« Saltimbanque ! Tu finiras dans la fosse commune ! »

Et tous les acteurs étant des saltimbanques, si l’on en croit les prévisions alarmistes que l’on peut lire ou entendre de-ci de-là, ils sont à deux doigts de tous se retrouver prochainement voisins de linceul.
Ou à un cheveu de pointer à l’ANPE.

Mais qu’est ce qui va donc tuer les acteurs ? Le Mal Absolu, pardi :
La performance capture…
Satan en 25 millimètre, pire qu’Hadopi.


Nous vous fiez pas à son air bonhomme. Cette chose vient pour tuer Robert de Niro et Al Pacino.

Cela commence déjà par un consensus généralisé par une certaine presse éclairée, celle qui se fait le chantre du bon goût et qui se rend capable de proférer des choses telles que celle-ci, lut dans une critique de « Up ! » :

« Certes, on ne demande pas forcément à un film d’animation de bousculer les neurones. Quoique : Miyazaki pour la poésie, « Ghost in the shell 2 » pour la métaphysique, « Nemo » et « Ratatouille » pour la fantaisie, ce n’est vraiment pas mal. »

Signé Pierre Murat, officiant dans la grande Bible culturelle de ce XXIème siècle en France qu’est Télérama, ce paragraphe est un aveu de la façon de penser d’un grand nombre.
Si c’est animé, c’est forcément pour les enfants. Si c’est animé, c’est donc forcément mièvre. Limité. Sans subtilité.
Murat s’arrête donc à la forme, qui visiblement l’empêche de voir le fond (il cite par exemple la poésie de Miyazaki. Si ce dernier s’était limité à être poète, il aurait écrit des haiku tout seul dans son coin. Mais je dis çà, je dis rien, hein…).


Hayao Miyazaki, poète nippon.

Et malheureusement, cette façon de penser est globalement assez répandue. Il semble bien que le cinéma que je vais qualifier fissa de « traditionnel », à défaut de trouver un terme plus adéquat, celui avec de vrais acteurs, jouant dans le vrai monde, soit le seul digne de crédit, de sérieux.
Pourquoi donc ?

Il y a peut être un semblant de méfiance vis-à-vis de ce qui n’est pas réel. Personne n’aime se faire duper par un effet visuel, ou par une fumisterie quelconque.
Pourtant, si l’on se rend dans une salle de cinéma, c’est, exactement comme lorsque l’on lit un livre, pour accepter de se laisser embarquer dans une histoire différente de notre réel.
La supercherie, la fantaisie, l’irréel, c’est l’essence même du cinéma. Il n’y a qu’à regarder les fringues et les apparts des gens dit « normaux » dans les films « normaux », pour comprendre ce que je veux dire. Perso, je ne vais jamais au restau en Vera Wang, mais c’est peut être parce que je suis un peu radine, hein…
Hors, la méfiance à l’encontre de tout ce qui n’est pas « réaliste » ne date pas d’hier et de l’invention des effets spéciaux en digital.
Alors que les frères Lumière filmaient « L’Entrée d’un Train en Gare de La Ciotat », Méliès réalisait les premières œuvres fantastiques. Et déjà à l’époque, un simple intérêt poli salua celui qui est pourtant aujourd’hui considéré avec respect par les même milieux Téléramesques qui prétendent que l’animation, c’est niais.
Paradoxal, mais rassurant. Les Pierre Murat du XXIIème siècle diront sans doute que Robert Zemeckis était un grand réalisateur qui aura ouvert au cinéma la voie vers de nouveaux horizons.
Rien n’est perdu…


Le fantastique, dans ta face.

Si je vous fais tout ce laïus, et si j’en appelle finalement à Zemeckis, c’est bien à cause de la performance capture.
L’autre soir, j’ai eu chez moi une amorce de débat sur ce thème. Amorce parce que j’étais toute seule contre trois (dont deux qui bouffent du fantastique pour leurs quatre heures, et au petit dèj aussi) à défendre ce nouveau procédé, toute seule à dire que la 3D c’est génial (même si c’est aussi un bon moyen pour l’industrie du cinéma de se faire des sous sur le dos de nos lunettes gracieusement louées à prix d’or), toute seule à dire que le CGI, c’est le futur et que le futur avec lui s’annonce beau.


