La Sartine qui bouchait le Vieux Port.

Je suis drôlement en forme question jeux de mots en ce moment moi. Tellement que j’en suis réduite à puiser dans le folklore phocéen. Si c’est pas la misère.
Me consolant du mieux que je peux en me disant que ce titre là, de toute façon, me tendait les bras, je me lance donc, séance tenante, dans une critique espiègle et acidulée de « Nicolas Le Floch ».
Espiègle et acidulée. Oui.

Jadis, naguère, autrefois, Nicolas le Floch était un inspecteur de police, sous le règne de Louis XV. Que du bonheur en perspective, « qui a volé la perruque de la duchesse ? », « Monsieur de Bois Joli a glissé sur un macaron », ou « ciel, où est donc mon bilboquet ? » et autres joyeusetés.
Non, je suis méchante. Très méchante.

Techniquement, je n’en veux pas trop à Nicolas Le Floch, lui et moi ne nous connaissons pas encore très bien, n’ayant lu que « L’Enigme des Blancs Manteaux » où l’on fait connaissance avec ce petit breton pur beurre expédié de Guérande à Paris par son généreux et noble parrain, pour y intégrer la police sous les ordres de Monsieur de Sartine.

Suite à la disparition d’un de ses supérieux, qui se trouve être aussi son logeur, Nicolas se voit confier sa première vraie enquête. Même qu’on lui donne des lettres de cachets et qu’il peut frimer avec. Entre deux interrogatoires, Nicolas boit du chocolat, va chez son tailleur, discute philosophie et se fait taper dessus.
Ses journées sont bien remplies, ce qui fait progresser l’enquête de façon relativement fluide, avec un auteur assez intelligent pour nous embarquer dans quelques fausses pistes suffisamment tordues ne se moquant pas du lecteur.
Certes, on anticipe souvent certains rebondissements.
Oui, le développement final de l’enquête est tellement téléphoné qu’on croirait un centre d’appel.

Cela dit Jean-François Parot est fort.
S’il n’est pas toujours très original dans la création de ses personnages, il maîtrise à merveille le cadre et l’époque dans lesquels évolue son héros, conférant une ambiance vraiment agréable et vivante au roman.
Tout en se vautrant allègrement dans les indications géographiques trop détaillées. Marre de ses auteurs qui se prennent pour des Tom Tom : « Alors il tourna à gauche dans le rue du Salpêtre qui débouchait sur la place Glaviot. En contournant la statue du général Gloubis, il s’engagea dans la ruelle Blanc Manger qui s’orientait sud-sud-est… ».
J’exagère à peine.

Si l’on exclut ce petit défaut qui a le don de m’agacer au plus haut point, et si l’on y superpose les descriptions de Paris du « Parfum » de Süskind, l’effet « machine à remonter le temps » est garanti.

« Nicolas le Floch » se situe dans la grande tradition plus volontiers britannique des enquêteurs du passé, au coude à coude avec les Cadfael, Corbett, et la tripotée des Anne Perry.
De fait, le résultat est presque le même : on s’amuse beaucoup de ces créations bien documentées qui ne laissent pas l’intrigue de côté pour autant.

La seule chose qui me dérange un peu reste, et c’est ballot, Nicolas lui-même. On pourra me dire ce que l’on veut sur son jeune âge, sur le fait qu’il s’agit du premier roman de la série, à prendre comme un coup d’essai, je n’arrive pas à m’enlever de l’idée que ce personnage est terriblement lisse.
Comprenez que Nicolas comme tous les Bretons est intelligent, gentil, plein de sens moral, dévoué, galant, fidèle à sa parole, juste, élégant, racé, humble… Stop.
Arrivée à la fin de « L’Enigme des Blancs Manteaux », c’est bien simple, je n’en pouvais plus.
S’il lui arrive de commettre quelques erreurs de débutant, celles-ci ne sont que rarement sujettes à conséquences (du moins rien de dramatique).
Quand il rencontre des gens, il sait toujours comment leur parler et il ne met jamais les pieds dans le plat.
Tous ses amis sont gentils, pleins de sens moral, dévoués, galants, fidèles à leur parole, justes… Je pousse sans doute le bouchon un peu loin, mais c’est l’idée.

Nicolas manque à mon goût encore un peu de personnalité pour devenir vraiment attachant, mais j’ose espérer que cela s’arrangera par la suite. Il serait dommage de me priver de ces enquêtes bien menées et ma foi élégamment écrites, dans un style très poche de celui de l’époque, à cause d’un fichu voleur de châtaignes…

Note : **

PS : les voleurs de châtaignes sont ceux qui vivent de l’autre côté de la Vilaine.
PPS : pour le côté acidulé, il faut chercher du côté de la tarte au citron que je suis en train de faire, en suivant la recette de Katherine Mayfair. Y’a intérêt qu’elle soit à tomber par terre.
PPSS : « Nicolas Le Floch » a été adapté pour la télévision et diffusé sur France 2 il y a environ deux ans. Les illustrations de ce billet proviennent toutes des téléfilms en question.

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