« Méééécrééééaaaaants !!!!!! »

Les fêtes de Noël sont souvent l’occasion pour les distributeurs de programmer des films en accord avec l’esprit lumineux de cette période de l’année.
En marge de la sortie cotillons d’ « Avatar » (bonne résolution de l’année 2010, caser « Avatar » dans le plus de billets possibles), il y avait donc aussi cet hiver celle non moins attendue mais carrément plus légère de « Solomon Kane ». Oui, « Solomon Kane » c’est léger, frais, et distrayant.

Produit dans le cerveau de Robert E. Howard, « Solomon Kane » est en quelque sorte l’enfant caché que Conan aurait eu avec une mangouste puritaine. Bien que le film ne soit guère explicite sur la chose (le puritanisme, pas la mangouste), Solomon Kane est la matrice dans laquelle furent un peu forgés tous les répurgateurs.

Le problème de « Solomon Kane » (dont le nom est aussi chargé de symboles bibliques que celui de Jake Sully*) vient principalement du fait que Michael J. Bassett n’est et ne sera jamais John Millius, qui fit avec un budget serré comme le slim d’un emo fan de Tokyo Hotel, de « Conan le Barbare » la référence absolue en matière de fantasy au cinéma.

« Solomon Kane » accumule les défauts du divertissement lambda, avec son sur découpage, un poil de shaky cam non maîtrisée, et ses alternances plan-large/gros-plan. Bref, rapidement, çà lasse un peu, d’autant que certains passages manquent de ce fait cruellement d’ampleur et passent à côté du discours symbolique qu’ils sont pourtant censés renfermer, comme l’attaque des brigands où Solomon tend l’autre joue, réglée en deux minutes de plans serrés.

De même, toujours sur la question de l’ampleur, rappelons que Basil Pouledoris est mort et que malgré l’orchestre au rabais qu’on lui avait collé à l’époque, ce grand monsieur de la musique de film était parvenu à donner à « Conan » une identité sonique à la hauteur de la légende.

Mais je sais, il est malhonnête de comparer, et comme je suis à court d’arguments (je l’ai vu y’a un bout de temps, et les partiels sont passés dessus, hein) pour dire que « Solomon Kane » est un film agréable à regarder mais mou de genou, je vais reporter mon attention sur James Purefoy, qui clairement ici, ne trouve pas son meilleur rôle.
Grimacer en gros plan pour exprimer combien on en a gros, c’est le rayon de Katee Sackhoff (çà faisait longtemps que je n’avais pas tapé sur Starbuck, tiens), mais c’est indigne que l’homme qui fit la scène du strigile dans « Rome », où il campait tout de même le meilleur Marc Antoine de tous les temps.

Une performance honnête mais sans plus, qui ne restera pas dans les annales, mais qui, parce que soutenue par un acteur solide, pourrait, si suite il y a, bien gagner en crédibilité, à condition qu’on lui change son doubleur en français où que l’on se décide à passer les films étrangers en VO, même en province, parce que là, je commence à penser sincèrement que la dégradation de la qualité de doublage est en train de tuer certains films…

« Solomon Kane » ne reprend que la façon dont le héros est devenu chasseur de démons, passant un peu à côté de la religiosité du personnage et du puritanisme qui ne sourde qu’en filigrane le long du métrage, alors même qu’il est la seule explication des actes de Solomon.
On passe trop rapidement sur les évolutions du personnage d’autant que la dimension religieuse est traitée par-dessus la jambe alors même qu’elle est au centre de l’histoire.
Voir le héros se décrucifier, c’est très bien, mais l’alternance de moments intimistes avec des scènes à caractère épique se fait de façon trop chaotique et mal maîtrisée pour donner la dynamique nécessaire à créer un vrai attachement pour le personnage principal ou les personnages secondaires (ce qui amoindrit le choc de la mort de Samuel, même si, saluons-le, il s’agit d’un meurtre d’enfant, élément rarissime au cinéma).
Reste un bon travail d’ambiance, avec cette peinture d’un monde gangréné par le mal, noir et décadent, où la foi est un phare dans l’obscurité. De ce côté, pas grand-chose à redire, le principal y est.

Ceci étant dit, Solomon a des épées, des guns, dessoude de la créature maléfique à tour de bras, possède une personnalité somme toute originale et des motivations bien particulière. « Solomon Kane » s’inscrit dans le genre sword and sorcery sans lui faire trop honte, grâce à un premier degré parfaitement assumé qui l’inscrit dans un univers pessimiste où le bien et le mal en tant qu’entités parfaitement distinctes s’affrontent par le truchement d’un héros évoluant aux limites du fanatisme religieux sans pour autant en transgresser les limites, et dont les motivations demeurent avant tout égoïstes.
Quand je vous disais que c’était un film frais et léger…

Comme « Conan » à son époque, « Solomon Kane » souffre d’un budget sans doute trop étroit au regard de ses ambitions, mais parvint à compenser un peu ce handicap en se consacrant jusqu’au bout à coller au style dans lequel Robert E. Howard l’avait inscrit.
Malgré tout le combat final contre le golem-balrog (tout un concept) est assez révélateur de l’ambiance générale du film : beaucoup d’agitation pour pas grand-chose…


Aucun lien, mais dans son prochain film, James Purefoy aura une épée juste « awesome » mais toujours pas de strigile…

Note : * (mais çà manque de scènes avec un strigile, tout de même…)

PS : * Je crois sincèrement qu’à force de caser « Avatar » un peu partout, j’engrangerai assez de points pour un voyage gratuit sur Pandora.
L’espoir de l’Ultima DL fait vivre, hein…

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