« Dammit Pete, I’m a king, not a doctor ! »

I remember, the quelque chose of December, cela faisait plus de six heures que j’étais assise dans la même salle de cinéma, la faute à une brillante idée consistant à sécher deux heures de td d’histoire médiévale pour me consacrer à la journée « Seigneur des Anneaux ».
Non sans avoir brillé lors des jeux concours suivant la diffusion des versions longues de FoTR et TTT (j’avais gagné des pièces « Seigneur des Anneaux », sur le dos d’un maréchal du Riddermark et un livre sur celui de Glorfindel, je crois bien…), et après avoir mangé un pauvre sandwich, je m’étais réinstallée, entre Typhenn et le Jedi Gris, puisque les choses sérieuses allaient enfin commencer. Here comes the king.

Sachant que la version longue de TTT ne m’avait pas follement emballée, j’aurais du me méfier. Et me douter que quelque chose allait se passer dans RoTK.
Enfin je devrais plutôt dire, que rien n’allait s’y passer.

Parce que l’enfant naïve de vingt ans que j’étais, pensait que ce film serait l’apothéose et que puisqu’apothéose il devait y avoir, celle d’Aragorn, à savoir les Maisons de Guérison, y serait forcement.

In memoriam, rapellons ce que sont les Maisons de Guérison dans le livre :
Après les champs de Pelennor, Aragorn et les dunedains établissent leur camp hors de la ville de Minas Tirith, dans laquelle Grand Pas ne veut entrer que lorsqu’il sera reconnu roi par son peuple.
Lequel peuple est dirigé depuis des lustres par des intendants et n’a que peu de nouvelles des descendants d’Isildur.
Aragorn a de sérieux doutes quant à la façon dont il sera reçu, scrupules honorant le grand homme qu’il est.
Sauf que.
Sauf que Gandalf a de bien mauvaises nouvelles. Eowyn a été retrouvée presque morte sur le champ de bataille, tout comme Merry. Et Faramir n’est pas beaucoup plus frais.
N’écoutant que son grand cœur, Aragorn se cache sous un grand manteau et se rend dans la Cité Blanche pour tenter d’y sauver les blessés.
Car comme le sait Gandalf, Aragorn est le roi du Gondor. Il est donc, comme nous le savons depuis la Communauté de l’Anneau, un guérisseur, qui connaît le pouvoir des plantes. Mais il semblerait bien qu’en plus de cela, son état de roi lui confère un don supplémentaire.

Une fois au chevet d’Eowyn, la plus touchée des trois, Aragorn demande de l’athelas à une vieille, personnage récurrent du siège de Minas Tirith. Bavarde, celle-ci agace un brin Aragorn en tergiversant trois heures avant d’aller lui apporte sa fichue plante.

Grand Pas annonce qu’il ne pourra pas réparer le bras d’Eowyn (l’arnaque ici…), mais que le plus grave est le désespoir dans lequel elle a sombré, en partie à cause du Souffle Noir, mais aussi, reconnaît-il confus, un peu à cause de lui.
Mais le pouvoir et l’espoir incarné par le roi Elessar parviennent à ramener Eowyn parmi les siens.
Aragorn lui prescrit du prozac, et passe à Faramir, puis à Merry. Toujours avec de l’athelas (plante dont on connaît les vertus depuis l’attaque du Roi Sorcier contre Frodon, sur le Mont Venteux), toujours en « rappelant » les malades à lui. La vieille et le maître des Maisons, le reconnaissent alors comme le roi et répandent dans toute la ville le bruit de son retour.

La suite de l’action dans les maisons tourne principalement autour de la convalescence d’Eowyn, qui a tout l’air d’une patiente très très pénible. A peine sur pieds, la voilà qui demande ses armes, crie que c’est un scandale de la laisser ici, maudit son roi, son frère, son autre roi, le Rohan et tout le Gondor de la faire croupir dans cet hôpital moisi, puis va ronchonner dans les jardins.
Son caractère fort et sa tristesse touchent Faramir, qui lui propose son aide pour tuer le temps. Leurs mélancolies finissent par les rassembler et puis finalement, par les réunir, avant qu’ils ne parviennent à les dépasser et ne décident de changer leurs vies à l’aube du nouvel âge.

Les Maisons de Guérison sont un passage obligé du Retour du Roi, la légitimation nécessaire d’Aragorn devant son peuple, reconnaissant en lui l’héritier d’Isildur, leur souverain de droit, en plus du chef de guerre qu’il leur a imposé en remportant la bataille des champs du Pelennor.

Elles sont de plus la conclusion des destins d’Eowyn et de Faramir, deux personnages terriblement attachants dans le livre, qui trouvent une forme de sérénité pendant une convalescence avant tout spirituelle. L’apaisement enfin trouvé par ces deux figures est un des moments les plus aériens du livre, au milieu du chaos et de l’incertitude ambiante.

Et oui, je croyais donc que je verrais çà.
Pas tout çà, je ne suis pas aussi naïve, mais du moins une bonne partie. Or, le générique de fin est arrivé (« On ze horaïzôôôôôôôn !!!! »), et j’attendais toujours les Maisons de Guérison.