Un jour, on reparlera de la façon dont Cameron passe pour un réalisateur un peu niais, alors qu’il sait tout simplement parler des choses essentielles, renvoyant aux fondements des grands fondements de l’humanité. Dis comme çà, c’est un peu grandiloquent, mais Cameron filme la fin du monde comme personne, c’pas de ma faute…

Ce qui m’est apparu dans cette discussion, c’était avant tout la méfiance de mes interlocuteurs vis-à-vis de la performance capture. Une sorte de peur étrange, qui non seulement les poussaient à dire des choses comme « Pouah, les extraterrestres d’Avatar c’est JarJar Binks en à peine mieux » (j’ai failli décéder subitement en entendant çà), « mais les acteurs ne serviront plus à rien alors ! », et l’argument final « c’est la fin du cinéma ».

Chacun son point de vue. Je ne suis peut être pas un modèle de tolérance, mais je comprends bien que l’on se sente un peu méfiant. Seulement, la méfiance en question ne me parait pas vraiment justifiée.
Je vais donc tenter d’exposer mon point de vue en différentes étapes.

Etape 1 : « JarJar Binks en à peine mieux ».

Missa pas très contente d’entendre chose pareille. Missa vois rouge. Missa se sens des envies de meurtre à l’encontre de George Lucas se réveiller, même si çà n’a rien à voir avec le sujet.


Non, rien que de le voir, déjà…

Donc les N’avis, se sont des créatures animées comme les autres, si l’on suit ce point de vue (on les aura aussi traité de muppets ce soir là. Mais c’était de la mauvaise foi de Jedi Gris, un pouvoir redoutable qui fait peur même à Darth Vador).

Même si on m’avait payée, jamais je ne serais allée à « Avatar Day ». Tout simplement parce que je ne veux pas déflorer le film avant le 16 décembre. Je me suis donc contentée, comme mes interlocuteurs de ce soir là, de la bande annonce.
Sur ce que j’en ai vu, l’animation est ultra fluide. Les N’avis avaient une substance assez incroyable et m’ont semblé à des années lumières de Jar Jar Binks.
Ceci dit, je ne vais pas mentir non plus. Niveau mouvements, je n’ai pas vu de grande différence avec tout ce qui peut se faire depuis ces dernières années.
Le film confirmera ou infirmera ce sentiment, je ne vais donc pas développer sur la foi de deux minutes sur un écran de PC portable (d’autant qu’il est un film fait pour être vu en salle. J’entends déjà le « mais c’est égoïste, les gens qui peuvent pas se payer la place le verront jamais alors ! » Non, vu que s’ils ne peuvent pas se payer la place, y’aura pas non plus moyen pour le DvD. Fin de l’argumentation).

kermitt.bmp

Par contre, les humains m’ont littéralement scotchée, dans les quelques séquences animées où ils apparaissaient. Sans doute parce que j’ai un point de comparaison. Quand on aura vraiment rencontré les N’avis, je réviserai peut être mon jugement sur l’impression filmique (mais je crois que je peux courir, hein).

Je vais donc balayer d’un revers de la main ce qui a pu être dit ce soir là, en revoyant tout le monde au « Pôle Express » et à « Beowulf ».
Le fossé entre la performance capture 1.0 et 2.0 est énorme. On frise le 4.0 à mon sens.


Dieu que ce n’était pas beau.


 » Try with more teeth !  »

Et l’on en est encore qu’aux prémices. D’un point de vue strictement technique, sans entrer dans les aspects pointus que je ne maîtrise pas, le rendu est désormais bluffant.

