Comment s’appelle le chien de Johnny Clegg ?

Et comme je suis sympa, je vous offrirai la réponse à la fin du billet. En attendant, on va causer un peu de crustacés, de ghettos et de l’épineux problème des pannes d’essence en hyper espace.

La première chose que je dirais de « Disctrict 9 » se résumera à un point : beau gâchis. Pourtant, le film était annoncé avec tambours et trompettes, tout auréolé de la présence mystique de Peter Jackson à la production et labellisé « intelligent » parce que soit disant plein de sous-textes.
Dans l’ensemble, tout cela est vrai. Mais en général les mécanismes semblent sérieusement grippés.

Once upon a time, in Johannesburg.

Dans le fabuleux royaume magique d’Afrique du Sud, vivaient des Blancs et des Noirs, dans la joie, la bonne humeur et les reliquats de l’Apartheid.
Et puis un beau matin, un vaisseau spatial se retrouva en panne d’essence au dessus de la capitale.
Peuplé d’extraterrestres très très moches, et surtout très très cons, le vaisseau fut vidé de ses habitants, relogés dans des camps de réfugiés à visée humanitaire.
Et puis le temps passa, et le joli village vacance se changea en ghetto sale et malsain, lieu de tous les trafics, de toutes les misères et symbole d’une nouvelle ségrégation que les humains imposèrent aux aliens.

En même temps, moi, je n’en veux pas fondamentalement aux Sud-africains. Pour le coup, ils sont juste hyper moches les extraterrestres. Je ne leur confierais pas mon chat. Déjà parce qu’ils finiraient par le manger.
Ensuite parce que leur surnoms de crevettes, ils ne l’ont pas volé.
Vous vous imaginez, en train de faire vos courses à côté d’une langoustine géante ?


Dans la crevette, tout est bon, sauf la tête.

D’ailleurs, le film pêche justement un peu sur l’ironie et l’humour des situations. Je veux dire, avec des crevettes à tous les plans, même pas un jeu de mot pourri à base de fruit de mer. Décevant.
Du coup, je vais me rattraper ici. Pardon pour le niveau, hein…

Mythologie.

« District 9 », initialement tiré d’un court métrage de son réalisateur, Neill Blomkamp, bénéficie d’une base mythologique solide. Du moins en apparence, parce que je demande à voir ce que des développements auraient pu apporter à cette histoire.

D’ailleurs, considérant ma frustration à la sortie de la séance, j’ai presque envie de le dire : « District 9 » aurait mérité une série. Avec du temps pour développer ses personnages, pour creuser les imbroglios politiques et les implications sociales. Avec de la matière sur la société des crevettes, et du temps pour apprécier détester le héros.

Le long métrage laisse définitivement un goût de trop peu. On ne sait pas d’où viennent les crevettes, ni ce qui s’est passé dans le vaisseau. On ne perçoit guère leur organisation sociale.
Et grave fan des Nigérians comme je l’étais, j’ai regretté ne pas en apprendre plus sur cette mafia.

Semble dominer une certaine superficialité, comme si l’on s’était contenté d’imaginer un univers grossièrement, sans chercher à le creuser, histoire de plaquer avec style quelques effets visant à donner une impression de profondeur. Voilà pourquoi je demanderais à voir cette mythologie davantage exploitée. D’autant qu’elle possède un fort potentiel.

Les analogies, c’est de la m**** en branche.

« District 9 » est truebloodisant. Je viens d’inventer le mot, mais il résume bien mon sentiment général. Même que j’en suis fière de mon néologisme.

Truebloodiser, c’est quoi ?
Et bien c’est prendre notre monde, y introduire un élément fantastique, et s’en servir pour pointer tous les travers de notre société. Mais le faire au bulldozer, des fois que le public serait trop bête.

Dans l’ensemble, « District 9 » ressemble beaucoup à « True Blood », comme à un jumeau, même.
A ma droite, la série HBO, avec des vampires dedans, qui servent à nous éclairer sur les problèmes de l’intégration, du racisme et sur les extrémismes.
A ma gauche, le film de Blomkamp, avec des crevettes dedans, qui servent à nous ouvrir les yeux sur l’Apartheid et sur le racisme.

Voilà, voilà…


De vraies fausses affiches, so True Blood.

