Podologie ou informatique : choisissez votre camp…

Par la grâce d’une conjonction cosmique, il se trouva qu’il y a quelques semaines, l’éclosion de l’affaire Georges Tron coïncida, à un jour près, au moment où je me suis enfin décidée à regarder « Tron Legacy ».
C’est beau, je trouve, les coïncidences..

Bref, parlons peu, parlons bien de choses qui nous intéressent ici, à savoir pas de pieds, mais d’un film, que je suis bien en peine de juger à l’aulne de toute la franchise, puisque je n’ai ni vu le premier film ni joué aux jeux dérivés. C’est donc ma naïveté au vent, telle une noob dans un raid 25, que je me suis mise devant « Tron Legacy », dont je ne parlerai ici que ce que je suis en mesure d’évaluer à la lumière de ma pauvre culture.

A l’instar de « Speed Racer », « Tron Legacy » fait partie de ces films que je regretterai éternellement de ne pas avoir vu sur grand écran. Bon, c’est bien le seul lien que je puisse faire entre ces deux métrages car honnêtement, « Tron Legacy » ne casse pas trois pattes à un canard (vivant), alors que « Speed Racer », et bien je ne comprends toujours pas pourquoi vous ne l’avez pas encore vu.

Non, si je regrette de ne pas avoir vu « Tron Legacy » sur grand écran, c’est uniquement parce que sa direction artistique est empreinte d’une réelle beauté froide, jouant sur des couleurs glacées, des néons et autres bandes lumineuses créant des effets visuels élégants qui auraient gagné à bénéficier d’une réalisation un rien plus inspirée.
Si je passe sur l’abandon d’un des canons de l’univers « Tron », le virage à 90° (je venais un peu pour çà, moi, en plus), rien ne vient relever le niveau d’une mise en scène incapable de retranscrire correctement l’action, et parfois de la rendre lisible.
L’aventure, la tension nerveuse, le dépaysement, tout cela disparait dans une asepsie mal venue alors que le spectateur, à l’instar de Sam Flynn, est censé découvrir la Grille et les règles de son monde (qui changent selon les besoins du scénario, comme c’est pratique), ici traité en mode grosse dictature raciste, dirigée par son führer Clu, qui n’est autre que Jeff Bridges en jeune.

Un effet visuel qui m’a un poil dérangée, parce que je n’arrivais jamais à me décider entre « c’est pas méga photoréaliste« , et « c’est pas mal fait tout de même« . Que cet aspect très figé et vaguement désynchronisé soit là pour suggérer sa nature de programme ne me semble pas une justification suffisante, compte tenu du fait que les autres programmes, eux, vont parfaitement bien, merci… A l’époque de « Benjamin Button » ou d’ « Avatar », ce genre d’approximation, surtout à l’échelle d’un seul personnage, est franchement décevante.

Autre point faible du film, le héros, Sam Flynn, golden boy gentiment fifou qui tous les ans vient pourrir clandestinement les assemblées générales de la société de feu son père, tout çà pour mettre des systèmes d’exploitation gratuitement en ligne, contournant sauvagement Hadopi.
Admirez la logique : « Je suis actionnaire majoritaire de la société de feu mon père mais je suis grave vénère contre la direction actuelle alors je saborde tous leurs plans visant à se faire de la thune vu que je suis un anarchiste, tel Olivier Besancenot Philippe Poutou, luttant contre le Grand Capital et ses suppôts, ces enfoirés de patrons (que j’ai pouvoir de virer vu que je suis actionnaire majoritaire, mais non…)« .
Grâce à une caractérisation ratée et un interprète aussi charismatique qu’un concombre espagnol, le rôle principal échoue à se rendre sympathique. Ce qui bénéficie au personnage de Kevin Flynn, alias Jeff Bridges en vieux, même si tout son potentiel se trouve anéanti par l’incapacité du scénario à réellement traiter de son caractère de démiurge (sauf dans sa dernière scène, ce qui reste bien faible). Et autre raté, le traitement des êtres numériques vivants, passé à l’as au profit d’un cheminement narratif bien mou.

