Les Voleurs de l’Ombre.

Depuis que j’ai découvert que j’étais une criminelle grâce à Christine Albanel, je m’en suis posée des questions sur la légalité, la riposte graduée et la licence globale.
De façon générale, sur ce débat, je laisse faire, sans monter au créneau, rien.
Normal, je sais que tôt ou tard, le téléchargement légal gagnera, par le biais d’une licence globale quelconque, laquelle sera sans doute alors élaborée par les major et les studios, comme çà les artistes l’auront dans l’os (comme Jacques Attali l’explique si bien).
Alors, je rirai de Pascal Obispo, enfin je devrais dire Captain Samouraï Alpha Tango Charlie (je n’arrive plus à suivre ces alter ego trop feng shui).
Pourquoi Obispo ?
Parce que deux fois en deux semaines, je l’ai entendu dépasser les bornes…

Sur Europe 1, alors qu’il vient faire la promo de son nouvel album bio dégradable chez Marc Olivier Fogiel, je synthétise, mais en gros, le téléchargement c’est du vol, voire du viol, un attentat à la culture, même que « dans cinq ans, il n’y a plus de musique, la musique sera morte ».
Ah. J’ignorais qu’en plus d’être une détraquée, je suis en plus un taliban. Va falloir que je songe à faire quelque chose pour ma barbe.
Sérieux, la musique va mourir. Réveillez-vous quoi !

Mais heureusement, Pascal, lui, il est hyper éveillé. Alors il récidive sur le plateau de Michel Denisot qui l’invitait gentiment à manger la soupe sur le plateau du Grand Journal où personne n’a tenté d’argumenter contre lui sur la polémique.
J’ai trouvé çà triste pour une émission qui se réclame des vingt trente ans et qui affiche un visage jeune, donc un visage qui à mon avis, télécharge pas mal.

Mais là où mon hilarité a atteint des sommets, c’était ce matin. La lettre ouverte à Martine Aubry signée par Pierre Arditi, furieusement de gauche, Maxime Le Forestier, so 68, et Juliette Gréco made in Saint Germain des Prés (et aussi Bernard Murat et Michel Piccoli), c’est la bonne blague de l’année, limite l’argument terminal pour nous convaincre que vraiment, Hadopi n’a pas droit de cité.

Pourtant, la lettre en question explique à Martine, qui a, je cite « perdu son âme », combien Hadopi c’est bien, combien cette loi protège les artistes, la création, l’art, parce que la culture, c’est pas une marchandise c’est vrai quoi merde, écoute un peu Martine et discipline tes troupes.

En fait, je voudrais rire, mais je trouve çà triste de voir trois dinosaures monter au créneau pour défendre une loi qui en fait, ne les concerne pas directement. Sans rire, qui télécharge les albums de Juliette Gréco et de Maxime Le Forestier ?
Premièrement, je ne suis pas sûre que leur public soit très familier du Peer to Peer. Ensuite, je ne prends ni Gréco ni Le Forestier pour des tacherons de la scène française produisant des albums à la chaine afin de contenter leur maison de disque. De fait, je pense que leurs albums, de qualité s’achètent (ok, le dernier Gréco que j’ai écouté était à pleurer, mais je ne vais pas dire du mal de cette grande dame tout de même). D’où mon étonnement.
Enfin je suppose que Pierre Arditi serait ravi de m’expliquer que c’est furieusement de gauche d’être solidaire de ceux que çà concerne.

Alors disons les choses clairement.
Si la loi Hadopi prévoit donc de vous sucrer votre ligne internet tout en vous permettant de payer encore votre abonnement, si elle autorise que l’on scrute vos fichiers au risque d’être un peu liberticide, c’est tout de même elle qui a la faveur de notre chère ministre Albanel.
Des principes qui ont été abandonnés par tous les pays réfléchissant sur la riposte graduée. Même le pays test de la procédure, la Nouvelle Zélande, a fait machine arrière, considérant que finalement, c’était peut être aller trop loin.

Mais revenons à Pascal Obispo hier soir au Grand Journal : « Ceux qui sont pour le téléchargement illégal et la licence globale (bonjour les amalgames) on va aller chez eux et on va voler leur caisse, ils verront ce que çà leur fait. »

Viens, Pascal, essayes de tirer la Twingo. Toi qui a des dons de médiums te permettant de cerner les gens (véridique), je sens que tu vas rapidement savoir ce que pense mon pied de ton postérieur.

Mon petit Pascal ou Captain Samourai Flower Power, je ne sais plus à la fin, laisse moi t’expliquer un truc : les gens qui sont pour la licence globale ne veulent pas te voler. Au contraire.
Même que dans toutes les études réalisées sur cette fameuse licence, on s’est rendu compte que finalement, les gains étaient supérieurs pour les artistes et leurs majors.
Ces gens là acceptent l’idée de payer un peu plus cher tous les mois (et de se taper un max de pub sur les pages web aussi), pour justement pouvoir télécharger LEGALEMENT un peu de musique, quelques films et des séries.

