Dissolution.

Bien que cela en ait l’air, ceci n’est pas un hommage à notre ex président mais bien, accrochez-vous parce que vous ne l’aurez sans doute pas vue venir celle-là, un billet consacré à la saison 2 des Tudors.
Allez-y, moquez-vous, moi je m’en fiche, je n’ai jamais juré de ne pas y retourner. Il y a trop de beaux costumes… Alors forcement, je ne peux pas faire grand-chose contre…


Vous remarquerez que l’on est toujours dans le sobre, le discret. Clairement, Showtime ne fait pas dans le clinquant ni dans la provoc facile. Non non non….

Rappelons que la saison 1 nous avait laissé un peu sur notre faim, puisque Henry n’avait pas encore trouvé le moyen d’épouser Anne légalement mais s’était tout de même occupé de mettre la reine Catherine au rencard.
Pendant ce temps, les Boleyn obtenaient la peau du cardinal Claudia, je veux dire Wolsey, et la réforme anglicane progressait à pas de géant.

Nous retrouvons donc nos sympathiques mais futiles Tudors dans les mêmes embrouilles que dans la saison précédente, mais dont on trouvera la résolution avant que la moitié des épisodes de soient passés.
Finalement, Henry réussit à faire un enfant à Anne, à l’épouser, puis à la couronner (dans cet ordre) reine d’Angleterre. Autant dire que çà pavoise sec chez les Boleyn, papa Thomas et frangin George accumulant les charges et dignités avec le zèle d’un collectionneur.
Côté Catherine, rien ne va plus dans sa retraite dont les dorures s’effritent chaque jour un peu plus.
Comble de l’ironie, la princesse Marie, désormais officiellement bâtarde royale, se retrouve à jouer les nounous de la princesse Elizabeth dont la naissance a ébranlé les bases du couple Tudor.

Léger souci de cohérence, la fameuse réforme dont on va nous rebattre les oreilles pendant toute la saison, n’est finalement que peu montrée. Mis à part un monastère mis à sac par des Bretons (ouais, des Bretons), et une ou deux allusions par ci par là, finalement, on passez facilement à côté de cet élément central.
Dommage, dommage…

Autant la première saison était celle d’Henry, autant celle-ci est clairement celle de Anne.
Du cheval de Troie sous pilotage paternel, elle accède au statut de reine et prend ses responsabilités.
Là, la série réussit autant qu’elle achoppe, délaissant certains points pour s’appesantir sur le détail.
Il est ainsi plaisant de voir combien sa présence et son influence enrichissent la cour, au travers des personnages de Mark Smeaton et de Thomas Wyatt, des fêtes et des danses.
Désolant de n’entendre qu’au neuvième épisode qu’elle est la cheville ouvrière de la réforme laquelle risque un sérieux coup d’arrêt en cas de « départ » de la reine.
Malgré tout, Natalie Dormer confirme ce que l’on pensait d’elle en saison 1. D’un rôle moyennement écrit, elle parvient à tirer le meilleur, et devient diablement attachante dans cette seconde partie contant son ascension et sa chute violente. Clairement, elle dame en beauté le pion à Jonathan Rhys Meyer, et ce, sur l’ensemble de la saison.

Certes, le pauvre Jonathan doit lui aussi faire ce qu’il peut d’un personnage écrit avec un bulldozer, dont la psychologie pourtant potentiellement fine et complexe semble se résumer à hurler, chialer et pratiquer avec un talent certain l’auto persuasion (très belle scène de l’épisode neuf où Henry s’effondre devant Charles, sans que l’on sache si il croit vraiment ce qu’il lui raconte, ou s’il camoufle le remord derrière les accusations qu’il porte contre Anne).
Rien de bien passionnant à signaler de son côté, si ce n’est sa prise de pouvoir quasi absolue, et son éternel problème d’alliance diplomatiques. Pour sur, le roi d’Angleterre est une sacrée girouette, incapable de se fixer sur la France ou l’Empire, mais irrémédiablement brouillé avec le Vatican.

Cette année d’ailleurs, du côté pontifical, les Tudors sortent la grosse artillerie puisque déboule toute calotte dehors le très classieux Peter O’Toole (comme s’il n’y avait pas déjà assez d’irlandais dans cette série), dans le rôle d’un pape totalement imaginaire, monarque éclairé mais bien décidé à se « faire » Henry VIII, ses délires de sécession et le protestantisme en Europe, tant qu’on y est.
Un personnage assez déconnecté des autres, mais d’une dangerosité extrême pour le couple royal car il est finalement celui qui va le mieux retirer ses marrons du feu.
Manipulateur, il a cependant l’intelligence d’attendre avec cette foi inébranlable et proprement vaticane consistant à penser que de toute façon, l’Eglise à l’éternité devant elle.
Le pape pose des jalons, déplace ses pions et attend.

Cette saison 2 s’appuie sur deux arcs narratifs, le premier concernant Thomas More (très belle prestation de Jeremy Northam d’ailleurs) et le second Anne Boleyn, l’un n’étant pas sans conséquences sur l’autre.
Thomas, qui refuse obstinément de reconnaître le roi comme chef suprême de l’Eglise anglicane, finit donc sa brillante carrière à la Tour de Londres, raccourci d’une bonne tête.
Drame pour Henry, qui perd son meilleur ami et plus sage conseiller et qui devant les fausses couches à répétition de Anne, commence à se demander si tout cela en valait bien la peine.
De ce premier doute, va naître la frustration de ne toujours pas avoir d’héritier mâle et la rechute avec le défilé des maîtresses, et bientôt la rencontre avec Jane Seymour.