Comme si un scénario poussif et passant à côté de ses enjeux ne suffisait pas, la plupart des scènes clés sont ratées, à l’image de la séquence du bar, où l’on sent bien que le réalisateur veut pondre un truc qui soit assez dans l’esprit de la rencontre de Néo avec le Mérovingien, mais en y rajoutant les Daft Punk pour que se soit plus cool.
Ahem…
Si nos amis masqués pondent un score plus que pas mal, personnellement, je me serais bien passée de ce caméo naze, d’autant qu’il est servi sur une prestation de Michael Sheen sous acides, ridicule ou pitoyable, j’hésite encore (entre ce rôle là et celui de Lucian dans « Underworld 3 », je commence à me poser des questions sur ce mec, vraiment…).
Et puis on trouve aussi quelques belles coquilles, comme dans l’intro, où l’on passe trois heures à nous présenter et à caractériser les personnages du PDG et de Ryan Murphy (qui a vu de la lumière, alors il est entré) pour ne plus jamais se servir d’eux par la suite alors que l’on s’attendait à les retrouver sur la Grille à un moment ou un autre. Peut-être pour poser les bases d’une future suite ?

De même, Tron se trouve réduit à un monolithe sans aucun intérêt, malgré le twist qui révèle son identité (jusque là, il est appelé Rizler, ‘fin un truc du genre), dont l’éviction à la fin du film est tout simplement indigente (malgré la belle symbolique de l’eau qui purifie et lui rend sa couleur de gentil dans les derniers instants), compte tenu une fois encore, du potentiel du personnage.
Et pourquoi la scène du bar quand il suffit de prendre un train pour atteindre le portail ?

Sans pourtant abuser de la shaky cam, Joseph Kosinski loupe ses scènes d’action, principalement à cause d’un montage sans queue ni tête (j’ai même cru repérer quelques mauvais raccords, mais il faudrait que je revois le film et là, je n’ai pas trop envie…). Dans ses plans larges, il se repose presque entièrement sur la beauté des décors et des costumes, qui font seuls le travail d’iconisation ou de narration. Résultat, la réalisation est lisse comme un bidet, sans âme, sans ambition, sans recherche, aussi excitante que l’annonce de la candidature de Christine Boutin à la présidentielle.

Le seul moment où j’ai cru que le film décollerait enfin, se fut pendant le premier combat de disque dans l’arène. La suite m’aura rapidement détrompée. Bien que l’utilisation des différents niveaux dans le combat à motos ait été plutôt habile, le manque de dynamisme de cette scène m’a vraiment fait sortir du film.
Sachant que « Tron Legacy » était cadré, découpé, monté pour l’I-Max 3D, je peux comprendre que je sois passée à côté de ces passages peut-être spectaculaires sur très grand écran et en relief. Si le scénario avait été à la hauteur, je pense quand même que la pilule serait mieux passée.

Très bel objet visuel, « Tron Legacy » échoue à être le grand spectacle promis, enferré dans un scénario qui s’ingénie sans cesse à passer au large des thématiques les plus enthousiasmantes qui sourdent malgré tout d’un univers qui méritait mieux.

Note : *

PS : Oui, je sais… « Ah, 10 jours c’est trop looooong ! Ne nous abandonne pas la Dame ! » Pour moi aussi mes bichons, mais la saison a commencé, et avec elle son cortège de visiteurs (très nombreux d’entrée de jeu, en plus), de visites guidées et d’erreurs de caisse, bref, c’est la guerre ici, je cours sous les balles. Prochaine mise à jour rapidement, promis juré craché. (et film de meilleure qualité, peut être même, teasing de folie, une nouvelle entrée dans ma catégorie non officielle de la rétro…

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