Sainte Marie de l’amère.

Alors que je pensais allumer ma télé pour y voir des ménagères luttant entre elles à coup de fer à repasser, voilà que je suis tombée sans le vouloir sur « Da Vinci Code » (et dites « Vinchi », s’il vous plait. Si çà s’était appelé le « DE (avec un E) Vinci Code », cela aurait été une autre histoire).
J’ai du, quelque part, il y a longtemps, faire une critique de ce film de Ron Howard, avec Tom Hanks la tête comme un pot de lait dedans et Audrey Tautou, contenant d’authentiques morceaux de Jean Reno, et la rate de Jean Pierre Marielle étalée sur les planchers du Louvre, par conséquent, je ne vais pas remettre çà ici. On va juste ce contenter d’un petit brain storming avec des analyses très fines, du suspens, du taillage de croupière et une révélation finale qui va vous scotcher à vos sièges.

Le côté positif avec cette diffusion « many years after », c’est sans conteste le plaisir de pouvoir enfin regarder ce film tranquillement, après la déferlante Dan Brown, en s’isolant les esgourdes des critiques et autres contre-enquêtes à la noix.
Revenir aux sources. A ce qui m’avait scotché dans le bouquin, lu le printemps qui avait précédé l’été d’avant le raz-de-marée, alors que pour tout le monde, l’Homme de Vitruve, c’était encore Manpower.


 » Regardez Sophie ! C’est Manpower ! « 

A la fin du film, j’avais de la peine. Pas uniquement pour Tom Hanks qui jouait tellement mal la scène de la révélation finale que le gisant de Marie Madeleine aurait carrément mérité un oscar pour avoir sauvé ce final pourtant top de chez top.
J’en fais trop ?
Let’s go back to the very beginning.

Dan Brown a été sans nul doute victime de son succès. A la base ce tâcheron qui fit de son fond de commerce les thrillers ésotériques avait une bonne intention.
Seulement, son livre se passait en France, en plus il empoignait sans complexes quelques uns de nos plus grands artistes/génies/savants (et quand je dis nous, je parle du patrimoine mondial), pour pondre une enquête haletante basée sur une réalité fictive.
Seulement, les médias sont un peu cons.
Si, si.
Quand un Américain déboule toutes voiles dehors en noyant une intrigue basique sous des tonnes de références historiques, architecturales, scientifiques, théologiques, et scientifiques, le journaliste français de base a tendance à se sentir tout de suite un peu bête.
Parce qu’il en sait moins, ce qui est normal, vu que contrairement à l’auteur, il n’a pas fait de recherches sur les sujets concernés, lui.
Alors le journaliste panique : « Quoi ! Un complot international de l’Opus Dei ? Et c’est quoi çà le féminin sacré, il parait qu’il y en a partout ! »
Heureusement qu’il maîtrise à peu près les Templiers, parce qu’on frôlait l’anévrisme.


Cà c’est pour mon quota annuel « Jurgen Prochnow ».

Alors le journaliste se met à fouiner. Tout en faisant ses choux gras de papiers autour du bouquin tout de même, faudrait pas passer à côté d’un phénomène de société non plus.
Et quand il réalise que tout, le complot, le Prieuré, ce n’est qu’une vaste fumisterie, alors il voit rouge, et il écrit une contre enquête.

Ce qui n’était pas une mauvaise idée en soit. Le succès du livre était tel, et la couverture médiatique si intense, que le public aurait pu être amené à croire que oui, finalement, tout cela était vrai.
Qui à précédé quoi, par contre, c’est la lutte éternelle de la poule contre l’œuf pour savoir qui a droit d’aînesse et donc peut manger les lentilles.


