Mieux que bien.

Aller mes petits dragonnets, aujourd’hui c’est festival. Je me sens d’humeur tellement joviale que je vais vous offrir un moment rare. Un instant précieux. Une seconde unique.
Je vais dire du bien d’une série française.

Mais vraiment hein, pas juste j’en dis du bien pour me rétracter après, ou genre je fais semblant que j’aime pour saborder par derrière.

Alors, surpris ?

Mais de qui vais-je donc vous parler et casser mon image de méchante qui fait rien qu’à critiquer et à toujours avoir le dernier mot ?

La victime de mon débordement d’enthousiasme se nomme Clara Sheller.

Souvenez vous, il y a maintenant 4-5 ans, « Clara Sheller » c’était Mélanie Doutey formant la paire bobo branchouille de la fashion addict et du garçon sensible avec Frédéric Diefenthal.
Présenté comme un genre de « Sex and the City » à la française, le programme surfait sur cette vague venue des Etats-Unis consistant à faire de la comédie de mœurs censée être décomplexée et intelligente.
En l’espèce, la France n’a pas toujours été bonne élève.
Sauf que l’espèce, « Clara Sheller » a su, dès le commencement, présenter un visage aussi trash que glamour, sans s’en effaroucher et en assumer toujours à 100% ses partis pris.

Ainsi lorsque les sagas estivales nous présentent depuis quarante ans l’immanquable personnage secondaire de la jeune fille qui tombe enceinte mais qui n’avorte pas, Clara se payait le luxe d’une aspiration, traitée avec pudeur mais demeurant une question lancinante et un traumatisme tout au long de la saison 1 (et qui continue du reste à l’être dans la saison 2).
Ensuite, et cela est suffisamment rare pour être souligné, le personnage de JP, l’homo de service, n’était pas ici traité comme la figure « gay friendly » présente pour les quotas ou la caution morale, mais bien comme un personnage à part entière, en quête du grand amour lui aussi, non pas amené comme l’archétype de l’homo, mais comme celui d’un type somme toute normale.
Dans le paysage audiovisuel, il faut reconnaître que c’est assez rare. Mais également que le jeu de Diefenthal apportait énormément à l’attachement que l’on éprouvait bien vite pour JP.

Cela dit, il y avait des raison de grogner après Clara. D’abord, parce qu’elle surfait réellement sur la vague « Sex and the City », au point de reprendre sans grande originalité certains archétypes de la série mère :
Clara est chroniqueuse pour un magazine, tout comme Carrie Bradshaw.
Son meilleur ami, JP est homo, comme le Stanford de Carrie.
L’objet de son affection, Gilles, est ébéniste, comme le Aidan de Carrie. Et son ex travaille dans la finance, pas comme Mister Big (mais les deux personnages ont une parenté certaine).
Et Clara est une folle de la mode, toujours à l’affut des dernières tendances, copiant sauvagement le look Bradshaw.

Bref, les poncifs s’accumulant, la première saison pouvait se voir comme non affranchie d’un modèle prestigieux auquel elle tentait désespérément de ressembler, mais sans grand succès.

Car aussi incroyable que cela puisse paraître, aussi fou et peut-être prétentieux que les mots suivants vont vous sembler, « Clara Sheller » dépasse « Sex and the City ».

Ouaip, m’sieurs dames.

Alors certes, la série est girly. Oui, les personnages vivent tous dans des apparts de rêve impayables à Paris. Ok, la garde robe de Clara fait rêver (gniiiiiiii !!!!!).
Mais finalement, « Clara Sheller » est plus audacieuse.

Une audace qui s’affirme dans la saison 2, après d’intéressants jalons posés en saison 1. Rappel des faits :
Clara vit avec JP, son meilleur ami homo, dont elle tombe enceinte après un dérapage incontrôlé conséquence de l’alcool. Un avortement plus tard, Clara se remet en papillonnant jusqu’au jour où Gilles, un ébéniste trop viril pour être honnête, s’installe à l’étage du dessous. Coup de foudre immédiat pour Clara…. Et JP.
Après quelques errements, Gilles finit par tomber dans les bras de Clara, laissant à JP ses regrets.

Déjà, la saison 1 prouvait qu’elle n’avait pas peur du mélange des genres. Le trio JP, Clara, Gilles possédait une dynamique propre et intéressante, brouillant les cartes des conventions pour mieux achever son parcours de fin de saison sur un genre de statu quo où tout le monde semblait avoir trouvé finalement chaussure à son pied.

Après ce joli conte de fée tourné au printemps et en été, nous retrouvons nos héros 3 ans plus tard, à l’automne, et le nez dans quelques menus problèmes.
Mettons de côté la refonte totale du casting (l’agaçante Zoé Félix et sa criminelle de styliste, surtout) pour regarder un peu leur évolution.
Gilles et Clara vivent ensembles, mais la routine et le quotidien ont gommé quelque peu l’enchantement des débuts. Clara semble nostalgique de sa vie d’avant, Gilles cherche parfois le silence et l’isolement.
Un couple normal en somme, mais bientôt mis en péril par Clara, que l’on sait menteuse compulsive et qui va s’empêtrer jusqu’au cou dans une affaire de fausse grossesse.
D’espérances en révélations, de promesses en trahisons, Gilles et Clara n’auront alors de cesse de se tirer des balles dans le pied, détruisant finalement le bonheur qu’ils avaient construit car incapables de s’avouer qu’en somme, ils n’avaient rien à faire ensembles.

Et de ce cataclysme, JP récolte les fruits, en devenant pour Gilles la planche de salut, et bientôt l’âme sœur. Alors que Clara part à la dérive, les deux hommes de sa vie se reconstruisent au contact l’un de l’autre, au sein d’une relation qui a cette pureté que seuls possèdent les couples homo (leur finalité n’étant pas la procréation, ceux-ci ne se cachent pas derrière les faux semblants).
Et Gilles d’abandonner justement son désir d’enfant, pour rechercher un accomplissement dans sa relation avec l’autre.

Il est bien là, le cœur de la saison 2 de « Clara Sheller », dans cette histoire d’amour touchante et captivante, filmée sans fards, sans complaisance, avec une justesse de ton et une distanciation nécessaire pour montrer non pas le couple d’homo de service, mais un couple, tout simplement.

Pour Clara en revanche, le constat est plus amer. Comme si après les fariboles et les falbalas, il était temps de lui mettre un peu de plomb dans la cervelle en la faisant descendre de son petit nuage à coups de pompes dans le train.
Fait rarissime dans une série, surtout française, l’héroïne est laissée dans le dernier épisode, sans travail, sans appartement, sans mec, sans meilleur ami, avec en prime une mère atteinte d’un cancer, et elle se découvrant enceinte, sa plus grande terreur pendant les 5 épisodes précédents.

Ce coup de canif dans le conte de fée illustre bien le ton d’une série exigeante et novatrice, désinhibée au point de présenter en prime time, à la ménagère, des scènes que même Ang Lee n’aurait pas osé dans « Brokeback Mountain », mais aussi des situations sans happy end, ou sans choix moraux bien pensants.
« Clara Sheller » est sans doute un portrait plus fin qu’il n’y parait de la mutation des mentalités, autant qu’il est un bel essai sur l’amour et l’accomplissement de soi.

Et les choix finaux de la saison 2 sont d’autant plus courageux qu’au moment de l’écriture, France Télévision n’avait pas encore commandé la saison 3, qui devrait voir le jour prochainement.
Affaire à suivre, avec délectation…

Note : ***(*)

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