Etape 2 : « les acteurs ne serviront plus à rien ! »

Le principe de la performance capture est au contraire de mettre l’acteur au cœur du processus.
Mieux que de longs discours, je vous renvois au making off de « Beowulf », éloquent quant à la liberté que ce procédé offre à la fois aux comédiens et au réalisateur.
Sans parler du coût de production allégé par l’absence d’un budget costume, ou décor.


Angelina Jolie, légère.

Car il ne faut pas non plus écarter l’aspect financier de la chose, lequel reste le nerf de la guerre, malgré tout. Donc un film qui verrait ses coûts de production chuter à cause de l’absence de décors, de costumes et de paysages ne se vendra pas moins cher en salle. Les producteurs, comme les réalisateurs (formant souvent d’ailleurs un monstre à deux têtes) ne sont pas de grands humanistes, il serait naïf de le croire ou de l’écrire. Le cinéma est, rappelons-le, une industrie.

Mais en laissant de côté cet aspect, pensons un peu à l’acteur, celui qui est censé disparaître de la surface du globe en même temps que le dernier ours blanc. L’acteur est bien au centre du processus. C’est sa performance qui est captée, ses mouvements, ses expressions de visage, sa voix. Les capteurs enregistrent tous ces éléments, libre ensuite au réalisateur de les appliquer sur la forme qu’il souhaite.

Dans son travail, l’acteur se trouve globalement libéré de tout un tas de contingences, comme les marques au sol, les angles de caméra. Il ne lui reste qu’à jouer, pendant que sa performance est enregistrée.
De même, il peut s’affranchir des maquillages, des tenues, et l’obligation d’être ultra glam’ (de toute façon, une fois la combinaison et les capteurs revêtus, dites adieu à votre sex-appeal), pour se concentrer uniquement sur l’essentiel, à savoir son personnage.


Ray Winston, concentré sur son sex-appeal.

Le procédé a aussi le mérite, puisqu’il s’affranchit de l’apparence de l’acteur, de pouvoir choisir des interprètes sur leur capacité de jeu et non plus partiellement sur le physique.
Voilà qui a permis à un acteur tel que Ray Winston d’incarner le jeune, musclé et fringant Beowulf, la solidité de son jeu servant parfaitement le personnage dont il est pourtant physiquement terriblement éloigné.

L’acteur n’est pas un oublié de la performance capture. Sans acteur, le procédé n’a aucun intérêt et on en revient, justement à Jar Jar Binks. La performance capture s’appuie, dépend totalement des humains.

Entendu également ce soir là : « les acteurs ne servent à rien si le réalisateur peut faire ce qu’il veut de leur performance. Il peut truquer leur jeu et dans ce cas, quel est l’intérêt ? »
Cette position, largement répandue sur le net également, est en faite générée par une méconnaissance de la nature du procédé (il faut dire que les grands médias n’aident pas non plus).
Le but n’est pas de déformer le jeu de l’acteur, bien au contraire, mais de le transposer sur un support physique différent. Sans ce parti pris de base de la performance capture, celle-ci n’existerait même pas.
Si l’on veut en effet créer un effet numérique qui se plierait totalement aux desideratas du réalisateur, et serait une directe émanation de ses intentions et de ses volontés, la performance capture n’aurait pas lieu d’exister.
Dans ce cas, il s’agit d’un effet spécial « classique », lequel existera sans doute toujours. Lequel faisait peur lorsqu’il est apparu, lui aussi, et qui maintenant semble bien être devenu la norme à protéger contre la performance capture qui apparaît comme une totale supercherie, alors qu’elle est sans doute plus proche de l’authentique que la créature animée ne le sera jamais.


« Rien de sera plus comme avant » : tu l’as dit bouffi.

Le conflit provient là du fait que la créature animée, le spectateur sait qu’elle n’est pas réelle. Il accepte instinctivement cette convention, parce qu’elle est un effet totalement virtuel.
La performance capture apparaît pour beaucoup comme une mascarade, une pantomime sans intérêt. Si l’on pouvait faire des créatures animées sans avoir recours à la capture de mouvement, pourquoi ne pas continuer ?
C’est oublier que les créatures animées sont bien souvent doublées par de vrais acteurs, lesquels apportent souvent beaucoup à leur avatar numérique. C’est oublier aussi que toutes les animations tendent de plus en plus à se rapprocher du réel, sans que cela ne choque personne, au contraire.


