre de chanteur lyrique, alors tu pourras te rouler avec délice dans le heavy traditionnel, ou le power metal (mais attention, çà va vite quand même). Avec un peu de chance,tu peux tomber aussi sur un epic roxxor hors catégorie. Un par siècle, à une vache près…

« Bon, ok, j’ai choisi ma chapelle, maintenant, j’écris quoi ? »

Dieu étant cruel, si tu lis ce blog, c’est que tu es français. C’est balot.

Parce que le français est juste la langue la plus inadaptée qui soit au chant (ainsi qu’à l’explication d’un protocole de départ en visite, apparemment). Tu serais né en Scandinavie, nous n’aurions pas cette conversation, puisque d’une, tu ne panerais rien à mes histoires, et deux, tu serais déjà sur informé sur le metal.

Pas le choix, tu dois chanter en anglais. En plus ça fera de toi un rebelle à la loi Toubon, donc double jackpot.

Tu n’es pas convaincu et me parles de groupes de metal français qui chantent dans la langue de Bénabar ?
Allons… Réfléchis deux minutes…

Essayons ensemble d’adapter quelques chansons très célèbres en français.

Prends ce tube de Deep Purple, « Smoke on the water ». Et bien en français, il donnerait : “Fumer dans les cabinets.”

Je soumets également à ton jugement sagace cette adaptation du titre « The Final Frontier » d’Iron Maiden, dont le refrain, chef d’œuvre d’originalité et d’écriture se présente comme suit :
« The final frontiiiiiiier !
The final frontiiiiiier !
The final frontiiiiieeer !
The finaaaaaaal frooooontiiiiiieeeeeeeeer !!!!! Scream for me Bercy !

Un éminent membre de l’éducation nationale m’a récemment proposé cette version :
« La fin terminaaaaaale,
C’est quand t’as ton baaaaaaac !
La fin terminaaaaaale !
C’est quand t’as ton baaaaaaac ! Cries pour moi lycée Pierre Perret ! »

Bref, c’est immonde.

Si tu penses que ta maitrise de l’anglais est insuffisante, je ne saurais que trop te conseiller de faire comme Magma et de composer tes textes dans une langue imaginaire (« Mekanïk Destruktïw Kommandöh », meilleur nom d’album de l’histoire de l’humanité).

« J’ai acquis les fondamentaux, mais où est mon public ? »

Ton public, il te faudra aller le chercher avec les dents. Tu peux d’ailleurs remercier Dieu d’être français car pour le coup, si tu avais été scandinave, tu aurais déboulé dans un marché déjà saturé, si j’en crois Rock Hard où un groupe présenté sur 2 est suédois. Au moins, chez nous, tu seras une rareté.
Mais je te comprends, le metal en France, ce n’est pas le Pérou. Il te faut donc taper dans une aire géographique à la fois plus ouverte et suffisamment exotique pour intéresser tes compatriotes par ricochet.

Attention à ne pas verser dans trop d’exotisme tout de même, car la phrase : « Prehistorik Traktopel est premier des charts en Azerbaïdjan » ne fera rêver personne.

Ainsi, je te propose l’Allemagne comme terre à conquérir. Normalement, vu que tu es français, tu as cela dans le sang et ne verra aucun inconvénient à tenter de convertir ces vils teutons à tes envolées lyriques.
L’Allemagne, en bon pays de sidérurgie, a une sensibilité naturelle pour le metal. Et puis c’est tout de même le berceau de Scorpion, et Rammstein, quoi… (on me glisse dans l’oreillette « Tokyo Hotel »… Je me dis que l’Allemagne est tombée fort bas, tout de même).

« Et si je veux une mascotte ? »

Optionnelle, mais toujours sympa parce qu’elle a un petit côté peluche trognon que l’on peut décliner sur les produits dérivés. Qui seront ta principale source de revenus.

