Le dernier problème.

Certains aiment se faire un petit plaisir coupable devant du Mickael Bay. Moi, c’est plutôt Guy Ritchie et ces petits films décomplexés de tout et surtout du cerveau, quand à certains moments, ce n’est pas carrément de la mise en scène. Ouais, faut rendre à Mickael Bay ce qui lui appartient, ses films sont les plus longues publicités du monde, mais au moins, l’image est belle. Chez Ritchie, tout çà relève de la science fiction.

Oui, donc, « Sherlock Holmes », je ne le sentais pas bien depuis déjà longtemps. Il faut dire que les dates de sortie repoussées pour cause de retournage de certaines séquences, imposé par les studios, çà ne laisse guère planer de doute sur la qualité des rushes.
On pardonnera tout de même à moitié le pauvre Guy Ritchie, qui divorçait au même moment d’avec Madonna. Ce qui, reconnaissez-le, sonne un peu comme un scénario crossover de l’univers de Mickael Bay avec celui de Roland Emmerich.

Parce que se prendre la tête sur l’absence totale d’ambition visuelle pour ce film me fatigue à l’avance, je vais me contenter de taper là où çà fait encore plus mal. Possible, oui…
Appeler le film « Sherlock Holmes » est tout simplement un argument marketing malhonnête au possible. Qu’est ce qu’il reste de Sherlock Holmes dans ce film ? Baker Street et Watson.
Cà fait maigre, reconnaissez.

Les capacités de déductions du détective sont carrément aux abonnées absentes sauf dans deux cas : les scènes de combat (attendez un peu que j’y revienne, vous allez vous marrer) et celle très « lolilol » où il brosse le portrait de la pauvre Kelly Reilly. Le reste du temps, c’est bien simple, je ne le reconnaissais pas.
Ce Holmes là est maladroit, pas classe pour un sou et trop porté sur le calembour. L’original c’est plutôt, maîtrise, contrôle, humour à froid et distinction. Comprenez ma perplexité.
S’ajoute à cela l’inévitable écueil dans lequel vient se planter toute adaptation ciné de l’univers de Conan Doyle (enfin, je ne les ai pas toutes vues non plus, il y a sans doute des exceptions), à savoir la sexualisation de Holmes. C’est trop bête, c’est l’inverse qui rendait son personnage aussi complexe et intéressant dans les bouquins…
Je vais pudiquement fermer les yeux sur le personnage d’Irène Adler, passée de sa version demi mondaine pleine de valeurs sur papier à une arnaqueuse poufiasse sur pellicule.

Si j’ai plutôt bien marché sur le duo Holmes/Watson, ce n’est en aucun cas parce que j’y aurais retrouvé les même dynamiques dans chez les originaux. Non, tout simplement le couple fonctionne bien à l’écran, en partie parce que Robert Downey Jr et Jude Law se fendent d’un travail plus qu’honorable.
A partir de là, je persiste à ne pas comprendre pourquoi avoir baptisé ces deux là Holmes et Watson.
Il suffisait à Guy Ritchie de se créer un duo d’enquêteurs « à la mode de… », de virer les références aux capacités de déductions de Holmes, çà n’aurait pas trop manqué dans le scénario et hop, le tour était joué.

Chose promise, chose due, les fameuses scènes de combat où Holmes utilise ses méninges, parce que « c’est un combat agricole, sire, tout se passe dans la tête ». Exemple parfait du « je ne sers à rien, merci », consistant à filmer une première fois la scène au ralenti avec la voix off vous décrivant les faiblesses de l’adversaire et les actions que va alors accomplir Holmes, puis à vous la repasser en vitesse normale pour voir… exactement la même chose…
Wouaouh.
En plus, c’était la seconde fois de la journée que je voyais un film faire du Zack Snider « je ralentis, j’accélère, je reralentis, trop stylé, mdr », et clairement, Guy Ritchie n’est pas l’un des frères Hughes (« Le Livre d’Eli »).

Mais le meilleur est encore à venir. Plutôt que d’affronter un pur génie du mal, je sais pas moi, le professeur Moriarty, par exemple, Holmes se bat contre de méchants Francs Maçons. Mazette, je m’en relèverais la nuit, dites-donc.
Mais comme les Francs Maçons ce n’est pas encore assez dark, les trois mecs qui ont planché sur le scénario nous sortent… Accrochez-vous au pinceau, je retire l’échelle…
Les Francs Maçons nazis.

Voui voui, avec le cheveu gominé, le grand imperméable de cuir collection printemps-été 1943 de chez Gestapo, et le discours sur l’empire qui durera des milliers d’années, et si tu ne fais pas comme je te dis, je te gaze, vilain opposant politique…
Sur le manomètre du néant absolu, on touchait presque le fond. Y’a pas à dire, un manque d’imagination pareil, au point de voir trois (oui, trois !) scénaristes mettre des nazis à l’époque victorienne parce qu’ils sont incapables de trouver un méchant crédible, c’est désolant.
C’est vrai quoi, Moriarty, c’est un must absolu dans l’univers de Sherlock Holmes, la preuve, il était déjà dans « Le Secret de la Pyramide » (à voir ou à revoir, les gens). Pas sorcier de nous le coller en grand méchant qui donne du fil à retordre à Holmes et se barre au dernier moment en criant : « Bazinga ! », enfin, un truc de génie du mal…
Mais non, les Francs Maçons nazis, c’est mieux. J’imagine trop le pool de scénaristes cherchant vainement l’inspiration devant la trilogie « Indiana Jones »…

Finalement, sortie de la reconstitution pas trop crade du Londres de cette fin de XIXème (tout ce beau patrimoine industriel, çà me rappelle les cours du premier semestre…), « Sherlock Holmes » sonne comme un gros raté dans la nouvelle vague des reboot de franchises avec rajeunissement à la clé (« Star Trek XI » en maître étalon ayant établi que le réalisateur d’un reboot ne devait, en aucun cas, savoir filmer…).
Je me suis cependant tranquillement laissée regarder un film amusant, rythmé n’importe comment, avec une musique moisie (il avait pris quoi Hans Zimmer en composant ce score, sérieux ?), et une réalisation sans ambition nantie d’une photo crade.

Le pire ? Je ne me suis pas ennuyée une seconde…

Note : *

PS : J’ai une énorme envie de me refaire une cure de Jeremy Brett, allez savoir pourquoi…

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