Sookie, elle est télépathe.

« True Blood », décidément c’est tout un concept. Le concept abruti de faire faire une série totalement débile à un type doué (mince quand même, Alan Ball, quoi) avec tout un tas de choses gratuites dedans, comme des blagues redneck, des mini shorts pour toutes les filles, des sex tapes et des vampires moisis.
Mais il y a de la force dans ce concept. La preuve, plus c’est con, plus on regarde. « True Blood » a elle seule a sauvé HBO de la misère, puis de la récession. Peut être même « True Blood » a-t-elle sauvé « Game of Thrones » de la crise.
Ceci dit, ce n’est pas pour autant que je vais m’empêcher d’en dire du mal.

Je sais reconnaître un mérite quand j’en vois un. Ici, Alan Ball parvient à adapter en show chic et choc une série de romans estampillés « chick litt ». Bon, il doit du coup trainer aussi quelques séquelles fâcheuses, genre une héroïne idiote et des roucoulades chiantes à mourir. Je vais éviter de parler de Bill le Vampire, parce que sinon, je vais m’énerver.
Quoi qu’il en soit, pour m’être infligée la plume maladroite de Charlaine Harris et avoir supporté un récit narré par Sookie herself, avec tout ce que cela comprend de girly attitude, je peux dire que « True Blood » la série, est incontestablement supérieure à son adaptation.

« True Blood » est aussi une série de boulets. Bill et Sookie en sont de gros, Sam en est un souvent, Jason a élévé la boulettude au rang d’art martial, et Tara en fait, c’est Starbuck (l’actrice a le même jeu que Katee Sackoff. Quand elle est énervé, et roule des yeux et elle crispe sa mâchoire).
Des boulets qui ne font rien que des choses stupides, changent d’avis trois fois par épisodes, ont des lignes de dialogue d’une profondeur rare, mais malheureusement, ne se font pas trucider, vu que dans cette série, les boulets sont aussi des personnages principaux, et que nous ne sommes pas sur l’île de Lost ici, donc pas la peine de les faire boire au volant pour les faire virer de la série.

Ce qui est d’autant plus dommage que les rares personnages qui ne soient pas des neuneus complets sont un peu en retrait.
Personnellement, je ne comprends pas pourquoi s’attarder sur Sookie qui se balade toute seule en pleine nuit sur un chemin de campagne, qui évidemment se fait attaquer par un minotaure, mais juste presque tuée, au détriment de la petite « Djess’ca », vampirette rousse délurée qui mériterait peut être bien son spin off.

Ce qui est amusant tout de même, c’est qu’en saison 1, Jessica c’était justement un gros boulet.
Ici, elle devient la vitrine malheureuse de ce qu’est véritablement le vampirisme. Non seulement, elle n’a pas de bol sachant que son « maker » est Bill, le vampire le moins cool de la terre, mais alors qu’elle découvre des trucs sympas liés à sa condition, elle finit toujours pas prendre un méchant retour de bâton…
Oui, on adore Jessica aussi parce qu’on a de la peine pour elle, dans le fond. Mais elle a beau s’en prendre plein la poire, se trainer une amourette un peu niaise, jamais au grand jamais, Jessica n’est un boulet. Ce qui vue la matière de départ, n’était pas une mince affaire.

Et puis lorsque l’on doit se payer des tranches de Bill et Sookie qui se murmurent des platitudes sur fond d’œillades énamourées, on apprécie drôlement le vent de fraîcheur que Jessica et son boyfriend Hoyt font souffler sur la série, basculant avec brio dans le registre du « teen show » pour vampires en scooters. L’adolescence, c’est de la merde, pour les vampires aussi.
Voilà comment Alan Ball fait dans la transmutation, avec ce qui s’annonçait comme l’élément pénible en fin de saison 1.

