I want to believe.

Trouver un titre est un exercice difficile. Comme vous avez pu le constater souvent ici, les trois quart du temps, je me contente d’un magnifique jeu de mot pourri (*epic fail*) ou d’une phrase en anglais qui pète sans pour autant dire grand-chose.
Et là, tiavu, ami bloggeur, ami geek, ami tout court, je cite du Fox Mulder.
Et à raison. Parce que le plus célèbre agent du FBI de cette dimension m’a donné sans le vouloir, à des années de distance, le titre parfait pour ce qui va suivre.

Voyez-vous, l’autre soir, j’ai pris ma Twingo magique, j’ai enclenché mon FTL et quelques années lumières plus tard, je me baladais sur Pandora.
Trois heures plus tard, je revenais dans mon bolide intersidéral, avec les mains qui tremblaient et un choc cinématographique derrière la tête auquel je ne me serais jamais attendue.

Un peu comme pour le Père Noël, et ce malgré mon âge canonique, j’ai envie d’y croire, malgré les pages et les pages lues sur le processus de création, malgré ma conscience, malgré les quelques barrières que j’avais tenté de monter pour garder la tête froide, et une objectivité à toute épreuve, oui, malgré tout cela, je suis ressortie d’Avatar peut être encore plus démontée dans tous les sens qu’après « Titanic », remuée de tous les côtés par ce monument absolu, cette somme de tous les rêves et de toutes les expériences, cette porte ouverte sur tous les possibles, ce mythe nouveau.

Alerte spoilers……….

Ne passez pas la ligne !


 » Gnééééé ! Tu m’empêcheras pas d’aller voir « Avatar » en 3D, pourriture communiste !  »

Achtung !

E pericolosi spingersi !

Si comme tous les esprits chagrins (moi en tête), le script de « Avatar » vous faisait craindre le pire, il convient de rappeler que les histoires les plus simples sont souvent les meilleures. Aucun film de Cameron ne saurait briller par son scénario alambiqué et sa complexité narrative. Simplement, ce type reste un de ces rares génies capable de vous faire vibrer de bout en bout devant un bateau dont tout le monde sait qu’il va finir par couler. Il est aussi un des seuls au monde à vous faire atteindre des sommets émotionnels via un écran d’ordinateur affichant un message plein de fautes envoyé depuis les profondeurs.

Et quand bien même vous trouveriez cela con et moralisateur de vous faire causer pendant trois heures d’écologie et des problèmes de l’exploitation à outrance, quand bien même les bons et les méchants se livrant une lutte acharnée ne vous font plus marrer depuis des années, inutile de tourner autour du pot pendant trois heures, « Avatar » fonctionne à 200%, emporte le spectateur dans le flot de cette histoire plus riche qu’il n’y parait et s’achève par une pirouette aussi facile qu’osée, si l’on y réfléchit bien.

« Avatar », au-delà de la prouesse technique, j’y reviendrai, délivre au moins deux niveaux de lecture.
L’histoire de Jake Sully et de Neytiri n’est finalement qu’une relecture du grand mythe américain de Pocahontas (et hop, Jake Sully/John Smith, même initiales. Ne me remerciez pas pour cette analyse de texte, c’est gratuit :p). Les parallèles sont légion (jusque dans la bande originale, ou James Horner reprend certains motifs utilisés dans « Le Nouveau Monde » de Mallick), et conduisent tout droit vers les thématiques évidentes que sont l’altérité, la tolérance, le respect des traditions et de la terre, la préservation d’une fragile alchimie au cœur d’un écosytème…

Il n’est guère nécessaire de revenir là-dessus. Là où « Avatar » se révèle aussi percutant qu’osé, c’est dans le sous texte induit par le titre lui-même.
L’avatar de Jake est une sorte de vaisseau lui donnant accès à la libre circulation sur Pandora. A plusieurs reprises, allusion est faite à sa difficulté à discerner le réel du virtuel, quand bien même dans le film, sa vie parmi les Na’vis n’a rien d’artificielle. Rapidement, son envie de rejoindre son avatar le fait oublier de s’alimenter, de se laver. Jake Sully devient un nolife et la scène finale, certes facile (on la voit venir une demi-heure avant à des kilomètres), est dans le fond assez iconoclaste.
Car Jake le nolife choisit finalement de ne plus vivre que dans son avatar, rejetant son humanité. Personnellement, à une époque où on catalogue tous les gamers de dangereux sociopathes, je trouve le parti pris radical, quand bien même il se justifie pleinement par le parcours de Jake et par la réalité du monde dans lequel il évolue.

