Ladies room.

Après avoir taillé un short à ce brave Legolas, il est désormais temps de nous pencher sur une autre question de taille (certain diront de détail) de la trilogie, à savoir le rôle des femmes tout au long de ces trois films.
Le moins que l’on puisse en dire, c’est qu’elles ne sont pas légion, trois figures (quatre en réalité) tout au plus qui traversent l’œuvre mais savent durablement la marquer en profondeur.
Enfin, chez Tolkien…


« Ah bon, c’était un liiivre avant, le Seigneur des Anneaux ?  »

Prenons les choses dans l’ordre chronologique. Honneur au support écrit et à la première femme importante dont on croisera la route. Non pas Lobelia Saquet, l’irascible parente de Frodo et Bilbo, non pas Rosie, bien qu’il y aurait sans doute quelques petites choses à dire d’elles.
Non, entamons directement par le personnage féminin le plus mystérieux du Seigneur des Anneaux, à savoir Baie d’Or, la compagne du non moins énigmatique Tom Bombadil.

Il y aurait des tonnes à en dire sur ce petit personnage, passé du clin d’œil amusant aux enfants de Tolkien à la présence discrète d’un être différent, étranger à la Terre du Milieu mais intimement liée à elle. Peut être l’incarnation de l’auteur lui-même dans ses pages, la question ne sera pas ici débattue.

Reste que Baie d’Or, comme son nom ne l’indique pas, affiche pour la première fois au sein du récit, la présence discrète mais forte d’une femme entourée de mystère dont le secret des origines ne sera jamais percé à jour. Plus opaque encore que Tom, elle apparaît aux hobbits comme la figure de la déesse mère, tour à tour épouse, amante, sœur de Bombadil (ce qui laisse à penser qu’elle soit une Maia, peut-être une Vala, ou tout bonnement Edith Tolkien incarnée ici une nouvelle fois (la première incarnation d’Edith, rapellons le, est Luthien) au côté de son mari.).
Je ne reviendrai pas sur l’importance de ce passage dans le livre, car cela se solderait par l’interminable débat des pro et anti Bombadil dans lequel je n’ai pas envie de rentrer.
Toujours est-il que Jacskon comme Bakshi en son temps, a décidé de laisser de côté ce passage, aussi ne vais-je pas m’y attarder non plus, le propos étant d’avancer un peu sur l’adaptation.

Seconde figure féminine du récit, je pourrais presque dire la figure féminine centrale du Seigneur des Anneaux, Arwen.

Elle apparaît pendant un banquet donné à Fondcombe, et Frodon la découvre en majesté, sous un dais. Il est d’abord frappé par la ressemblance avec Elrond, puis par sa gravité. Enfin, son parfum puis l’intensité de son regard achève de séduire le hobbit et le lecteur après cette description simple mais éloquente de l’Etoile du Soir. Rapidement apparaît aussi la cour d’Aragorn et l’effet que je qualifierais de « bulle » lorsque tous deux sont en présence, et que l’on retrouve lorsqu’Aragorn s’isole parfois dans ses pensées.
Arwen disparaît physiquement vers la moitié de la Communauté de l’Anneau, pour réapparaitre sporadiquement par le biais de Grand Pas, en particulier lors d’une étape en Lorien où celui-ci se retrouve assailli de souvenirs.
Plus tard, les Dunedain rejoignant leur seigneur en Rohan, se trouvent porteurs de l’étendard brodé des mains d’Arwen et que Aragorn brandira jusqu’à la victoire complète sur les armées du Mordor. Le passage est court et éloquent sur les motivations du héros à cet instant, lorsque tout semble compromis, pour ne pas dire perdu, et que son seul moteur devient la confiance d’Arwen en son destin.
Enfin, elle reparait à la toute fin, pour épouser le roi Elessar, le temps d’une scène jamais décrite.
Frodon une nouvelle fois est frappé d’admiration à sa vue, et c’est avec ce mariage que s’ouvrira véritablement l’ère du renouveau et l’âge des Hommes.