Cà c’est juste parce que je trouvais que çà manquait de Matrix dans ce billet. Ici Neo tord le cou aux idées reçues.

La défiance vis-à-vis de la performance capture m’apparaît souvent comme assez irrationnelle. Elle n’est qu’un nouveau moyen de faire de l’image, d’une façon qui satisfait le réalisateur, libre de placer par la suite ses personnages dans les décors qu’il veut, s’autorisant des angles et des prises de vue impossibles dans la réalité, et qui satisfait également les acteurs acceptant de s’y coller leur offrant une liberté de jeu qu’ils ne peuvent trouver sur un plateau.

Mais reviendra toujours sur le tapi le fait que la performance capture est une supercherie, parce qu’elle dissimule un vrai acteur camouflé derrière des effets numériques.

Pour mémoire, tout le monde applaudissait à deux mains Andy Serkis lorsqu’il incarnait Gollum.
Gollum n’était pas un personnage entièrement « capturé », mais une création numérique imprimée sur la performance réelle d’un acteur. La différence avec la performance capture est fine.
Et il y a à parier que Peter Jackson, s’il devait recommencer « Le Seigneur des Anneaux » aujourd’hui (sauf que non, tu vas pas le faire, Peter, sinon je hurle), utiliserait les capteurs, auquel il s’intéresse de près avec des potes depuis quelques années (ses potes Steven, George, James, et Edgar.).
Gollum ne posait de problème à personne. Pourtant, la performance d’Andy Serkis était bien retranscrite sur un personnage numérique (ses expressions faciales lors des gros plans ont été « capturées ».
Etrangement, la performance capture, basée sur le même principe, choque.

Or si l’on prend le cinéma classique, le concept de la supercherie est-il présent ? Et bien oui.
Rien n’est réel, au cinéma, sauf dans le cinéma des frères Dardennes, et là, je vais m’abstenir de tout commentaire.
La supercherie existe à divers niveaux. Dans des histoires rocambolesques, quand elles ne sont pas totalement fantastiques. Dans des décors, des costumes. Dans des acteurs qui jouent à être ce qu’ils ne sont pas.
L’essence même du travail d’acteur est de tricher avec le public. De faire croire qu’il est un agent secret, un baron de la drogue, un pilote de Viper (« Shut the frak up, Starbuck »), un président, une femme de ménage, que sais-je encore.

Cotillard, maquillée comme une voiture volée, reçoit un Oscar et un César, pour s’être déguisée en Edith Piaf. Et çà, ce n’est pas non plus une supercherie ? Ok, dire que Marion Cotillard est une bonne actrice relève plus de la mauvaise blague. Mais si l’on y réfléchit bien, quelle est la différence entre çà et les N’avis ? Ou avec « Beowulf » ?


 » Gollum ! Gollum ! « 

Le « nouveau corps » d’un acteur filmé en performance capture n’est finalement rien d’autre qu’un costume et un bon maquillage. Il n’y a guère de différence.

Etape 3 : « la fin du cinéma ».

La réplique suivante étant évidemment « mais la fin de quel cinéma ? ».
Parce qu’il convient là aussi de jouer sur les mots lorsque l’on défend ou dénigre la performance capture, le cinéma, c’est quoi ?

A priori, là comme çà, je dirais que le cinéma, c’est les Lumières, Méliès, Scorcese, Spielberg, Bergman, Lee (pas Apollo, l’autre), Coppola, Tarantino, Lasseter, Miyazaki, Leone, Ford, Lucas, Fellini, Disney, Mallick… Le cinéma, c’est aussi les frères Larrieu, les Dardennes, Dany Boon, Mickael Bay et Roland Emmerich.