Non, c’est très bien sur le principe, c’est même un des rôles du cinéma, mais honnêtement, je trouve le procédé bien trop gros. L’action se serait déroulée dans n’importe qu’elle autre ville que Johannesburg que la pilule serait sans nul doute mieux passée.
Là, voir des extraterrestres très moches (et très cons aussi) zoner dans Soweto en mangeant du pâté pour chat, j’avais surtout l’impression que l’on cherchait à me vendre de force un discours sur les méfaits de la ségrégation.
Sauf que je n’avais pas besoin d’être convaincue. Et qu’un bon film d’action avec de vrais noirs dans un vrai ghetto sud-africain se bastonnant contre de vrais blancs aurait été tout aussi efficace.

Passer par la case aliens pour parvenir à produire un message aussi vain s’était un peu facile, et carrément pas hyper respectueux pour un public qui n’est tout de même pas aussi con que les extraterrestres.

Un héros, une moustache.

Wikus van der Merwe est un gros boulet. Je me demande d’ailleurs comment on dit « boulet » en néerlandais.


Wikus Van de Merwe, Première Côte de Boer (oui, il vient de loin celui-là).

Sur le départ, il n’est pourtant rien de moins qu’un personnage vraiment génial. Pur produit d’une société raciste et ségrégationniste, il est passé d’une pensée anti-Noirs, à un modèle anti-crevette sans se poser la moindre question.
Ce n’est pas que de sa faute, notez bien, Wikus est plus con qu’un extraterrestre. Et pour Blomkamp, le public aussi. La preuve, il prend la peine de préciser, avant même que son personnage principal ne rentre en scène qu’il n’est « pas très malin ».
Sauf qu’on s’en serait rendu compte tout seuls.

Wikus ne respire donc pas l’intelligence. En plus, il est méchant, égoïste et arriviste. Et je ne vous parle même pas de sa façon de se fringuer. Tout pour plaire le gars.

On en arrive presque à la limite de la nausée pendant la visite du District 9, lors de la séquence de l’avortement, déjà gerbante dans le principe, mais rendue carrément traumatisante par le visage tout sourire de Wikus que l’on a juste envie de voir crever là maintenant tout de suite.

Cette séquence est sans doute la plus belle réussite du film. Plongée dans la zone au côté des humains, confrontés à des extraterrestres victimes d’une intolérance et d’un statut d’inférieurs ne leur donnant même plus droit au libre arbitre, elle pose rapidement et efficacement tous les enjeux de l’univers de « District 9 ».
C’est justement après cela que l’on regrette le manque de profondeur qui caractérisera le récit par la suite.


Le bouquet final (reviens de loin, çà aussi).

Dont pâtira d’ailleurs Wikus. Le type est tellement imbuvable mais tellement vendu comme le héros, que l’on finira par ne rien ressentir pour lui après son accident. Même pas un petit « bien fait » qui viendrait à l’esprit.
La faute sans doute à un manque de développement autour de l’autre facette du personnage. L’époux, l’ami sympa, l’autre facette du crétin méchant que l’on aura appris à détester plus tôt.
Dès lors, encore une fois, on est obligé d’accepter au forceps un personnage devenant peu à peu plus sympathique. Encore que, le naturel revient souvent au galop chez Wikus. %%

Et puis Wikus est un boulet. Un boulet qui poursuivit par des hélicoptères, s’échine à se cacher en tournant en rond à découvert. Un boulet qui reste trois plombes au téléphone avec sa femme alors que le piège est évident.

A sa décharge, on l’a dit au bout de cinq minutes de film, Wikus est un abruti. Mais quand même…

Le syndrôme Cloverfield.

Ah, le vrai faux docu avec de vraies fausses images d’archives… Trop trendy en ce moment.
Cela permet d’excuser que l’on se serve d’une shaky cam (oui « que l’on se serve ». Je n’arrive pas à croire que des gens soient capables de gigoter autant en filmant. On a sans doute du concevoir des caméras montées sur ressorts pour arriver à un résultat aussi remuant) à tout bout de champ.

Sauf que dans « District 9 », contrairement à « Cloverfield » par exemple, on ne suit pas l’idée directrice jusqu’au bout. Ce qui au départ semble la diffusion d’un documentaire sur l’affaire Van de Merwe, finit par basculer dans une composition bâtarde, alternant les séquences docu et les vraies tranches de vie des personnages.
Cela permet certes de donner plus de fluidité au récit, mais dans le fond, ressemble à s’y méprendre à une solution de facilité.
Trop facile en effet d’utiliser le côté documentaire pour résumer les grands enjeux, puis de passer aux séquences « film » pour apporter un peu d’action.