Chez Tolkien, Arwen en omniprésente. Plus les choses se corsent pour Aragorn, plus elle occupe ses pensées, et c’est l’amour qui lui porte qui demeure jusqu’au bout sa planche de salut.
Loin d’être confinée au rôle de la gente dame attendant son héros au château, elle dépasse ce cliché étriqué pour affirmer un caractère que l’on devine fort, une sagesse millénaire et une indéfectible foi en l’espoir (nom que les elfes avaient d’ailleurs donné à Aragorn).
Décidée, elle soutient le dunadan envers et contre tout, s’opposant en cela à son père, tout en mettant ses frères de son côté, ces derniers n’hésitant pas à s’engager dans les combats que livre le futur roi.
Ce petit détail suggérerait presque qui commande à Fondcombe…

Troisième femme, Galadriel pourrait presque passer pour la plus importante. Dame d’un royaume d’un autre temps et qui semble se dissoudre dans les ombres de la Lothlorien, elle est pour la Communauté, la troisième étape de repos salvateur après Fondcombe et Tom Bombadil (on notera l’importance donc des femmes, dans ces pauses reconstructrices où les héros trouvent un nouveau souffle pour affronter les obstacles à venir).

Son rôle, toute fois, est plus ambigu que celui d’Arwen. Pendant de nombreuses pages, on hésite à la classer dans la catégorie des alliés, ne serait-ce qu’à cause de la tension qui règne entre les héros et les elfes, et de l’attitude de Galadriel, que l’on percevrait presque tyrannique (et quand on sait ce dont elle fut capable, on rigole nettement moins).
La scène où elle repousse la tentation de l’Anneau permet de rassurer autant Frodon que le lecteur sur ses intentions, qui seront par la suite confirmées lors de la cérémonie des cadeaux, archétype s’il en ait des contes et autres grandes épopées.

Dès l’instant où elle fait ce don à la Communauté, elle deviendra quasiment un prolongement de leur groupe, présence diffuse mais inoubliable. Les manteaux, les broches, la fiole, le coup de foudre de Gimli, le nouvel arc de Legolas, la pierre verte d’Aragorn, la corde de Sam ainsi que les graines du mallorn, tous les cadeaux joueront par la suite un rôle actif dans les destinées de chacun, et le souvenir du séjour dans le royaume de Lorien reste une mémoire que chérit chaque membre de la Communauté.

Dernière héroïne, et non des moindres, Eowyn, dame du Rohan, est dotée d’une personnalité complexe, en partie conférée par sa jeunesse. Agée d’une vingtaine d’année, élevée par son oncle, éduquée pour défendre son peuple, mais contrainte d’assister impuissante à la lente dégénérescence du roi et de subir les approches de Grima, Eowyn apparaît pour la première fois comme déjà au bout du rouleau, tout espoir d’une vie meilleure disparu.

Il s’agit aussi d’une des figures les plus solitaires du roman. Cet isolement, elle ne le recherche pas forcément mais s’y réfugie pour échapper à son triste sort. Lorsque la Communauté parvient à Edoras, elle semble être la seule jeune femme de la cité, la seule représentante de sa classe d’âge. Voilà aussi ce qui explique en partie son caractère, forgé au contact d’adultes, tenue éloignée des préoccupations d’une jeunesse qui ne partagent pas son quotidien (son frère et son cousin semblent passer le plus clair de leur temps en patrouille sur leurs Marches respectives).
Ainsi, pour elle, le sauvetage de Theoden par Gandalf apporte une lueur d’espoir en même temps que la guerre semble lui apporter une occasion rêvée de s’extraire de sa situation.

Eowyn n’est pas une va t’en guerre, pas plus qu’elle n’est une ode à la femme combattante. Si elle choisit de prendre les armes envers et contre tous, c’est en grande partie parce qu’elle y voit l’exact opposé de ce que la vie l’a toujours contrainte à faire.
Et parce qu’elle est avant tout une jeune fille romantique, elle choisit Aragorn comme élu de son cœur car il dépasse en noblesse et en vaillance tout ce qu’elle peut imaginer (enfin, c’est ce qu’elle croit, car dans le fond, Aragorn n’est que la version plus titrée de Theoden et Eomer.).
Lorsque celui-ci la repousse, elle saisit alors la vanité de ses prétentions et décide de risquer le tout pour le tout en se lançant dans la guerre à venir. Elle espère ainsi gagner au moins une mort honorable et éclatante, afin de ne pas sombrer dans l’oubli.
C’est finalement sa rencontre avec Faramir qui va transformer son caractère, celui-ci la regardant pour ce qu’elle est et non pas pour ce qu’il voudrait qu’elle soit. Elle sera alors capable de tirer des leçons de ses erreurs et de choisir sa voie en se consacrant dès lors à la guérison.

Qu’a donc fait Peter Jackson de ces trois femmes ?
Commençons tout de suite par celle qui fait le moins sensation, à savoir Galadriel, dont le caractère semble pour le moins respecté, exception faite de la scène de la tentation où pour une raison connue de lui seul, le réalisateur nous la montre toute verte dans un réacteur d’avion… Parti pris esthétique discutable, mais l’essentiel y étant, je crois que je vais poliment passer sur l’incident.

