La Vérité, Richard, tu me fais de la peine…

Ce n’est plus un secret pour personne, l’un de mes vices cachés est une passion immodérée pour les séries « Hercule » et « Xéna ».
Au cas où vous ne le saviez pas et que cette révélation vous donne envie de fuir en courant, je vous invite à aller regarder au moins les premiers épisodes. Regarder j’ai dit, pas suivre.
Je reste persuadée que « Xéna » est le genre de programme qui s’apprécie en allant se chercher un café, en faisant ses mots croisés ou en relisant son mémoire de Master…

Seulement, hélas pour mon goût très sûr pour le kitsch et le second degré, « Hercule » et « Xéna » c’est bel et bien fini. Quel dommage…

Aussi, ais-je rapidement tendu une oreille intéressée vers les rumeurs concernant une nouvelle production de l’équipe, une série qui verrait l’indéboulonnable et indispensable Sam Raimi à sa tête nous refaire le coup de la fantasy.

Seulement, j’ai aussi rapidement déchanté. Pourquoi ? La suite en cliquant ci dessous…

En réalité, le nouveau show de Sam Raimi se trouvait être non pas un délire mythologique parfaitement assumé et totalement foutraque, mais l’adaptation de ce qui est sans doute le pire roman de fantasy paru ces dernières années, détrônant même « Eragon » de son piédestal, j’ai nommé « L’Epée de Vérité » ou « Legend of the Seeker » en V.O.

« L’Epée de Vérité » nous conte, dans un style de collégien, les aventures trépidantes d’un jeune homme qui s’est brutalement vu investi de la mission de combattre le Mâl avec une épée magique.
Sur un postulat aussi fin, je me demande encore comment l’auteur, Terry Goodkind, arrive encore à pondre des suites au désastreux tome 1 que je n’ai même pas réussi à finir. Alors que j’étais tout de même parvenue au bout d’« Eragon ».

Aussi la perspective de voir adapter ce livre là en particulier n’avait rien de rassurant.

Mais c’était sans compter sur Sam Raimi et le talent d’une équipe rompue à produire du spectacle.

Premièrement, l’histoire est réaménagée, ce qui permet d’éviter les passages lourdingues.
Ensuite, l’avantage de la version filmée, c’est qu’elle nous épargne le style détestable de l’auteur et son festival des points d’exclamations ponctuant des phrases lourdes de sens tel : «Non ! Il ne voulait plus la quitter ! » Ceci n’étant bien entendu pas un dialogue, mais une bonne vieille ligne de texte.
Finalement, on s’éloigne peu à peu de l’adaptation stricte, pour privilégier ce qui est sans l’ombre d’un doute un « Xéna like » réussi, reprenant à son compte la bible et la mythologie des romans.

Je ne peux même pas vous dire à quel point on y gagne.

« Legend of the Seeker » bénéficie clairement de la présence de Sam Raimi en grand manitou du processus de création.
Premièrement, les succès internationaux de « Hercule » et « Xéna », séries cheap par excellence, auront généré deux facteurs.
Le premier, c’est le pognon, sur lequel Raimi peut désormais faire valoir son prestigieux nom, tout auréolé de sa trilogie « Spiderman »
Le second, c’est une équipe rodée à ce genre de productions (sans compter les participations au « Seigneur des Anneaux » à « Narnia ») et capable de doter « Legend of the Seeker » d’une identité visuelle aussi conforme à l’esprit « Xéna » que dotée d’une ambiance bien particulière.

Ainsi, visuellement, cette série à budget moyen en fiche plein la vue, exploitant au maximum les paysages néozélandais lesquels offrent décidément un cadre propice à la fantasy (ce n’est pas de leur faute s’ils ont les plus chouettes forêts du monde) en grande partie grâce à son impressionnante variété de paysages.
Lorgnant vers les accessoires et les costumes, les leçons du « Seigneur des Anneaux » semblent avoir porté leurs fruits puisque exit les armures et les accessoires tout pimpants, bonjour les vieux cuirs et les patines.

Côté personnage, n’ayant pas encore vu toute la première saison, je suis encore un peu sur la réserve. Autant Xéna était immédiatement attachante, autant là, les héros laissent encore un peu à désirer, ce qui est normal étant donné qu’ils étaient déjà à baffer dans le livre.

