« God in his mercy lend her grace ».

Le mercure remonte aussi sûrement que les oiseaux se remettent à chanter comme des cons dans les arbres blindés de bourgeons, moi, je ne sais plus comment m’habiller, en plus, je sens l’attaque pernicieuse des pollens qui se rapproche de mes yeux et de mes lentilles de contact.
Pas de doute, le printemps, cette saison pourrie, est bien là.

Mais j’ai décidé de ne pas céder à la morosité ambiante. Non, je lutte à ma façon, avec un thé orange cannelle, mes vieilles éditions moisies et dépiautées du Seigneur des Anneaux (et ouais, la rechute quoi… J’entendais presque l’Anneau m’appeler…) et Loreena McKennitt.

Chez moi, c’est encore Noël.

Donc, Loreena, puisqu’elle est ici notre sujet (comment çà, ce n’était pas clair ?) s’est fendue de deux albums en deux ans. Mazette, elle qui n’avait plus rien produit depuis des années (un drame personnel en cause) se retrouve tout d’un coup débordant d’activité, enchaine les enregistrements et les concerts.

Pour qui ne connaitrait pas Loreena, il s’agit d’une auteur-compositeur-interprète-arrangeuse-esthète-globetrotteuse canadienne dont la particularité, mis à part d’être une femme orchestre (harpe, piano, violon, percussions… J’en oublie sans doute) et une chanteuse hors pair, est d’avoir une mission.
Bon, perso, la mission de Loreena, c’est un peu comme la réforme de l’éducation nationale ou le plan des Cylons dans BSG : on ne voit pas trop où çà veut en venir.

Il reste que dans la tête de Loreena, on peut relier, interconnecter, toutes les musiques et traditions, car elles procèdent de civilisations étant toutes d’une façon ou d’une autre entrées en contact les unes avec les autres.
Un genre d’internationale de la chansonnette fleurant parfois la celtomania et l’esprit « citoyen du monde » façon Manu Chao, sauf que Manu peut aller rouler ses pétards ailleurs, ici on parle de vraie musique, pas de « miseracion que le gusta la digestacion »…

La dernière fois que nous avions entendu Loreena Mac Kennitt, c’était donc sur « An Ancient Muse », qui restait dans la droite lignée des précédents, tellement fiché dans les ornières des succès du passé qu’il plagiait honteusement la discographie Mac Kennittienne.
Dans le genre prise de risque, on pouvait faire mieux.
Oh, certes, comme tous, il était plaisant cet album, peut être justement parce qu’il achevait un cycle pour Loreena, dont l’apogée se situait aux alentours de « The Book of Secrets », mais il ne cassait ni trois briques, ni ses pattes à un canard.

Limite, j’aurais presque envie de proférer un sacrilège, y’en avait marre de la cithare et des banjos. Un petit peu ras la casquette d’avoir l’impression de s’être remplis les oreilles avec du garam massala tassé sur des cornes de gazelles.
Pas que ce soit insupportable à écouter (c’est toujours très très beau, ce que fais Loreena Mac Kennitt), mais il faut bien le dire, au terme de trois albums sur la même tendance, il y avait une soif de renouvellement.

Alors, contre toute attente, Loreena est revenue aux fondamentaux. Comme un coup de baguette magique, une anamorphose parfaite aussi peu risquée que surprenante.
Surprenante parce qu’en produisant une compilation de mélodies de Noël, elle tranche nettement le fil auquel elle se rattachait jusqu’alors. Peu risquée parce que pour une fois, elle n’aura presque rien composé ni écrit. Tout ou presque est tiré du répertoire traditionnel dans « A Midwinter Night Dream », mais mis en musique par cette maudite canadienne, ces airs reprennent une saveur étonnante, un genre de seconde vie classieuse, limite faite pour les musées et la conservation sous verre tellement c’est beau.

Mais ne vous y trompez pas, c’est peut être d’un genre de beauté inaltérable, mais ce n’est pas moins vivant.
Il est en effet assez phénoménal de constater comme Loreena Mac Kennitt peut construire une architecture musicale au cordeau tout en la rendant simple et facile d’approche.

Vu l’aspect presque rituel de certaines de ses chansons, honnêtement, malgré les frétillements d’impatience dans la file d’attente, avant de la voir en concert l’été dernier, j’avais deux trois doutes.
Levés en deux temps trois mouvements.

Et moi, pendant ce temps là, j’étais juste devant.

« A Midwinter Night Dream » a ceci de rafraichissant qu’il rompt avec les habituelles sonorités orientales pour revenir à des instruments plus basiques et proches de ce que Loreena faisait au début (ce qui n’exclut pas de sa part quelques rechutes… Comme moi pour le Seigneur des Anneaux. Ouiiiiii, Frodon, j’arrive, je ne te laisse pas quitter la Comté sans moi.), et livre en prime quelques perles, dont le somptueux « The Seven Rejoices of Mary » ou « Gloucestershire Waissail ».

Après l’écoute ravie de « Un flambeau, Jeannette, Isabelle », inutile de dire que je l’attends désormais au tournant. Aller, Loreena, un petit album de chansons et danses des XVème XVIème siècle… Tu as déjà adapté « Greensleeves », çà ne devrait pas te demander de trop gros efforts… (Si ? Ah…).
Sérieusement, « Belle qui tient ma vie », je suis sûre que c’est pile dans ses cordes (mais je dis çà, je ne dis rien).

Un essai de trancher un peu avec les habitudes réussi donc, pour Loreena Mac Kennitt, qui démontre une fois encore l’étendue de son talent et ce don unique de ménestrel qu’elle possède, et qui devient vraiment évident en concert (pas facile de tenir une salle entière sur « Lady of Shalott », et bien pourtant, elle l’a fait. En version digest, mais elle l’a fait).

Trouvez mieux que Waterhouse…

Alors si toi aussi tu veux faire un réveillon de Noël du feu de Dieu, achète (et ne télécharge pas. Mon Dieu c’est moi qui dit çà…) le dernier album de Loreena McKennitt, « A Midwinter Night Dream ».
Avec lui, ta dinde ne sera plus jamais la même.

Note : ****

PS : des fois que vraiment, vous ne sauriez pas du tout qui est et que fait Loreena McKennitt, voilà un petit lien sans doute bien utile.
Dédicace à mon paternel.
Sinon, pour décliner le thème, on s’en raproche, du Livre VI…

PPS : faut vraiment que je file, Gandalf a froncé un sourcil…

5 commentaires Ajoutez les votres
  1. Tu savais que Loreena McKennitt avait participer à la BO du téléfilm inspiré par le Cycle des Dames du Lac de Marion Zimmer Bradley : « Les Brumes d’Avalon » ? Elle a composé et interprété une chanson intulée : « The Mystic’s Dream »… magnifique !

    1. Elle a participé aussi à la BO de Higlander III (« Bonny Portmore »), entre autres participations. Cette année, elle bosse sur celle de « Clochette », sur la fée du même nom.
      « The Mystic Dream » n’a pas été composée pour « Les Brumes… » mais pour une autre production dont j’ai oublié le nom. Il faudra que je cherche à l’occasion.

  2. Magnifique artiste, du peu que je connais d’elle. Et c’est malin, avec cette photo d’elle à la harpe j’ai envie de reprendre ! Le prix de l’instrument est malheureusement le principal obstacle…

    Sinon, l’addiction, c’est beau ! 😛 Tant qu’on sait rester classe 😉 (Hmm, on va dire que rester béate devant son livre 20 minutes, à la regarder dans tous les sens, à faire tourner les pages pour les entendre « craqueler », etc. C’est classe ^^ »)

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