Prenons ensuite Arwen.
L’Etoile du Soir ennuyait beaucoup les scénaristes. Parce qu’il y a peu de gonzesses dans le Seigneur des Anneaux, qu’ Eowyn n’apparaît que tard dans la trilogie et qu’en plus, les directeurs de casting avaient eu la bonne idée de recruter une star, Liv Tyler, pour incarner la fille d’Elrond.
Or qui dit star, dit cachet démesuré.
On a du mal à l’envisager aujourd’hui, mais à l’époque, Liv Tyler était l’actrice la plus bankable de sa génération, ou presque. Après des apparitions dans des succès d’estime et de critique, elle avait rivé son clou en participant à « Armaggedon », et c’est auréolée de ce succès qu’elle se voit confier un beau matin le rôle de la bombasse dans le « Seigneur des Anneaux ».

Or, très vite, les trois scénaristes se rendent compte que quelque chose ne va pas. Tolkien n’ayant pas écrit une bluette pour ados, avait pudiquement mis de côté sa relation avec Aragorn.
Attention, quand je dis pudiquement mis de côté, je veux dire pas de lichette, pas plus de deux scènes montrant les deux tourtereaux ensemble, pendant lesquelles, qui plus est, rien de bien important ne se passait puisqu’ils se contentaient de discuter sagement loin des oreilles du lecteur.

N’ayant pas grand-chose à se mettre sous la dent, ils sont allés donc creuser dans les appendices, pour développer un peu cette romance, qui le méritait d’ailleurs. Cette exhumation qui s’est avérée, le temps d’une scène au moins, assez bien fichue.
Seulement, cela n’a rapidement pas suffit. Philippa Boyens, qui s’est pour l’occasion autoproclamée grande fan et exégète de Tolkien, déclara que le rôle dévolu à Arwen était trop conforme au modèle de la femme des années 50, qui reste à la maison à faire du tricot.
Je ne sais pas si c’était après avoir lu « Revolutionary Road » que cette lubie lui est venue, mais toujours est-il qu’elle réussit à entrainer dans sa pensée farfelue le reste de son équipe.

Pas une seconde, ils ne se sont souvenus en revanche que le livre renvoyait à une réalité médiévale où les femmes ne participent pas aux conflits mais campent bien souvent des repères et des figures salvatrices pour des héros masculins influencés par leurs caractères (en bien comme en mal) : exactement comme si on décidait, sous prétexte de féminisme, de faire de Guenièvre un chevalier de la Table Ronde.
Déclarer qu’Arwen ressemble à une desperate housewife revient en gros à traiter Yseult de cruche sans cervelle.
Une hérésie en 35 millimètres.


La vie d’Arwen, selon Philippa Boyens…

Alors que faire pour qu’Arwen sorte de son soi-disant rôle de mémère et pour rentabiliser un peu le cachet le Liv Tyler ?
Et bien lui donner un rôle actif. Au sens qui bouge. Avec une épée, et un cheval.
Le souffle de Xéna traversa la Nouvelle Zélande et l’esprit de Lucy Lawless entra en communion avec celui de Peter Jackson : Xénarwen était née.


Cela commença par une idée sortie du Seigneur des Anneaux de Ralf Bakshi. Celui-ci avait en effet décidé de supprimer le personnage surnuméraire de Glorfindel pour introduire les elfes par le biais de Legolas.
Idée maligne s’il en était, que Jackson choisit de ne pas reprendre (c’est drôle çà, autant il suit toutes les boulettes de Bakshi à la lettre, autant quand ce dernier a une fulgurance, il passe totalement à côté. Comme la question de l’armement des hobbits, par exemple…), en élisant à la surprise générale Arwen comme ange salvateur.

Pour être honnête, si l’idée de départ me paraissait incongrue, je dois dire qu’au final, elle ne m’allait pas si mal (bon, le coup d’accélérateur donné au cheval est assez savoureux tout de même, comme la branche qui fait scritch sur la joue, histoire de montrer que c’est une femme qui en a, quoi…).
Le défi au Nazguls, la montée des eaux, tout çà, la scène fonctionne. Liv Tyler est convaincante, et n’en fait pas des caisses, pour une fois.
Malheureusement, la fin de la scène aurait du me mettre la puce à l’oreille.
Toi, avec un mourant dans les bras, tu t’amuses à descendre de cheval pour le bercer un chouia et pleurnicher sur lui (alors que tu ne le connais pas depuis trois minutes…) ?