Nous avons donc d’un côté, le Seeker de la Legend, à savoir Richard Cypher. Déjà là, çà coince : le héros s’appelle Richard. Pourquoi pas Raoul ou Gontran ?
Ensuite, il n’est pas très malin, mais vu qu’il n’était à l’origine qu’un humble garde forestier, on a envie de lui pardonner un peu.
Craig Horner, en passe d’entrer dans le top 5 des grands Mickey, fait ce qu’il peut pour donner un semblant de relief à son personnage, mais sans grand succès pour l’instant. En fait, il devrait passer plus de temps torse nu à porter de gros morceaux de bois.

De l’autre, nous avons Kahlan. Dans le livre, Kahlan était une jeune fille très bien de sa personne tout çà tout çà, qui passait son temps à manquer de se faire violer. Entre deux, elle minaude ou hurle sur Richard, qui est vraiment trop stupide, mais trop beau, alors elle lui pardonne quoi…
Sans conteste, dans la série, c’est elle qui dynamise le groupe. Déjà parce qu’elle n’a pas les deux pieds dans le même sabot, elle. Ce qui en fait, à sa façon, la digne héritière de Xéna. Le tout sans la carrure de camionneuse de Lucy Lawless.
Par contre, Bridget Regan a aussi beaucoup pris de son aînée question intensité de jeu (encore que Lucy Lawless est bien meilleure dans BSG qu’elle ne le fut jamais dans « Xéna ». Comme quoi…) et mis à par ses cheveux et ses costumes (je veux les même !), pour l’instant, pas de quoi s’enflammer non plus.

Rajoutez au duo de choc un vieux mystérieux qui s’appelle Zedd et qui a l’inquiétant visage de Bruce Spence (il me fait très peur ce monsieur). Un vieux qui est sorcier, un peu déjanté et surtout beaucoup trop puissant pour être crédible. Dès le troisième épisode, j’ai été gênée par ses sorts et leur intensité, qui auraient permis de torcher le scénario en moins de deux minutes.

Puisqu’il faut un méchant, parlons donc de Darken Rahl, dont le nom fait déjà se rouler par terre, qui est un méchant vraiment très vilain. Dans le livre, il faisait déjà dans l’opérette (« OWI la torture, j’aime çà ! »), la série nous épargne un peu les digressions pénibles sur un personnage qui n’a aucun charisme, en grande partie à cause du manque de présence à l’écran.
On ne comprend pas qui il est, comment il est arrivé là, s’il est magicien ou pas… Bref, on navigue un peu dans le flou, un flou accentué par le choix discutable de Craig Parker, déjà peu convaincant dans le rôle de Haldir du « Seigneur des Anneaux » et qui démontre une fois encore la fadeur de son jeu. Bref, si l’on jouait au jeu des comparaisons, on dirait que Darken n’a pas la classe de César dans « Xéna » pour s’imposer comme une Némésis convaincante.

Et bien entendu, comme dans toute production où s’implique Sam Raimi, sa famille au grand complet se retrouve au générique, ce qui fait bien plaisir, surtout pour son frère Ted qui était déjà un guest très sympa dans « Xéna » et qui récidive ici pour le plus grand bonheur des fans de la princesse guerrière.
Il ne reste plus qu’à attendre Bruce Campbell, et la fête sera totale.

Ainsi, en évacuant les lourdeurs du récit, en bénéficiant du changement de support et en adaptant intelligemment les codes de l’univers de Goodkind pour en faire une série de campagnes dans la pure tradition du jeu de rôle adapté à l’écran (comme s’était le cas dans « Xéna »), répondant au schéma classique de la mission de la semaine à accomplir, on obtient une série assez dynamique et finalement honorable.
En espérant que la story line du Seeker (Sourcier en français, c’est carrément moins classe) ne soit pas trop laissée de côté, et que l’on ne fasse pas trainer de trop la romance un peu moisie entre Richard et Kahlan, ce qui pourrait se révéler pénible sur le long terme.

« Legend of the Seeker » a le grand mérite de ne pas faire mal aux yeux (enfin, si vous aimez les ralentis dont on abuse ici), contrairement au livre qu’elle est censée adapter.
Sans être la série de l’année, elle remet malgré tout de la fantasy dans nos petits écrans, et fait une fois de plus regretter amèrement que personne n’ait encore eu l’idée d’en créer une qui soit en mesure d’être la Battlestar Galactica du genre.

Note : *(*)

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