Tommy Lee dans la brume.

Aller, je suis sûre que çà vous l’a déjà fait. Vous sortez d’une salle de cinéma et une partie de l’effet que vous aura fait le film consiste à vous donner envie d’en revoir un autre.
Parfois histoire de vérifier lequel des deux est le mieux.
Ou pour retrouver une certaine ambiance.
Et bien « In the Electric Mist » (en français, désolée, çà ne passe pas) m’a donné envie, incroyable mais vrai, de revoir « True Blood« .
Non je blague.
Mais quand même, il y avait de l’idée…

Tommy Lee Jones est un vieux flic un peu fatigué mais bien motivé par une affaire de meurtre de jeune fille qui semble en cheville avec le milieu de la prostitution et les gros bonnets locaux. Tout en traquant le tueur, il fait la connaissance d’un couple d’acteurs, vend des hameçons, et bavarde avec un général sudiste.
Le tout dans la brume. D’où le titre.

Alors oui, énoncé ainsi, le film semble partir du mauvais pied. Avec un branquignol aux commandes, il est évident que l’ensemble serait parti de travers. Heureusement, le branquignol en question s’appelle Bertrand Tavernier.
Celui-ci compose, plus que réalise, un très beau métrage d’une esthétique parfaite (un peu trop sans doute, j’y reviendrai), allié à une remarquable gestion de son histoire.
L’enquête, lente et laborieuse, a comme les deux pieds dans le bayou. La progression est difficile, l’effort toujours un peu plus douloureux, et les émanations du marais apportent d’étranges visions d’un passé jamais digéré, encore moins réglé, laissant en suspens des questions sur un Sud malade d’une histoire qu’il ne sait pas encore assumer.

Tommy Lee Jones, en grand acteur qu’il est, déroule son talent avec sa zénitude habituelle, encore que je serais mauvaise langue, je dirais qu’il reprend dans les grandes largeurs son rôle de « No Country for Old Men », ce qui n’est pas une critique négative en soit, considérant ce rôle comme son meilleur. Alors s’il veut le rejouer deux fois, ce n’est pas moi qui l’en empêcherai (à ce propos, on croise aussi Kelly Mac Donald dans la brume. Qui jouait la femme de Llewellyn dans « No Country for Old Men »).
En face de lui, John Goodman (tiens tiens, un acteur fétiche des frères Coen, comme c’est bizarre…) n’a qu’à faire ce qu’il peut sortir de mieux, et son personnage se met à rouler tout seul. Les bons vieux rôles de salaud, il n’y a que çà de vrai.
Je tiens aussi à dire qu’il serait temps de donner un rôle principal à Peter Saarsgard. Il n’y a pas de raison.

Certes, il y a cette intrigue qui se solde un peu abruptement, sans expliquer grand-chose au final, mais bon, je suis sans doute un peu distraite (comme une partie des gens de ma rangée en fait. Je n’étais pas la seule à avoir un peu tiqué sur les mobiles au bout du compte) et comme je me suis laissée emballée par le reste, je veux bien laisser tomber les faiblesses du scénario.

L’enquête n’a d’ailleurs que peu d’importance au final. Ce qui compte avant tout, se sont ces ponts entre passé et présent, cette impression tenace que les évènements ayant secoué le Sud (guerre de Sécession, esclavage, ségrégation), tout écrasés sous la chape du « c’est du passé, n’en parlons plus » qu’ils soient, suintent autant que ce fichu bayou pour venir s’insinuer dans le présent.

Et voilà comment j’en viens à « True Blood », ou comment cette série mauvaise moyenne parvient, à mon sens, à faire aussi bien que ce film sur la question du passé louisianais (intégration des Noirs, question de l’esclavage et de la guerre de Sécession, Bill trouvant son pendant avec le général sudiste dans la brume), et à faire carrement mieux (si si) question ambiance générale.
Voilà, je vois tout le monde s’extasier sur l’ambiance de « In the Electric Mist », avec le bayou crade, la chaleur, le climat qui tape sur les nerfs… J’aimerais tout de même avoir l’avis d’une personne ayant vu ce film ET « True Blood », histoire de voir si je suis juste mauvais public ou si j’ai un problème avec mes yeux.

Clairement, « In the Electric Mist », question ambiance, c’est très bien. Images magnifiques, tellement magnifiques que l’on dirait par moment du Malick, mais sans que cela en soit non plus.
Je m’explique : Tavernier livre des plans somptueux, des images en insert à la photographie irréprochable. C’est très bien. Un réalisateur français qui privilégie l’esthétisme, c’est aussi rare qu’un étudiant de première année qui ne sèche pas (il y a Florian Emilio Siri aussi, réalisateur de «  »L’Ennemi Intime » », film magnifique mais déprécié par la presse…).
Seulement, j’ai trouvé ces images un peu froides. Un peu désincarnées. L’ensemble m’a paru évocateur certes, mais trop lisse.
Et je ne pouvais m’empêcher de comparer avec la moiteur que l’on ressentait en regardant « True Blood » (mais sur une série, il est plus facile d’installer une ambiance sur le long terme, j’en conviens), qui rendait au bout du compte, à mon humble avis, mieux ce microcosme si particulier d’une petite ville de Louisiane.

Et si je voulais continuer avec Malick, histoire de prouver que j’ai raison et que mon histoire d’installation d’ambiance ne tient pas qu’au temps investi, je pourrais comparer « In the Electric Mist » à « Badlands », où la chaleur du désert vous asséchait la bouche en quelques plans.


« Badlands »

Je ne veux pas non plus avoir l’air de dire du mal de « In the Electric Mist », que j’ai aimé, vraiment. Je trouve d’ailleurs dommage que ce film ne soit pas distribué, à ce que j’ai entendu dire, aux USA.
Dommage aussi que Tavernier soit obligé de partir en Louisiane faire un aussi bon film.
Triste de voir nos meilleurs réalisateurs s’expatrier ainsi.

Note : *** (vous voyez, la note est nettement supérieure à celle de « True Blood », ne vous inquiétez donc pas… Quelle série décevante. Mais quel générique. Tu le sens le bayou là ? )

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