Et oui, la fuite vers le gué de Bruinen portait en germe la catastrophe qui allait suivre. Une catastrophe qui devrait s’appeler le Gouffre de Helm. Ou Anduril. Ou Liv Tyler, tout simplement. Ou un peu tout cela à la fois.

Car Peter Jackson décida de ne pas s’arrêter en si bon chemin. Xénarwen devait encore frapper et elle le ferait en Rohan.
Le scénario d’origine prévoyait ceci :
Après le départ de la Communauté, Arwen parvenait à convaincre Elrond de reforger l’épée d’Isildur que ce grand couillon d’Aragorn avait oublié après lui (la plus énorme coquille du scénario, si vous voulez mon avis).

Celui-ci refusait, mais Arwen partait demander conseil et soutien à Galadriel, laquelle finissait par mettre tout le monde d’accord.

Arwen, l’épée reforgée et un contingent de galadhrim (les elfes de Lorien) partaient pour le Rohan pour y retrouver la Communauté. Le groupe parvenait au Gouffre de Helm, Arwen donnait son épée à Aragorn, et combattait à ses côtés jusqu’à l’arrivée de Gandalf au matin.

Toutes ces scènes ont été tournées. Seulement, après, plus rien ne fut tenté pour nous resservir Xénarwen.

Pourquoi donc ?
Plusieurs raisons : premièrement, il se dit (et il n’y a qu’à voir les quelques images qui circulaient un temps sur le net, mais maintenant plus, c’est fort dommage) que Liv Tyler assurait très moyen en combat.

Ensuite, Arwen au Gouffre de Helm, çà s’est rapidement su. Et si sa présence au Gué de Bruinen avait défrisé sans choquer, là, les tolkiendili sont devenus fous. La rumeur enflant sur internet, impossible à l’équipe de tournage de l’ignorer plus longtemps. Même que c’était tellement méchant que çà a fait pleurer Liv Tyler, elle le dit dans les bonus.
Les fans sont trop vilains…

J’avancerais bien une troisième cause, à savoir l’épineuse question : ok, Arwen est en Rohan. On en fait quoi maintenant ?
Impossible de la laisser à Meduseld faire des tartes aux quetsches.
La faire passer la montagne avec Aragorn ? Ouch.
La laisser avec les Rohirrims ? Allons, restons sérieux, ces gens là ne se lavent pas…

Ce qui me fait le plus peur dans tout cela, se sont les confessions de Miranda Otto parlant du tournage du « Retour du Roi » qu’elle qualifie elle-même, à l’endroit de son personnage, très confus.
Celle-ci évoque entre autre le fait que son personnage de suive pas les autres à Dunharrow, mais reste à Meduseld regarder l’armée s’en aller, sa confusion naissant du tournage, quelques mois plus tard, de scènes avec son personnage dans le camp.
Alors quoi ? Avait-on prévu de laisser Eowyn à la maison pendant que Xénarwen chevauchait avec les hommes, les vrais et dézinguait en bout de course le Roi Sorcier ?
Je préfère croire que je m’emballe pour rien et que l’on comptait simplement faire voyager Eowyn/Dernhelm vers le Gondor à partir d’Edoras…

Décidement, cette Arwen là était une vraie calamité.

Finalement, cette option de princesse guerrière bis (on en a déjà une, Eowyn. Voire deux, si l’on considère Galadriel, en d’autres temps dont on se fout dans le film comme dans le livre, d’ailleurs, même si… Bref…) est abandonnée et le rôle d’Arwen réécrit.
Et ouais, maintenant, il faut tout de même continuer à justifier sa présence. Alors on nous inflige des tas de flashbacks où Arwen récite de l’elfique avec conviction pendant qu’Aragorn lui tripote ses oreilles pointues. Kitsch et inutile…

L’image d’Arwen n’en sort cependant pas grandie. En un clin d’œil, nous passons de la farouche guerrière qui insultait les Nazguls à une poupée pleurnicharde indécise. Et que je te montre que je suis malheureuse, et que je fais tout comme mon papa il a dit, et que finalement non, je fais plus, et que je chope une mystérieuse maladie totalement incompréhensible (ou plutôt si, compréhensible dans une certaine logique, mais hors de propos… C’est bien rabaisser les sentiments qu’éprouve Aragorn que de nous le remotiver à coups de « si tu casses pas ses dents de devant à Sauron, elle va meeeeurir. »).