Le cinéma, c’est l’art de l’expression en mouvement. C’est une forme d’art synthétique, alliant l’image, la couleur, le son, le texte, le jeu.


Ici, le côté artistique n’est pas hyper évident, je vous l’accorde. Mais c’est les Dardennes quoi. Festival de Cannes, et tout…

L’argument « fin du cinéma » ne me semble guère recevable que si l’on hiérarchise les divers formes de cinéma.
Si l’on considère que les westerns, les polars, les comédies, les drames, la fantasy, la science fiction, les films réalistes, les roads movies, les films d’horreur, les dessins animés, les films d’animation, doivent être classé par ordre d’honorabilité.
Ce qui revient, à mon sens, à nier l’essence même du septième art.
On a le droit de ne pas aimer certains genres. Par exemple, les Dardennes, ce n’est clairement pas ma tasse de thé, les westerns ne sont pas ma came non plus. Je ne vais pas pour autant aller dire que Sergio Leone ne réalisait que des purges.

Le seul argument qui se reçoive vraiment concerne la qualité des films en question. Comment peut-on dire par exemple que « Pearl Harbour », en tant que film de guerre, est plus noble que « Wall-E », film d’animation de science fiction ?


 » Film mièvre pour enfant, grossier mais possédant une introduction renvoyant au temps où le cinéma était muet. Ne vaut pas « L’Enfant » des Dardennes, quand même, hein. « 

Seulement, il faut bien le reconnaître, en France, la tendance est à classer les genres de films de cette façon.
Animé, c’est pour les enfants.
SF, fantasy, c’est pour les ados un peu cons.
Les Dardennes, c’est l’expression absolue de l’art cinématographique.
Et Spielberg est un type louche. Parce qu’on sent bien que ses films sont d’une puissance et d’une complexité folle, mais comme y’a des SFX dedans et que des fois çà parle de robots, d’extraterrestres et de fin du monde, çà veut forcément dire que ce n’est pas sérieux.


Pas sérieux : des robots, des effets spéciaux et des extraterrestres (en fait, y’en avait pas, les mecs, mais c’est pas grave).


Sérieux : absence de réalisation, du social, le Nord.

La faute de cet état des choses en revient à la presse, principalement, qui véhicule des idées préconçues sur les genres, histoire de pouvoir tout faire entrer dans des cases imposées par un besoin de formatage sans lequel, c’est sûr, les gens qui lisent le papier vont se mettre à paniquer, faute de repères dans la vie, la société, tout çà…

Ainsi, la performance capture a un double handicap. Non seulement, elle s’applique à des genres largement dénigrés, mais en plus, elle se base sur une technique « bâtarde » que l’on a un peu de mal à appréhender, faute du recul nécessaire.

Car oui, honnêtement, autant je suis très enthousiaste sur l’affaire, autant je sais bien que l’on ne retirera la substantifique moelle de la performance capture (et de la CGI aussi) que dans une bonne dizaine d’années, lorsque l’on aura accumulé autant de succès que d’échecs et tiré les enseignements qui s’imposent.

Il en était de même au moment du passage au parlant : « ah bah si les acteurs parlent, ils ne vont plus jouer, c’est sûr, puisqu’ils pourront faire passer les émotions par les mots. C’est la mort des acteurs ! »
Actuellement, ils se portent bien, je trouve, enfin, çà n’engage que moi, hein…
Mais la défiance est normale. Le problème c’est lorsqu’elle s’accompagne d’une condamnation sans appel.


 » Saltimbanque ! Tu as tué le cinéma !  »

Je précise, à toute fin utile, que la performance capture ne sert vraiment que dans le cas de films de SF ou de fantasy.
Ce n’est pas demain que Ken Loah ou les Dardennes, recouvriront Cantona ou Jérémy Rénier de capteurs.