Je me retourne vers mon Jedi : « WTF ? », vers Typhenn : « Une diversion ?!? », et réalise avec horreur que non, la scène n’y était pas.
Puis avec une poussée de sueurs froides que le film était tout de même drôlement inégal.
Mais passons sur le sujet.

Après m’être vengée de toute la salle en emportant le gros lot du jeu concours sur la question : « Quels rois des hommes accompagnent Aragorn à la Porte Noire ? » (j’ai été fair play, j’ai entendu qu’une dizaine de noobs se plantent avant de lever ma main de winneuse, nananère), je suis donc rentrée chez moi digérer l’absence des Maisons.

Un an plus tard, je me jetais sur mon édition version longue en savourant à l’avance « raaah, cette fois, elles y sont… ».
Elles y étaient.
Les voilà.

C’est étrange la vie. Plutôt que de voir çà, j’aurais préféré qu’il n’y ait rien.
Honnêtement, c’est nul non ? Pas étonnant que çà ait été coupé au montage.

Dans un premier temps, il y a la chanson de Liv Tyler. Cette fille fait vraiment le mal partout où elle passe. C’est sirupeux, chanté avec une voix de fausset, niaiseux, so Liv Tyler en somme.

Etant à moitié sourde, limite la musique, je peux toujours faire semblant de ne pas l’écouter.
Par contre, j’ai encore des yeux pour voir.

Déjà pour voir Karl Urban qui court au ralenti. Je déteste les ralentis, sauf s’il y a Karl Urban dedans. Donc rien à redire sur la découverte du corps d’Eowyn, çà nous épargne la longue diatribe affligée d’Eomer dans le livre : « T’en as pris plein la tronche quand même, çà doit faire mal… ». En substance hein.
Le raccourci chez Peter Jackson, est efficace, beau, grand, viril, et au ralenti. Donc tout va bien.

C’est après que les choses se gâtent.
Aragorn arrive dans un genre d’hôpital de campagne, tamponne Eowyn avec un chiffon, la réveille, et s’en va.
Pendant ce temps, Karl Urban, toujours au ralenti, joue très mal le type inquiet.

Après le réveil d’Eowyn, j’ai presque envie de dire que c’est fini. Nous ne retrouverons Aragorn que dans la salle du trône (avec Gimli assis sur celui de l’intendant ?!?), échafaudant un plan diabolique, trop compliqué pour un elfe.

Pendant ce temps, Eowyn se lève au ralenti, secoue son bras qui n’est plus du tout cassé au ralenti, va se balader dans les jardins au ralenti, pendant que Faramir, planqué derrière une colonne, la mate. Toujours au ralenti.
Et David Wenham joue très mal le mec qui mate la fille. Il a surtout l’air d’un pervers. Un pervers au ralenti.

Bonne fille, j’accorde à Peter Jackson le fait que le développement sur Faramir et Eowyn, tel qu’il est présenté dans le livre, aurait sans doute pris trop de place. Encore que, deux trois scènes bien torchées, et sans ralentis, auraient peut être pu esquisser leur rapprochement.
Leur premier et dernier dialogue dans le film est d’ailleurs un très beau moment.

Mais Aragorn ? Pauvre petit dunadan, espongeur de front des damoiselles en détresse… Il est beau le roi. D’ailleurs, au moment où Eowyn est en train de fondre devant Faramir, lui s’apprête à décapiter sauvagement un aveugle.
Que de prestige…

J’avais pensé, à tort, que le pataquès fait autour de l’athelas dans FoTR servirait à introduire l’usage de cette plante dans RoTK. Souvenez-vous d’Aragorn décrivant la plante à Sam et allant lui-même en cueillir.
Pourquoi tout ce cirque ? Pour le plaisir d’aller le mettre dans une fausse situation de danger lorsqu’Arwen lui colle son sabre sous la gorge ?
Ou alors une vraie scène des Maisons de Guérison était-elle prévu, mais n’a pas pu être menée à bien, faute de temps dans RoTK ?

Dans ce cas, pourquoi avoir tout de même tenu à réaliser celle que nous avons vu ?

J’en viens à me demander si la scène en question n’est pas la vision que Peter Jackson avait tout bonnement du passage dans le livre.
Sans quoi, il se serait tout de même fendu pour la version longue d’une scène qui vaille la peine d’être vue.
Laquelle scène aurait été tournée, si l’on suit les dires de Philippa Boyens dans les bonus « pour les fans« . Ben les fans ne vous disent pas merci…
Quand on sait combien de plans ont été retournés juste avant la sortie des films, on peut se poser de sérieuses questions sur la compréhension que PJ avait du livre.
Autant certains raccourcis faciles sont excusables (Tom Bombadil, Denethor pour citer les plus évidents), autant celui-ci, concernant le personnage d’Aragorn, me laisse un peu sur la réserve. Une réserve agressive, un ressentiment éternel.

Du entièrement au fait que la scène existe telle qu’elle est. J’aurais préféré ne rien voir. Ou alors si, mais uniquement cinq minutes de meublage avec Karl Urban au ralenti.

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