Les bons gongs font les bonzes amis.

Oh lala, ce matin j’ai l’impression d’avoir la gueule de bois. Plus violent qu’une soirée à écluser des cocktails produits dans des jerricanes et servis dans des fontaines : un film de Tsui Hark.
Misère… Et note pour plus tard aussi : JAMAIS, plus jamais regarder un de ses films passé 22 heures un vendredi soir. Surtout pas en VO.
Et c’est parti pour la critique de l’hallucinant « Detective Dee ».

Donc, je suis là, avec mes aspirines, à essayer de demêler un peu ce que j’ai vu hier soir. Comme un lendemain de cuite, tout pareil : qu’est ce qu’il s’est passé ? Qui étaient tous ces gens ?

Pour vous décrire sommairement le bouzin, je dirai ceci : « Detective Dee » est une film de sabre chinois, où selon l’ancestrale tradition, les personnages passent leur temps à se mettre des taquets en enchainant positions rocambolesques et mouvements bafouant ouvertement toutes les lois de la physique (mais que fait le gouvernement ?).
En résumé, c’est une autre culture.

Un film asiatique étant donc dans nos vertes contrées synonyme de combat et de kung fu, autant que j’attaque direct avec les scènes d’action, sans doute le truc le moins intéressant du film. Et le plus fascinant aussi tant Tsui Hark se fend d’introductions brillantes pour les dites scènes, mettant en place la géographie des lieux en deux coups de cuillère à pot, tellement bien fait que poufpouf magie, c’est à peine si tu le remarques, pour soudain décider de tout envoyer promener à grand renfort d’un montage qui passe son temps à inverser les points de vue, à brouiller les repères et qui en plus, vient se poser sur des chorégraphies virevoltantes déjà naturellement difficiles à suivre.

J’en suis restée pour le moins perplexe, d’autant que tout le reste du film dénote d’un vrai talent chez ce mec (dont c’est pour moi le premier film) à utiliser les images comme moyen de narration. Ne panant rien au chinois et souffrant de fatigue à cette heure avancée de la nuit, j’avoue avoir carrément zappé une bonne partie des dialogues sans pour autant pouvoir dire que je n’ai rien compris à l’histoire. A la limite, j’ai trouvé certains dialogues sur explicatifs et parfois un brin inutiles (prenez l’ouverture qui se passe très bien de tout soustitres tant les images sont limpides).

En revanche, l’atmosphère dans laquelle baigne le film jusqu’à un final complètement désenchanté et amère mérite un vrai grand bravo. L’enquête se suit de rebondissements en faux semblants, nourrie de personnages finement dépeints, sur fond de bouleversement politique, dans le grandiose décor de Luoyang sous le règne de fer de l’impératrice Wu Zao.
Et alors que l’on s’attendrait à voir à simple divertissement (enfin… simple…) voilà t’y pas que le scénario se met à te forcer, toi spectateur, à faire un truc de dingue : réfléchir.

C’est sans doute une des forces de ce film, qui pousse à tout bout de champ à maintenir un haut niveau d’attention : pour comprendre les combats, pour savoir ce que tel gonzo qu’on n’a jamais vu avant vient tout d’un coup faire là, parce qu’insidieusement le doute s’installe à propos de chaque personnage.
Comme le personnage principal, le spectateur se retrouve à la fois balloté par l’action, entrainé par les évènements, mais contraint, s’il veut survivre au film, à la vigilance la plus absolue.

Une façon de faire peut-être propre au réalisateur (mais je n’en sais rien…), mais surtout un moyen de vous balancer à la tronche avec une froideur et une violence assez cruelle une vision carrément noire de la politique et une réflexion pas dénuée de sens sur la Chine d’aujourd’hui où si Dee cède au réalisme (l’autoritarisme de Wu Zao pour assurer la paix), il ne plie cependant pas sous le joug de l’impératrice (et lui sert un discours en forme de jugement, à base de grands pouvoirs et de grandes responsabilités). Quant au final où Dee rejoint les ombres, rien à dire c’était très fort symboliquement.

Visuellement, malgré des effets spéciaux vaguement foireux (les cerfs, aaargh) « Detective Dee » est un objet classieux, riche, et franchement beau (quand on se dit en regardant certaines scènes : « Cà ferait un ‘utain de fond d’écran« , c’est généralement bon signe). Par contre, se glissent parfois des scènes dont le rendu visuel « tiptop full HD » jure avec le reste du film. Ne maitrisant pas du tout ce genre de considération, je vais me contenter de le signaler et de dire que çà m’a un peu gênée (en grande partie parce que je déteste le rendu de la HD. Enfin, je déteste…. Je n’arrive pas à m’y faire…).

Sans qu’il m’est emballée, ce film en perpétuel mouvement s’est révélé, la gueule de bois passée, un objet assez fascinant, du genre qui hisse le divertissement à un niveau à la fois de réflexion et d’expérimentation qui laisse pantois et en même temps admiratif (mais qui risque aussi de laisser sur le carreau. Y’a pas à dire, le décalage culturel joue beaucoup dans la perception globale que l’on peut avoir de ce film qui de fait, m’a paru inégal, mais je le reconnais, en grande partie à cause de mon inculture en matière de cinéma asiatique). Que l’on parvienne à s’immerger dans un récit aussi exubérant qui semble pourtant tout faire pour nous laisser au bord de la route démontre que Tsui Hark, s’il ne m’a pas encore donné envie de le suivre, m’aura tout de même convaincue pour un petit bout de chemin.

Peut-être à revoir à tête reposée.

Note : **/*

PS : Le titre… Pour une fois, je n’y suis strictement pour rien. Pour toute réclamation, vous adresser à Marcel Goetlib.

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