Puisque c’est là que l’on me sert en général l’argument « Beowulf » : « c’était pas obligé de le faire en Performance Capture ! », je m’empresse de répondre que dans ce film, la forme servait le fond. Zemeckis a en effet bien compris la corrélation entre l’histoire que l’on raconte et la façon dont elle est narrée.
La performance capture ici, comme pour le cas du « Pole Express », était le mode de narration idéal pour un conte, ou un mythe, offrant au spectateur une plongée dans un monde différent du notre, créant une distanciation en même temps qu’elle créait le trouble, présentant des images animées bâties sur les prestations de vraies personnes.
Ainsi les personnages de « Beowulf » étaient des archétypes humains, évoluant dans un univers de légende, mais jamais aussi loin de nous qu’ils ne le semblaient de prime abord.


Dis donc, Grendel, tu pourrais rester poli !

La performance capture n’est jamais qu’un nouveau moyen de faire de l’image numérique, en bénéficiait qui plus du jeu de vrais acteurs, posant désormais plus que leur voix sur une créature à laquelle ils sont capables de donner vie.

Etape 4 : « quelle est la valeur de la performance d’un acteur si le réalisateur travesti la réalité ? »

Encore une fois, la performance capture n’est en fait qu’un costume et un maquillage digital.
Encore une fois, je renvois aux exemples classiques : Cotillard dans « La Môme » est très moyenne, comme d’habitude, Andy Serkis porté au nues pour Gollum, le moindre grand acteur un peu grimé qui peut se manger aujourd’hui un Oscar (à tort ou à raison)…

Non seulement le cinéma se nourrit du grimage, mais il a pour habitude de l’honorer, de le distinguer.

Lorsque la question de la valeur des prestations en performance capture est abordée, vient inévitablement la réponse : « on n’en est pas là… » suivie de « pas encore, mais çà viendra bien un jour, on récompensera des gens qui ont joué en performance capture, mais comment juger de leur performance réelle ? »

Et bien assez simplement. Si pour l’instant, on ne peut guère s’extasier devant la perfection du jeu d’un acteur « capturé », le procédé allant en s’affinant, il est évident que dans quelques années, nous serons sans nul doute en mesure d’en juger.
Mais d’ici à ce que l’on voit nominé aux Oscars ou au Césars de tels rôles, il y a une marge.

Premièrement parce que l’académie est, comment dire… Académique.
Que « Le Seigneur des Anneaux » n’a pas vraiment crée en précédent et que de toute façon, malgré de multiples nominations, à part Ian Mc Kellen pour l’ensemble de son œuvre, la dite académie n’a pas eu le courage d’élire d’autres membres de casting pour concourir dans la catégorie meilleur acteur dans un second ou premier rôle.
Si l’on considère que la performance capture concernera surtout/essentiellement les films fantastiques, il est peu probable que l’on voit un jour un acteur nominé pour avoir revêtu la combinaison de capteurs.

Et puis ce qui est très amusant, c’est que la remarque « quelle sera la valeur… » vient souvent de personnes qui prétendent n’en avoir rien à faire des cérémonies de remise de prix, ne leur accordant guère de valeurs (et ils ont d’ailleurs bien raison).

Conclusion.
Pour ma part, mais vous qui passez depuis longtemps sur ce blog le savez bien, je suis plus que favorable, et assez enthousiaste devant les potentialités offertes par la performance capture.

Savoir qu’elle pourra déchainer la créativité des réalisateurs tout en permettant aux acteurs de jouir d’un confort inédit me fait croire que le cinéma a de très beaux jours devant lui.
La perspective de voir les Cameron, Spielberg, Jackson, et Raimi (qui devrait y mouiller le bout des doigts dans « WoW ») s’en emparer me faire personnellement rugir de plaisir.

Et une dernière fois, pour rassurer les sceptiques, la performance capture n’est qu’une nouvelle façon de faire des effets spéciaux. Elle ne menace pas les acteurs de chair et d’os, ne va pas pervertir l’ensemble de la production mondiale.
Elle ouvre simplement de nouveaux horizons, étendant le champ des possibles d’un medium qui ne cessera pas de si tôt de nous surprendre.

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