Je te conseille un dinosaure, rapport au nom de ton groupe, et puis tout le monde aime les dinosaures, çà peut être à la fois malicieux et cruel, et c’est visuellement très proche du dragon, ce qui flatte mon penchant naturel pour les grosses créatures dotées d’immenses pouvoirs de destruction.

« Il est temps de produire mon premier album, quelle stratégie dois-je adopter ? »

Attendu que tu vas tenter de conquérir l’Allemagne par la puissance de ton metal, il te faut flatter le teuton dans le sens d’un poil qu’il a fort dru.

Mais comme tu veux garder un pied en France tandis que l’autre participe à l’Oktoberfest du Düsseldorf (pauvre Luxembourg…), il te faut trouver une sorte de compromis qui soit à la fois fédérateur dans le metal, mais aussi dans les penchants patriotiques de tes fans.

Le thème de ton premier opus est tout choisi : les deux guerres mondiales. C’est festif, ça rappelle une histoire commune et en plus ça parlera aux deux rives du Rhin.

Pour le titre, je te conseille « Groβe Malheur ».

« Super ! Je suis invité au Graspop ! Mais de quoi aurais-je l’air sur scène ? »

Bravo, jeune métalleux !

Pour commencer, je te conseiller d’éditer un T-Shirt commémorant ta première tournée. Un futur collector à n’en pas douter.
On y verra Boubou, ta mascotte dinosaure écrasant des hippies avec son tractopelle qui crache le feu.

Bien sûr, tes musiciens porteront ce tabard fort seyant, ceci afin de rappeler leur allégeance au père fondateur que tu es.

C’est tout de cuir et de T-Shirts mi-moches mi-splendides que les Prehistorik Traktopel monteront sur scène, pour défendre « Groβe Malheur », dont les chansons feront pleurer les Allemandes qui se pressent sur les barrières, hurlant vos noms tandis que depuis le micro posé sur un pied en forme de fémur de diplodocus, se répand ta bonne parole, vociférée par un chanteur au crâne revêtu d’un casque à pointe.

Voilà ce qui arrive aux petites filles qui vont fumer dans les cabinets.

6 commentaires Ajoutez les votres
  1. Hilarant, z’aime beaucoup. A propos de Boubou la mascotte je pensais à un autre animal qui tient les murs, il serait pas mal non plus.

  2. Vraiment très drôle cet article, je me régale toujours autant en vous lisant. Parce que oui, je crois bien que j’ai lu tous les articles que vous avez publié sur ce blog sans jamais poster un seul commentaire (shame on me). Voilà, c’est chose faite et je vais enfin pouvoir dormit d’un sommeil paisible. Surtout, continuez ! Vos articles incisifs, votre humour voguant entre subtilité et lourdingue (ou terre à terre serait plus approprié, je pense ici à vos jeux de mots qui me font toujours particulièrement rire) font de ce blog une petite perle rare sur l’étoile géante du net. Merci quoi.

  3. Permets-moi de m’insurger sur cette faute…. Smoke on the water = fumée au-dessus de l’eau, rapport au feu de bangale durant le concert de zappa au festival jazz de Montreux du millénaire passé (d’où la fameuse expression: y a pas l’feu au lac)

    Mais si ça se trouve ce feu était dû à une jeune fille qui était allé inhaler sa fumette dans les cabinets tout en écoutant préhistorik Traktopell chanter son fabuleux tube: Grosse malheur (oui honte sur moi de ne pas avoir le double s allemand sur mon clavier, mais tellement compréhensif pour tout romand, résistant au Röstigraben)

    Encore un bel article qui aura réussi à me faire rire aux larmes et rien que pour ça merci

  4. Suite à la découverte de cette article j’ai fondé les  » Unholy Angry Angels of Death From Kaotic Hell » Les premiers essais ne sont pas très concluant mais bon Rome ne s’est pas faite pillée en une journée. En tout cas un excellent article à conseillé à nos jeunes déseuvrés…..

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