Il aurait mieux fallu se décider pour un genre ou l’autre, plutôt que de dérouler cette double narration qui finit par desservir la mythologie.

Et pour conclure le parallèle avec « Cloverfield », j’ajouterais que la conclusion de « District 9 » est incomparablement plus maladroite.
Dans « Cloverfield », la cassette s’achevait d’abord sur la mort des personnages principaux à Central Park, avant que l’on retrouve le film précédant, celui qu’ils étaient en train d’effacer, trace de la journée que les deux héros avaient passé ensembles avant la catastrophe. Cette conclusion était abrupte, mais efficace.
Ici, on a tenté le même effet, mais encore une fois, au marteau-piqueur. La séquence ou Wikus exhibe la photo de sa femme aux journalistes est d’une telle lourdeur qu’elle plombe complètement la dernière image du héros dans le district, assez jolie et poétique.

Hein ?

Alors on peut se dire que tout çà n’est pas bien grave, que l’on peut excuser quelques petites maladresses.

Et c’est là que l’on commence à lister tout ce qui relève de la ficelle scénaristique, de l’incohérence, de la débilité profonde et du grand n’importe quoi.

Premier témoin, la scène de l’attaque du MNU, qui laisse pantois de bêtise. Le visage de Wikus est connu de tous, Christopher est une crevette, mais tous les deux arrivent en plein jour à traverser tout le centre ville de Johannesbrug, armés comme des croiseurs.


La célèbre sauce cocktail Molotov.

Ensuite, le final en armure mobile, tout shaky tout moche, avec un Wykus qui crie : « Tiens prend çà ! Dans ta face, pauv’e con ! Ahahahahahah ! Berseeeeeerk !!! »…. Comment dire.
Heu.
Non, ce n’était pas idiot sur le papier, mais au final, çà ne ressemble pas à grand-chose. On bascule sans transition du docu au film de SF pur, çà trahit totalement l’atmosphère que le métrage avait cahin caha réussi à imposer. Ce n’était pas inutile, juste très mal mené.

Et puis je voudrais bien qu’on m’explique un truc. Les extraterrestres peuvent réparer leur vaisseau. Si, ils peuvent. Ils ont juste besoin de réunir du fluide. Or le fluide, leur vaisseau en est blindé, puisque tous leurs objets fonctionnent avec.
Mais plutôt que de prendre le taureau par les cornes et de réunir ce dont ils ont besoin pour repartir pendant qu’ils sont encore à bord, ils préfèrent faire les poubelles du district pendant vingt ans.
Quand je vous disais qu’ils étaient cons comme des chaises.

Je passe aussi sur l’interrogatoire de la crevette, montré dans la bande annonce, mais pas dans le film, qui explique en partie les raisons pour lesquelles les aliens ne peuvent pas repartir.

Malheureusement, on en vient facilement à pointer tout ce qui va de travers dans ce récit. Et si cela ne relève pas de la bourde, cela pourrait donc bien être un manque de maitrise du récit. La résolution des climax apportent trop de handicaps au héros, qui ne peut entamer l’arc suivant qu’en s’en tirant par une pirouette foireuse.

Quand on ne découvre pas brutalement que le vilain Wikus a une âme de héros. Les dernières minutes sont un sublime retournement de veste totalement téléphoné, et une nouvelle illustration d’un scénario embourbé dans une impasse, cherchant à s’en sortir par tous les moyens possibles.

Bubba Gump.

Avec sa morale lourdingue, son manque de second degré et d’humour (celui-là même qui permet à « True Blood » de ne jamais sombrer dans la médiocrité), son héros difficile à suivre, et sa mythologie frustrante, « District 9 » fait figure de film malade.

Des erreurs de jeunesse, sans doute, du moins espérons-le, pour une œuvre un tantinet prétentieuse tout de même. Pas le meilleur film de SF de l’année, ni de la décennie, malgré un assez fort potentiel.

Personnellement, j’en attendais nettement plus. Je suis un peu déçue, alors je vais donner une mauvaise note.

Note : *(*)

PS : Bonanga. La preuve par le son : Assis, Bonanga.

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