Là, difficile de se rater plus que cela. Dans la vraie vie, Jane fut dame de compagnie de Catherine d’Aragon puis d’Anne Boleyn. C’était donc une dame de la cour, que Henry VIII devait connaître a moins de vue et par son père.
Ici, Henry part à la chasse avec le duc de Suffolk et chercher un abri pour la nuit. Logeant chez les Seymour, le voilà qui tombe sur leur fille, Jane et se laisse séduire par la pureté angélique de cette blondinette.

Si l’on exclut le ridicule achevé de la scène présentée dans la série, et le cliché de la belle jeune fille rencontrée par hasard au coin d’un bois, l’histoire entre les deux personnages ne marche pas.

Premièrement parce qu’elle n’est pas sans rappeler le coup de foudre de la saison 1 entre Henry et Anne Boleyn. Ensuite parce que Anita Biem ne fait pas le poids face à Nathalie Dormer et que l’on n’arrive pas trop à piger son pouvoir de séduction sur le roi totalement fou d’amour pour cette jolie mais bien fade petite poupée.
A la limite, on serait esprit chagrin, on se dirait presqu’il va chercher l’exact opposé de Anne, mais clairement, cela ne suffit pas à créer la moindre alchimie.
Mieux aurait fallu prendre le parti d’une romance artificielle construite sur l’éradication du clan Boleyn par l’élévation d’une famille aux tendances religieuses moins extrêmes et plus enclines à amorcer un adoucissement des angles de la réforme.

Car c’est bien là que le bât blesse, et heureusement, les scénaristes ne l’ont pas oublié (par contre, ils ont tout salopé comme d’habitude le contexte international. Si on n’y connait pas un minimum, merci les cours de la fac, c’est fichu…). L’influence et l’ambition des Boleyn commencent à en gêner certains, en même temps que les conséquences du grand chambardement religieux se font cruellement ressentir.
La valse des alliances et les loyautés reposent plus que jamais sur des facteurs infinitésimaux, qu’il faut savoir anticiper, ou au pire sentir (et il était d’ailleurs bien agréable de voir la série faire une place acceptable au volet politique et religieux dans cette histoire. Parce que les roucoulades, çà va un temps).

Là sera l’erreur des Boleyn, incapables de voir le vent tourner en leur défaveur avant qu’il ne soit trop tard. Et de cette situation découlera bientôt un enchainement dramatique d’erreurs pour Anne, d’autant plus vulnérable que blessée par la liaison de son époux avec Jane Seymour.

Réapparition intéressante, Marie Tudor s’accapare un second rôle ambigu dont la patience finit par payer, puisque c’est bien son grand retour à la cour qui semble se profiler grâce à l’influence « catholique » de Jane. Qu’elle en profite, sa belle mère en fera bientôt à nouveau la numéro deux sur la liste de succession.
Mais cela est une autre histoire…
Quant à la reine Catherine, elle devient une sorte de fantôme obsédant Anne et l’empêchant d’être reine de fait. Sa mort, au coeur d’un épisode sept marquant un net ralentissement de l’action, marque pour le couple royal la fin d’une époque, et le début des regrets pour Henry, qui commence sans doute à lentement revenir de ses erreurs de jeunesses et de sa fougue passée.

Clairement, cette deuxième saison semble moins fragile, pour ne pas dire ratée que la première. D’accord, les personnages ne sont pas des modèles de finesse, encore qu’on l’accordera à Anne Boleyn et Suffolk, qui possède l’évolution la plus intéressante depuis le début de la série.
Oui, les subtilités politiques ne sont pas toujours traitées comme elles le mériteraient (c’était un grand succès de « Rome », par exemple), mais on peut tout de même admettre qu’elles sont cette fois présentes.

Je me permets aussi de signaler que l’épisode neuf justifie à lui seul que l’on se coltine les deux premières saisons en entier, tant il révèle l’aboutissement de sous intrigues, et de caractères dont on imaginait pas toujours le dégré de vilénie ou de pétage de plomb (Thomas Boleyn, prêt à tuer ses enfants pour sauver sa peau, Brereton, ce grand incapable d’assassin pontifical qui finit par trouver le moyen de dégommer la reine et de réaliser une sortie vraiment courageuse (en se grillant auprès de tous, y compromis du pape, il accomplit sa mission… Très fort…), et se solde par une très belle valse de têtes.

Un poil mieux écrite, dotée pour une fois de vraies personnalités (la fin d’Anne Boleyn est une jolie réussite, exemple d’une dérive que personne n’avait vraiment voulue. Il n’y a qu’à voir le dégout de Cramer, Kingstone et Suffolk pour comprendre dans quels abimes Henry s’est jeté…), la saison 2 des Tudors pourrait presque faire croire qu’elle ouvre la porte à des lendemains qui chantent (d’autant qu’Anita Biem ne reprend pas son rôle dans la saison 3).
Seulement, sans la volcanique Anne Boleyn, qui va bien pouvoir faire oublier la prestation décevante de Jonathan Rhys Meyer ?
Un rôle peut être dévolu à la princesse Marie. Un personnage qui le mérite bien en tout cas.
Il ne reste plus qu’à espérer que la série reste sur la pente ascendante qu’elle semble désormais emprunter.


Et çà commence avec une Jane Seymour couronnée… Tss, çà part mal cette affaire…

Note : **

PS : on sait déjà que la saison 3 a subi quelques coupes question nombre d’épisodes. Aussi y trouverons-nous non pas deux, mais trois nouvelles épouses pour Henry VIII : Jane Seymour (que l’on connait déjà), Anne de Clèves, et Catherine Howard. Une saison IV pour Catherine Parr ?

PPS : aller un espoir de voir enfin les conséquences de la réforme sur le royaume et un petit arrière plan historique se dessiner ?

PPSS : Jonathan va t’il sacrifier sa ligne pour devenir enfin un Henry physiquement crédible ? Peu probable…

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