« Phantom Menace… It still hurts. »

Lorsque l’on a une formation d’historienne, on aime souvent les vieilles choses. J’ignore s’il s’agit d’une déformation professionnelle, ou d’un penchant naturel induisant le choix de vos études supérieures, mais toujours est-il que le phénomène se vérifie encore et encore.
C’est une des raisons pour lesquelles j’adore les robes vintages, les chansons des années 30, que je ne bosse que dans des musées, que je continue à regarder les Tudors envers et contre tout (l’autre raison était Jonathan Rhys Meyer, argument m’autorisant à ne plus jamais me justifier de ma vie quant à mon addiction malsaine pour cette série).
C’est sans doute aussi pour cela qu’au lieu de me tenir au courant des nouveautés en matière de série, comme je ne sais pas moi, regarder « Friday Night Lights », « Mad Men » ou « Dollhouse », je me complais dans l’exhumation de programmes plus diffusés depuis longtemps, voir arrêtés faute d’audience et de pognon.
Aujourd’hui, c’est à l’une de ses séries mortes que vous allez avoir droit.

Car il fut un temps avant « Big Bang Theory ». Il fut même un temps avant « The IT Crowd », même si c’est dur à envisager.
Un temps où il existait déjà des séries de geeks, qui avaient à l’époque le mérite d’être faite pour et par des gens vraiment barrés. Des gens qui sont du genre à réaliser par la suite des pastiches brillants et tendres des films de zombies, par exemple.
Des gros barrés payant pour se rendre aux conventions Star Trek. Par exemple toujours.

Ces gens, nommés Simon Pegg, Edward Wright et Jessica Stevenson, commirent, entre 1999 et 2001, un objet télévisuel très particulier, sobrement baptisé « Spaced ».

Tim (Pegg) et Daisy (Stevenson) se retrouvent le même jour lâchés par les aléas de la vie, dans l’univers impitoyable de la recherche d’appartement à Londres. Alors qu’ils sont de parfaits inconnus l’un pour l’autre, ils décident se faire passer pour un couple afin de correspondre parfaitement à une petite annonce proposant un appartement leur faisant envie tous les deux.

Si vous êtes fin observateur, les années 1999, 2001, en matière de soap, doivent pour vous automatiquement rimer avec « Friends ».
Si « Spaced » ne collectionne guère de points communs avec la sitcom américaine, elle s’inscrit cependant bien dans un genre voisin (mais visez un peu ce jeu de mot !!!), tout en sachant rester à la fois terriblement britannique et radicalement particulière.

Si j’ai mis un peu de temps à m’accrocher à « Spaced » après un premier épisode que je n’avais pas trouvé franchement convainquant, je me suis finalement laissée faire pour les sept épisodes que compte la saison 1, adoptant peu à peu cette bande de doux dingues.

Tim, dessinateur de comics, est le créateur d’un super héros changé en ours mutant par les expériences contre nature du Doktor Mandrake. Bien que passionné, Tim n’a jamais tenté de vendre son travail, de peur du regard des autres sur son œuvre. Il travaille donc dans un comics books store auprès de son ami Bilbo.

Daisy se prétend journaliste mais l’usage de sa machine à écrire produit sur elle un état de profonde somnolence.

Leur propriétaire, Marsha, est une gentille alcoolique, toujours dans les brumes de sa cigarette et en perpétuel conflit avec sa fille (que l’on ne verra vraiment jamais).
Au rez de chaussé de la maison, Marsha loue un autre appartement, dans lequel se cloitre Brian, artiste peintre dérangé avec qui elle entretient une liaison basée sur des tas de choses, en particulier la peur panique que semble inspirer Marsha à Brian.

Complice indissociable de Tim, Mike (Nick Frost, complice indissociable de Simon Pegg à la ville et cela se ressent à l’écran), est un ancien de l’armée au chômage suite à une sombre histoire d’invasion de la France. Passionné par les armes, le paint ball et les combats de toute sorte, il forme avec Tim un duo lié par un mystérieux évènement passé auquel les compères font constamment référence.

Si l’on met de côté une réalisation plutôt léchée pour un tel format, « Spaced » se distingue par un humour révérenciel, un brin trop parfois peut être, s’adressant à un public averti capable de détecter les allusions, pastiches, et autres citations. Le résultat de ce joyeux brassage culturel est une couleur à la fois surréaliste et étrangement familière, reflet d’une génération nourrie aux jeux vidéo, à la bd et au cinéma de genre.

Bien écrite, bien réalisée, bien jouée, « Spaced » a décidément tout d’une grande (ce qu’elle fut en son temps, du reste) qui se laisse découvrir en quatorze épisodes dont le ton, résolument britannique, sait décrire avec justesse des situations universelles.

Note : ***

PS : voilà pour le titre.

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