Par contre, il eut été inspiré d’en faire de même avec Maryann, la plus fascinante de toute dans la première saison, mais clairement la plus pénible toute la moitié de la saison 2.
Maryann, c’est l’admiral Cain de BSG. Donc elle roxx, vu qu’elle est Michelle Forbes. Le seul souci c’est que Maryann, son truc, c’est de manger des hamburgers par douzaine pour faire danser les gens. Et encore, çà, c’est la version soft. Le plus clair du temps, elle organise des fêtes, elle se met à trembler de partout et ce qui fait dégénérer la soirée en orgie, où les gens font des trucs pas propres et mangent de la terre (tout en restant généralement habillés, ce qui est une hérésie dans « True Blood »).

Dit comme çà, Maryann a presque l’air intéressant. Le problème, c’est que ce schéma se répète d’épisodes en épisodes, sans que l’histoire n’avance jamais, sauf le temps pour cette saleté de Daphné de débiter un petit discours bien formaté : « Blabla c’est une ménade, blabla oui c’est un truc grec, blabla elle sert un peu Satan aussi du coup, blabla cool, hein ? Tu me passes mes santiags ? ». Heureusement que Daphné à fini par mourir, sans avoir le temps de renfiler ses bottes. Personnage sans intérêt, un peu comme Eggs, dont l’avenir était tracé dès le départ, elle m’aura fait souffrir, jusqu’à sa disparition.
Ceci dit, après cette explication aussi bienvenue que frustrante, intervenant tout de même dans l’épisode 7, quand même, et bien, rien, pouf comme çà, on se contente de nous remettre de la bouffe et des orgies. Yeaaaah…
De fait, toute l’action située sur Bon Temps prend de fâcheux airs de « pendant ce temps, à Vera Cruz » alors que le gros de l’action se déroule à Dallas.

Le hic réside dans le fait que pour tout le reste, c’est pareil. Les intrigues ont une nette tendance à faire du surplace. Autant je trouvais que dans les premiers épisodes çà avançait pas mal, autant sur le milieu de la saison, rien ne se passe. Avec un peu de bonne volonté, Alan Ball aurait pu condenser à l’aise Blaise trois épisodes en un, s’il n’avait pas bêtement perdu du temps avec les noubas de Maryann et cette girouette de Tara/Kara Thorton/Thrace.

D’un naturel optimiste, je me console comme je peux avec Erik le Viking. Et pourtant, çà avait mal commencé entre nous. Erik, pour mémoire, est sheriff, vampire, Viking, affiche 1000 ans au compteur, tient le night club Fangtasia où il aime s’asseoir sur une estrade avec des rideaux rouges derrière en affichant un air sombre et mystérieux.
Limite, il me faisait penser à l’homo du « Bal des Vampires ».
Ensuite, çà s’est arrangé, puisqu’en saison 2 il démembrait sauvagement un type tout en se faisant refaire les mèches.
J’ai été à la limite de lâcher l’affaire quand il s’est mis à porter des survêts, mais c’est alors que tout mal habillé, Erik le Viking est devenu intéressant.
Parce que clairement, il se paye les meilleurs dialogues, les scènes les plus décalées, qu’il rend Bill le Vampire à peu près intelligent et qu’il a laissé tomber ses rideaux rouges. ( Eric est cool.)

J’aimerais bien qu’on m’explique en revanche pourquoi il regarde Sookie comme la huitième merveille du monde. Ok, elle lit dans les pensées, elle porte des T-Shirts moulants et des mini-shorts, mais Sookie est aussi une cruche beaucoup trop maquillée et hyper mal jouée en plus.
Ceci dit, je dois rendre à Anna Paquin se qui lui appartient, à savoir sa tenue de travail à base de T Shirt moulant au pouvoir envoutant (testé et approuvé), ainsi que je dois reconnaître que sur l’épisode 9, elle faisait un très bon travail, pendant trois bons quarts de temps (même si elle pleure très très mal).

La bonne idée de la saison était sans conteste The Fellowship of the Sun du révérend Newlin et son boot camp des soldats de Dieu afin de former les grands croisés de la Lumière dont le porte étendard sera Jason Stackhouse.
La bêtise étant une affaire de famille, Jason est bien le digne frère de Sookie. En encore plus crétin.

