Par où t’es rentré, on t’a pas vu sortir ?

Il y a des matins comme çà, on l’on regarde son grille-pain avec un soupçon de suspicion dans l’œil. Où même un fer à repasser vous semble avoir fomenté un odieux complot visant à ne pas le lisser, ce fichu faux-pli.
Oui, il y a des jours où les machines vous semblent liguées contre vous.
Vous savez quoi ?
Peut être bien que c’est vrai.

Récemment, j’ai été initiée, par le biais d’une ancienne connaissance du lycée, à un concept dont le nom m’était étranger mais que je connaissais en réalité très bien : le geekasme.
Pour vous la faire courte, prenez le sauvetage sur New Caprica dans la saison 3 de « Battlestar Galactica ».
Prenez le vol du dragon dans « Beowulf ».
Prenez la trois cent quarante septième fois du « Luke, je suis ton père » (marche à tous les coups. Indissociable du « Nooooooooooooon !!!!!! » évidemment.).
Ou la chevauchée de Rohirrims (oui, celle du film. Et puis celle du livre aussi, surtout la charge sur les mumakils, parce que raaaaahhhh…).

Et vous avez un geekasme.

Tout çà pour vous dire que dans « Terminator Renaissance/Salvation » (quand je serai présidente des Douze Colonies, je les virerai tous, ces traducteurs), çà a presque failli le faire. Mais le hic, c’est juste le « presque ».

M’étant volontairement tenue la plus éloignée possible de toute info concernant ce film (que l’on pouvait connaître par cœur bien avant sa sortie, rien qu’en brassant les vidéos et les spoilers contenus par le web), c’est donc avec une simple bande annonce en poche que je me suis rendue mater des machines en salle.

Je vous épargne le résumé des épisodes précédents, je crois que tout le monde en connaît les droites lignes : « Oh mon Dieu, je suis poursuivie par un cyborg ! », suivi de « Oh mon Dieu, je suis protégé par un cyborg », suivi de « Oh mon Dieu, il faut sauver le soldat cyborg de la cyborg ! ».
Le principe de Terminator étant de faire des enjeux majeurs d’une guerre future, un combat dans le présent.

« Salvation », tout en se posant comme un bon divertissement sympathique et dans l’ensemble bien fichu, a ceci de déroutant qu’il brouille les cartes de la franchise, en choisissant une action exclusivement située après le Jugement Dernier.
Progression logique me direz-vous, si l’on suit l’histoire depuis le début. De toute façon, le soulèvement des machines était inévitable. Le seul enjeu étant la survie de John Connor.

Tenez, John Connor, parlons-en un peu. Sorte de messie (ses initiales parlent pour lui), dernier espoir de l’humanité, il n’était, du moins dans sa version futur, bien souvent qu’une fugace évocation, un leader charismatique dont l’absence et les rares apparitions contribuaient à lui créer une image toute particulière.
Mis ici au centre, ou devrais-je dire dans un des centres du récit, Connor subit une désacralisation qui n’a rien de gênante en soi, mais qui peu surprendre, pour peu que l’on se place dans la continuité des opus précédents.
Comprenez que l’on passe trois films à se faire expliquer que John se cache, change sans cesse de planque, parce qu’il faut le protéger plus que tout, et que « Salvation » passe le plus clair de son temps à nous l’exposer.
Et l’on ne peut même pas y opposer l’argument selon lequel il n’aurait pas conscience de son destin.

Si Christian Bale a tout ce qu’il faut pour tenir ce genre de rôle, j’ai eu la surprise de le voir se faire tout de même éclipsé deux fois dans le même film. D’abord par Bryce Dallas Howard, alias Kate Brewster (çà a tout de même plus de classe que Claire Danes), quand bien même son rôle est peu développé et ses scènes rares.
Ensuite, par Sam Worthington, qui a le privilège de jouer le personnage le plus intéressant et le plus attachant du film, mais qui, c’est ballot, ne reviendra pas dans les deux prochains.

Autour de Marcus, se brode le thème de la machine humaine, de la perte puis de la découverte de l’identité. Dans le genre, et sans parti pris aucun de part, çà fonctionne nettement mieux que le « So, we are Cylons ? Damned… » dans Battlestar Galactica (Ron, je ne me vengerai jamais assez. C’était trop moche, ce que tu m’as fait).
De loin la ligne narrative la plus intéressante, elle croise donc celle de Kyle Reese, offrant ainsi un genre de construction inversée du premier « Terminator ».

Comprenez qu’à l’origine, Kyle devait sauver Sarah Connor, et accessoirement lui montrer une estampe japonaise du futur dans sa chambre de motel, histoire de protéger la vie de John Connor.
Idem dans le second film, John est la mission, l’élément que l’on doit protéger à tout prix.

Ici, c’est John, le fils donc, qui doit sauver son père, Kyle, alors encore adolescent et plus vulnérable que Connor lui-même.

Ceci dit, on ne notera plus grand-chose. Beaucoup de pistes narratives, quelques idées intéressantes (mais déjà vues aussi) comme la relation entre Marcus et Lune Bonsang, mais dans l’ensemble, pas de quoi fouetter un chat.


« Je serai ta Sharon et tu seras mon Helo. Enfin, l’inverse… Enfin, j’me comprends… »

Ah si, c’est nettement mieux réalisé que « Star Trek ». Pas dur, me direz-vous, mais il faut noter l’effort d’avoir calé quelques plans séquences pour le côté docu en première partie.
Mc G ne peut toutefois pas s’empêcher d’abuser de la shaky cam. Avec le temps, nous apprendrons tous à secouer de la tête au rythme de l’image pour espérer apprécier un film correctement, je supposer.
S’il existe quelques scènes assez sympathiques sur le papier (l’attaque de la station service et la poursuite vers le pont), à l’écran, elles font légèrement « pshiiiit ». Jolies, elles ne m’auront pas emballée plus que cela finalement.
Non, de « Salvation », j’emporterai autre chose.

Là où toute la salle frôle le geekasme mais n’y parvient pas la faute au reste du film qui ne décolle pas, c’est bien lors du retour du héros, Schwarzy ressuscité par l’effet spécial.
Ah oui, il faut bien dire que sans lui, « Terminator » n’est plus le même. Se sera comme vouloir refaire « Conan » sans lui, par exemple (Quouâh ? Ils vont le faire ?) ou « Alien » sans Sigourney Weaver (Comment ? Cà aussi ils vont le faire ?).
Mais il reste dommage que le grand frisson n’arrive qu’à ce moment là, et encore plus triste que la seule personne qui vous fasse presque vous levez du siège soit une saleté de cyborg. Flûte, « Salvation » aurait du être le film de la Résistance, non ?

Mais entre John Connor, sans doute surexposé, et Kyle Reese qui n’en a pas encore assez sous le capot, la Résistance reste en retrait, totalement mise en rencart par Marcus, le seul à présenter un vrai intérêt.
Et considérant la fin du film, il parait fortement improbable que celui-ci revienne pour la suite de la trilogie.
Il va donc falloir se secouer les puces, les gars.


« -Tu es mort, Arnold ! »
« -Mais madame, vous êtes blonde… »

En parlant de trilogie, je me permets de saluer bien bas le flair de limier d’Anton Yelchin et son talent pour avoir réussi à se faire embaucher à la fois dans « Star Trek » et dans « Terminator ».
Si les suites de ce dernier finissent par se faire (rien n’est encore sûr), cela lui assurera un full time job pour au moins quatre ans encore.

Et si je devais résumer mon sentiment général, je dirais que « Salvation » donne surtout envie de revoir les opus précédents.

Note : **

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