Cependant, le titre même du film, et le discours implicite sur le jeu et les avatars virtuels, renforce l’impact de propos de Cameron concernant le monstre qu’il a contribué à créer.
Ce n’est pas un hasard si la planète se nomme Pandora. Vous pouvez retourner cette maudite lune dans tous les sens, pas moyen. Elle est réelle. Quand bien même l’intégralité du décor soit virtuelle. Or, à ce point de réalisme, comment discerner le vrai du faux ? A voir l’incroyable réalisme des Na’vis dont on finit rapidement par oublier qu’ils ne sont pas réels eux non plus (dès l’entrée en scène de « OMGWTF » Neytiri «OMG, JC want have you done, FFS ») et la question se pose alors de savoir à partir de quand on ne sera plus capable, nous pauvres spectateurs, de faire la différence.
Cameron a le mérite de se mouiller sur cette affaire. Si l’on n’exploite pas le procédé à outrance, s’il reste entre les mains de personnes de bonne foi, soucieuses de préserver l’équilibre, alors cette (ces ?) révolutions (s ?) technologiques permettront simplement de ne plus poser de limite aucune à l’imaginaire des réalisateurs. Le cinéma s’empare donc enfin de ce qui faisait l’apanage de la littérature : il n’a plus de limites (et oui, comme tout raisonnement basé sur le principe que l’on s’adresse à des gens de bonne foi, celui-ci est naïf).


Neyrtiri dans le Ouest-France. Les Na’vis sont bretons, forcément…

Un constat qui donne le tournis si l’on y réfléchit. Si « Avatar » m’a a ce point laissée entre l’euphorie la plus totale et l’émotion la plus brute, c’est en partie pour cela. Sortir de ce film (en courant à cause de la chanson de merde du générique) et réaliser enfin que vous venez d’assister à un miracle, à un tournant majeur dans l’histoire du cinéma a de quoi ébranler.
Vous pourrez toujours me dire que je suis de parti pris, que je tente de vous vendre ce film par tous les moyens depuis quoi… Un an ? Que je l’attends depuis 2, que je suis juste une grosse geek et que forcément, j’allais me pâmer devant les muppets bleus, en vérité je vous le dis (une brusque envie de me la jouer Djizeuss), « Avatar » a dépassé mes espérances, bouleversé mes codes, renversé mes certitudes.

Une chose est sûre, j’y retournerai dès que l’occasion se présentera. Et pas qu’une fois. Parce que le voir en DvD à la maison ne sera jamais pareil, que ce film se vit dans les grandes salles, se vibre en 3D, se ressent avec un public emporté par une expérience fabuleuse.

Lunettes comprise, pour 12 euros, partir en voyage sur une autre planète n’est pas cher payé. La grande question est de savoir si l’on est capable d’en revenir.

Si l’histoire de Pocahontas est une source d’inspiration évidente, Cameron aura aussi lorgné du côté de « Princesse Mononoke ». Seulement, fidèle à lui-même, sa vision est nettement moins nuancée que celle de Miyazaki. Les accusations sont lourdes, le propos violent envers l’humain en général. Mais si le récit sombre sans contestation aucune dans le manichéisme, c’est parce qu’il se pare du manteau dont on fait les grands mythes. Fable écologiste extrémiste, « Avatar » est radical dans ses prises de position mais s’avère sans doute en la matière, tout comme « Mononoke » l’était d’ailleurs, infiniment plus efficace que les albums photo « alacon » d’un Arthus Bertrand.
Comme la mort de l’esprit de la forêt chez Miyazaki, la destruction de l’arbre de vie est une séquence d’une cruauté absolue, d’un pessimisme total, et d’une force réelle.

Une fois encore, la fiction prouve son pouvoir, celui de venir plus qu’aucune image réelle, frapper l’inconscient collectif et parler à nos référents culturels.
Le spectateur a beau être assommé depuis des années par les discours moralisateurs d’écolos, il se laissera toucher par le message simple mais jamais simpliste délivré par « Avatar » autour de la théorie de Gaia (marrant, dans « Pocohontas » de Walt Disney, la chanson « Color of the Wind » exploitait exactement le même thème. Ne me remerciez pas non plus pour çà, c’est la fin du semestre, je suis dans un état second) qui s’applique au fonctionnement des écosystèmes, perçus comme un tout symbiotique englobant la planète elle-même, alors élevée au rang de corps vivant.

Au-delà du simple divertissement, « Avatar » s’avère un film relativement noir, qui si on le double à « La Route » (critique à venir), risque de vous faire passer d’affreuses fêtes de fin d’année.
Pour vous remonter le moral, vous pouvez toujours regarder la fin débiloïde de « Battlestar Galactica » dont la crétinerie prend à la lumière d’ « Avatar » un sens nouveau.

Note : ****(*) Et oui, un ticket de 12 euros pour l’espace, çà mérite la note la plus haute jamais accordée sur ce blog.

PS : si jamais des parisiens lisent ces lignes, une simple requête, ou plutôt un simple conseil. Le Gaumont de Marne la Vallée est le seul cinéma de France à diffuser « Avatar » dans des conditions optimales, en Imax. Vous m’en verriez ravie si vous vous y rendiez (en plus, ils le passent en VO, elle est pas belle la vie ?) pour découvrir la chose dans toute sa splendeur.

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