Jason a repoussé à lui seul les frontières de la stupidité avec cette saison riche en émotion pour un pauvre petit redneck bête comme ses pieds.
Déjà, il se retrouve instrumentalisé par cette communauté de fanatiques religieux allergiques aux vampires. Ensuite, le voilà qui se fait clairement allumé comme un malade par la femme du révérend (attention, cette scène se passe intégralement dans la tête de Jason. Il est beau, le monde vu au travers des yeux d’un crétin).
Alors que ce n’est pas fair play du tout. Jason, il essaye de penser avec sa foi maintenant.
Sauf que « penser » et « Jason », çà ne va pas vraiment ensemble. Alors il se fait laver le cerveau par le révérend Newlin, devient le fer de lance de la croisade contre les gens qui ont trop de dents, et fini par pêcher lourdement avec cette Jézabel de Sarah.

Mis à part l’imbécillité compulsive de Jason, ces moments avec The Fellowship étaient de purs concentrés de bonheur, une plongée sans concession et avec beaucoup de caricature dans le monde du fanatisme religieux, inscrivant True Blood dans son genre : une pantomime grotesque de notre société qui fait souvent mouche.
Et puis le développement final de Jason en fin de saison, transfiguré en paladin du Merlotte valait presque le coup, jusqu’à ce qu’il devienne par trop redondant…

Mais revenons à LA story line de la saison, qui aura mis trois plombes à se mettre en place, pour finir en une apothéose aussi réjouissante qu’étonnement frustrante.
Le fil rouge, cette saison, c’est donc Godrick.
Alan Ball aura réalisé avec ce personnage un véritable tour de force, celui-ci devenant l’alibi parfait pour étoffer la mythologie de la série.
Laquelle avait déjà fait quelques progrès timides, mais parfois maladroits, comme les flashs back concernant Bill et sa « maker » (créatrice ? Mouais, créatrice) Lorena, puis leur confrontation. Maladroits parce que cette histoire, censée nous éclairer sur les liens entre vampire et maker était un brin stéréotypée.

Lorena était une vampirette bien triste et bien seule qui avait une ferme dans le Sud. Vint un soldat en haillons qu’elle accueille en se la jouant veuve paniquée, et bang, comme le type, c’est Bill Compton et qu’il a une très belle paire de rouflaquettes, elle le transforme en vampire et l’entraine dans un siècle et demi de soirées décadentes.
Mais Bill, c’est un peu le Angel de Bon Temps. Il a une âme. Or, l’âme, c’est très chiant voyez-vous, parce qu’avec ce machin là, on finit par se poser des questions sur la morale.
Bill fait un nervous break down et obtient de Lorena qu’elle brise le lien de suzeraineté qui existe entre eux (en lui faisant le coup du chantage au suicide. C’était beau à voir, Bill s’autobraquant avec un pied de chaise…).
Mais Lorena digère mal la séparation, rapport au fait qu’elle avait crée Bill pour qu’il l’aime, tout çà…

Bref, c’est chiant.

Heureusement qu’Alan Ball avait Godrick, le vampire 2.0, voire le méta-vampire, que d’aucun surnomment avec respect et admiration, le « über ».
Über Godrick a beau avoir 2000 ans, des tatouages et des pouvoirs qu’on ne montre jamais tellement ils sont übers, se fait kidnapper par the Fellowship of the Sun. Comme il est sheriff à Dallas, cela inquiète un peu dans le dark Landerneau, surtout Erik le Viking, qui décide alors d’utiliser Sookie et son pouvoir de télépathe, pour enquêter sur cette mystérieuse disparition.

Pas de bol pour Alan Ball de devoir suivre la foireuse trame narrative de Harris pour arriver à ses fins.
Envoyer Sookie en mission d’infiltration sentait le cadavre en décomposition avancée à plein nez.

Mais venons-en à Godrick, tout de même, personnage mystérieux, qui aura bénéficié d’un teasing de malade pendant trois ou quatre épisodes.

Déjà, quand Erik en parle, il se met à pleurer. Ce qui est franchement dégueulasse, vu qu’un vampire çà pleure du sang, mais terriblement déstabilisant de la part du type qui mange les gens vivants dans sa cave.
Ensuite, quand Erik en parle, il devient nostalgique et se met à avoir des flashs back (pouvoir qu’il partage avec les gens du vol Oceanic 815). Ce qui est juste « wouah », parce que Godrick est son maker, et qu’il n’est qu’un enfant (de 1000 ans).