Mais je crois que ce qui reste le plus emblématique de ce ratage fabuleux reste la fameuse scène des retrouvailles derrière un rideau façon Bataille et Fontaine, avec regard de femme soumise toute tremblotante, et roulage de galoche comme on n’en voit plus que sur les pistes de discothèques, de nos jours.
A mille lieues de la retenue du couple d’origine…


« Ils sont très distingués »

A vouloir en faire une femme trop fière, trop indépendante, trop du vingt et unième siècle, tu vois, l’équipe des scénaristes n’a produit qu’une poupée de chiffon en total décalage avec ses premières apparitions. Et le choix de Liv Tyler n’aura rien arrangé en l’espèce, l’actrice déployant alors la quintessence de son jeu uniquement basé sur la minauderie…

Et le Gouffre de Helm dans tout cela ? Il va bien, merci pour lui, seulement, il a un souci.
Tous les plans ou presque qui ont été filmés, de nuit, avec de l’eau et tout plein de figurants, contiennent des elfes, voir des morceaux d’Xénarwen.
Impossible de retourner toutes les séquences, question de coût et de temps. Alors pour cacher la volte face, on invente l’histoire d’Haldir et de ses copains venus aider les humains. Et on efface Liv Tyler sur Photoshop.
Et voilà le pourquoi du comment…

Il ne restait qu’à espérer qu’Eowyn s’en sorte mieux. Et j’aurais très mal pris, personnellement qu’on me la gâche.
Heureusement, si elle en sort légèrement écornée, elle doit à son interprète, fabuleuse Miranda Otto, de s’en sortir avec les honneurs.
Actrice intelligente, elle comprend parfaitement ce qui va et ne va pas à son personnage, ainsi commente t’elle négativement la scène du ragout qu’elle trouve trop « girly » à raison.
Eowyn telle qu’elle apparaît dans le livre, est une psychorigide, un genre de Seth Bullock en jupons (cf. Deadwood). Impossible de l’imaginer s’en allant draguer Aragorn avec du mouton.

Trop souvent on la voit aussi pleurnicher, contrairement à l’image « droit dans ses bottes » qu’elle dégage dans le livre. L’effet accentue sa jeunesse, ce qui n’est pas fondamentalement maladroit, mais contribue à en faire un genre de clone d’Arwen (« Une rose est morte dans le jardin… Vite, mes kleenex ! »), et donc, je me le demande, par correspondre à l’idée que se font les scénaristes de ce qu’une femme doit être.
Sachant que sur les trois, deux portent le jupon, çà fait peur pour le féminisme…

D’ailleurs, régulièrement dans le commentaire audio, Miranda Otto (dont les interventions sont souvent les plus intéressantes, d’ailleurs), souligne que son personnage pleure trop et qu’elle trouve soulageant de jouer des scènes sans fondre en larme toutes les deux minutes.
J’aime à croire qu’elle a bien cerné son personnage. Elle.

Mais puisque rien ne pouvait être épargné, la pauvrette se voit amputée d’une fin digne de ce nom en deux scènes expéditives et jamais explicatives.
La première, celle des maisons de guérison (ratage, ratage, ratage… Mais comment est-ce possible d’en avoir aboli tout le sens ?) faisant apparaître Faramir en matteur discourtois planqué derrière une colonne.
La seconde, plutôt jolie comparée au kitsch léger mais un peu agaçant de la précédente, a le mérite de nous resservir un joli dialogue, dont le sens apparaît malgré tout assez vide, la faute à un couple catapulté comme tel sans grande subtilité.

Et l’on terminera par une image d’Eowyn et Faramir côte à côte pendant le couronnement d’Aragorn, servant de point final à leurs destins respectifs.
Vous me direz « y’avait pas le temps, gnagnagna… ». Je vous répondrai que si, par exemple, on s’était donné la peine de faire partir Aragorn avec Anduril dans la Communauté de l’Anneau, on se serait évité bien des scènes inutiles, et on en aurait gagné, du temps (idem si l’on n’avait pas mis d’elfes au Gouffre de Helm…).

Du traitement de ces deux derniers personnages féminins ressort une des grandes tares de la trilogie, celle de n’avoir jamais daigné rester au niveau de l’œuvre, pour sur interpréter les intentions de l’auteur auquel pourtant, l’équipe prétendait être restée fidèle.
En détournant en particulier la figure d’Arwen pour en faire ce que l’on sait, Peter Jackson a prouvé, une fois de plus, une connaissance superficielle du matériau de base.
Mais il aura également été capable, une fois encore, de transcender son sujet et son propos, au détour d’une scène sublime, à peine esquissée dans les appendices mais à laquelle il aura conféré une puissance évocatrice peu commune.
De quoi regretter tout le reste…

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