Quoi de neuf, docteur ?

Je sais, je sais, trop longtemps que l’on ne lit que des avis négatifs sur ce blog. Un mauvais tour que nous jouent la mécanique et le karma. La première en usant de son pouvoir ultime, celui de l’indignation qui vous fait vous jeter sur votre clavier pour dire combien vous êtes offusqué de vous être faite avoir, le second parce qu’il faut bien le dire, il y a des périodes moins fastes que d’autre.
Ceci dit, j’ai aussi vu pas mal de bonnes choses ces derniers temps, et promis, je vous en parlerai bientôt, le temps de trouver un créneau pour marteler sur mes petites touches combien « The Dark Knight » et « Speed Racer » sont fabuleux.

En attendant, une mise en bouche du chemin de la béatitude avec « L’Imaginarium du Docteur Parnassus ».

A l’origine, il y a Terry Gilliam, le poète maudit, qui pensait sans doute que rien ne pouvait être pire que de voir le plateau de son « Don Quichotte » ravagé et le tournage interrompu suite à une avalanche d’autres catastrophes.
Comment imaginer que sa jeune star exploserait en plein vol, lui laissant toute une partie, et non la moindre de son film orpheline d’un interprète.

Il fallait être Terry Gilliam pour ne pas se laisser démonter, et reprendre, avec un casting enrichi de trois nouvelles têtes, un show qui, c’est bien connu, must go on.

Au cœur du récit, un homme, le docteur Parnassus, un alter ego du réalisateur, s’échinant à ouvrir les portes de l’imaginaire de tout un chacun, en butte avec un monde en total désenchantement, rejetant le pouvoir des rêves et la forme de liberté totale qu’elle offre.

Joueur, Parnassus a vu sa vie maculée de diverses catastrophes et autres enchantements par une suite de paris mal venus avec le diable. Lorsque celui-ci met finalement en balance l’âme de sa fille Valentina, Parnassus doit se résoudre une nouvelle fois à utiliser son Imaginarium afin de remporter un défi capable de sauver la jeune fille.

Comme sortie d’un autre temps, la troupe de Parnassus joue d’un contraste malheureux dans un monde post moderne ne laissant plus guère de place à l’imaginaire, rejetant l’aspect vieillot du spectacle et ses étrangetés.
Il faudra l’arrivée d’un mystérieux pendu pour que Parnassus puisse enfin concourir sérieusement contre le diable.
Avec l’entrée en scène de personnage de Tony s’ouvre une interface entre le temps figé du théâtre et celui du monde.
En usant de techniques de marketing, le rescapé met l’Imaginarium sur le marché, le rend compétitif, fait du spectacle une attraction.

Au travers de ce personnage, et finalement grâce à la disparition d’Heath Ledger, c’est une nouvelle piste de réflexion qu’ouvre Gilliam, en exposant un homme public, maitrisant les codes de l’image et de la représentation, volontiers dissimulateur, menteur, multi-face, capable de vendre à peu près tout à à peu près n’importe qui.

Au travers de son image, on écorche le charity business le temps d’une hallucinante scène grand guignolesque mais frappant juste.

Il y aurait des lignes et des lignes à écrire sur « L’Imaginarium du Docteur Parnassus », tant il brille par la complexité de la forme et du fond, se hissant très, très haut tant dans la filmographie de Gilliam, nettement plus en forme que dans « Les Frères Grimm », que dans la production cinéma actuelle.

Note :***

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