Bref, Godrick finit par apparaître, et dès les premières minutes, la seule chose venant à l’esprit est : « Mince, quel acteur ! »
Ensuite, Godrick est sagesse, tempérance, miséricorde et Golconda. Il tranche nettement dans le paysage des autres excités de la canine, imposant avec tact un charisme fou, que son interprète arrive à faire transparaitre sans aucune difficulté (« Mince, quel acteur ! »).

Son aura est telle que sa relation de « plusieurs siècles de confiance et d’amour » avec Erik apparaît incroyablement crédible. Le couple du maker et du Viking possède rapidement une force et une profondeur, qui écrase de sa superbe celui formé par Bill, Lorena et leur « Je ne t’aime plus parce que tu es trop méchante… ».

Le seul problème de Godrick, c’est définitivement son mental. Et peut être aussi que la série, venant de réaliser le potentiel d’un tel personnage, préféra voir ses héros rentrer à Bon Temps pour s’y occuper des possédés de Maryann, parce que les rednecks sont plus intéressants qu’un vieux vampire sous Xanax.

Dans sa grande mansuétude, Alan Ball, après avoir accordé deux épisodes de présence à Godrick, lui offre tout de même une sortie mémorable. Il y a d’abord des adieux à Erik avec le déchirant « faTTerrrr, broutttterrrr, sôn », bref, la nature de leur relation dans leur langue de sauvage à eux, les pleurs du Viking (« Mince, quel acteur celui-là aussi… »), et Sookie dans sa powerful robe vichy rose.

Sookie qui gâche toute la scène du suicide en expliquant à Godrick qu’il n’était pas très malin et qu’à rester au soleil comme çà, il allait finir par avoir hyper mal.
Sookie qui n’a pas compris que Godrick a atteint un degré d’élévation spirituelle auquel elle ne pourra jamais prétendre.

Mais qu’elle est bête cette Sookie…

Godrick aura malgré son passage éclair et sa frustrante et flamboyante sortie, densifié considérablement la mythologie d’une série à laquelle j’ai souvent reproché son manque de fond.
Avec lui, on plonge littéralement dans un univers nouveau, on découvre l’organisation interne de la société vampire, on redécouvre Erik, et du même coup Alexander Skarsgaard (« Mince, quel acteur… »), et on sent bien que Alan Ball a quelques parties de « Vampires » dans les pattes (ou le manuel de jeu pas très loin de sa table d’écriture).

Une mythologie qui s’étoffe aussi en la personne de Sophie-Anne, reine de Louisiane, impeccablement jouée par Evan Rachel Wood, celle qui fait pleurer des larmes de sang à Marylin Manson (damn you, Evan). Si la présentation du rôle de reine m’aura fait grincer des dents (elle ne fait rien que jouer aux dés et mordre des fémorales de jeunes filles), quelques allusions laissent entendre qu’elle serait bien à l’origine du sac de nœuds dans lequel barbotent nos héros depuis le début.
Et le degré d’implication du Viking dans le bazar n’ayant pas l’air moindre, cela promet.

Ce qui promettait moins en revanche, c’était le dernier épisode.
Un cliffanger tout pourri (Erik met des gants pour manipuler l’argent, évidemment), une résolution de l’affaire Maryann trop facile (pourquoi ne pas y avoir pensé avant ?), une demande en mariage gnangnan (fallait pas s’attendre à mieux de la part de Bill, de toute façon), un manque certain de rythme, bref, un season final trop mou du genou pour retenir vraiment l’attention.
L’année dernière, c’était nettement mieux les gars.

Ceci dit, pour l’été prochain on nous promet plus de reine, des loup-garous (yeah !!!), des révélations sur Sookie (beueeeeuuuuh), et encore des choses gratuites, je suppose, sinon, se ne serait pas True Blood.

« Worpship him, bitches ! »

Note :**(*)

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