«Baguette en allemand, çà s’écrit avec un P.»

Il faut tristement rajouter du bois sur le bûcher, car une nouvelle fois le petit Potter s’est vu sacrifié honteusement sur l’autel de la nécessaire adaptation, sans laquelle un succès littéraire n’est plus un succès.
Je crois que définitivement, j’en resterai à «La Coupe de Feu», Potter number 4 donc, et meilleure adaptation jusqu’à présent d’un tome de la saga, bonne synthèse de l’ambiance, de l’histoire et des états d’âme des héros.

J’avais déjà, il y a deux ans, exprimé mes doutes quant au choix de David Yates pour réaliser le «Prince de Sang Mêlé», après le déplorable «Ordre du Phoenix», foutraque et déséquilibré au possible.

Et bien cela n’a pas raté. A nouveau, on voit la psychologie des héros se faire sabrer. A nouveau, les évènements majeurs se font expédier en deux temps trois mouvements.
A nouveau, le film ne rend en rien hommage au roman de JK Rowling.

Alors que « Le Prince de Sang Mêlé » est le livre le plus politique de la saga, thème largement introduit dans «L’Ordre du Phoenix» au travers de Dolores Ombrage, le film évacue d’emblée cette dimension pourtant majeure en n’offrant en tout et pour tout qu’une petite scène d’introduction totalement inutile et jamais suivie de conséquences pour le reste de l’histoire.
Exit les pressions sur le ministère de la magie. Exit les attaques et les accidents provoqués par les Mange Morts. Exit leurs opérations de recrutement acharnées.
Voilà mis au rencart le cœur de l’œuvre de Rowling, contant non pas les aventures initiatiques d’un jeune garçon (enfin pas que) mais les mécaniques de l’émergence d’un régime totalitaire.

« Harry Potter » a toujours été une forme de nazisme expliqué aux enfants. Un récit multipliant les mises en gardes, les appels à la vigilance.

Dépouillé de cette dimension, le film bascule donc dans l’enchainement vide et inutile de séquences dépeignant une année scolaire classique, au cours de laquelle les héros vont vivre des trucs d’ados, lesquels sont plutôt amusants à regarder, du reste (sauf si vous êtes un jeune type de 17 ans. Mon cousin n’a pas apprécié le regard volontiers moqueur porté sur ces débilos sa classe d’âge).

Yates reproduit en prime les travers de son précédent opus. La dimension psychologique, absente, ne révèle jamais le « Dark Harry » que les tragédies de « L’Ordre du Phoenix » et de « La Coupe de Feu » avaient contribué à former. La mort de Sirius Black, si mal amenée dans le film précédent, continue à n’avoir aucune incidence sur la suite de récit. Harry semble s’en fiche comme d’une guigne, et passe avec une facilité déconcertante à autre chose.
S’il n’y avait les images de la sortie de Département des Secrets, après le duel contre Voldemort, en ouverture du « Prince de Sang Mêlé », on pourrait presque oublier l’assassinat de Sirius.

Les enjeux autour du secret du Seigneur des Ténèbres, abordés par-dessus la jambe, mènent à un final en forme de cheveu sur la soupe.
Ceci dit, la scène de la potion et de l’attaque des Infernos est une réussite certaine. Mais mal introduite, elle perd de sa force, entrainant le reste du film dans un enchainement d’évènements mal scénarisés, à peine mieux filmés, et sans la plus petite once de charge émotionnelle.

On en viendra à regretter les trop longues scènes autour des amourettes des héros (le duo Harry-Ginny, bien que nécessaire pour la suite n’est pas crédible une seconde), au détriment d’une intrigue riche et de plus en plus complexe.

Je me permets tout de même de spoiler sur l’Evènement final, un ratage à la limite du scandale.
Que l’on nous bousille Dumbledore, soit. Le livre offrait un long calvaire au vieux magicien, une lente agonie de douleur et une très perturbante scène de supplication de la part du mage le plus puissant face à son exécuteur, un Rogue froid et méthodique révélant alors sa véritable allégeance.

Gigantesque patatra. Dumbledore se fait descendre au propre comme au figuré en un coup de baguette magique, sans sommation, et en déclamant avec une conviction pitoyable une réplique ne permettant pas de laisser le moindre doute sur le sens réel de la scène, un milliard de fois plus ambiguë dans le livre.
Scène sauvée du naufrage par l’immense Alan Rickman, toujours aussi fabuleux, même dans le déplorable « Gnééééé, je SUIS le Prince de Sang Mêlé ! » (Révélation finale inutile, pour la bonne et simple raison que le Prince en question, tout le monde l’a oublié depuis une bonne demi heure), le happening qui fait « pshiiiit ».

Ce gros patachon de David Yates étant reconduit dans « Les Reliques de la Mort », je crains que Dumbledore ne soit donc mort pour rien. Je crains que les cadavres qui jonchent le livre ne se fassent enjamber comme si de rien n’était par Harry le Roxxor Qui N’a Peur de Rien.
Je crains surtout que le sacrifice d’une certaine personne ne sombre dans les limbes d’un scénario incapable d’identifier ses priorités.

Note : *

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