Séance de rattrapage.

Jean-Pierre Pernaut nous le répète assez tous les midis que Dieu fait en semaine : le monde va mal.
Y’a pas une goutte de pluie qui soit tombée par terre depuis au moins 1987, la Bourse on n’y comprend rien donc on va dire que çà va, çà vient mais qu’en ce moment, elle est plutôt partie, la politique ressemble à un mauvais spin off des « Feux de l’Amour » produit par HBO, on peut même plus manger un concombre tranquille, les Japonais auront sous peu tous des tentacules (remarquez, je suis pas sûre que çà leur déplairait) et si par malheur on a envie d’aller au cinéma, bam, c’est pour y découvrir que Sara Forestier va réaliser un long métrage.

Oui, le monde va mal, et ce n’est pas le dernier rempailleur de baudet du Poitou qui me dira le contraire.

En réaction à cet univers de ténèbres, j’ai décidé d’allumer la lumière de regarder un dessin-animé de Disney, seul remède universel à la morosité.

Souvenez-vous, j’avais bien aimé « Raiponce » et cela m’a donné l’envie de me re pencher sérieusement sur les Disney de Noël. Et bien je n’aurais tout simplement pas du tourner le dos à « La Princesse et la Grenouille » en 2009 parce qu’objectivement, cette production est assez énorme.


Je vous invite à vous pencher sur les artworks de ce dessin-animé, ce sont de pures merveilles.

Alors que tout le monde passe allègrement à l’animation 3D, pour une raison que j’ignore complètement, les studios Dsiney décident de se la jouer rebelz en blouson de cuir et de sortir, la même année qu’ « Avatar », là direct dans vos faces, un dessin-animé traditionnel, old school comme il faut, tel « La Belle au Bois Dormant », « Le Roi Lion » et autres souvenirs d’enfance de qualités certes inégales mais néanmoins marquants.

En fait, c’est très simple, « La Princesse et la Grenouille » écrase « Raiponce ». Là où le dernier Disney de Noël se contentait d’une esthétique choupi et d’un seul tableau véritablement enchanteur (la scène des lumières), « La Princesse et la Grenouille » proposent toute une série de séquences chantées et sublimement animées, chacune dans une ambiance très différente et dans une explosion de couleur qui flatte ostensiblement la rétine.

La Nouvelle-Orléans des années 20 est dépeinte comme une ambiance, le bayou et ses nuits sont tout simplement magiques, et cerise sur le gâteau, le scénario tient parfaitement la route, de même que les personnages sont suffisamment bien travaillés pour être à la fois crédibles chacun dans leur rôle, mais aussi souvent surprenants.
J’attendais par exemple de la meilleure amie riche de l’héroïne un comportement d’égoïste et d’enfant gâtée, voir une grosse crise de jalousie. J’aurais pour le moins été surprise de découvrir un personnage plus épais qu’il n’en avait l’air, et surtout extrait des clichés du genre.

L’héroïne est elle aussi une vraie bonne surprise. La promotion ayant bien mis l’accent sur la « première princesse noire de Disney« , voilà que le film se met à prendre totalement le contre pied de ce qui était attendu. Jamais Tiana ne fait allusion à sa couleur et aux difficultés sociales qui lui sont associées dans la Louisiane des années 20.
Au contraire, on nous montre une jeune fille courageuse, bosseuse, qui veut réussir à tout prix pour accomplir son rêve et celui de son père. « La Princesse et la Grenouille » s’affranchit donc d’un discours facile et convenu, en faisant de l’héroïne noire, avant tout une héroïne.

Autre tournant attendu, le traitement des animaux rigolos, sur lequel achoppent assez souvent les Disney depuis quelques années maintenant (le péché originel ne serait-il d’ailleurs pas « Le Roi Lion » ? Il faudrait que je me fasse une intégrale, sauf que, bah non…) mais qui ici sera bien négocié. L’alligator jazzman n’est jamais lourd grâce à un temps de présence à l’écran bien dosé, quant à la luciole cajun, son parlé « typique » (© Pierrette) est rapidement contrebalancé par la poésie de sa romance avec Evangeline.

Au final, il n’y a guère que les chansons qui ne sont pas vraiment à la hauteur de l’ensemble. Aucune de m’est restée en mémoire, mais peut-être est-ce un effet de la VF. car oui, on ne fait pas toujours ce que l’on veut et pour moi, la séance aura été dans la langue de Molière.
Soit le mal absolu pour les chansons de Disney.
Prenez « Raiponce ». J’avais dit ici que la bande originale était toute naze. Et bien en français, c’est toujours le cas. Les paroles des chansons sont traduites de façon à dépouiller le texte de tout son sens, la rythmique est à peine respectée, résultat du massacre, on passe à côté d’un travail qui sans être génial, est plus qu’honnête en VO. Dit la fille qui connait toutes les paroles en anglais par cœur à force d’écoutes prolongées de la dite bande originale.
Je vais donc laisser sa chance à celle de « La Princesse et la Grenouille », sait-on jamais (mais en même temps, je ne suis pas particulièrement accro au jazz, alors à voir).

De façon générale, l’histoire suit un rythme soutenu, avec peu de temps morts, offre un dénouement satisfaisant et sait rester cohérente avec elle-même. Pleine de magie, d’enchantement, d’humour, de trouvailles, « La Princesse et la Grenouille » ne se complait cependant pas dans une ambiance rose bonbon (le sorcier vaudou, le destin de l’un des personnages), ce qui lui apporte une dimension supplémentaire.

Note : ***

EDIT(hpiaf) : Après écoute de la bande originale en anglais, je confirme, le français fait perdre toute la rythmique. Un comble pour des chansons de jazz…

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *