OOOOOOOooooooook !!!

Ah, la magie… Cette énergie mystique de couleur octarine, invisible au commun des mortels et que seuls les mages peuvent parfois percevoir, à la frange de leur champs de vision, telle une brume d’un étrange violet verdâtre qui…
Ouais, ben non mes cocos, ce n’est pas encore aujourd’hui que je vous ferai un billet sur Terry Pratchett. Ceci pour une bonne raison, Pratchett ne se chronique pas, il ne se critique pas non plus, il se lit. Alors à vos librairies, et arrêtez de froncer les sourcils de frustration, çà vous donne des rides.

N’empêche, je vous ai rudement bien feintés…

Pourtant, je vais bien vous parler de magie et même de magiciens, car ce billet sera consacré à *roulement de tambour* « Les Magiciens » de Lev Grossman, paru aux éditions de l’Atalante (une excellente maison).

Si vous zonez sur le web en quête d’informations sur ce livre, vous tomberez sans doute sur des mentions dans l’esprit de : « C’est l’anti-« Harry Potter » !« 
Hmmm… Voilà qui m’intrigue drôlement. N’ayant rien contre Mr. Potter, mis à par la pauvreté des adaptations (mais ce n’est pas de sa faute), j’ai tout de même décidé de tenter de coup avec « Les Magiciens », ne serait-ce que pour retrouver le plaisir d’arpenter les couloirs d’une école de magie (un univers que je connais bien, vu que j’ai fait fac d’histoire).

Très rapidement, bien des choses m’auront gênée. Bien que j’ai apprécié le soin de l’auteur à ne rien enjoliver, j’avoue avoir rapidement été gonflée par le personnage principal, jeune emo qui fait rien qu’à se plaindre de ses parents, de sa vie qu’elle est nulle et qui a finalement autant de personnalité qu’une huitre. Oui, oui…
Quentin est un jeune comme on en croise des centaines dans notre existence. Bien que sa normalité fasse de lui un héros crédible, désolée, je n’ai pas vraiment accroché.
La vie dans l’école de magie de Brakebills est incroyablement chiante, puisque l’auteur s’acharne dans la première partie de son livre à tout faire pour que le monde de la magie ressemble comme deux gouttes d’eau au monde normal. Quant à savoir si c’était voulu, j’ai comme un doute…

Une première partie qui souffre aussi de l’évidente absence d’une réflexion de fond sur la nature de la magie (évacuée dès la rentrée sur fond de « ne cherchez pas à comprendre çà sert à rien« ), sur l’enseignement, sur les mécaniques à l’œuvre. Les pouvoirs dont sont nantis les élèves en fin de cursus m’ont brutalement sauté à la figure et je n’ai pu m’empêcher de penser très fort des « Hein ? » « Quoi ? » « Comment ? » et autres « WTF » de bon aloi.

Quant à la prétendue originalité du récit visant à montrer des étudiants qui boivent, fument, copulent joyeusement à longueur d’année, elle n’a fait que me ramener à ce bon vieux cliché des fraternités étudiantes avec leurs rituels d’entrée, leur hiérarchie, leurs QG et tout le tintouin.
Dès lors, le côté « Harry Potter » trash m’a vraiment fait sourire jaunement (hmmm, quelle phrase je viens de faire là…).
A ce compte là, je peux moi aussi écrire l’anti-« Seigneur des Anneaux » : Frodon et Sam y vivront une relation torride, Aragorn
fera ses lignes de coke avec Anduril, quant à Merry et Pippin, ils commenceront toutes les phrases par « Putain » pour les finir par « Bordel de merde » (ce qui donnera des choses comme « Putain, roi Théoden, je me voue à votre service, bordel de merde« . C’est très élégant. Vous voyez le niveau ? ).
Voilà, moi aussi je peux faire un roman subversif à pas cher sans trop me creuser la tête question imagination.

Lev Grossman ne se donne même pas la peine de décrire les matières enseignées, ni de tenter de rendre un instant crédible cet univers. Une fois les jeunes magiciens lâchés dans la nature, ils bénéficient de fonds illimités alloués par la société magique avec laquelle ils peuvent prendre encore plus de cuites et de coke.

Une puissante magicienne, sans doute…

On peut y voir une allégorie de la haute société américaine, mais personnellement, comment vous dire… Je m’en tamponne le coquillard avec un baguette magique. Pardon my french.

Donc une grosse déception, du moins une impression très mitigée au sortir de la première partie de ce roman qui présente finalement des jeunes désenchantés par la vie, une vie qui n’a guère de sens, ou alors un sens absurde. Ce qui revient à décrire le monde réel, par le biais d’un monde magique fonctionnant plus comme un miroir qu’une allégorie, mais qui pour ma part aura achoppé sur le manque évident de soin apporté à rendre crédible cet univers.

Que l’auteur nous bassine pendant les rares retours de Quentin dans le monde normal avec l’affligeante banalité du quotidien ne m’a semblé être qu’une sorte de matraquage cherchant à m’imposer l’idée qu’à Brakebills c’est trop génial. Sauf qu’à Brakebills, on vit comme on le ferait à Harvard et au final, j’ai surtout eu l’impression que Grossman cherchait à me vendre de force l’idée que le monde magique était fabuleux, sans se donner la peine de le dépeindre comme tel, simplement en utilisant une forme de dépréciation du réel bien trop outrancière pour être honnête.

Tout ce qu’il tente d’imposer comme enchantement tombe immédiatement à l’eau, la faute à une écriture somme toute assez pauvre et dénuée de pouvoir évocateur.

Des carences qui deviennent carrément un handicap lorsque s’ouvre la dernière partie au pays magique de Fillory, l’équivalent de Narnia dans l’univers des « Magiciens ». Là où je m’attendais à l’ouverture salutaire pour le héros (et pour moi aussi, tant qu’à faire) vers de nouveaux horizons et un peu d’enchantement, je me suis ramassée une cruelle désillusion en plein face : filloriens neurasthéniques et sans personnalité, enjeux dramatiques réduits en peau de chagrin, héros que j’ai suivi sans conviction et dont les affres ne m’étaient rien…

L’auteur perd beaucoup de son énergie à tenter des satires grinçantes d’œuvres majeures de la fantaisie sans se soucier de les lier à son intrigue, une intrigue portée par un anti-héros si normal et sans relief qu’il en vient à anesthésier tout sentiment à la lecture de ce pavé un peu vain.
Si j’ai envie de m’abîmer dans la contemplation de la vie chiante qu’une personne chiante, je peux tout aussi bien relire « L’Etranger » en fait. Lev Grossman n’ayant pas le début du commencement de talent de Camus pour magnifier le néant, je peux donc dire avoir passé de trop longs moments à ne rien faire, à m’ennuyer, à tenter de m’intéresser aux histoires quotidiennes banales de personnes banales contées sans motivation et sans saveur.

Et dire que l’on m’avait vendu de la magie là-dedans. Long lives Potter…

Note : *

PS : je vous rappelle que j’ai glissé une énigme dans mon billet sur « Thor » et que jusqu’ici, personne n’a pigné pour avoir un deuxième indice. J’hésite entre deux causes à cet effet :
-personne n’a lu ce billet.
-tout le monde s’en fout.
J’ai donc pris la décision en concertation avec moi-même de râler dans ce billet un bon coup : AH BAH CA SERT A QUOI QUE JE ME RUINE LA SANTE A CHERCHER DES ÉNIGMES DANS LE SEUL BUT D’ENRICHIR VOTRE CULTURE GÉNÉRALE HEIN ???
Et sinon, qui veut un deuxième indice ?
Qui s’en fout ?
Qui veut une caïpirinha ?
Ah bah moi, je veux bien, puisque je me le propose si gentiment…

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