Alors oui, le droit d’auteur est un droit de l’homme, comme le dit Pierre Arditi. Mais le propre de la culture n’est-il pas de se diffuser au plus grand nombre ? Internet n’est elle pas le vecteur rêvé pour une telle diffusion ?

Allons, parlons tranquillement. Il y a quelques années, quand j’étais jeune (vraiment jeune, moins de vingt ans quoi), est apparu le CD deux titres. Une invention maligne permettant d’acheter uniquement la chanson qui vous plaisait dans un album. Un succès fulgurant qui préfigurait les futurs téléchargements de titres solos.
Pourquoi ?
Peut être parce que payer plus du 15 euros pour un album dans lequel figure deux ou trois titres intéressant pour se taper ensuite du remplissage, çà ne fait pas mal qu’au porte monnaie.

Quelques exemples concrets :

Cette semaine, « Wolverine » s’est classé comme le film de la série « X-Men » le plus rentable. Il est aussi rentré au top 5 des films les plus téléchargés cette année. Que l’on m’arrête si je me trompe, mais « rentable », çà veut donc dire que des gens sont allés le voir en salle, non ?

L’année 2008 a été reconnue pour être celle où les Français sont allés le plus au cinéma. Des Français malhonnêtes qui téléchargent, pourtant. Des Français qui subissent la crise tellement fort qu’ils en seront bientôt réduits à cultiver des rutabagas dans leurs jardinières. Et ils font quoi, ces criminels de crève la faim ? Ils vont au cinéma.

L’année dernière, « Iron Maiden » a sorti un album. Je sais, çà vous a échappé. C’est dommage parce qu’il est drôlement bien, mais ce n’est pas le propos.
Incroyable mais vrai, il s’est vendu comme des petits pains. Et n’a presque pas été téléchargé. Normal, le public du métal, qui pourtant est jeune (20-30 ans), ne télécharge pas les créations de ses idoles.
Il faut dire aussi que Maiden s’obstine à faire des albums de qualité, sans remplissage.

Peut être serait-il temps de se poser les bonnes questions. Si les gens téléchargent, c’est peut être parce qu’ils en ont un peu marre de se faire entuber par les maisons de disque à coup de titres bidons justifiant le prix outrageusement élevé des albums.
Se sont peut être aux artistes de monter au créneau, intelligemment, pour changer.
Sauf que zut, c’est vrai, les majors, qui imposent des sorties d’album –trop- régulières, sont aussi ceux qui rémunèrent les artistes en question. Damned.
Je remarque aussi que les artistes ne s’offusquent que rarement du destin des ouvriers d’usine qui fabriquent à la chaine leurs albums et qui pourraient être menacés eux aussi par le téléchargement. Bizarrement eux, tout le monde semble s’en foutre. Sans doute parce que se sont des prolos, et qu’ils téléchargent.

Il m’apparaît de plus en plus manifeste que derrière ces discours bien pensant « sauvons la musique et la culture de l’Armageddon du Peer to Peer ! », il n’y a qu’une histoire de gros sous. Des artistes qui semblent avoir oublié l’essence même de leur profession (s’offrir au plus grand nombre) lui préférant la comptabilité des albums écoulés en bradant leur talent aux maisons de disque.
Même combat pour Luc Besson, l’homme qui gagne le plus de pognon dans le cinéma français en produisant et réalisant des films que je vais m’abstenir de qualifier, mais qui continuent, à mon grand étonnement, à l’engraisser, malgré le téléchargement (et pourtant, vue la qualité des films en question, je m’étonne que l’on trouve encore des gens pour payer leur place).

Le fait est que la lutte est en fait plus générationnelle qu’autre chose, entre des artistes et des élus trop vieux pour comprendre à quel point internet est devenu important dans nos vies, à quel point il s’est transformé ces dernières années en une plate forme incroyable d’échange et de révélation de talents (bon, internet a révélé Lorie et Grégoire. D’accord, mauvais exemples), une place où chacun n’est plus qu’à un clic d’un répertoire quasi infini et sans cesse renouvelé d’artistes confirmés à et découvrir.

Voilà aussi ce que me rassure sur le long terme. Fatalement, la nouvelle génération arrivant au pouvoir sera plus sensible à cette question du téléchargement légal et à l’application d’une licence globale.
A ceux qui diront que cette dernière ne saurait rémunérer toute l’industrie du disque ou du cinéma, je me permets de rappeler qu’elle ne signerait pas la fin des albums et des cinémas. Je n’irai pas voir « Avatar » sur un 15 pouce. Rien ne remplace l’expérience de la salle obscure.
Comme rien ne remplace le lien entre un fan et l’album de son groupe favori, dont il appréciera à sa juste valeur la jaquette, le livret et le rituel de voir le CD se faire engloutir par sa chaine hifi.

Evidemment, la licence globale ne s’appliquerait pas sa casse. Aucune réforme ne peut se targuer d’un tel bilan. Hadopi de même.
Mais le fait est que le monde a changé. Il est impossible de ne pas l’avoir remarqué.

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