 » Mais si Sophie, enfin. Le plat de lentilles, les bras poilus… Suivez un peu ! « 

Personnellement, j’ai lu « Da Vinci Code » comme une fiction. Mais une fiction pas si crétine que cela.
Elle avait beau secouer un peu l’Eglise, elle appuyait surtout là où çà faisait mal. Qui d’autre que Dan Brown aurait pu ouvrir les yeux d’un aussi grand nombre sur l’existence de groupes tels que l’Opus Dei ? Le même Opus Dei qui fait aujourd’hui pousser des cris d’orfraies à l’opinion publique lorsque notre cher pape adoré se met à lui faire les yeux doux ?
Je suis persuadée que sans le « Da Vinci Code », la grande majorité des gens n’en aurait rien à carrer.
Pardon my french.

Alors oui, aussi, le « Da Vinci… » enfile les idioties comme des perles. Se serait malhonnête de le nier.
Mais je tenais juste à dire que tout n’est pas à jeter dans ce roman. Cette fiction. Ce livre de plage fait pour se détendre. Tout en apprenant des petites choses. Combien de personnes ici ont découvert l’existence des apocryphes en lisant ce livre ? Combien ont réalisé à quel point la fondation du christianisme par le petit jeu des conciles était avant tout un acte politique ?

D’autant que faire du « Da Vinci » un brûlot anti clérical est oublier trop facilement « Anges et Démons », qui, je l’ai déjà dit ici, présente un visage du Vatican ouvert et progressiste, capable de tirer des leçons de ses erreurs et ressentant le nécessaire besoin d’une évolution, aux antipodes de ces gros intégristes de l’Opus Dei.
Je ne suis pas persuadée que Dan Brown ait une opinion aussi radicale concernant la religion qu’on a bien voulu le dire. La foi est un thème qui semble lui tenir à cœur, la foi sous toutes ses formes, celle qui confine au merveilleux, celle qui sauve, mais aussi, je vais faire mon Frédéric Mitterrand, celle qui fait peur.


La foi qui fait très peur.

Et puis, cela m’est apparu aussi clair que de l’eau dans un bénitier, tout le monde a sans doute à l’époque oublié l’essentiel.
Le « Da Vinci Code », c’est quoi les copains ? C’est la Quête du Graal (pas celui-là, l’autre).
Au bout du long cheminement de Robert et Sophie (enfin, long…), il y a la récompense de l’illumination, l’accès à la connaissance. Pour Sophie, le terme de la quête est de découvrir qui elle est. La révélation apporte les réponses à ses questions et lui offre une nouvelle vie. En plus, Sophie, elle est le Graal. Cà claque sur un CV.
Pour Robert, la quête ne s’achèvera que plus tard, par le parachèvement de la longue enquête autour du féminin sacré, l’assemblage d’un puzzle et la résolution de la dernière énigme.

Et je suis désolé, littérature de gare ou pas, film de tâcheron ou non, la dernière scène est une pure catharsis. Non seulement, la résolution de l’énigme est habile, mais en plus, elle rassemble l’essence même du mythe.
Robert parvient au Graal mais ne peut l’atteindre. Sa quête s’achève par la satisfaction d’avoir touché au but, et même si la tête de Tom Hanks ne traduit rien du plus qu’un excès de whisky, dans le livre, l’impact spirituel sur Robert n’est pas super bien écrit, mais révélateur.

Et là où Dan Brown fait plus que très fort, c’est dans ce choix, un choix audacieux et vraiment malin, de placer le Graal là, sous nos yeux, dans ce petit coin du Louvre ou personne n’allait jamais, et qui n’était rien de plus qu’une stupide pyramide inversée se parant désormais, pour qui a l’esprit un peu rêveur, d’un sens caché dont vous comme quelques millions d’autres personnes, possédez la clé.

Vous allez vous dire que je dois être tombée sur la tête pour me faire exégète de Dan Brown. Vous avez tort, et raison.
Raison parce qu’en fait, je n’ai plus de vie, alors je me rabats sur ce que je peux pour vous faire des billets.
Tort parce que honnêtement, l’autre soir, cette dernière scène m’a frappée. Et puis elle était drôlement sympa cette quête du Graal.

PS : Comment çà mon teasing en intro était totalement mensonger ? Vous l’auriez vraiment lu sans çà, mon billet ?

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