The translator strikes back.

S’il existait des prix de traduction, je suis intimement persuadée qu’un seul homme les remporterait tous.
Je parle bien sûr du génie qui imposa à « Atonement », la version française « Reviens-moi ».
Parce que non seulement il faut une certaine dose de génie, mais aussi un culot montre pour faire que « Expiation » paraisse une bluette sans saveur.
« Reviens-moi », çà sonne comme un téléfilm de l’après midi sur M6, et çà ne donne clairement pas envie d’aller se plonger dans ce qui est tout de même un pur bijou, signé Joe Wright.

Parce que je n’ai plus de vie, il me faut donc trouver des astuces pour continuer à parfaire ma lacunaire et sélective culture cinématographique. D’où l’achat du DvD d’ « Atonement » (voilà, on le garde comme çà, il est très bien), tout çà parce que j’avais, dans le temps, ouï dire qu’on y trouvait un plan séquence de toute beauté.

A la réalisation, presque une garantie en soit, se trouve donc Joe Wright, metteur en scène du déjà très onirique « Orgueil et Préjugés » en 2005, adaptation moyennement convaincante du roman de Jane Austen mais véritable choc esthétique.

Récidive autrement plus inspirée ici, avec ce grand récit tragique maîtrisé à l’extrême et offrant au-delà du mélo pourtant jamais sirupeux, une réflexion sur la légende, la mémoire, l’histoire, et le pouvoir de l’imaginaire.

Pendant l’été 1935, Briony écrit et s’ennuie, jusqu’à surprendre quelques moments entre le jardinier Robbie et sa sœur Cecilia, scènes dont le sens lui échappe. Incapable de comprendre, elle va analyser les situations à la hauteur de sa perception d’enfant et finalement, provoquer un drame qui séparera Cecilia et Robbie.

Les images se lisent avec la musique, qui reprend en motif le bruit des touches de la machine à écrire, exprimant la main mise de Briony et de son récit sur l’action. Jamais l’écrivain ne lâche le récit, jamais elle ne livre un semblant de réalité, tout est ici affaire de perception, peu importe ses changements de point de vue, la jeune femme est maîtresse de son histoire, jusqu’à affirmer la puissance de sa fiction dans le final qu’elle offre à sa sœur et à Robbie.

Wright offre à ce parti pris un habillage somptueux, au travers d’images dont la beauté formelle n’empêche à aucun moment l’ambiance de transparaitre.
Sans parler bien sûr de l’hallucinant plan séquence.

J’ai une marotte sur les plans séquences, je pense que ce n’est un secret pour personne ici, mais j’avoue qu’avec celui-là, j’ai trouvé mon maître étalon. Non seulement, la maîtrise technique qu’il suppose est impressionnante, mais en plus Wright se rend capable d’y faire passer une émotion d’autant plus inattendue que pour la première fois, le spectateur a le sentiment d’échapper à Briony. Alors que le reste du film nous avait habitué, et nous habituera encore par la suite à une construction faite de flash back explicatifs, venant éclairer le sens des scènes précédentes sur un nouvel angle, cette séquence de Dunkerque apparaît être la seule qui soit brute, dénuée de reconstruction, ou d’intention.
On passe sans transition des yeux de la jeune fille à ceux de Robbie pour une vision de la guerre et de l’armée en déroute aussi crue qu’elle reste sublime, Joe Wright n’abandonnant jamais ses prétentions esthétisantes.

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Kiera Knightley retrouve son réalisateur de « Orgueil et Préjugés » et confirme une fois de plus ce que je commence à penser d’elle, à savoir qu’elle s’avère de plus en plus capable de tenir un film sur ses frêles épaules. Sublimée par Joe Wright, elle acquière une nouvelle dimension qu’on lui retrouvera quelques temps plus tard, dans « The Duchess ».
James Mac Avoy reste évidemment un partenaire de choix. Encore un acteur que l’on aimerait voir plus souvent…

Sans que je sache trop si le fond est ici au service de la forme ou l’inverse, « Atonement » a sans conteste l’étoffe d’un grand film, mais qui ne se prend pas pour tel. Malgré les sublimes effets de lumière, malgré les accents d’un drame à la « Autant en Emporte le Vent », « Atonement » reste à la hauteur de ses personnages, des personnages qui se baladent dans une campagne incroyablement belle.

Note : ***

PS : parce que je ne peux jamais résister lorsqu’il s’agit de se moquer du cinéma français. Peut-être y-a-t’il dans ce film de bonnes intentions, sans aucun doute Lindon et Kiberlain sont de bons acteurs. Mais la bande-annonce, désolée, quand je la vois, je reste pliée de rire devant. Sooooooooo french movie exception culturelle machin tout çà…

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